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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 11:54
Bernard Bajolet

Bernard Bajolet

 

14/07/2014 Jean Guisnel Défense ouverte / Le Point.fr

 

Les services secrets français ont expliqué au "Figaro Magazine" à quel point ils sont indispensables. Et s'ils ne défilent pas le 14 juillet, c'est parce qu'ils bossent...

 

Joli coup ! Dans le numéro du Figaro Magazine daté du 11 juillet actuellement en vente, le journaliste Christophe Cornevin raconte "les hommes et les femmes de l'ombre qui ne défileront pas sur les Champs-Élysées". À savoir ces agents de la DGSE dont le rôle est essentiel dans la stratégie de la défense française et dans la prise de décision politique, mais qui ne sont jamais présentés. Notre confrère a eu accès à plusieurs cadres du service, dont le directeur Bernard Bajolet qui se flatte du fait que, dans son service, "les gens ne font pas n'importe quoi". Mais encore ? "Le service est un précieux outil de réduction des incertitudes, car il évite à nos dirigeants d'être exposés à des surprises stratégiques." Le rédacteur et son confrère photographe Jean-Pierre Rey ont aussi pu accompagner un officier traitant du service "quelque part dans le Sahel" et visualiser quelques bureaux de la caserne du boulevard Mortier, dont la "salle de situation" qui reçoit toutes les informations dans agents situés à l'extérieur. D'autres journaux et des télévisions avaient déjà eu la possibilité d'effectuer de tels reportages, mais moins complets. Reste la question que ne se pose pas le Figaro Magazine : pourquoi maintenant ?

 

Des atouts convoités

La réponse est simple : Bernard Bajolet et la DGSE se trouvent actuellement dans une situation très particulière. 5 094 membres des personnels civil et militaire - dont plus du quart de femmes - auxquels s'ajoutent un peu moins de 900 agents du service Action (qui ne sont pas payés par le service mais par les armées) sont pratiquement les seuls dans le périmètre du ministère de la Défense à voir leurs moyens humains et matériels s'accroître. Les effectifs ont augmenté de 20 % en quelques années, le niveau administratif des agents également, de même que les budgets. On assiste donc à une guerre souterraine, extrêmement vive même si elle n'avait pas vocation à être rendue publique, visant à dépouiller la DGSE d'une part notable de ses moyens, au profit de l'état-major des armées.

 

Service Action supprimé ?

Quand il n'y a plus de foin dans l'écurie, les chevaux se battent ! Un rapport sénatorial récent illustre très clairement la stratégie militaire de conquête de la DGSE. Elle vise à intégrer les unités combattantes du service Action au commandement des opérations spéciales (COS), qui verrait ses effectifs augmenter d'autant. Le CPIS (Centre parachutiste d'instruction spécialisée) rejoindrait la brigade des forces spéciales de l'armée de terre, tandis que l'unité aérienne (GAM 56) du service serait réaffectée à l'escadron de transport 3/61 Poitou de l'armée de l'air. Le CPEOM (Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes) de Quélern (Finistère) verrait ses nageurs de combat intégrer la marine nationale (commando Hubert). Faut-il voir ailleurs une raison de la révélation par Marc Pimond, directeur adjoint du renseignement à la DGSE, que le service a "neutralisé" une dizaine de "lieutenants djihadistes" entre septembre 2013 et avril 2014 : "Avant, on faisait des fiches d'al-Qaida, maintenant, on traque et on neutralise ?"

 

Guerre informatique offensive

L'autre atout essentiel que les armées veulent prendre à la DGSE concerne ses moyens de guerre informatique offensive. Dans la terminologie de ce petit monde du renseignement français, la DGSE a de longue date été placée en première ligne sur ce terrain par les gouvernements successifs. Les armées n'y ont pas vu d'inconvénients tant que les incidences budgétaires étaient supportables. Aujourd'hui, elles estiment que les temps sont devenus trop durs pour laisser échapper une prérogative devenue stratégique et budgétairement privilégiée en période de disette et espèrent conquérir cette compétence. Directeur technique de la DGSE, Patrick Pailloux insiste sur les contrôles que subit la DGSE : "Rappelons que nos cibles sont par définition à l'étranger et que nos règles déontologiques sont telles que les garde-fous s'imposent d'eux-mêmes." Mais ça, il faudrait le voir pour le croire !

 

Bataille bureaucratique

LA DGSE est sans doute dans une posture offensive pour conduire ses missions. Mais à Paris, c'est l'inverse ! Le directeur général Bernard Bajolet est beaucoup plus proche de François Hollande que ne l'était son prédécesseur Érard Corbin de Mangoux. Avec pour conséquence un conflit de "périmètre" bien réel avec le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian épaulé par son directeur de cabinet Cédric Lewandowski. Le conflit a été arbitré par l'Élysée en faveur de Bajolet et les choses sont rentrées dans l'ordre. La boutique tourne, les chamailleries se gèrent entre grands garçons, mais les blessures demeurent. La DGSE n'a, pas exemple, pas bien supporté que le cabinet du ministre de la Défense laisse dire qu'elle n'aurait joué aucun rôle dans la libération des otages du Sahel, en octobre dernier. Entre autres. Le papier du Figaro Magazine est à replacer dans ce contexte. Affaire à suivre...

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