Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 07:55
De quel avenir la loi de programmation est-elle porteuse ?

 

16/08/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Des crédits ric-rac, des capacités de réactions diminuées, mais le potentiel opérationnel et industriel de la France maintenu. La loi de programmation militaire, telle qu'elle a été votée, maintient a minima la possibilité d'une remontée en puissance et continue à faire de la France la première puissance armée européenne. Mais cette victoire est fragile.
 

« Si vis pacem, para bellum ». Telle qu'elle a été construite et votée, cette loi de programmation militaire (LPM) préserve a minima l'ensemble de l'outil militaire et industriel de la Défense même si, déjà, il existe quelques trous dans la raquette capacitaire des trois armées. Car cette LPM a dû tenir compte d'un contexte budgétaire contraint, marqué par le redressement des finances publiques.

Un exercice difficile qui visait à conjuguer l'impossible - souveraineté stratégique et souveraineté budgétaire -, et dont le résultat est dû à l'arbitrage du président de la République. Mais si l'on veut sauvegarder le savoir-faire et les expertises développés depuis les années 60, cette LPM devra être exécutée à l'euro près (190 milliards d'euros courants sur six ans).

Des compétences sur lesquelles la France a durablement investi pour rester un des rares pays ayant la capacité à intervenir n'importe où dans le monde pour préserver ses intérêts. Du coup, cette filière technologique emploie des ingénieurs de très haut niveau et exporte bon an, mal an plus de 5 milliards d'euros d'équipements militaires (commandes), souvent à des pays liés par des partenariats stratégiques.

« Nous avons atteint un équilibre tel que, si l'on enlevait une brique de l'édifice [de la LPM], il s'effondrerait », affirmait le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lors de l'examen de la loi au Parlement, à l'automne dernier.

Des annulations de crédits seraient effectivement très préjudiciables à sa cohérence au moment où de nombreux conflits régionaux à dimension internationale ont éclaté ces derniers mois (Ukraine, mer de Chine, Centrafrique, Mali...).

François Hollande a bien compris les enjeux en soulignant, à la veille du 14 juillet 2013, que « les crédits de la Défense seront, à la différence de ceux de la plupart des ministères, préservés dans leur intégrité. C'est un effort que la nation fait, non pas pour les armées, mais pour sa propre sécurité ».

 

La composante nucléaire gage d'un statut international

« Cette LPM traduit le maintien de nos ambitions stratégiques sur les trois missions fondamentales de dissuasion, dans ses deux composantes complémentaires (air et mer) de protection du territoire et des populations, et d'intervention sur les théâtres extérieurs », estime le délégué général pour l'Armement, Laurent Collet-Billon.

Sur la dissuasion, la LPM prévoit des travaux d'élaboration de la troisième génération de sous-marins nucléaires, qui seront en service à partir de 2030. Pour la composante aéroportée, qui dispose désormais du potentiel lui permettant de durer jusqu'à l'horizon 2035, deux projets sont actuellement à l'étude pour le successeur du missile ASMP-A. L'un privilégiant la furtivité du missile, l'autre l'hypervélocité de celui-ci, avec des perspectives à Mach 7 ou 8 sur lequel lorgnent les Américains. Enfin, la France veut disposer d'une tête nucléaire modernisée en 2025 pour poursuivre l'amélioration de son armement, notamment dans sa composante de sûreté. Le CEA, qui conçoit et produit cette arme, doit impérativement conserver la maîtrise de compétences rares dans le cadre du programme Epure. Celui-ci vise à la mise en place de moyens expérimentaux et de simulation numérique pour acquérir et valider les données physiques permettant de réaliser des têtes nucléaires, puisque la France a renoncé aux essais atmosphériques. La première phase sera exclusivement française alors que la seconde reposera sur une coopération franco-britannique.

Au-delà de la préparation de l'avenir, le maintien d'une dissuasion nucléaire autonome permet à la France de préserver sa dimension politique à l'international, cohérente avec son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.

Selon le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Denis Mercier, « la dissuasion nucléaire est une mission qui reste toujours d'actualité. Aujourd'hui, cette actualité nous montre combien la possession de l'arme nucléaire est une garantie de sécurité à nulle autre pareille. Les événements qui se déroulent actuellement dans le Caucase en Crimée - autrement dit à notre porte - en apportent une nouvelle illustration. En 1994, l'Ukraine avait renoncé à posséder des armes nucléaires en contrepartie d'engagements sur sa sécurité pris par plusieurs pays, dont la Russie. Nous devons nous poser la question suivante : quelle aurait été la position russe si l'Ukraine avait gardé son armement stratégique ? ».

 

Préservation de neuf secteurs industriels

Outre le nucléaire, le ministère de la Défense a fait le choix de maintenir et développer huit autres secteurs industriels. « Pour chacun d'entre eux, il a fallu trouver le juste équilibre entre développement et production, de façon à concilier les impératifs de viabilité de l'activité industrielle avec les contraintes calendaires d'équipement en capacités militaires, précise Laurent-Collet Billon. Nous avons cherché à préserver un niveau minimal pour les bureaux d'études et la chaîne logistique. »

Dans le renseignement et la surveillance, sur lesquels la France a souhaité mettre l'accent, ce sont près de 4,9 milliards d'euros qui sont prévus sur la période, avec un effort particulier pour l'espace, qui recevra 2,4 milliards d'euros. Autre secteur préservé, l'aéronautique de combat et de transport : 4,6 milliards ont été alloués à la poursuite de l'amélioration du Rafale et de ses livraisons, et 3,9 milliards au transport et au ravitaillement pour, notamment, la poursuite des livraisons des A400M et la commande d'avions ravitailleurs MRTT, essentiels pour la dissuasion, en 2014.

Dans le naval, les sous-marins disposeront de 4,6 milliards d'euros avec la poursuite du programme Barracuda, la transformation des bâtiments actuels pour le passage du M45 au M51 et la préparation du futur moyen océanique de dissuasion (FMOD). Les navires de surface auront, quant à eux, 4,2 milliards d'euros alloués à la poursuite des livraisons des frégates multi-missions (FREMM). Le secteur industriel des hélicoptères bénéficiera de 3,7 milliards d'euros qui serviront à financer les livraisons des programmes Tigre et NH90. Le domaine des communications et des réseaux percevra 3,2 milliards d'euros pour la poursuite du programme Contact, la radio tactique de nouvelle génération, et le lancement du satellite COMSAT NG, successeur de Syracuse III.

 

Le secteur terrestre toujours d'actualité

Dans le domaine missilier, 2,7 milliards d'euros seront consacrés aux missiles, dont la filière sera maintenue avec une trame de programmes nouveaux comme le missile moyenne portée (MMP), le successeur du missile d'infanterie léger antichar (Milan), ou le missile anti-navire léger (ANL), développé en coopération avec les Britanniques.

Enfin, 2,5 milliards d'euros alimenteront le secteur terrestre, qui verra le lancement fin 2014 de Scorpion, un programme essentiel au maintien des compétences de l'industrie terrestre, dont certains préconisaient la vente et/ou le démantèlement. Il comprend trois volets : le véhicule blindé multirôles (VBMR), successeur du véhicule de l'avant blindé (VAB), l'engin blindé de reconnaissance au combat (EBRC), qui remplacera l'AMX 10RC et qui constitue le moyen blindé d'intervention et, enfin, les systèmes d'interconnexion de tous les pions tactiques de l'armée de terre qui lui permettront de changer de siècle.

La recherche & technologie a été une priorité pour la Défense dès le début des travaux d'élaboration de la LPM. Ainsi, les études amont font l'objet d'un effort particulier avec 730 millions d'euros courants par an entre 2014 et 2019, « l'un des marqueurs de cette LPM pour l'armement », rappelle Laurent-Collet Billon.

Un investissement stratégique et absolument critique pour le maintien de la compétitivité de nos entreprises, leur capacité à répondre aux besoins futurs des missions de Défense de la France et de l'Europe et à continuer à exporter des matériels.

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : RP Defense
  • RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

  • Externalisation de la Défense et de la Sécurité en France ? - 15 Décembre
    Le Comité directeur de l'ANAJ-IHEDN a le plaisir de vous inviter à la conférence : Vers une externalisation de la Défense et de la Sécurité en France ? Guillaume FARDE Maître de conférences à Sciences Po Paris, auteur de Externaliser la sécurité et la...
  • Chronique culturelle - 24 Nov.
    24 novembre 1977 : premier vol du Super Etendard de série 24.11.2016 source JFP 24 novembre 885 : début du siège de Paris par les Vikings. Très actifs durant le IXè siècle, les Vikings ont pris l’habitude de remonter les fleuves du Nord de la France pour...
  • Sortie en librairie le 21 novembre du livre LÉGIONNAIRE
    source MAREUIL EDITIONS Pour la première fois, un ancien officier de la Légion et un Légionnaire donnent la parole à 64 de leurs camarades. Pendant 2 ans, Victor Ferreira a rencontré près d’une centaine de Légionnaires à travers le monde en leur posant...
  • Brazilian Navy H225M Naval Combat Configuration
    17 nov. 2016 Airbus Helicopters Helibras and Airbus Helicopters have opened a new chapter in the history of the H225M multirole utility helicopter with the official presentation of the first aircraft in naval combat configuration. More info Helibras and...
  • Chronique culturelle - 17 Nov.
    La Bataille du Pont d'Arcole - Horace Vernet 17.11.2016 source JFP 17 novembre 1794 : début de la bataille de la Sierra Negra (Espagne) « opposant les troupes des généraux de Pérignon et Dugommier à celles du général espagnol de Carvajal. Cette victoire...
  • Le CEAM présente le CEILDT - Centre d’Expertise et d’Instruction des Liaisons de Données Tactiques
    15 nov. 2016 CEAM Petit clip de présentation sur le Centre d’Expertise et d’Instruction des Liaisons de Données Tactiques (CEILDT). Petit clip de présentation sur le Centre d'Expertise et d'Instruction des Liaisons de Données Tactiques (CEILDT).
  • Audition de M. Marwan Lahoud, président du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales
    photo Aseemblée Nationale 9 novembre 2016 Commission de la défense nationale et des forces armées - Compte rendu n° 15 Présidence de Mme Patricia Adam, présidente — Audition, ouverte à la presse, de M. Marwan Lahoud, président du groupement des industries...
  • Chronique culturelle - 15 Nov.
    Jean Gabin, chef de char du Régiment Blindé de Fusiliers Marins 15.11.2016 source JFP 15 novembre 1315 : bataille de Morgarten (Suisse actuelle). Convoités à la fois par la Bavière et l'Autriche, les Cantons suisses (Uri, Schwytz et Unterwald) donnent...
  • Chammal : les artilleurs appuient les forces irakiennes
    10 nov. 2016 Ministère de la Défense Opération Chammal : les artilleurs de la Task Force Wagram appuient les forces irakiennes et participent à la sécurisation des zones conquises aux alentours de Mossoul. Opération Chammal : les artilleurs de la Task...
  • Chronique culturelle - 10 Nov.
    La bataille de Tolbiac, toile marouflée, Panthéon de Paris, France - Joseph Blanc (1846-1904) 10.11.2016 source JFP 10 novembre 496 : bataille de Tolbiac (Zulpich - Allemagne actuelle). Le roi Clovis écrase les Alamans près de l'actuelle ville de Cologne...

Categories