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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 17:50
Une triplette d’espions américains au service de sa Majesté

 

22 novembre 2013 Aerobuzz.fr

 

Deux ans après avoir mis au rencard ses vénérables quadrimoteurs « Nimrod R1 » spécialisés dans le renseignement aéroporté, Londres met en service son premier avion espion « RC 135 Rivet joint ». Un avion au nom aussi énigmatique que ses missions, et qui a le mauvais gout d’être de conception 100% américaine. Shocking or not shocking ? Telle est la question. !

 

N’en déplaise à Mr Snowden, grand pourfendeur des Big Brother en tous genres, le business du renseignement se porte plutôt bien. Dernier épisode en date, l’arrivée le 12 novembre dernier sur la base anglaise de Waddington du premier des trois RC-135 commandés par sa très gracieuse majesté au terme d’un contrat de 1 Md$ au moins désigné « Airseeker » .

 

Cet appareil fraichement arrivé dans la Royal Air force n’est pourtant pas vraiment de première jeunesse. C’est un lointain dérivé du ravitailleur KC-135, lui même dérivé du Boeing 707… en 1964 ! Mais ne vous y trompez pas, malgré son âge supérieur à celui de votre serviteur, la cellule, la voilure et les moteurs ont totalement été revisités aux USA pour donner à ce joyeux papy des airs, trente années supplémentaires de service au moins !

 

Extérieurement l’appareil se différencie d’un ravitailleur KC-135 par ses nombreuses antennes, ses « joues » sur les côtés du fuselage et son nez allongé façon Pinocchio.

Apparue à la fin des années 60 aux USA, la famille des avions de renseignement « Rivet joint » était initialement destinée à surveiller les forces armées de l’union soviétique et de ses pays satellites. Ses missions d’espionnage classées « Top Secret », de 10 et 20 heures, étaient poliment appelées SIGINT « Signal Intelligence ». Ennuyeuses parfois, passionnantes souvent et généralement dangereuses, elles sont toujours payantes au bout du compte ! La preuve ? Depuis la fin de la guerre froide, les USA n’ont cessé de moderniser leurs 14 appareils de ce type au gré des évolutions des systèmes électroniques et des systèmes d’arme.

 

Dans un monde multipolaire plein d’incertitudes, l’information est la clé du pouvoir ou de la survie. Il s’agit donc de connaître, par exemple, l’état de préparation des forces du pays surveillé, la structure de ses réseaux de commandement, les fréquences de ses moyens de défense, ou encore les types de matériels en service. Les espions ont un jargon pour cela : ils parlent de reconstitution de l’ordre de bataille électronique. Avec ces données, les stratèges peuvent notamment déterminer les failles dans les systèmes de défense adverses ou encore mettre au point des contremesures efficaces pour leurs avions de combat. Des données stratégiques indispensables pour tout chef militaire qui se respecte.

 

Pour ce faire, le RC 135 est bourré de récepteurs en tous genres pour intercepter, démoduler, localiser, analyser et enregistrer les signaux radio et radar à 400 KM aux alentours. Il dispose de deux antennes HF (10KHz-30MHZ), une filaire de plusieurs centaines de mètres qu’il déploie pendant son vol, et une fixe sur la dérive. A cela s’ajoutent des antennes V/UHF tout le long du fuselage au dessus et en dessous, ainsi qu’une antenne satellite près de la base de la dérive. Les joues abritent des antennes et des récepteurs ELINT spécialisés dans le traitement des signaux radars. Ainsi équipé l’appareil peut écouter tous les signaux entre 0 et 40 GHZ. En clair et sans décodeur : oui ! Même votre téléphone portable ne peut échapper aux grandes oreilles du RC-135 !

 

A bord de l’appareil en plus des pilotes, se trouve une quinzaine d’opérateurs aux fonctions variées, attablés derrière leurs consoles multifonctions. Certains gèrent le système, mais la grande majorité est composée d’opérateurs linguistes, chargés d’écouter et de traduire les conversations dans plusieurs langues alors que d’autres sont des « pros » des signaux radars. Pour compléter la distribution, un ou deux analystes consolident les données collectées et dressent ainsi le tableau des forces en présence. Véritables atouts dans la manche des militaires, ces avions sont plus souples d’emploi que les satellites et plus performants que les drones. Ils peuvent détecter les menaces les mieux dissimulées et alerter en temps réel les avions radar Awacs ou les forces alliées présentes dans le secteur.

 

Est-t-il utile de préciser qu’à ce prix (1Md$ pour trois avions), Boeing a installé des toilettes et une cuisine équipée ? En revanche aucune hôtesse n’est prévue dans le service. Avec cette commande, la RAF dispose des mêmes avions espions que l’oncle Sam. Mieux : les avions de la Royal Air Force seront remis à niveau tous les deux ans avec les moyens les plus modernes pour garantir leur crédibilité technique. Pendant ce temps, les équipages anglais seront formés aux côtés de leurs homologues américains issus de la NSA et de l’US Air Force. On se dirige là vers une parfaite interopérabilité en matière de renseignement. Mais à quel prix ? Londres, qui est membre du réseau d’espionnage américain mondial Echelon, dénoncé par Mr Snowden, renonce de fait à son indépendance en matière de développement de moyens de renseignement nationaux au profit d’une énième dépendance technique et militaire envers Washington.

 

Quant à la France, elle ne dispose plus de cette capacité de renseignement stratégique depuis le retrait du bon vieux DC8 Sarigue et du fiasco lié à son remplacement. La France compte sur deux vénérables Transall Gabriel et son bon vieux système D. Mais jusqu’à quand cela suffira t-il ?

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