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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 17:45
source Areva

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25.03.2014 Par Jean-Michel Bezat - Le Monde.fr


 

Une limousine passe devant un homme décharné qui tend sa gamelle. Invisible, le passager à l'arrière lâche : « Pas maintenant ! Nous traversons une grave crise financière ». Ce dessin de presse illustre un article, publié par Courrier International, décrivant le bras de fer qui oppose Areva au Niger depuis un an sur le renouvellement des contrats d'exploitation des mines d'uranium.

Un capitaliste qui se dit en difficulté ignorant un homme affamé ! Ces caricatures soulèvent la colère des dirigeants du groupe nucléaire français, qui rejettent l'accusation de passer par pertes et profits le drame humanitaire d'un des pays les plus pauvres du monde.

Le président du directoire d'Areva a fait le voyage de Niamey, vendredi 7 mars, pour rencontrer le chef de l'Etat nigérien, Mahamadou Issoufou, et relancer des discussions qui s'enlisaient sur les exonérations fiscales à proroger – ou non – en faveur du groupe français.

A l'issue de cet entretien, Luc Oursel a jugé qu'un accord est proche sur le renouvellement des contrats pour dix ans. Un accord indispensable puisqu'une partie des 58 réacteurs français d'EDF fonctionnent grâce au minerai du Niger, même si sa part décroît au profit du Kazakhstan et du Canada.

Depuis, les discussions se poursuivent. Revue des différents éléments qui « pèsent »  sur ce dossier.

 

  • La mobilisation de la société civile

Les temps changent pour Areva. Quasi automatique jusqu'au milieu des années 2000, la reconduction des contrats passe désormais par une négociation en bonne et due forme. Et M. Issoufou avait d'emblée prévenu qu'elles se dérouleraient « d'égal à égal ».

Avec le retour à la démocratie à Niamey, elles se font aussi sous l'œil et la pression d'une partie de l'opinion, des élites et d'ONG vigilantes, comme Oxfam France et le Réseau nigérien des organisations pour la transparence et l'analyse budgétaire (ROTAB).

« Ce qui se passe autour de ces négociations sur l'uranium va permettre de renforcer la transparence de tous les accords à venir avec les entreprises de l'industrie extractive », a confié Mahaman Laouan Gaya, secrétaire général du ministère nigérien des mines, au site d'information et d'analyse African arguments, basé à Londres.

Cette démarche – déjà appliquée au pétrole, selon lui – doit prévaloir pour les toutes les autres ressources, l'uranium, le charbon, l'or, le fer ou l'étain.

 

  • L'enjeu du développement humain

Depuis un an, Areva est soumis aux tirs nourris d'organisations l'accusant de « néo-colonialisme », d'« opacité », voire de « pillage » des ressources du pays.

Plusieurs manifestations ont eu lieu à Niamey et à Agadez, la grande ville du Nord proche des gisements uranifères. Les dernières, jeudi 20 mars, ont vu des milliers d'étudiants scander « à bas le gouvernement » et « à bas les députés », accusés de négocier avec Areva dans une « opacité totale ».

Défilés et sit-in sont souvent modestes, mais ils embarrassent un gouvernement qui se retrouve dans une position difficile. Co-actionnaire des mines de la Somaïr (36,4 %) et de Cominak (31 %) avec Areva, l'Etat nigérien doit veiller à leur rentabilité et éviter qu'Areva plie bagages.

Mais l'ex-colonie française veut aussi accroître les revenus tirés de l'uranium, dont elle est le quatrième producteur mondial, pour financer son développement. Avec la République démocratique du Congo, le Niger était bon dernier dans le classement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), publié en mars 2013 (santé, éducation, revenus).

M. Issoufou a notamment lancé un programme d'éradication des famines récurrentes baptisé « les Nigériens nourrissent les Nigériens ». Il sait qu'il n'y a pas de miracle à attendre de l'uranium : les 4 500 tonnes de yellow cake exportées chaque année assurent 5 % des recettes budgétaires d'un pays essentiellement agro-pastoral.

Le PNUD lui-même dénonce « l'ampleur excessive des exonérations fiscale » consenties aux groupes miniers étrangers et réclame leur « rationalisation », indique Oxfam.

Or, c'est sur le régime fiscal dérogatoire d'Areva qu'achoppent les discussions. Au début, les Nigériens voulaient lui appliquer strictement le code minier de 2006, qui prévoit une redevance pouvant aller jusqu'à 12 % de la valeur du minérai extrait, alors qu'Areva ne paie que 5,5 %. Niamey voulait aussi mettre fin à des exonérations fiscales comme celle de la TVA.

 

  • Les contraintes économiques du marché de l'uranium

Les autorités de Niamey ont, semble-t-il, assoupli leur position initiale, conscientes que la dépression du prix de l'uranium – tombé de 70 dollars la livre il y a cinq ans à 35 dollars aujourd'hui – menace la survie économique d'un secteur qui assure 6 000 emplois directs.

Ingénieur des mines formé à Saint-Etienne et ancien cadre dirigeant d'Areva Niger, M. Issoufou en est le premier conscient, même s'il doit composer avec une opinion qui lui demande d'être intraitable.

Un audit, commandé en 2013 au cabinet Bearing Point par les actionnaires de la Somaïr et de Cominak, indiquerait, au vu de la performance des deux mines, que l'application de la nouvelle législation « les mettrait immédiatement en lourd et fatal déficit », selon Areva, qui ne l'a pas publié.

« Toutes les mines n'ont pas la même rentabilité », ajoute une source interne. Celles du Niger sont anciennes et les meilleurs filons ont été exploités. Elles recourent aussi à des modes d'extraction plus coûteux que ceux utilisés au Kazakhstan et au Canada.

Autre point d'achoppement : la date d'ouverture d'Imouraren (Nord), une mine géante censée produire 5 000 tonnes de concentré uranifère chaque année pendant 35 ans. Le Niger souhaitait qu'elle soit lancée le plus rapidement possible, fin 2016. Areva, qui doit y investir près de 2 milliards d'euros, temporise en raison de la dégringolade de la demande et des prix de l'uranium.

Une situation qui, selon M. Oursel, risque de « durer quelques années », notamment en raison des incertitudes sur le redémarrage des 48 réacteurs japonais.

Mettre trop d'uranium sur le marché entraînerait une baisse accélérée des prix et compromettrait davantage la rentabilité des mines. Pour Anne-Sophie Simpere, d'Oxfam, le prix devrait remonter à moyen terme et « il est douteux d'affirmer que l'économie de l'uranium n'est pas rentable », au vu des bons résultats de l'activité mines d'Areva en 2013.

La World Nuclear Association elle-même estime que la consommation actuelle d'uranium dans les centrales (78 000 tonnes) devrait grimper de 48 % d'ici à 2023.

Plusieurs autres dossiers sont aussi en débat: la réfection de la route de l'uranium qui permet d'acheminer le minerai des sites nigériens jusqu'au port de Cotonou (Bénin); le renforcement de la présence des Nigériens dans la gouvernance des co-entreprises; la construction d'un nouveau siège social d'Areva à Niamey, qui donnerait le sentiment que le groupe est là pour longtemps.

 

  • La position géostratégique du Niger au Sahel

Le gouvernement français reste actif, mais en retrait. Début février, par la voix de l'écologiste Pascal Canfin, ministre délégué au développement, la France avait bien jugé « légitimes » les revendications du Niger.

Ce qui avait suscité la colère, chez Areva et contraint le ministre à rappeler qu'il fallait aussi assurer la viabilité des activités minières d'Areva au Niger. Et ses propres intérêts, puisque l'Etat est actionnaire à plus de 85 % du groupe nucléaire.

François Hollande entretient de très bonnes relations avec son homologue nigérien, ancien dirigeant de l'Internationale socialiste. M. Issoufou a aussi des relais politiques avec Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, et Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense.

L'affaire est suivie de près par la conseillère Afrique à l'Elysée, Hélène Le Gal, et par le secrétaire général du Quai d'Orsay, Pierre Sellal. Car la France doit aussi ménager son ex-colonie, devenue une pièce centrale de son dispositif militaire dans la bande saharo-sahélienne depuis le lancement de l'opération Serval au Mali contre les mouvements islamistes.

 

photo Armée de l'Air

photo Armée de l'Air

Depuis la fin décembre, les deux drones de surveillance Reaper, achetés aux Américains, stationnent à Niamey. Les Français ont récemment agrandi la base aérienne, qui sera désormais capable d'accueillir Rafale, Atlantique 2 (surveillance) et KC-135 (ravitailleurs). Des forces spéciales opèrent dans le nord du pays.

M. Le Drian a souligné, début janvier, que Niamey était devenu un « maillon-clé » du dispositif de lutte contre les mouvements islamistes dans le Sahel et que l'armée française s'y implantait « dans la durée ». Mais au ministère de la défense, comme chez Areva, on affirme que les deux dossiers sont parfaitement distincts

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