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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 15:50
L'Europe de la Défense, c'est pour quand ?

 

 

06/05/2014 Par Alain Oudot de Dainville* - FIGARO VOX Vox Monde

 

FIGAROVOX TRIBUNE - Alors que l'Union européenne est toujours dans l'impasse en Ukraine, l'ancien chef d'Etat major de la Marine, Alain Oudot de Dainville, invite à repenser l'Europe de la défense.

 

Les États européens sont désarmés pour élaborer une stratégie pour défendre leurs intérêts quand ils sont menacés. Dans l'Union ils n'arrivent pas à s'entendre, seuls ils sont dépassés. Leur déficit ne leur autorise plus une stratégie financière efficace. Leur diplomatie n'a plus le même effet d'entraînement. Pour satisfaire leur volonté d'assainir leurs finances, les États européens compriment leur effort de Défense, alors que leur stratégie commerciale prend des allures de lutte pour la survie. En régressant dans l'échelle des puissances, leur voix porte moins. L'Europe désarme, enfin une partie de l'Europe, car les tensions à l'Est incitent les marches orientales à la prudence, le budget de défense de la Pologne augmente de 7 % de 2012 à 2013.

 

Nos pauvres pays européens continuent à consommer à crédit pour maintenir artificiellement un niveau de vie synonyme de paix sociale, retardant le plus tard possible le moment où le serrage de ceinture deviendra inévitable, continuant à croire en une paix qui ne remet pas en cause les certitudes établies. Ils ont compris que le monde de la souveraineté sédentaire avait été mis à mal par la forte poussée de la mondialisation facteur de nomadisme.

 

L'Union européenne s'oppose à la Russie, mais la Russie fait partie de l'Europe : il vaut mieux composer avec elle, sinon comme le montre l'histoire, elle se tournera vers la Chine dont la puissance se rapprochera dangereusement de nos frontières.

 

Mais la paix établie commence à donner des signes de fragilité jusqu'en Europe, où la crise ukrainienne montre une opposition entre l'Europe de l'Orient, et celle d'un Occident qui peine à faire admettre un point de vue trop pluriel pour être défendu d'une seule voix. L'Union européenne s'oppose à la Russie, mais la Russie fait partie de l'Europe: il vaut mieux composer avec elle, sinon comme le montre l'histoire, elle se tournera vers la Chine dont la puissance se rapprochera dangereusement de nos frontières.

 

Les cartes devraient être plus profondément rebattues autour des années 2030, car l'échelle des puissances sera remise en cause sous l'effet de plusieurs facteurs: c'est en 2030 que l'économie et les dépenses militaires chinoises doivent rattraper celles des États-Unis, mais aussi que la population de l'Inde doit dépasser celle de la Chine. Nul ne doute que le droit généralement jugé en fonction de la puissance changera ses verdicts pour légitimer une version plus asiatique du cours du monde, la raison du plus fort étant toujours la meilleure.

 

A cette échéance l'équilibre précaire entre producteurs et consommateurs aura forcément évolué, les riches de demain n'étant plus ceux d'aujourd'hui. La force financière aura continué sa migration vers l'Est portée par les vents dominants de nos latitudes et le dollar aura probablement perdu sa fonction de valeur refuge. On peut continuer à jouer les autruches affirmant haut et fort qu'un élément imprévu viendra perturber cette évolution trop linéaire du monde, en nous laissant encore l'espoir de s'en sortir seuls. Or plus on se rapproche de l'échéance plus la ligne droite se rigidifie.

 

Comment ne pas rabâcher encore et toujours que les États européens pris isolément n'ont aucun autre espoir de s'en sortir que par une vassalisation au puissant du moment. La seule alternative est l'union, mais une Union forte de pays qui partagent plus que des normes commerciales, des intérêts pour les rendre communs.

 

L'Europe peine à se faire par le haut car ses structures actuelles ne s'y prêtent pas et car ses dirigeants s'épuisent à faire valider le message dans leur pays respectifs, mais heureusement elle se construit par le bas. Des pans de l'industrie, du système bancaire sont devenus européens ; elle se construit dans l'énergie, dans les transports.

 

La réponse la plus optimiste vient des nouvelles générations issues du processus de Bologne et du programme Erasmus qui a suivi. Cette génération des nomades de l'Europe s'oppose à nos anciens, des êtres sédentaires attachés à leurs arpents de terre, rouges du sang des conflits du passé. Cette nouvelle génération est celle de ce jeune homme de 22 ans qui se présente aux élections européennes, cette jeunesse sans calcul qui comprendra que l'on partage avec les «potes» rencontrés à Londres Berlin, Rome, Madrid ou Dublin le fardeau de la Défense.

 

Pour défendre ce continent où ils se sentent chez eux, même si la saucisse de Francfort n'a pas le même goût que celle de Morteau, il faut définir, les intérêts que partagent les Européens. C'est simple d'admettre que les Européens veulent sur le continent, pouvoir financer des grands projets communs, et bien évidemment disposer de matières premières et de l'énergie nécessaires pour leur confort.

 

En mondialisation la stratégie ne peut être que globale, la Défense n'en n'est qu'un aspect néanmoins indispensable car on ne peut avoir des pourparlers diplomatiques efficaces sans gros bâton derrière son dos.

 

Les intérêts définis, les Européens pourront élaborer une stratégie et se doter de moyens financiers, diplomatiques, militaires pour défendre des intérêts communs. En mondialisation la stratégie ne peut être que globale, la Défense n'en n'est qu'un aspect néanmoins indispensable car on ne peut avoir des pourparlers diplomatiques efficaces sans gros bâton derrière son dos. Il faut accepter d'ouvrir la discussion en un comité qui ne peut être que restreint pour rester efficace, et le faire à l'abri des influences qui défendent d'autres intérêts.

 

L'Europe de la Défense est donc une nécessité mais sans stratégie commune elle est condamnée à végéter car elle est antinomique avec la vision que donne l'Europe d'aujourd'hui, marchande et normative. Or dans la Défense, la puissance normative est dominée à l'Ouest par l'OTAN et ses accords de normalisation, les Stanag qui ne peuvent être dupliqués. Ses armements ne peuvent s'exporter sous une bannière européenne car les contrats sont essentiellement politiques, donc traités par les États.

 

Le temps et révolu où pour se donner bonne conscience européenne, on échangeait un hélicoptère par-ci, un chasseur par-là, un bateau en prime et où on s'empressait de le retirer dès que le porteur était engagé par son pays dans une opération.

 

L'Union européenne a placé sa priorité dans la Sécurité, mais la sécurité seule coûte très cher et il n'y a pas de sécurité efficace sans Défense coordonnée. Sa stratégie doit ouvrir la porte aux moyens de Défense. Certaines composantes se prêtent mieux que d'autres au caractère transfrontalier de cette approche, la dissuasion nucléaire car très liée au sol pour peu qu'elle soit bien comprise et débarrassée de ses oripeaux d'un pacifisme englué dans ses contradictions, la défense maritime dès lors que les règles d'engagement se rapprochent, celle du ciel avec les mêmes restrictions, la cyber défense car l'informatique n'a pas de frontières et car la guerre financière de 2008 a montré que les intérêts européens divergeaient de ceux des Américains.

 

Ce n'est qu'en entamant ce chantier de construction que nos pays se prépareront à vivre dans les meilleures conditions possibles les grands changements qui s'annoncent à un horizon extrêmement proche à l'échelle de la stratégie. Enfants d'Erasmus, engagez-vous pour sauver votre continent où il fait bon vivre.

L'Europe de la Défense, c'est pour quand ?

* L'auteur a effectué une carrière dans la Marine, tant dans l'aéro-navale qu'au commandement des bateaux, qui l'a conduit au poste de chef d'état-major en 2005. Il fut ensuite Pdg de la société chargée du commerce d'Etat, Sofresa, devenue Odas. Vient de publier Faut-il avoir peur de 2030? aux éditions Harmattan

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