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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 12:20
Canadian air force CF-18 Hornet - Exercise Vigilant Eagle 13

Canadian air force CF-18 Hornet - Exercise Vigilant Eagle 13

 

10 novembre 2014 - Marc-André Houle* - ledevoir.com

 

Au Québec, comme au Canada, les débats concernant la Défense nationale se concentrent généralement sur le déploiement des troupes à l’étranger et sur l’opportunité de faire certaines acquisitions de matériel militaire. L’apport de la défense au développement économique des régions canadiennes est ainsi occulté.

 

L’acquisition de matériel militaire représente pourtant des investissements se comptant souvent en centaines de millions, voire en milliards de dollars. En examinant la répartition des contrats émanant du ministère de la Défense nationale, force est de constater que le Québec a de plus en plus de difficulté à bénéficier des investissements canadiens en défense. Alors qu’il récoltait autour de 30 % de l’ensemble des contrats militaires en 2001, on remarque que cette part n’a cessé de fondre pour chuter sous la barre des 20 % en 2012.

 

En somme, les entreprises québécoises ont été incapables de profiter de la période de réinvestissement militaire de la décennie 2000. Cette situation n’est pas sans rappeler un contexte similaire, au début des années 1980, alors que plusieurs programmes d’acquisition multimilliardaires, comme les frégates destinées à la Marine canadienne ainsi que les chasseurs CF-18, ceux-là mêmes qu’on souhaite aujourd’hui remplacer, avaient été lancés par Ottawa et où le Québec n’avait pas été en mesure de bénéficier pleinement des investissements associés à ces projets.

 

Pourquoi le Québec ne réussit-il pas à profiter des investissements en achat de matériel de défense ? Une partie de la réponse tient au fait qu’il s’est spécialisé au fil du temps dans les activités d’entretien d’équipement. Ainsi, quand le gouvernement fédéral investit dans les acquisitions, les entreprises québécoises n’arrivent pas à capter davantage de contrats de fabrication et sa part des retombées tend à diminuer par rapport à l’Ontario, les Maritimes et les provinces de l’Ouest. En contrepartie, quand les budgets d’acquisition diminuent ou stagnent, comme ce fut le cas pendant les années 1990, la valeur des contrats acheminés au Québec demeure sensiblement la même, mais sa proportion des retombées tend à augmenter.

 

D’autres facteurs permettent d’expliquer cet état de fait. D’une part, il y a belle lurette déjà que les milieux politiques et économiques ne se sont pas mobilisés pour réclamer de manière concertée des retombées de la défense au gouvernement fédéral. D’autre part, et pour toutes sortes de raisons, les Québécois en général ne s’associent pas naturellement aux affaires militaires, ce que la vive opposition manifestée face au déclenchement de la guerre en Irak, le faible taux d’approbation envers la mission en Afghanistan, voire les réactions négatives vis-à-vis le remplacement des chasseurs tend à confirmer.

 

Quoi qu’on en pense, le gouvernement demeure sensible à cette donnée quand vient le temps d’attribuer ses juteux contrats. Surtout, Ottawa a mis en branle il y a quelques années une réforme de la Politique des retombées industrielles et régionales (RIR) qui est le principal levier de l’activité économique de défense au Canada.

 

Les changements qui définissent cette réforme mettent l’accent sur le développement et la consolidation de la base industrielle de défense au pays et ce, au détriment de la régionalisation des retombées économiques, objectif premier de la politique lors de son adoption en 1986. Cette refonte a ainsi pour effet d’avantager l’Ontario, premier pôle industriel de défense au pays, mais également les régions de l’Est et de l’Ouest comme l’a notamment démontré l’attribution récente des contrats des navires fédéraux aux chantiers de Vancouver et de Halifax et l’exclusion du chantier maritime Davie de Lévis.

 

De sérieux doutes peuvent être émis quant à la capacité du Québec d’améliorer substantiellement sa performance sur le plan des retombées de la défense dans un avenir rapproché. Quoi qu’il advienne, il ne faut pas perdre de vue que les programmes d’acquisition d’armements du gouvernement fédéral sont financés par l’ensemble des contribuables canadiens et il est dans l’ordre des choses que les Québécois puissent bénéficier, tout comme les citoyens des autres régions canadiennes, des investissements en défense.

 

Dans ces conditions et dans un contexte où les ressources financières et économiques se font de plus en plus rares, le gouvernement québécois aurait tout avantage à tabler sur une nouvelle stratégie afin d’obtenir d’autres formes d’investissements, civiles plutôt que militaires, qui seraient plus structurantes pour son économie. Par exemple, Québec pourrait s’assurer d’obtenir sa juste part des retombées de la défense en demandant certaines compensations financières visant à relancer l’industrie manufacturière des régions québécoises en difficulté, à développer son secteur énergétique ou encore à mettre en oeuvre une stratégie d’électrification des transports.

 

Des négociations en ce sens devraient être entreprises rapidement avec Ottawa. Il s’agirait dès lors d’un tout nouveau chapitre dans l’histoire des retombées de la défense au Québec ainsi qu’une occasion pour le gouvernement libéral de démontrer une forme de leadership à la fois en matière économique et de relations avec le gouvernement fédéral.

 

* Candidat au doctorat, Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes (CREQC), Département de science politique, UQAM

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