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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 13:55
Pourquoi le Rafale va s'exporter

Au Qatar, c'est brûlant. Après trois semaines de négociations entre Dassault Aviation et le Qatar en France, l'avionneur est vraiment très proche d'un premier contrat export pour le Rafale (36 appareils). - Photo  JL. Brunet  Armée de l'air

 

05/12/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

L'alignement des planètes semble favorable à une vente prochaine du Rafale. Une petite dizaine de pays s'intéresse à l'avion de combat français.

 

Qatar, Inde, Émirats Arabes Unis, Égypte, Malaisie, Indonésie, Belgique et pourquoi pas la Finlande... Ce ne sont pas les principales destinations des tour-opérateurs en 2015 mais la possibilité de voir un jour le Rafale atterrir dans un ou plusieurs de ces pays soucieux d'acquérir un avion de combat certifié "combat proven". Des pays qui souhaitent également disposer d'un outil militaire de puissance capable de se projeter sur un théâtre d'opérations complexe. Et pas seulement pour les parades militaires ou pour la police du ciel pour les sommets du G20.

Car en dépit du "french bashing" récurrent à propos de cet avion de combat, l'alignement des planètes pourrait enfin sourire à ce bijou technologique français. Et dire qu'aux États-Unis, il est très respecté... mais aussi combattu avec force. Tous les moyens sont bons pour le battre sur tous les appels d'offre internationaux. En Corée du Sud, où le Rafale avait surclassé le F-15 à l'issue des évaluations, il a fallu que George Bush décroche son téléphone pour appeler Séoul à la raison... et lui rappeler la forte présence militaire américaine. Avec succès malheureusement pour Paris.

 

Les opex, une vitrine pour le rafale

Pourquoi reparle-t-on du Rafale à l'export maintenant ? Car l'appareil développé et mis au point par Dassault Aviation et ses partenaires au sein du GIE Rafale (Thales et Safran) a atteint un degré de maturité opérationnel de très haut niveau. Ses nombreuses interventions en Libye, où il est entré en premier dans l'espace aérien libyen, en Afghanistan, au Mali et aujourd'hui en Irak, ont été suivies avec beaucoup d'attention par la plupart des armées de l'air du monde entier. Et cela compte. Car rien de plus facile pour le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Denis Mercier, de captiver lors de rencontres bilatérales ou à plusieurs ses homologues en racontant les missions du Rafale dans le ciel libyen, afghan, malien et irakien. Alors que d'autres ne peuvent raconter que des scénarios de missions...

C'est évidemment une vitrine commerciale pour le Rafale. « La capacité de la France à intervenir en premier, avec des matériels capables de traiter les cibles de manière précise - bien plus qu'en envoyant une centaine de Tomahawk dans la nature -, et d'y effectuer des missions longues - directement entre Saint-Dizier et le Mali - a été appréciée, avait estimé en 2013 le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier. Non seulement elle l'a été sur le plan politique - car n'importe quel pays n'a pas une telle capacité d'intervention -, mais elle l'a été aussi sur le plan des moyens matériels et de la faculté à opérer parfaitement les manœuvres. Cela s'est vu un peu partout dans le monde. L'opération au Mali a donc eu une influence positive sur l'image du Rafale, comme avant celle effectuée en Libye ».

 

Un armement de haut niveau

En outre, le Rafale est également un avion de combat, qui bénéficie de missiles extrêmement performants pouvant séduire les pays intéressés. Grâce notamment à MBDA et à un degré moindre Safran avec la bombe guidée de précision AASM Hammer. C'est d'ailleurs pour cela que Dassault Aviation empêche souvent avec succès à MBDA et Safran de fournir d'autres avions de combat concurrents. "Le Rafale est le seul chasseur au monde capable de porter 1,5 fois sa propre masse", grâce à ses capacités de 14 points d'emport, assure Dassault Aviation. Et de préciser que "deux Rafale représentent un potentiel équivalent à six avions de la classe Mirage 2000".

Le Rafale a été conçu pour accomplir toutes les missions de l'aviation de combat : interception et combat air-air avec canon de 30 mm, missiles Mica IR/EM et missiles Meteor (à partir de 2018) ; appui au sol avec canon de 30 mm, bombes guidées laser GBU-12/24, bombes guidées GPS AASM (utilisés en Afghanistan, en Libye et au Mali) ; frappes dans la profondeur avec missiles de croisière Scalp-Storm Shadow (utilisés en Libye) ; attaque à la mer avec missile Exocet AM39 Block 2 ; reconnaissance tactique et stratégique en temps réel avec nacelle Areos (utilisée en Afghanistan, en Libye et au Mali) ; ravitaillement en vol d'un Rafale à un autre ("buddy-buddy") et enfin dissuasion nucléaire avec missile ASMP-A.

 

Des pays intéressés par le Rafale

Une petite dizaine de pays restent intéressés par le Rafale à des degrés divers. Cela peut surprendre mais c'est bien le cas. Tout simplement parce que leurs armées de l'air ont besoin de renouveler actuellement leur flotte d'avions de combat. Et surtout ces pays souhaitent diversifier leur approvisionnement pour ne pas rester dans les mains d'une seule puissance capable d'exporter ce type de matériel comme les États-Unis et la Russie. C'est donc une vraie chance pour le Rafale qui peut bénéficier de cette posture stratégique. Par exemple sans les Mirage 2000-9 la chasse émiratie n'aurait jamais pu intervenir aussi rapidement en Libye contre des positions islamistes cet été. Pas sûr que les États-Unis auraient donné non seulement leur accord et mais aussi dans les temps pour une opération engageant des F-16, fussent-il propriétés des Émirats Arabes Unis.

Alors pourquoi tant d'échecs auparavant ? Pour des raisons surtout liées au poids des États-Unis en Corée du Sud et Pays-Bas en 2002 et à Singapour en 2005. Mais aussi par la faute de la France qui a mené des campagnes politico-commerciales prometteuses mais gâchées au final par des maladresses incroyables. Notamment au Maroc (2007), en Suisse (2011) et au Brésil (2013). Au Maroc pourtant prêt à s'offrir l'avion de combat français, la France n'a pas su répondre à temps à une demande de financement pourtant récurrente du royaume pour l'achat de 18 Rafale (2,1 milliards d'euros). Et les États-Unis s'engouffreront dans la brèche faisant une proposition moins chère que celle des Français dépassés. Avec succès.

En Suisse, alors que Dassault Aviation croit dur comme fer à un premier succès export, Nicolas Sarkozy douche tous les espoirs de l'avionneur en accusant Berne d'être toujours un paradis fiscal, lors du G20 à Nice en novembre 2011. Furieuse la Suisse, pourtant elle aussi intéressée par le Rafale, lui préfère fin 2011 le Gripen, pourtant classé bon dernier lors des évaluations de l'armée de l'air suisse. Enfin, au Brésil, la relation entre le président brésilien Lula et Nicolas Sarkozy est excellente jusqu'en 2010. Mais mi-2010, Paris ne soutient pas Brasilia, qui attendait pourtant l'aide de la France, sur le dossier du nucléaire en Iran. Lula, qui était deux doigts d'acheter 36 Rafale en 2009, en prend ombrage. D'autres raisons occultes seraient également avancées.

 

Le Qatar premier pays export?

Au Qatar, c'est brûlant. Après trois semaines de négociations entre Dassault Aviation et le Qatar en France, l'avionneur est vraiment très proche d'un premier contrat export pour le Rafale (36 appareils). Elles sont très avancées, à tel point que les négociateurs en seraient à parler des modalités de paiement et de garanties bancaires. En tout cas le cheikh Tamin ben Hamad Al-Thani souhaite conclure avant la fin de l'année.

En Inde, les négociations avec l'Inde sur un contrat d'environ 15 milliards de dollars (12 milliards d'euros) portant sur 126 Rafale sont "sur le point d'aboutir", a-t-on dit mardi dans l'entourage du ministre français de la Défense. "Nous pouvons dire que les négociations sont sur le point d'aboutir", explique-t-on dit dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian, qui était en Inde en début de semaine. Il n'est pas impossible que New Delhi notifie un contrat avant la fin de l'exercice budgétaire fin mars.

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