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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 08:40
L'Amérique de retour au chevet de l'Europe

 

01/02/2015 Par Laure Mandeville – LeFigaro.fr

 

Washington a compris qu'une solution politique en Ukraine n'était plus à portée de main face au Kremlin.

 

L'Amérique commence enfin à prendre la mesure du danger que représente la puissance agressive de la Russie de Poutine pour le futur de l'Europe. Cela a pris du temps. En 2009, malgré la guerre de Géorgie, Barack Obama pensait encore pouvoir «travailler avec Moscou». Même après l'annexion de la Crimée et la guerre déclenchée en sous-main par le Kremlin en Ukraine orientale en 2014, elle a continué d'espérer qu'un mélange de sanctions économiques et de négociations permette de résoudre la crise sans trop de casse. Elle sous-estimait le danger russe, qualifié de «régional». Plus maintenant.

 

Poker menteur

Avec l'enterrement du processus de Minsk dans les décombres de l'aéroport de Donetsk et des attaques menées par les séparatistes d'Ukraine prorusses à Marioupol, la Maison-Blanche comprend qu'une solution politique est «loin d'être à portée de main» et que dans la partie de poker menteur qu'il a engagée pour réaffirmer son emprise sur son ex-empire et diviser l'Europe et l'Alliance atlantique, Poutine est décidé à augmenter sa mise sans ciller. Jusqu'où? L'Administration américaine se le demande avec anxiété. Elle réalise que ses espoirs de gérer la crise à travers un arsenal de sanctions économiques dissuasives ont au contraire conduit Vladimir Poutine à redoubler d'agressivité. La bataille idéologique visant à discréditer l'Occident bat son plein à Moscou et à travers l'Europe.

Du coup, une immense inquiétude et un profond désarroi étreignent Washington sur une question russe qu'elle croyait disparue des écrans radar. Sur un certain nombre de points, l'Amérique a commencé à réagir. L'Administration a décidé notamment de renforcer les sanctions économiques, qui ont déjà provoqué un effondrement du rouble et de l'économie russe. Les navettes entre Washington et l'Europe ont repris, la priorité d'Obama étant de préserver un front uni. En phase avec Berlin pour durcir le ton, l'Amérique s'est efforcée de rallier Paris, la France ayant envisagé à haute voix la fin possible des sanctions en cas de concessions russes suffisantes, à la suite d'une rencontre entre François Hollande et Vladimir Poutine à l'aéroport Cheremetievo. Paris est depuis revenu à une position plus dure…

 

Renforcer les déploiements de l'Otan

L'autre souci va être de renforcer les déploiements Otan à l'est de l'Europe (notamment en installant «de nouveaux commandements» dans six pays d'Europe de l'Est), au cas où la Russie aurait idée de vouloir tester la solidité de l'article 5. Autre axe majeur: le renforcement de l'Ukraine. L'entourage d'Obama estime avoir à Kiev «le gouvernement le plus compétent et réformiste» depuis l'indépendance et appelle à débourser 15 milliards de dollars à brève échéance pour aider l'Ukraine «à réussir sa transformation sur les 93 % du territoire qu'elle contrôle». John Kerry sera à Kiev vendredi, pour exprimer ce soutien.

Mais ira-t-il jusqu'à apporter aux Ukrainiens le soutien militaire qu'ils réclament? Pas sûr. Ce lundi, le think-tank Atlantic Council, très en pointe sur ce dossier, doit publier un rapport préparé par plusieurs grands noms de la politique étrangère qui appellent à la fourniture d'une aide militaire d'un milliard de dollars à l'Ukraine. Mais à la Maison-Blanche, si «on réfléchit à nouveau à cette éventualité», l'hésitation reste très forte en raison de «la peur de l'escalade».

 

Test de l'Occident

L'Administration craint que Poutine, qui a récemment qualifié l'armée ukrainienne de «légion étrangère de l'Otan», ne voie là une déclaration de guerre et ne fasse monter les enchères en pratiquant «l'escalade» pour tester l'Occident. Selon une source proche du renseignement américain, Washington aurait intercepté un texte d'un général russe appelant à exercer une frappe nucléaire tactique préventive contre l'Ukraine, en cas d'invitation à entrer dans l'Otan. N'excluant pas une fuite délibérée, visant à intimider, les services américains notent toutefois que de tels messages reflètent l'imprévisibilité d'une Russie prête à tout «pour garder l'Ukraine». Les Américains s'inquiètent aussi grandement du déploiement d'armes nucléaires tactiques en Crimée et de la «spectaculaire modernisation» de l'arsenal atomique russe…

Pour les experts avertis, pas de doute: Poutine «fait monter les enchères, pour que des choses qui semblaient il y a peu inacceptables puissent être mises sur la table», note le vice-président de l'Atlantic Council, Damon Wilson. Le chef du Kremlin, note le stratège Walter Russell Mead, «pense que l'engagement de l'Amérique en Europe est tellement faible que les États-Unis ne réagiront pas à temps ou avec suffisamment d'efficacité, alors que la Russie s'efforce de changer l'ordre européen». «Nous pouvons prouver qu'il a tort, estime-t-il, mais il va falloir augmenter notre mise. Les décideurs américains vont devoir repivoter vers un engagement en Europe.»

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