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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 16:50
MALE 2020 photo RP Defense

MALE 2020 photo RP Defense

 

15/06/2015 Par Alain Guillot - LeFigaro.fr

 

TRIBUNE - Alain Guillot, associé et directeur général d'Alixpartners en France, analyse les blocages à la construction d'une Europe de la Défense qui reste toutefois un objectif pour les Européens.

 

Dans un contexte de contraction des budgets de défense, les industriels européens doivent faire face à une compétition accrue à l'international sans pouvoir s'appuyer sur une demande européenne harmonisée et soutenue.

 

Depuis le pic de 2010, les budgets de défense américains ont été réduits de 25% (de 765 milliards de dollars en 2010 à 578 en 2015), même s'il est prévu d'augmenter de 9% les achats de matériels et d'équipements entre 2013 et 2015 (de 169 à 185 milliards de dollars). En Europe, les budgets de défense en 2014 sont stables depuis 2010 (169 milliards de dollars pour la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne réunis). La Russie et la Chine augmentent leurs dépenses de défense mais restent des marchés très peu accessibles aux occidentaux. Le Moyen-Orient et l'Inde sont aujourd'hui les marchés les plus attractifs mais la compétition y est très forte. La croissance à l'international est le défi majeur des industriels dans des environnements géopolitiques très instables.

 

Les cinq principaux industriels américains de la défense réalisent 71 à 87% de leurs revenus aux États-Unis. Leurs parts de marché cumulées diminuent depuis 2003 mais leurs profits augmentent, signe d'une focalisation plus forte sur les marchés les plus rentables. Les dépenses américaines se concentrent sur un nombre plus réduit de programmes, les cinq principaux programmes ayant doublé leur poids dans les dépenses sur les 15 dernières années. Les industriels impliqués bénéficient ainsi d'un marché significatif permettant de maintenir niveau d'activité et rentabilité.

 

Consortiums muli-pays difficiles à gérer

 

Mais qu'en est-il pour les industriels européens? À première vue, on pourrait se féliciter des programmes lancés conjointement par différents États européens. Avion de combat Eurofighter, hélicoptères NH90 ou Tigre, frégates multi-missions FREMM, missiles Meteor ou avion de transport A400M en sont quelques illustrations. A priori, ces programmes permettent de consolider des volumes de production plus importants et donc de générer des économies d'échelle et un meilleur amortissement des frais d'études gages d'une meilleure compétitivité des industriels.

 

Cependant derrière ces programmes se cachent de multiples clients aux intérêts et besoins variés. Entre les différentes spécifications exigées par les états-majors, la diversité des missions à accomplir (parachutage, transport de troupes et de matériel, ravitaillement en vol…) et la maturité technique hétérogène des partenaires, les développements et intégration sont rendus longs, complexes et plus incertains.

 

Le protectionnisme à l'égard de sociétés et/ou de technologies nationales parfois plus coûteuses et moins matures est un second frein à l'efficacité d'une industrie européenne de la défense et à la maîtrise des coûts et délais de développement. De même le contrôle parfois excessif sur des approvisionnements à l'étranger de composants non stratégiques (les pièces mécaniques simples par exemple) est un frein à la réduction des coûts des produits.

 

Comparée à des consortiums multi-pays compliqués à gérer, lourds dans leurs circuits de décision et dupliquant souvent les ressources utilisées, une société intégrée est une structure plus efficace et opérationnelle. Cette société peut néanmoins être détenue directement ou indirectement par les États.

 

Émergence de nouveaux acteurs comme Google

 

En bloquant des consolidations voulues par les industriels pour des considérations nationales, les États se privent de la construction d'acteurs plus solides et capables de mieux attaquer les marchés internationaux avec des offres produits et services plus larges et mieux adaptées aux besoins des clients. Ces non-consolidations se traduisent par un recentrage des industriels sur un nombre plus limité de produits pour atteindre une meilleure rentabilité comme le montrent les cessions en cours ou prévues d'Airbus Defense & Space et de BAE Systems dans leurs activités défense.

 

En fragilisant les industriels européens, les États laissent le champ aux américains établis et disposant d'un marché intérieur important ou sur des produits futurs, comme dans le domaine des drones ou de la gestion de données, à de nouveaux acteurs venant du civil, comme Google, ayant de larges capacités financières.

 

La mise en place de politiques communes de défense entre les États membres, l'harmonisation des besoins des états-majors et des programmes portés par une société unique sont des enjeux clés d'intégration, d'efficacité et de rentabilité pour les industriels de la défense. Le programme annoncé de drone européen sera-t-il enfin la démonstration de ces évolutions nécessaires?

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