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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 20:27

camp de Warehouse

 

14/05/2012 Par Isabelle Lasserre –LeFigaro.fr

Effectué par la route ou par les airs, le départ des soldats français a peu de chances d'être effectif avant fin 2012.

Retirer toutes les troupes françaises d'Afghanistan avant la fin 2012. C'est l'une des principales promesses électorales de François Hollande dans le domaine international. Mais sera-t-il capable de la tenir?

 

Concrètement, il s'agit d'évacuer 3 400 hommes, 900 véhicules dont 500 blindés, 1 400 conteneurs, 3 Mirage 2000 et 14 hélicoptères. Le seul moyen de respecter le délai de 2012 serait d'utiliser des avions-cargos, capables d'emporter les hommes et le matériel depuis les aéroports de Kaboul ou de Bagram jusqu'en France ou aux Émirats arabes unis, où Paris dispose d'une base militaire. La France étant sous-équipée en gros-porteurs, elle devra louer à la Russie ou à l'Ukraine des Antonov, capables d'héberger 7 à 8 véhicules blindés. Mais à environ 30 000 euros l'heure, le prix de l'aller-retour est astronomique. Le retrait anticipé aurait donc un coût énorme. «Il faudrait augmenter tout de suite les impôts», ironise un spécialiste.

 

Même si la France en avait les moyens, elle se heurterait à l'engorgement des aéroports afghans qui devront déjà absorber le retour au pays de 23 000 soldats américains avant la fin septembre. Ainsi qu'à un problème de disponibilité des gros-porteurs, également convoités par les autres pays de l'Alliance pour leurs rotations.

Seconde solution, la moins chère mais aussi la moins sûre: emprunter la route du sud, celle du Pakistan. Mais elle est pour l'instant fermée, Islamabad ayant jusqu'à nouvel ordre interdit le transit de matériel militaire sur son territoire pour protester contre les tirs de drones américains au Pakistan.

 

Reste la route du nord, par le rail, via l'Asie centrale et la Russie. Elle n'est pas donnée non plus, les pays d'Asie centrale, notamment l'Ouzbékistan, ayant augmenté leurs droits de douane, mais elle est plus sûre. Même par cet itinéraire, cependant, le retrait sera long et compliqué à organiser. Certes, les manœuvres de décrochage se feront en coordination avec les alliés et avec l'armée afghane. Mais l'été est propice aux attaques des talibans, qui pourront profiter de la végétation pour monter des embuscades contre les convois de l'Otan. Alors que les soldats français ont reçu l'ordre il y a quelques mois de ne plus guère sortir de leurs bases pour limiter les pertes pendant la campagne électorale, des officiers redoutent que le retrait s'effectue dans la violence.

Sommet de Chicago

Conscient des obstacles auxquels se heurte son projet afghan, le nouveau président français a commencé à mettre de l'eau dans son vin. Il laisse désormais entendre que seules les troupes combattantes pourraient partir avant la fin 2012. Quant au retrait du matériel, il «prendra sans doute plus de temps».

 

Pour les militaires, la mission reste très difficile à mettre en place. «On ne va pas laisser nos équipements et demander aux Américains qu'ils le protègent !», glisse l'un deux. Si les troupes combattantes sont évacuées, qui protégera les convois d'équipement des attaques des talibans lorsqu'ils entameront leur retraite?

 

Le retrait précipité de la France, soulignent certains experts, risque en revanche de désorganiser la coalition. La transition en Kapissa, le secteur français, doit normalement durer dix-huit mois. Qui épaulera pendant tout ce temps, dans cette province très instable, la jeune armée afghane?

 

Aux limites financières, sécuritaires et techniques, s'ajoutent des considérations diplomatiques. «En partant plus tôt que prévu, nous risquons d'abîmer notre relation avec les États-Unis et de passer pour un allié non fiable», redoute un gradé. Au début de l'année, Nicolas Sarkozy avait déjà décidé de précéder d'un an le calendrier établi par l'Otan, qui prévoyait un départ des forces combattantes avant la fin 2014. Washington avait à l'époque manifesté une certaine irritation, au moins sur la forme. Au sein de la coalition, plusieurs petits pays, pas très à l'aise avec l'engagement afghan, pourraient profiter du retrait français pour accélérer eux aussi leur départ. L'armée de terre française nourrit elle aussi quelques amertumes. «Les soldats ont le sentiment de ne pas être allés jusqu'au bout, de devoir partir en cours de route et de manière un peu précipitée», commente un officier.

 

Entre la promesse faite aux électeurs, la réalité sur le terrain, les impératifs diplomatiques et l'exigence de sécurité, la marge de manœuvre de François Hollande à Chicago, où il se rend cette semaine pour participer au sommet de l'Otan, est étroite. Certains parient qu'il finira par épouser le calendrier de Nicolas Sarkozy. Et que le reste ne sera qu'une question de sémantique.

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