Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 17:00

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/air/actualites/images-2011/images-avril-2011/affiche-du-colloque-international/1191972-1-fre-FR/affiche-du-colloque-international_article_demi_colonne.jpg

 

3 mai 2011 par Édouard Maire – info-aviation

 

Le colloque organisé le 2 mai au Sénat par le CESA fut l’occasion d’un vif débat entre militaires, industriels et politiques sur l’achat de drones armés pour l’armée française.

 

Le sénateur Josselin de Rohan affiche la couleur dès l’ouverture : « La France et l’Europe ont manqué la révolution des drones. Nous nous sommes fait des noeuds au cerveau, nous avons créé des concepts, mais pas de drones. »

 

Depuis plus d’un an, l’armée française attend fébrilement l’arrivée d’un drone capable de détruire des cibles au sol. Cette absence se fait notamment sentir en Libye et en Afghanistan où l’armée de l’air peine à assurer ses missions, et doit parfois recourir aux drones américains pour désigner ses cibles. Le drone Harfang déployé à Kaboul est un bon exemple. « On est délaissé par rapport à des aéronefs plus évolués. Le Harfang ne possède aucune arme ce qui met en danger nos troupes au sol. » lâche le lieutenant-colonel Bruno Paupay, commandant en second de l’escadron drones Belfort basé en Afghanistan.

 

Le déploiement opérationnel du Harfang a pris cinq ans si bien qu’une fois sur le terrain son système est déjà obsolète. Démonstration vidéo à l’appui, le lieutenant-colonel Paupay montre deux images prises à distance équivalente en Afghanistan : l’une produite par le capteur du Harfang et l’autre par son homologue américain. La différence est flagrante. L’image du Harfang est monochrome, saturée et moins précise quand le drone US délivre une image en couleur de bien meilleure qualité et surtout beaucoup plus proche.

 

Face à ce constat accablant que personne n’ignore les industriels tentent une explication. « L’armement a bien été envisagé sur les drones à l’exportation mais le développement s’est avéré trop complexe et très coûteux. Mieux vaut attendre la version définitive du Harfang que d’armer la version actuelle. La seule limitation à l’investissement est la perspective d’exportation car un drone armé se vend moins facilement qu’un drone civil. Par ailleurs, il faut des armements plus légers (10 à 20 kg) », explique Luc Boureau, directeur de Military Air Systems chez Cassidian.

 

Du côté des politiques, c’est l’exaspération. « Le Harfang même modernisé ne permettra pas de revenir dans la course ! », s’exclame Jean-Claude Viollet, député de la Charente et membre de la commission de la défense à l’assemblée nationale. « Acheter des Reaper sur étagère ? Parfait, je n’ai rien contre mais combien ça coûte ? Nous n’avons aucun chiffre. Que faire en cas de conflit d’intérêts avec les USA sur un théâtre d’opération ? En Libye les américains nous aident avec leur MQ-1 mais que se passera t-il si nos intérêt divergent un jour ? Faut-il armer les drones ? La question n’est même pas posée au gouvernement. Pourquoi ne parle t-on jamais du Heron ? Oui le drone MALE est indispensable au parc, on a même 139 millions d’euros pour le développer et peut-être même 141 millions en 2015. Par ailleurs, la coopération avec le Royaume-Uni est une excellente nouvelle car nous avons beaucoup de points communs avec les Britanniques qui possèdent en outre déjà un drone opérationnel, le Watchkeeper« .

 

Jacques Gautier, sénateur des Hauts-de-Seine et membre de la commission de défense, ne se pose pas tant de questions. Selon lui, l’achat du Reaper américain sur étagère s’impose, chiffres comparatifs à l’appui. « Le Reaper peut voler 22 heures avec 6 heures aller/retour. L’achat de 7 aéronefs et 4 stations Reaper à General Atomic sans francisation coûterait 314 millions d’euros. Le Harfang, lui, ne peut voler qu’une heure sur zone et nécessite 14h30 d’aller-retour pour un coût de 400 millions d’euros. Le Harfang est donc plus cher, moins performant, ne crée pas d’emplois et présente un risque de dérapage calendaire (block 6). Je recommande donc clairement l’achat du Reaper », conclue t-il.

 

Cette comparaison chiffrée du sénateur fait naturellement grincer des dents les responsables chez Cassidian qui annoncent un coût de 10 000 euros par heure de vol pour le Harfang. Le député Jean-Claude Viollet, lui, ne cache pas son scepticisme. « Que comprennent ces chiffres ? Le soutien, la formation, le satellite ? Si l’on est aux USA faut-il payer un loyer ? Toutes ces questions méritent d’être posées car elles n’apparaissent nulle part dans ce budget. »

 

En attendant les devis, la décision du gouvernement tarde à arriver. Il est probable que l’achat sur étagère de drones américains serait plus rentable financièrement à court terme, mais il s’agit d’un choix politique qui comme le souligne Jean-Claude Viollet, entraîne une dépendance. Les industriels français, eux, se disent prêts à investir à condition que les débouchés à l’exportation soient suffisants. Rien n’est moins sûr. En attendant, les militaires français se débrouillent avec un Harfang dont les missions restent limitées à la reconnaissance et à la surveillance.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Categories