Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 11:15

http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/photo/art/default/935314-1109203.jpg?v=1307571922

 

8 Juin 2011 Jean-Dominique Merchet

 

Dans le monde de la défense, le débat fait rage sur l'achat éventuel de drones américains.

 

"Opération Harmattan. Point de situation n°30. La France a réalisé au cours des sept derniers jours plus de 210 sorties, dont 125 sorties d'attaque au sol (Mirage 2000-9 et F-18M)". Voilà ce que vous auriez pu lire chaque semaine sur le site du ministère de la Défense... si les états-majors avaient été entendus, il y a plus de vingt ans. La Marine nationale souhaitait alors acheter des F-18 américains pour remplacer ses Crusaders à bout de souffle et l'Armée de l'air se serait volontiers contenté d'une modernisation du 2000. Le Rafale n'aurait sans doute jamais vu le jour... ou alors plus tardivement encore et dans une version moins polyvalente. Un peu comme l'Eurofighter.

 

La France se trouve aujourd'hui confrontée à un tel choix, avec les drones MALE (Moyenne altitude longue endurance). Les militaires, en particulier l'état-major des armées et l'armée de l'air, souhaitent remplacer le plus rapidement possible le drone Harfang. Ce système intérimaire, entré en service avec plus de quatre ans de retard en 2008, est "totalement dépassé" assure un général. Ses optiques seraient trois fois performantes que celles mises en oeuvre par les drones américains et britanniques Reaper (photo). Le Harfang, une coproduction entre Israel Aircraft Industries et EADS, n'emporte ni armement, ni système électromagnétiques - à cause de la faiblesse de ses capacités électriques. "Il sera en fin de vie en 2012" ajoute une source proche du dossier.  D'autres, moins pessimistes, pensent pouvoir le prolonger jusqu'en 2015.

 

Même s'il rend des services appréciables en Afghanistan, il ne compte que pour 2% des missions de la coalition avec 1700 heures de vol annuels. La France ne possède que quatre Harfang (et trois boules optroniques), ainsi que deux stations sols. Tous ces systèmes sont mis en oeuvre par l'escadron 1/33 Belfort, à Cognac.

 

Les aviateurs et les utilisateurs du renseignement que les drones fournissent aimeraient acquérir vite un drone "intermédiaire" dans l'attente du futur engin franco-britannique Télémos, qui pourrait être livré à partir de 2017.

 

Quoi qu'il en soit, il existe un trou capacitaire d'au minimum deux ans, à condition de mainternir le Harfang jusqu'au bout et de faire très vite pour son successeur européen. Le perte de capacité opérationnelle, pour embêtante qu'elle soit, est peut-être moins grave que celle du savoir-faire des personnels (pilotes, mécaniciens, etc).

 

Pour les militaires, un choix s'impose : acheter de toute urgence quelques Reapers américains (de quatre à huit). L'absence d'un tel engin se fait en effet cruellement sentir en Libye, où l'US Air Force engage ses drones pour désigner les cibles, en particulier les Time sensitive targets, c'est-à-dire les cibles d'opportunité. Un Reaper, avion de la classe des quatre tonnes, pourrait parfaitement être engagé en Libye à partir de la Corse. Les militaires estiment que les Américains (General Atomics) pourraient livrer rapidement ses drones, qui équipent déjà les Britanniques et les Italiens. La formation des équipages et des spécialistes aurait lieu aux Etats-Unis. Si la décision était prise rapidement, les premiers Reapers pourraient entrer en service dans l'armée de l'air courant 2013.

 

Une question se pose toutefois : à quoi serviront-ils alors ? En principe, le retrait d'Afghanistan devrait être sérieusement engagé à cette date. Il ne sera donc pas nécessaire de renforcer la contribution (très modeste) de la France aux capacités drone de la coalition. Quant à la guerre de Libye, il faut espérer qu'elle sera achevée depuis longtemps... Certes, les drones pourraient être utilisés sur d'autres théatres, par exemple le Sahel, même si la couverture satellitaire pose quelques problèmes. Quoi qu'il en soit, au regard du calendrier, les Reapers risquent d'arriver trop tard par rapport aux besoins actuels. On paye là une bonne dizaine d'année d'atermoiements dans ce domaine.

 

Les industriels français redoutent que l'achat d'un drone "intermédiaire" américain asséche les rares crédits disponibles et reportent aux calendes grecques les projets européens, Talarion ou plus probablement Télémos, qui a le mérite d'être moins ambitieux, moins cher et franco-britannique. Le coût du Reaper est estimé à 100 millions d'euros, pour quatre appareils et deux stations sol.

 

On retrouve là la problématique de l'achat des F-18 pour l'aéronavale, à la fin des années 80. Pour les opérationnels, le choix pouvait sembler rationnel, car le Crusader - un appareil des années 60 - devenait obsolète et peu capable de remplir ses missions de défense aérienne. Le choix a pourtant été fait de sacrifier pendant un temps la défense aérienne du groupe aéronaval en attendant l'arrivée du Rafale. Force est de constater que la menace était faible et que la Marine n'a jamais été prise au dépourvu ou contrainte de renoncer à des missions, faute de chasseurs de dernière génération.

 

Deux logiques s'affrontent : celle des militaires qui mènent les guerres d'aujourd'hui et celles des industriels qui entendent conserver, pour eux et donc pour la nation, des capacités de concevoir et de produire des armements sophistiqués. Il est incontestable que les militaires seraient aujourd'hui plus à leur aise s'ils possédaient une petite flotte de drones comparable au Repaer américain. Il est tout aussi vrai que les industriels doivent préserver l'outil industriel sans lequel il n'est pas, à l'avenir, de défense crédible. C'est aux politiques de trancher.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Categories