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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 16:30

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Quinze jours après la fuite sur la place publique du projet de mariage entre EADS et BAE Systems, quels sont les premiers enseignements de ce « deal » hors norme ?


Calme plat en France, cacophonie en Allemagne.


Entre les deux pays, le contraste est total. Après les premières déclarations mesurées des politiques - même Arnaud Montebourg, le très engagé ministre du Redressement productif, a, pour une fois, fait preuve de retenue -, le projet EADS-BAE n'a plus été évoqué par les pouvoirs publics. Des instructions ont été données et c'est silence dans les rangs.


Dans une tribune adressée jeudi 27 septembre, à la Tribune.fr, troi sénateurs de la majorité et de l'opposition, Jean-Louis Carrère (PS), président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, et Daniel Reiner (PS) et Jacques Gautier (UMP), les rapporteurs du programme 146 « équipement des forces », sont sortis du bois pour défendre le projet.


En France, les services de Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie et David Azéma qui dirige l'Agence des participations de l'Etat, sont en première ligne sur ce dossier. Ils travaillent d'arrache pied. Et en silence.

En Allemagne, que de bruit ! Que de fureur ! Il ne se passe pas un jour sans qu'un député, un politique, un proche du dossier ne balance une critique, un ballon d'essai, une liste de doléance, un rapport confidentiel sur la place publique. C'est d'ailleurs, Thomas de Maizière, le ministre de la défense allemand, qui a annoncé à l'issue d'une réunion de travail à Chypre - à laquelle il était arrivé très en retard - avec ses homologues français et britanniques, que les Etats avaient besoin de temps pour donner leur feu vert à l'opération.  

 

C'est avec grand bruit que les députés du Bundestag ont convoqué, mercredi 26 septembre, Tom Enders, président exécutif d'EADS. Il a passé un mauvais quart d'heure, ses arguments ne portant pas. Fidèle à son tempérament, Tom Enders n'a pas pris de gant en assurant que faire entrer l'Etat allemand au capital d'EADS était stupide puisque l'action spécifique suffit à assurer l'égalité entre Paris, Berlin et Londres. Cette « specific share » « accorderait pour la première fois les mêmes droits à l'Allemagne et à la France sans que Berlin ne dépense un seul euro ».

 

Cette affaire illustre bien la différence entre la France et l'Allemagne. D'un côté, un débat feutré et une matière, les industries de défense, qui relève de l'exécutif plutôt que du législatif ; de l'autre un débat public et un sujet délicat en Allemagne, qui relève du législatif.  

 

Que veut l'Allemagne ?


« Dans un mariage à trois, il faut être l'un des deux ». L'adage est célèbre. La position allemande est simple : elle veut être l'un des deux. Mais elle n'en a pas vraiment le droit ni les moyens.

 

D'un côté, il y a un pays, la Grande-Bretagne qui est la première puissance militaire européenne et qui détient l'arme nucléaire. Et un Etat britannique pragmatique qui « fait du business ». Si EADS est la meilleure solution pour pérenniser BAE et si mes intérêts stratégiques relevant de la sécurité nationale sont assurés, alors « let's go ».

 

De l'autre, un pays, la France, qui est la seconde grande puissance militaire européenne, et une puissance nucléaire de premier rang. Et un Etat français qui détient depuis la naissance d'EADS en 1999, 15% du capital. Et qui n'a jamais lâché le groupe par gros temps. L'Etat s'est révélé un actionnaire exemplaire. Il a des droits depuis toujours car il a constamment investi dans la défense et soutenu EADS.

 

Entre ces deux pays, il y a l'Allemagne qui n'est pas une puissance nucléaire et dont le budget militaire est en berne. Et qui a annulé des commandes de matériels fabriqués par EADS : hélicoptères militaires Tigre et NH 90 notamment.


L'Etat allemand n'est pas présent au capital. C'est un groupe privé, Daimler, qui porte les intérêts allemands. Berlin a zéro droit. Mais en tant qu'Etat, il a son mot à dire.

 

Pour certains nationalistes allemands qui ont toujours poussé à grignoter du terrain au sein d'EADS et à se réapproprier des technologies, toute diminution de l'influence allemande au sein d'un ensemble plus vaste - ce qui sera le cas au sein d'EADS-BAE - est inadmissible. Certains dans l'entourage de la Chancelière poussent pour qu'elle tente un coup de force afin d'obtenir les mêmes droits que l'Etat français.

 

La dernière idée en date est de former un bloc de contrôle franco-allemand public au sein du futur géant en le dotant d'une minorité de blocage représentant environ 27% du capital. Une drôle d'idée car détenir une minorité de blocage n'a jamais interdit une OPA, ne permet pas d'intervenir sur le versement du dividende, ni de stopper une acquisition en cash... Bref, aux yeux de plusieurs spécialistes, l'action spécifique apporte plus de droits.

 

Mais pour Berlin, elle ne suffit pas. L'Allemagne estime qu'elle sera marginalisée face à la France si elle n'est pas au capital. Et il n'y a pas 36 solutions : soit Berlin entre au capital et rachète les titres de Daimler et cela coûte 4 milliards d'euros ; soit Paris sort, ce qui semble hautement improbable.

 

Sur le fond, le dossier avance bien


Cette semaine a permis des avancées sur de nombreux sujets, affirme-t-on du côté d'EADS. Les trois états ont listé leurs demandes (garanties sur l'emploi, les investissements, les sites industriels etc...) ce qui est normal. Berlin a pris du retard sur Paris et Londres. Mais les négociateurs du projet restent raisonnablement optimistes d'aboutir d'ici au 10 octobre, date butoir fixée par la réglementation boursière britannique.

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