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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 08:10

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08.06.2012 Rod Norland / The New York Times - Courrier international

 

Le Pakistan n'a toujours pas levé le blocage de ses routes aux convois de l'Otan, décidé en novembre 2011 en représailles à une bavure américaine. Les poids-lourds empruntent d'autres trajets, plus longs et plus risqués. Reportage.

 

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C'est probablement là, au sommet de l'Hindou Kouch, sur l'un des seuls itinéraires secondaires permettant d'accéder par le nord à Kaboul ainsi qu'au reste du pays, que l'on constate le mieux l'effet du blocage des routes pakistanaises aux camions de l'Otan décrété par Islamabad [depuis novembre 2011].

 

Sur près de 30 km au nord et au sud du tunnel de Salang [en Afghanistan], des milliers de camions sont immobilisés le long de la route et attendent leur tour pour traverser environ 2,5 km d'une route particulièrement dangereuse. Ce passage est la seule route carrossable pour les poids lourds de réapprovisionnement de l'Otan qui passent désormais par les républiques d'Asie centrale. Il existe bien d'autres chemins, mais ils se réduisent souvent à de simples pistes non goudronnées passant par des cols encore plus hauts et souvent propices à des attaques d'insurgés ou de bandits.

 

Conçu pour faire transiter un millier de véhicules par jour, ce tunnel – qui en accueillait déjà 2 000 avant le boycott pakistanais de novembre – doit aujourd'hui en faire passer quotidiennement près de 10 000, en alternant d'un jour sur l'autre le sens de circulation. "Il va y avoir une catastrophe, ce n'est qu'une question de temps, reconnaît le général Mohammed Rajab, responsable de la maintenance du tunnel. Un désastre est inévitable et quand il se produira, ce ne sera pas seulement une catastrophe pour l'Afghanistan mais pour toute la communauté internationale qui utilise cette route."

 

Aujourd'hui, les camions de réapprovisionnement de l'Otan représentent 90 % du trafic de ce tunnel. 
Situé à près de 3 600 mètres d'altitude, il a été construit en 1964 par les Soviétiques ; il ne mesure que 6 m de large à sa base et va en se rétrécissant. Des poids lourds bloquent régulièrement le passage en essayant de se croiser, leur chargement ne passant pas toujours sous les coins arrondis du plafond. Il faut alors les tracter à l'aide d'équipements lourds. D'autres restent coincés lorsque leurs chauffeurs sous-estiment la hauteur de leur véhicule. Le tunnel fait 4,8 m de haut mais seulement au milieu. "C'est un véritable cauchemar", reconnaît un conducteur de camion-citerne. L'éclairage du tunnel ne fonctionne pas, pas plus que les caméras de surveillance servant à repérer tout incident. Il y a des fuites d'eau au plafond et la plupart des ventilateurs sont hors d'usage.

 

Fin mai, un camion-citerne de l'Otan s'est renversé au niveau de l'entrée sud du tunnel, laissant sa cargaison s'échapper de sa cuve percée sur la route en lacets. Avec l'augmentation du trafic et la détérioration des routes, le trajet entre Kaboul et Hairatan, dépôt de fret et de carburant situé sur la frontière nord avec l'Ouzbékistan, prend aujourd'hui entre huit et dix jours au lieu d'une journée auparavant, expliquent de nombreux chauffeurs de camions. En voiture, le voyage prend désormais deux jours. 


 

"Hier, j'ai dormi là-bas, explique Sayid Ali, en désignant le dernier virage derrière lui à environ un kilomètre et demi. Ce soir, je dormirai probablement ici." Il lui a fallu cinq jours pour faire environ 40 km. Mohammadullad, chauffeur de camion-citerne pour l'Otan, est parti depuis huit jours et il n'est toujours pas arrivé au tunnel. Il explique que les conducteurs finissent souvent par manquer de nourriture et doivent payer des prix exorbitants pour se fournir auprès de vendeurs qui montent les approvisionner. D'après ses estimations, le voyage aller-retour devrait lui prendre presque un mois. "Je préférerais être sur la route de Kandahar, dit-il. Là-bas, les camions doivent être accompagnés de gardes armés à cause du risque d'embuscade mais c'est préférable à ces heures d'attente", explique-t-il.

 


Les routes pakistanaises partant de ports comme Karachi, bien meilleures et bien plus rapides, ont été interdites aux camions de l'Otan en signe de protestation contre la mort de 24 soldats pakistanais lors d'une frappe aérienne américaine. Le Pakistan a exprimé son intention de rouvrir la frontière mais le passage coûtera désormais 1 000 dollars [800 euros] par camion, contre 250 dollars [200 euros] auparavant. "Nous n'allons pas nous faire racketter", a déclaré le ministre de la Défense américain, Leon Panetta, sur la chaîne ABC.

 


Le tunnel de Salang, qui n'a jamais été complètement achevé (il manque un revêtement intérieur sur les parois ainsi qu'un tunnel de secours), a déjà une histoire tragique : 900 personnes, des Russes et des Afghans, y auraient péri en 1982 à la suite d'un accident ou d'une explosion lors du passage d'un convoi militaire. [L'hebdomadaire américain Time parle à l'époque de 2 700 victimes ; les autorités russes de moins de 200.] Il y a deux ans, une énorme avalanche à l'entrée sud du tunnel a fait au moins 64 morts (les personnes ont été ensevelies dans leur véhicule). 


 

Le seul autre point de passage possible se situe à l'ouest, sur le col de Shibar, explique le général Rajab. Ce trajet représente un détour de trois jours, ce qui pourrait déjà être mieux que le tunnel de Salang. Il faudrait toutefois améliorer la sécurité : les camions qu'il a récemment fait passer par cette route ont été attaqués et pillés.

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