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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 18:45

http://www.lefigaro.fr/medias/2011/12/21/0917a4e4-2c88-11e1-80b6-6740017fe59a.jpg

 

Convoi chinois antipiraterie de retour dans le port de Zhanjiang, en août 2009.

Crédits photo: ImageForum.

 

22/12/2011 Par Arnaud de La Grange - Figaro.fr

 

Une offre des Seychelles avive la crainte d'une installation de bases militaires chinoises à l'étranger.

 

L'invitation n'a rien de touristique, et elle a déjà fait grand bruit, en Inde comme aux États-Unis. La Chine vient de se voir proposer par les Seychelles des facilités militaires dans l'archipel, puisque sa marine croise en permanence en océan Indien dans le cadre de la lutte contre la piraterie. Même si la réponse de Pékin est mitigée, le projecteur est braqué sur les nouvelles ambitions internationales et maritimes chinoises. Et il n'en faut pas plus pour alimenter les craintes d'une poussée de la Chine en océan Indien, autour des détroits stratégiques qui bordent la péninsule arabique notamment. Une réalité, certes, mais plus nuancée qu'il n'y paraît.

 

C'est à l'occasion d'une visite du ministre chinois de la Défense, Liang Guanglie, au début du mois, que l'invitation des Seychelles a été formulée. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Paul Adam, a souhaité une «présence militaire» chinoise sur son sol, pour lutter contre les pirates. La Chine «étudie cette possibilité», a-t-il confié, car elle est impliquée dans cette mission et «a des intérêts économiques dans la région». Les Chinois seraient en bonne compagnie, d'ailleurs, a argué le ministre, rappelant que les Seychelles abritent déjà une petite base de drones américains, l'un d'eux s'étant écrasé sur l'aéroport international de Mahé le 13 décembre.

 

Lutte antipiraterie

 

La Chine a répondu avec prudence. Le ministère de la Défense a reconnu «étudier la possibilité de facilités de ravitaillement, dans des ports appropriés, aux Seychelles ou dans d'autres pays». Mais le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Liu Weimin, a affirmé que la Chine «n'a pas de plans pour établir des bases militaires à l'étranger». Ajoutant qu'il n'avait jamais entendu parler de la possibilité de stationner des hommes ou des avions aux Seychelles. Les diplomates chinois rappellent que depuis que la Chine participe à la lutte antipiraterie, fin 2008, les navires chinois ont déjà utilisé à plusieurs reprises des ports du Yémen, d'Oman ou de Djibouti, pour se ravitailler ou effectuer des réparations. En 2009, un amiral à la retraite, Yin Zhuo, avait exhorté son pays à monter des bases navales de soutien à l'extérieur, en appui à ces missions. Un ballon d'essai? Les «officiels», en tout cas, avaient pris leurs distances avec ces idées.

 

En Inde, la réaction ne s'est pas fait attendre. «Inde, attention! La Chine va ouvrir sa première base militaire en océan Indien», a-t-on pu lire dans la presse. Et nombre de commentateurs voient là une nouvelle manifestation de la montée en puissance chinoise. Il faut dire que le calendrier y pousse. Au même moment, le président chinois, Hu Jintao, appelait solennellement la marine à «accélérer résolument sa modernisation», pour se «tenir prête au combat».

 

On parle depuis longtemps déjà d'une volonté chinoise de se doter d'un chapelet de bases en océan Indien, ce fameux «collier de perles» qui comprendrait Gwadar au Pakistan, Chittagong au Bangladesh, Marao aux Maldives et les îles Cocos en Birmanie. De possibles facilités au Sri Lanka ont aussi été évoquées. Les Seychelles seraient la dernière pièce du dispositif. Mais la réalité est encore très ténue. «Ce n'est pas parce que la Chine finance ici ou là des travaux portuaires et cultive de bonnes relations avec des pays riverains intéressants qu'elle en est au stade de bâtir un réseau de bases outre-mer, commente un spécialiste du sujet. On parle depuis longtemps de Gwadar, au Pakistan, mais on n'a encore jamais vu une frégate chinoise y faire escale.» Et pour l'heure, Pékin peine à ravitailler sereinement ses bateaux. Des observateurs font aussi remarquer que, depuis trois ans, ce sont toujours les mêmes bateaux - une réserve d'une dizaine environ - qui se succèdent pour cette mission internationale contre la flibuste, ce qui peut laisser supposer que le reste de la flotte n'est pas au même niveau.

 

«Un fardeau»

 

Il n'en reste pas moins que sa stature diplomatique grandissante, ses intérêts économiques - et donc politiques - de plus en plus internationalisés, poussent la Chine à s'engager de plus en plus dans les affaires du monde. Malgré elle, parfois, car elle se méfie de ces engagements hors de ses frontières, vus souvent comme «un piège» ou tout au moins «un fardeau». Symboliquement, il y a quelques mois, quand il a fallu évacuer de Libye 35.000 de ses ressortissants, la Chine a fait passer le canal de Suez à l'une de ses frégates pour la faire croiser en Méditerranée. Pour montrer le pavillon, simplement, mais il s'agissait du premier déploiement d'une unité militaire aussi loin, de manière unilatérale, sans couverture de l'ONU.

 

Si la Chine devait s'aventurer de plus en plus dans les «eaux bleues» du grand large, son développement naval reste essentiellement focalisé sur les «eaux vertes» des mers de Chine orientale et méridionale. Des mers considérées historiquement «sous le ciel» de l'empire, et Pékin a récemment fait entrer la mer de Chine du Sud dans la liste de ses «intérêts vitaux», au même titre que le Tibet ou Taïwan.

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