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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 08:25

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Une cérémonie s'est déroulée le 7 janvier à Podrute en présence du président de la république croate, président Ivo Josipović, de l'ambassadeur italien, du vice-ambassadeur de France et des familles italiennes des victimes (crédit : ministère français de la Défense)

Jan 17, 2012 Nicolas Gros-Verheyde  (BRUXELLES2)

 

L’anniversaire est passé relativement inaperçu, si ce n’est mon confrère Jean Guisnel qui l’a récemment rappelé et une cérémonie organisée par les familles sur place, en Croatie. Il y a vingt ans, en ex-Yougoslavie mourraient les premiers « soldats » mission européenne de maintien de la paix, la mission d’observation de la Commission européenne (ECMM).

 

NB : On ne peut qu’être frappé par la discrétion, voire l’indifférence, des institutions et des officiels, que ce soit à la Commission européenne ou au Parlement européen.  Cependant c’étaient bien avant que n’existe une politique européenne de défense, les premiers « soldats européens morts en mission ».

 

Un tir délibéré de l’aviation serbe


Il est 10h du matin quand les deux hélicoptères italiens AB-205 et AB-206 affectés à la mission européenne quittent l’aéroport de Surcin (Belgrade, la capitale fédérale yougoslave). Ils passent la frontière hongroise direction Kaposvar, où ils se ravitaillent en fuel. Puis ils repassent la frontière direction Zagreb. Les deux hélicoptères sont peints en blanc et clairement siglés avec le logo de la Commission européenne. Ce qui ne laisse aucun doute sur leur identité.

 

Il est alors 14h10. Et on se trouve à environ 80 km de Zagreb, au-dessus de Produte (entre Novi Marof et Varazdin). Le Colonel Enzo Venturini pilote le premier hélicoptère, l’AB-205. Renato Barbafiera pilotait le second, l’AB-206, qui suivait à environ 150 mètres. Barbafiera raconte, selon le quotidien serbe Vreme : « j’ai entendu un bruit sourd et senti des vibrations. Puis j’ai vu l’hélicoptère d’Enzo tombé. J’ai viré à gauche et atterri dans les 10 ans ». Le dernier message enregistré (selon la radio croate) fut « ne tirez pas, ne tirez pas« . Le signal SOS sera le dernier émis par l’hélicoptère. L’hélicoptère vient d’exploser en l’air atteint par un missile air – air. Le second hélicoptère ne devra son salut qu’à la réaction rapide du pilote pour éviter les tirs.

 

A bord de l’hélicoptère, 5 hommes (4 Italiens, 1 Français) : le pilote, le lieutenant-colonel Enzo Venturini (50 ans) volontaire depuis octobre 1991, vétéran de la mission de l’ONU au Liban en 1988-1989 ; le copilote, le sergent Marco Matta, (28 ans) devait terminer dans 2 jours son service militaire ; Silvano Natale (40 ans, 2 enfants) également ancien de la Finul, Fiorenzo Ramacci, le mécanicien ; le lieutenant de vaisseau français Jean-Loup Eychenne (34 ans, 3 enfants), qui a servi sur le porte-avion « Clemenceau » durant la guerre Iran-Irak.

 

A l’origine du tir, une patrouille de Mig 21 de la 117e escadrille de l’armée fédérale yougoslave qui avait décollé peu avant de l’aéroport « Zeljava » près de Bihac. Le tir n’est pas dû au hasard, selon un pilote (croate) Danijel Borović, qui était stationné alors à l’aérodrome de Zeljava : « j’ai entendu l’ordre de descendre l’hélicoptère ».

 

L’explosion se produit juste après la proclamation par les Serbes de Croatie de leur république et avant une décision du Conseil de sécurité de l’ONU d’envoyer une équipe de 50 observateurs militaires en Croatie, prélude à un déploiement plus important de 10.000 casques bleus.

 

Emir Sisic à sa libération (crédit : Vreme)

 

Le pilote serbe seul condamné


Le ministère de la Défense yougoslave plaide d’abord « un malheureux concours de circonstances » lié à la « situation extrêmement difficile régnant dans l’espace aérien ». En fait, il semble bien que l’ordre de descendre l’hélicoptère ait été donné. Il démissionnera le lendemain de l’incident, le 8 janvier. Le pilote du Mig 21, Emir Sisic, fut poursuivi et condamné effectivement. Condamné par contumace en Croatie à 20 ans de prison, avec son chef, Dobrivoje Opacic,  30 septembre 1992 par le tribunal de Veradzin, il fut aussi l’objet d’un mandat d’arrêt. Arrêté en Hongrie, dix ans plus tard, alors qu’il franchissait la frontière, Sisic est transféré en Italie puis condamné en 2003 à la prison à vie. Cette peine sera ensuite réduite en appel à 15 ans de prison, le 15 février 2004. Transféré à la prison de Sremska Mitrovica (en Voivodine) en 2006, il fut finalement libéré en conditionnelle à la moitié de sa peine, en mai 2008 (cf. photo). Un second procès s’est ouvert en Italie en 2008 contre les donneurs d’ordre : le chef du centre aérien de Bihac, le colonel Dobrivoje Opacic ; le chef du 5e corps de la défense aérienne, le général Liubomir Bajic ; le chef d’Etat-major, le général Blagoje Adzic ; le chef du groupe de combat des forces de défense aérienne, le colonel Bozidar Martinovic. Ils ont été acquittés en première instance en juillet 2008.

 

Un des hélicoptères Alouette du détachement néerlandais présent en 1991 (crédit: ministère néerlandais des Affaires étrangères)

 

La mission d’observation de la Commission européenne


Après les accords de Brioni, négociés le 7 juillet par la Commission européenne, l’équipe est chargée de vérifier le cessez-le-feu en Croatie à partir de l’été 1991. Les premiers 20 observateurs arrivent en Slovénie le 15 juillet 1991 et augmentent peu à peu. Des observateurs de 12 Etats membres de la CEE y participent ainsi que plusieurs autres pays européens (République tchèque et Slovaquie, Danemark, Norvège, Suède, Pologne) et du Canada.

 

Tir croate sur un hélicoptère en septembre


Ce n’est pas la première fois que les observateurs européens ont été directement menacés. L’hélicoptère de l’armée yougoslave Mi8 transportant le négociateur de l’UE, l’ambassadeur néerlandais Winaendts, et une équipe de télévision de la chaine britannique ITN, avait déjà été l’objet de tirs quelques mois auparavant, le 11 septembre 1991 et obligé de se poser. « Notre hélicoptère a été touché en plusieurs endroits. (…) il y a des impacts de balles. Le moteur a été atteint. Et de l’un des réservoirs extérieures coule de l’essence. Nous avons de la chance, il n’a pas explosé » raconte l’ambassadeur Wynaendts (dans son livre « l’engrenage). Apparemment, l’appareil européen a été « pris sous le feu d’armes automatiques près de Bogicevi, un village tenu par la garde nationale croate ».

 

Lire également : in memoriam

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