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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 19:25

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Gérard Longuet: «Même si les leçons du conflit afghan n'ont pas encore toutes été tirées, l'armée française s'est aguerrie». Crédits photo : François BOUCHON/Le Figaro

 

29/11/2011 Par Renaud Girard - Figaro.fr

 

INTERVIEW - Pour le ministre de la Défense, il y a une cohérence entre l'action des soldats français sur le terrain et leur retrait prochain.

 

Après l 'annonce par le président Hamid Karzaï du transfert de nouvelles régions aux forces de sécurité afghanes, le ministre de la Défense, Gérard Longuet, répond aux questions du Figaro.

 

LE FIGARO. - En Afghanistan, où en est la coalition?


Gérard LONGUET. - La coalition a pris la décision majeure, au sommet de l'Otan à Lisbonne en novembre 2010, de mener à bien une transition totale d'ici à 2014, c'est-à-dire de confier la sécurité du pays aux seules forces de sécurité afghanes, qui représentent environ 300.000 hommes à ce jour. Le président Karzaï a annoncé dimanche la deuxième tranche de la transition, qui porte sur six provinces et un certain nombre de villes et de districts. Cette décision concerne la France, puisqu'elle va nous conduire à transmettre à l'armée afghane la responsabilité de la sécurité dans le district de Surobi. Ceci est la reconnaissance de l'efficacité de notre action et permettra une bascule de notre effort vers notre second secteur, aujourd'hui plus difficile, la province de Kapisa. Avec la première tranche, lancée en juillet, cette nouvelle étape annoncée par le président Karzaï placera bientôt la sécurité de la moitié de la population sous la responsabilité des Afghans.

 

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie pour nos troupes?


Ceci va permettre d'ici à la fin de l'année le retour en France de 200 soldats supplémentaires, qui s'ajoutent aux 200 déjà rentrés en octobre. Il y a une cohérence entre le travail de nos troupes sur le terrain et ces retours.

 

Ce retrait de l'Otan ne signifie-t-il pas que Kaboul retombera aux mains des talibans dès 2015?


La première phase de la transition aux forces afghanes, qui avait concerné 25% de la population, se met en œuvre sans que les talibans aient repris le contrôle d'aucun des districts concernés. C'est le résultat de la mise en place d'institutions viables, qui ont été formées par la coalition et qui demeurent soutenues par elle. C'est donc au contraire le début d'un ordre étatique.

 

Croyez-vous que l'armée afghane, qui jusqu'à maintenant ne s'est pas montrée capable d'effectuer seule de grandes opérations de ratissage, parviendra à contenir la poussée des talibans et de leurs alliés islamistes?


Il est notoire que les Afghans sont de très bons guerriers. Cela vaut pour les deux côtés. Pour ce qui est de l'Armée nationale afghane (ANA), il s'agit d'en faire des soldats expérimentés, avec notre soutien. C'est le cas en Kapisa et en Surobi, où les effectifs des forces de sécurité afghanes sont passés en trois ans de 1000 à 5000 hommes. Lorsque nous sortons de nos bases - et nous sortons toujours -, c'est principalement pour leur fournir des appuis et pour conseiller tactiquement les unités afghanes dans leurs manœuvres.

 

L'ANA sera-t-elle vraiment capable de tenir seule?


Nous n'allons pas laisser tomber les Afghans après 2014. Des partenariats vont se mettre en place avec un soutien politique et financier à long terme de la communauté internationale. Le moral, qui est décisif dans la solidité d'une armée, repose sur une confiance de long terme. Seul un engagement international fort peut l'établir.

 

Quel type d'engagement?


Je veux parler des partenariats à long terme qui sont en train d'être définis et des initiatives régionales. Il faut obtenir que toutes les puissances régionales reconnaissent et soutiennent concrètement l'existence d'un Afghanistan indépendant.

 

Comment en persuader le Pakistan , qui a toujours considéré l'Afghanistan comme un vassal destiné à lui assurer de la «profondeur stratégique»?


Il faut réfléchir à un système de sécurité régionale qui associe en particulier la Russie, l'Inde et la Chine. C'est la condition pour que le Pakistan normalise ses relations avec son voisin afghan.

 

N'est-ce pas un vœu pieux?


Le 2 novembre à Istanbul, les pays de la région, dont la Chine, la Russie, le Pakistan et l'Iran, se sont engagés à respecter l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Afghanistan. Par ailleurs, la Russie, l'Afghanistan, le Tadjikistan et le Pakistan se réunissent déjà, dans un format régional, sur le thème de la stabilité. Nous ne sommes donc plus à l'heure des vœux, mais à celle des réalisations concrètes.

 

Quelles leçons les armées tirent-elles de dix ans de présence en Afghanistan?


Il y a eu trois temps différents. La première guerre a duré moins de deux mois et a abouti à la chute des talibans. La France a été immédiatement solidaire, par l'engagement de moyens aériens logistiques. Dès 2002, des aéronefs de combat et de ravitaillement, le groupe aéronaval, des forces spéciales, des formateurs et un bataillon français stationné sur l'aéroport de Kaboul ont accompagné l'effort de stabilisation de la coalition. Le sommet de l'Otan à Bucarest en 2008 a décidé d'un effort important pour contrer une offensive talibane qui avait pour objet d'empêcher la tenue des élections présiden­tielles. De fait, cette offensive a été brisée par le «surge» américain (envoi de renforts), que la France a accompagné. Après Lisbonne, voici le troisième temps, qui est celui de la transition.

 

Même si les leçons du conflit n'ont pas encore toutes été tirées, l'armée française s'est aguerrie: elle s'est adaptée à des combats combinant l'action du milieu terrestre et du milieu aérien; 50.000 soldats sont passés par ce théâtre, le matériel a été adapté. C'est l'arrivée des VAB à tourelles téléopérées; des véhicules anti-mines du génie pour l'ouverture d'itinéraires. C'est le lien direct entre les Rafale et les troupes au sol, qui peuvent désormais directement leur désigner des objectifs; ce sont les hélicoptères d'attaque Tigre, les Caracal et les appuis feu apportés par le canon de 155 mm Caesar (dont la précision est décamétrique jusqu'à 40 km). Ajoutons les drones tactiques et Male (moyenne altitude longue endu­rance). Mais l'accomplissement le plus significatif a été d'approfondir la coopération avec nos partenaires, qu'ils soient afghans ou de la coalition.

 

Comment la France prévoit-elle de sortir d'Afghanistan?


À l'origine, nous nous sommes engagés par solidarité avec nos alliés américains après le 11 Septembre. Aujourd'hui, la France appartient à une coalition au sein de laquelle elle est tenue d'avoir un comportement responsable et solidaire. Un processus de transition se met en place par étapes. Sur le terrain, on observe la relève afghane. Si nous décidions seuls et de manière anticipée de nous retirer, sans lien avec les résultats sur le terrain et en nous dissociant de nos partenaires, comme cela est proposé par le candidat François Hollande, nous casserions le crédit de cette discipline collective et manquerions à nos engagements. Ce qui est important, c'est qu'au-delà de 2014 le traité d'amitié franco-afghan - que nous avons proposé au président Karzaï et qui sera soumis à la ratification du Parlement - instaure un partenariat militaire bilatéral pour continuer à former des cadres afghans. 2014 signifie la fin des missions de combat, mais pas la fin du soutien français au peuple afghan. On peut parler de transition responsable.

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