25 juin 2012 par Michel Goya – La Voie de l’Epée
Voici ma [Michel Goya] réponse à l’article du contrôleur général des armées Yché (« Quelle défense pour la France ? ») paru dans le Figaro du 20 juin dernier. A paraître.
Régulièrement, dès lors qu’il s’agit de réfléchir sur la forme de notre outil de défense resurgit l’idée d’un resserrement sur une force de haute-technologie, supposée capable par les seules frappes à distance, aériennes pour la grande majorité, de faire plier à sa volonté n’importe quel adversaire. On s’épargnerait ainsi les affres d’un engagement au sol supposé forcément couteux. La formule paraît séduisante. Le seul problème est qu’elle ne fonctionne pas.
On serait en effet bien en peine, depuis la première guerre du Golfe jusqu’à la guerre récente en Libye de trouver un seul exemple de réussite de l’action à distance seule. Les raids aériens ou aéromobiles sont souvent très efficaces mais ils sont insuffisants à emporter une décision politique, sauf peut-être dans le cas de lutte contre des réseaux sans implantation populaire. Dans tous les autres cas, l’expérience montre encore et toujours qu’il est nécessaire pour emporter la victoire que quelqu’un plante un drapeau quelque part. Même la campagne aérienne lancée contre la Serbie en 1999, souvent citée en exemple car seul significatif, aurait eu un autre destin sans la menace d’une force terrestre puissante et prête à pénétrer au Kosovo. Pendant le mois de juillet 2006, les Israéliens ont lancé chaque jour plus de5 000 obus et 250 missiles, bombes guidées ou à dispersion de munitions sur le rectangle de 45 km sur 25 du Sud-Liban. Le Hezbollah n’a jamais plié et il a bien fallu engager une force terrestre dont on s’est aperçu alors qu’elle ne savait plus mener des opérations à grande échelle.
La seule question qui mérite en fait d’être posée est de savoir qui va planter ce drapeau. Si on veut éviter de s’engager soi-même, on peut effectivement s’appuyer sur des forces locales comme les seigneurs de la guerre afghans en 2001 ou les groupes rebelles Libyens en 2011. Tout repose alors sur la fiabilité et l’efficacité de ces alliés qui obéissent toujours à leurs propres agendas et à leur propre éthique. En 2001, la prise spectaculaire de Kaboul par les seigneurs de la guerre afghans appuyés par forces aériennes américaines a été rapidement gâchée par leur refus d’aller plus au sud et la persistance des Américains à ne pas engager de troupes au sol. Malgré les bombardements et l’appel à des mercenaires locaux plus que douteux, Oussama Ben Laden et le mollah Omar ont ainsi eu le loisir de quitter Tora Bora et Kandahar pour reconstituer leurs forces au Pakistan.
Qu’il faille améliorer notre capacité opérationnelle d’intervention à distance, c’est l’évidence mais cela peut difficilement s’obtenir en marchant sur une seule jambe. La solution est sans doute justement, et comme le prévoyait le Livre blanc de 2008, dans l’investissement dans les forces terrestres afin que l’on obtienne au sol la même supériorité écrasante que l’on connaît désormais dans les airs et sur mer. Les interventions extérieures autonomes françaises des années 1970 faisaient l’admiration de tous pour leur efficacité. Celles des années 1990 et 2000, en coalition, beaucoup moins. Les procédés « à l’ancienne » avaient donc parfois du bon et c’est peut-être là que devrait se situer notre source d’inspiration plutôt que dans la simple imitation des modes américaines.
