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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:40

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30/05/2012 Par Ilia Kramnik, pour RIA Novosti

 

Le Tribunal municipal de Moscou a reconnu coupables les trois PDG qui avaient livré des pièces détachées usagées ou contrefaites au constructeur d'avions militaires russes MiG dans le cadre du fameux "contrat algérien". La découverte de pièces défectueuses sur les avions russes livrés en 2007 a servi à l'Algérie de prétexte formel pour résilier le contrat avec le constructeur russe.

 

Mais était-il seulement question de pièces détachées? Les experts ne sont pas unanimes.

 

Des scandales liés à la fourniture de pièces détachées contrefaites destinées au matériel militaire exporté et acheté par les armées nationales, éclatent régulièrement dans les pays les plus divers. Notamment l'Algérie n'a pas pénalisé que des entreprises aéronautiques russes mais elle a aussi forcé la Chine à reprendre un lot de missiles sol-mer dans lesquels des défaillances techniques avaient été détectées. Ce scandale a pourtant été étouffé: la presse chinoise est strictement contrôlée par l'Etat.

 

Quant au scandale lié au refus de l'Algérie d'accepter les avions russes livrés, il a été relayé par la presse et a eu un grand retentissement. Son effet a été particulièrement néfaste car il a directement terni l'image de l'industrie aéronautique russe, un des piliers de l'industrie nationale de la défense, source fiable de revenus dus aux exportations. Le contrat en question n'était pas mince: il s'agissait de livrer 28 MiG-29SMT monoplaces et 6 MiG-29UBT biplaces pour un montant de près de 1,3 milliard de dollars.

 

Les commentateurs ont formulé à l'époque les hypothèses les plus diverses allant des manigances des services spéciaux français aux intrigues des concurrents russes. Les auteurs les plus pessimistes s'accordaient à dire que le "refus algérien" était lié à une crise systémique profonde de l'industrie militaire aéronautique de Russie et présageait une série d'événements similaires conduisant à une chute brusque des revenus provenant des exportations.

 

La réalité s'est comme d'habitude avérée à la fois plus simple et plus complexe.

 

La genèse du conflit

 

Le mécontentement des militaires algériens, ou au moins de certains d'entre eux, s'est manifesté pour la première fois en 2006-2007 par une activité accrue des Algériens sur le marché des moteurs d'avion. Selon les informations disponibles, les Algériens réfléchissaient alors à la possibilité d'acquérir un lot important de moteurs RD-33 de la troisième série améliorée afin de rééquiper les 27 MiG-29 et MiG-29UB dont ils disposaient et qu'ils avaient achetés aux armées de l'air biélorusse et ukrainienne entre 1999 et 2001.

 

Le problème est que ces avions étaient sensés être envoyés en Russie dans le cadre d'un contrat de reprise en échange d'avions neufs, et la recherche de nouveaux moteurs pour des avions destinés à être retirés du service dans les prochains mois paraissait suspecte.

 

On a rapidement appris qu'à cette époque l'Algérie n'était plus disposée à renvoyer en Russie les MiG usagés: ce danger menaçait désormais les MiG neufs sur lesquels des pièces détachées contrefaites avaient été détectées.

 

Mais l'Algérie est un client de longue date, voire l'un des plus importants aujourd'hui, de l'industrie d'armement russe. Les forces armées locales sont dotées à pratiquement 100% de matériel soviétique/russe, et l'Algérie continue d'en acquérir et poursuit la modernisation rapide de sa machine de guerre.

 

Ce faisant, l'armée algérienne se démarque par une approche systémique de l'achat d'armes: elle achète le matériel dont elle a réellement besoin, et elle l'exploite intensivement. Etant donné l'approche méticuleuse du client et une qualification suffisamment élevée de ses experts, il était inévitable que les pièces détachées de mauvaise qualité soient découvertes sur les MiG fraîchement livrés.

 

Le rôle des MiG dans la politique intérieure algérienne

 

"La crise des relations russo-algériennes avait plusieurs volets mais son principal facteur était la concurrence des factions au sein de l'élite militaire algérienne, estime Konstantin Makienko, directeur adjoint du Centre d'analyse des stratégies et des technologies.

 

Pendant un certain temps, le scandale est resté confiné à la correspondance entre les parties. Selon certaines informations, la Russie offrait à l'Algérie plusieurs solutions du problème, notamment le remplacement des pièces défectueuses et même des avions. La Russie disposait d'ailleurs d'un atout: 15 avions sur 34 avaient déjà été acceptés par la partie algérienne avec signature de récépissés attestant l'absence d'objections de la part du client. Ces avions avaient été livrés à l'Algérie avant mai 2007.

 

L'une des solutions proposées aurait probablement été acceptée par le client mais la politique intérieure de l'Algérie est alors entrée en jeu. Le général Mohamed Lamine Mediène, dit Toufik, responsable du département du Renseignement et de la Sécurité (le service de renseignements algérien) s'est avéré le principal adversaire du contrat. Ce membre extrêmement influent du régime algérien et membre du "clan kabyle" contrôlait l'armée de l'air nationale dont la direction comprenait également beaucoup de représentants de la diaspora kabyle.

 

Selon les experts, le général Mediène avait des intérêts d'affaires en France où il avait longtemps vécu et travaillé, et il était donc possible qu'il défende les intérêts des entreprises aéronautiques françaises, ce qui amena à évoquer la "filière française" dans cette affaire.

 

Apparemment, Mohamed Mediène tentait de circonvenir le chef d'état-major de l'armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, représentant de la "faction prorusse": le chef d'état-major est considéré comme un partisan convaincu de la coopération militaire et technique avec la Russie, il parle le russe et est un expert en matériel de guerre russe.

 

Toutefois, le général Ahmed Gaïd Salah contrôlait principalement les livraisons du matériel pour l'armée de terre et son influence sur l'armée de l'air était limitée, surtout à cette époque où on ne savait pas encore avec certitude si le président en exercice, Abdelaziz Bouteflika, briguerait le troisième mandat (Gaïd Salah est largement considéré comme un homme de confiance du président).

 

Quoi qu'il en soit, le gouvernement algérien a catégoriquement refusé d'accepter de nouveaux MiG, a exigé la restitution de l'avance à hauteur de 250 millions de dollars et a déclaré son intention de retourner à la Russie les avions déjà livrés. Par ailleurs, les Algériens liaient au respect de leurs exigences l'exécution des autres contrats faisant partie d'une volumineuse enveloppe de près de 8 milliards de dollars.

 

En mars 2008, le scandale a été relayé par la presse: le quotidien russe Kommersant a fait part de l'intention des Algériens de rendre les avions "de mauvaise qualité" et d'exiger la restitution de l'avance. Fin mars, le retour des MiG a été décidé mais l'avenir de la coopération militaire et technique russo-algérienne restait incertain.

 

Tout est bien qui fini bien

 

L'histoire s'est toutefois conclue sur une meilleure note que l'on n'aurait pu s'imaginer. Après avoir refusé les MiG russes, l'Algérie ne s'est tout de même pas jetée dans les bras des constructeurs français ou autres d'avions militaires.

 

Les autres contrats conclus avec la Russie étaient progressivement honorés, et après l'éclatement du scandale l'Algérie a même signé plusieurs autres accords avec la Russie stipulant la fourniture du matériel de guerre pour un montant dépassant 2 milliards de dollars. Les Algériens ont notamment acheté 16 avions supplémentaires Su-30 MKI (A) venant s'ajouter aux 28 avions déjà commandés.

 

Les MiG précédemment expédiés en Algérie ont été restitués à la Russie. Tout comme les autres appareils fabriqués dans le cadre du même contrat, ils ont été rééquipés en se débarrassant des pièces détachées défectueuses et ont formé le premier lot de nouveaux chasseurs MiG à être livrés à l'armée de l'air russe depuis 1993. Les avions font désormais partie du 5ème groupe d'avions (de Koursk) de la base aéronautique N° 7.000 (de Voronej) de l'armée de l'air russe.

 

Les PGD véreux coupables d'avoir équipé des avions neufs avec des pièces contrefaites et usagées, ont été condamnés en plusieurs étapes, toutefois personne n'a été puni de façon particulièrement sévère: le tribunal s'est limité à des peines avec sursis et à des amendes de plusieurs centaines de milliers de roubles.

 

Apparemment, cette indulgence du tribunal s'inscrit dans la libéralisation de l'approche des délits économiques prônée par l'ex-président et l'actuel premier ministre russe Dmitri Medvedev.

 

Un autre facteur semble également plausible: de nombreux responsables sont toujours en liberté qui auraient dû présenter leur démission, voire se retrouver derrières les barreaux si les accusés, frappés par des condamnations trop sévères, avaient fait des révélations.

 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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