Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 05:30

http://referentiel.nouvelobs.com/file/2606962.jpg

 

Deux mirages 2000 de l'armée indienne (PRAKASH SINGH / AFP)

 

27-10-11 par Sarah Halifa-Legrand   NouvelObs

 

Paris jure qu'il parvient à signer des contrats juteux tout en se faisant le promoteur d'une éthique.

 

Pas question de jouer les saintes nitouches. "L’idée, c’est de faire du commerce." C’est même "une priorité nationale". Mais "en le contrôlant de la façon la plus rigoureuse possible". Le militaire, qui vient de lâcher ces mots devant un parterre de journalistes, a le mérite d’être clair. Du moins pour la première partie du propos.

 

Quatrième rang des exportateurs


Selon le rapport du gouvernement au parlement sur les exportations d’armement de la France en 2010, que les ministères de la Défense et des Affaires étrangères ont présenté à la presse mercredi 26 octobre, la France se porte plutôt bien en la matière.

 

En 2010, elle a totalisé 5,12 milliards d’euros de prises de commandes et se maintient au quatrième rang des exportateurs mondiaux d'armement avec 6% des parts de marché, derrière les Etats-Unis (53,7%), le Royaume-Uni (12,5%) et la Russie (8,2%) et devant Israël (5,3%). Sachant que ces cinq-là s’accaparent 90% du marché mondial.

Sans surprise, parmi nos meilleurs clients ne figurent pas forcément que des agneaux. Sur la période 2006-2010, le Moyen-Orient est la première destination pour les exportations françaises, dont elle absorbe 27%. Nos principaux acquéreurs pour 2010 sont l'Arabie Saoudite, le Brésil, l'Inde et la Malaisie.

 

La France, un pays "exemplaire" ?


Mais attention, nous sommes vertueux ! La France se targue de mener une politique "transparente", "rigoureuse" et "responsable", bref, et excusez du peu, "exemplaire". Elle assure aussi compter "parmi les principaux promoteurs en matière de textes internationaux" et jouer notamment "un rôle moteur" en faveur de la mise en place du traité international sur le commerce des armes, en discussion à l’Onu, qu’elle veut "juridiquement contraignant".

 

Mais, pour les ONG, Paris devrait, avant de bomber le torse, balayer devant sa porte.

 

La France commerçait, en 2010, avec nombre de pays touchés par la vague de révoltes qui traverse le monde arabe : le Barhein (9,8 millions d'euros de livraisons d'armes françaises en 2010), l'Egypte ( presque 40 millions d'euros), la Tunisie (1 million d'euros, et près de 55 millions d'euros d'autorisations d'exportation de matériel de guerre au régime sur 2009-2010), la Libye (35 millions d'euros de commandes et près de 90 millions d'euros de livraisons)... Le ministère des Affaires étrangères assure que Paris "a été très réactif" en interrompant tout de suite toutes les livraisons d'armes dans les pays concernés.

 

Mais "ce n’est qu’à la fin de l’année 2012 que nous saurons avec exactitude si des armes françaises ont été livrées en 2011 à la Tunisie, la Libye et à Bahreïn", observe Zobel Behalal du CCFD-Terre Solidaire.

 

Un contrôle en passe d'être affaibli


Or, les ONG estiment que la possibilité d’exercer un contrôle sur les ventes est entravée par le fait de devoir attendre l’année suivante pour savoir ce qu’il en est réellement. Elles réclament des listes détaillées, publiées tous les trois mois, des matériels livrés ou refusés, de leurs destinataires et des garanties obtenues quant à leur utilisation. Un matériel destiné originellement à un usage civil peut très bien être dévoyé pour une application militaire. C'est ce type de reproche que l'on retrouve dans l'affaire de la vente d'un programme d'interception des réseaux informatiques par la société Amesys, qui a été utilisé par Kadhafi pour surveiller les internautes.

 

Le champion de la transparence leur rétorque que publier de telles données aurait pour effet de fragiliser la position commerciale des industriels hexagonaux et de mettre en porte-à-faux le pays acquéreur d’un point de vue stratégique et intérieur. Les Britanniques ou les Hollandais le font bien. Alors pourquoi pas nous ?

 

Loin de s'accroître, le dispositif de contrôle s'affaiblit, s'inquiète Oxfam France. Le quai d’Orsay se félicite de l'avoir amélioré et simplifié en procédant, cette année, à la transposition dans le droit français de la directive relative aux Transferts intracommunautaires (TIC) par la loi n°2011-702. "La mise en place de licences générales de transfert au sein de l’UE revient à donner aux industriels des permis d’exporter dont ils ne rendront compte qu’à posteriori", dénonce Nicolas Vercken.

 

Le Parlement sur la touche


Si les ONG réclament des moyens de contrôle plus précis, c’est que la relation de confiance n’est pas au rendez-vous. Bien que la France réclame, jusqu’ici en vain, la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine décrété par l’Europe, Nicolas Vercken accuse Paris de "s’arranger avec son interprétation du champ d’application de l’embargo, pour exporter quand même des armes et du matériel de guerre à la Chine".

 

Autant de lièvres que les ONG se chargent de lever elles-mêmes, faute de pouvoir compter sur le Parlement pour faire le boulot.

 

"Le printemps arabe nécessite une remise à plat de notre politique en matière d’exportation de matériel de guerre avec les pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord", estime Nicolas Vercken. Il demande que l’on débatte de l’attitude à adopter vis-à-vis des certains de nos clients traditionnels, comme ceux du Golfe, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis. On ne peut leur vendre du matériel militaire sans avoir conscience qu'il pourrait être utilisé dans des opérations de répression.

Mais on ne voit rien venir du côté du Parlement.

Partager cet article

Repost 0
Published by RP Defense - dans France
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : RP Defense
  • RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Categories