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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 07:53

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L'amiral Rogel a pris ses fonctions de CEMM le 12 septembre

crédits : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE

 

21/10/2011 MER et MARINE

 

Chef d'état-major de la Marine nationale depuis septembre, l'amiral Bernard Rogel a été auditionné le 12 octobre par la commission de la Défense de l'Assemblée nationale. Durant cet échange avec les députés, le nouveau patron de la flotte française est longuement revenu sur une période d'activité très dense pour les marins français. Libye, Côte d'Ivoire, océan Indien... La flotte a été exceptionnellement sollicitée depuis le début de l'année. « Si, en 2010, l'activité est restée maîtrisée dans la limite des potentiels alloués, le premier semestre 2011 se caractérise par une augmentation de l'activité globale de 12 % de l'ensemble des bâtiments. Ainsi, ce sont en moyenne 3170 marins qui ont été engagés dans des opérations extérieures au premier semestre, contre 1280 pour l'ensemble de l'année 2010. Aujourd'hui, la consommation de potentiel dépasse l'allocation annuelle de plus de 30 % pour le porte-avions, les bâtiments de projection et de commandement (BPC) et les avions de patrouille maritime Atlantique 2. En bref, nous venons de vivre une période « extra-ordinaire » au sens très littéral du terme, c'est-à-dire très au-delà de l'ordinaire budgétaire prévu », souligne le CEMM.


Le Charles de Gaulle et le pétrolier-ravitailleur Meuse (© : MARINE NATIONALE)


Rafale et SEM sur le Charles de Gaulle (© : EMA)

Depuis le début de l'année, la France a envoyé son groupe aéronaval en océan Indien, où il a notamment soutenu les troupes engagées en Afghanistan, puis au large de la Libye dans le cadre de l'opération Harmattan. L'engagement de la marine a, également, été crucial en Côte d'Ivoire au début de l'année. Le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, puis le transport de chalands de débarquement Foudre, ont assuré discrètement le soutien de la Force Licorne, confrontée aux troubles liés à l'élection présidentielle ivoirienne « Resté 63 jours à la mer, sans toucher terre, il a apporté un renfort de troupes essentiel et discret. Grâce à sa polyvalence, de nombreux flux de matériel et de personnel ont été programmés, alors que la logistique par voie aérienne et terrestre était devenue très difficile », a noté l'amiral Rogel, qui parle de « rôle déterminant » de la présence d'un bâtiment de projection pour les opérations menées sur le sol ivoirien.
En Afrique toujours, l'aéronautique navale a aussi mobilisé, de septembre 2010 à avril 2011, jusqu'à trois avions de patrouille maritime Atlantique 2, un avion de surveillance maritime Falcon 50M et huit équipages pour le besoin des opérations antiterroristes menées dans le Sahel.


Le groupe aéronaval (© : MARINE NATIONALE)


Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

Harmattan : Un test grandeur nature

L'année 2011 restera bien évidemment marquée par la participation de la Marine nationale à l'opération Harmattan, déclenchée le 23 février afin de protéger les civils libyens contre les troupes du colonel Kadhafi. Cet engagement militaire se poursuit, bien qu'il semble devoir toucher à sa fin, Syrte venant de tomber alors que mort de l'ancien maître de Tripoli a été annoncée hier. Pour cette mission, l'essentiel des bâtiments de premier rang basés à Toulon ont été envoyés au large de la Libye : porte-avions, BPC, frégates, patrouilleurs, sous-marins... Jusqu'ici, 29 navires se sont succédé au sein de la Task Force 473 et du volet naval de l'opération Unified Protector de l'OTAN. « Par son caractère littoral et son intensité, cette opération a nécessité un niveau d'engagement exceptionnel de l'ensemble des composantes de la marine. Nos unités ont appareillé en quelques jours, voire en quelques heures. Cet exercice de vérité nous a permis de mesurer notre réactivité, mais aussi notre capacité à mener des opérations de haute intensité, exigeant un niveau de coopération interarmées, inter-composantes et interalliée, dont très peu de marines sont aujourd'hui capables. Cette opération n'a pas mobilisé seulement les équipages mais l'ensemble de la marine, tant dans le domaine des ressources humaines que dans celui du maintien en condition opérationnelle (MCO) et de la chaîne du soutien », souligne l'amiral Rogel. Ainsi, quasiment toutes les spécialités de la marine et de l'aéronautique navale ont été mises à pied d'oeuvre pour « contrôler l'espace aéromaritime, opérer des missions de renseignement et conduire des frappes coordonnées impliquant des avions de chasse, des hélicoptères, des avions de patrouille maritime et des bâtiments de surface en appui-feu naval ». Le porte-avions Charles de Gaulle, avec son groupe aérien embarqué composé de Rafale Marine, Super Etendard Modernisés (SEM) et Hawkeye, a effectué à lui seul 1573 missions de combat. Quant au groupe aéromobile de l'armée de Terre embarqué sur les BPC (une quinzaine d'hélicoptères Tigre, Gazelle et Puma), il a effectué une quarantaine de raids contre les troupes kadhafistes.
Les frégates ont, quant à elles, tiré quelques 3000 obus pour 85 engagements contre des moyens militaires positionnés sur le littoral, tout en étant à plusieurs reprises prises pour cible par l'artillerie libyenne.


Le BPC Mistral (© : EMA)


Hélicoptères sur le BPC Tonnerre (© : EMA)


Gazelle au large de la Libye (© : EMA)


Frégates françaises (© : MARINE NATIONALE)


Tir d'un canon de 100mm (© : MARINE NATIONALE)

Premiers enseignements des opérations en Libye

L'amiral Rogel a, par ailleurs, tiré les premiers enseignements de l'intervention en Libye. « Tout d'abord, elle a amplement validé et confirmé les grandes orientations capacitaires, actuelles ou futures, retenues pour la marine. Elle a aussi souligné l'indispensable complémentarité interarmées pour les opérations de projection « d'entrée en premier » et d'action vers la terre. Elle a notamment montré la remarquable efficacité, la fiabilité et la polyvalence du Rafale marine, la justesse de nos choix pour le BPC qui ont conduit à privilégier la fonction « porte-hélicoptères d'assaut », la forte implication des frégates et des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) dans l'action vers la terre et notre capacité de frappe dans la profondeur (missile Scalp EG tiré par les Rafale, complété dans quelques années par le MdCN mis en oeuvre depuis frégates, ndlr). Elle a également conforté la valeur de notre modèle de préparation opérationnelle, grâce aux trois principes de notre socle organique renforcé : un niveau de disponibilité opérationnelle homogène au sein de la flotte, qui a permis d'engager sans délai la plupart des bâtiments de premier rang ; une grande polyvalence de nos bâtiments et de nos équipages qui peuvent changer de mission sans difficulté ; un professionnalisme orienté vers la combativité des équipages grâce à un entraînement permanent et exigeant. Enfin, cette opération a aussi confirmé la pertinence des choix qui ont conduit à conserver des savoir-faire classiques tels que l'appui-feu naval, l'intérêt des déploiements réguliers de groupes navals constitués qui favorisent la capacité des forces à être engagées sans délai ainsi que l'importance de la mobilisation organique dans les domaines des ressources humaines et de la logistique, pour répondre, dans la durée, au besoin opérationnel et effectuer des relèves régulières ».
Le CEMM note aussi que l'opération a également mis en évidence « l'intérêt des drones tactiques embarqués, la nécessité d'une mise à niveau des pods de désignation et de l'extension du spectre d'emploi des armes sur le Rafale marine dans le cadre d'un conflit urbain, l'intérêt d'une artillerie navale optimisée pour le tir contre la terre ».


Rafale Marine à l'appontage (© : MARINE NATIONALE)


Le Forbin près du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Mener des opérations exceptionnelles en plus des missions habituelles

Ces opérations ont menés en parallèle des déploiements habituels de la marine. En océan Indien par exemple, où des moyens sont déployés en permanence au sein de la Task Force 150 de lutte contre le terrorisme (dont la France a assuré le commandement d'avril à août) et les trafics illicites, ainsi que l'opération Atalante de lutte contre la piraterie. Dissuasion nucléaire, surveillance et contrôle des espaces maritimes, protection du littoral, sauvetage en mer, police des pêches, lutte contre le narcotrafic ou l'immigration clandestine... L'amiral Rogel a rappelé devant les députés que les opérations très médiatisées avaient été menées en parallèle des missions habituelles : « La Marine nationale agit au quotidien pour défendre les intérêts de notre pays avec toutes ses composantes et dans chacune des autres fonctions stratégiques que sont en premier lieu la dissuasion, mais aussi la connaissance et l'anticipation, la prévention, la protection et l'intervention ». Et le chef d'état-major de citer quelques chiffres. Dans la lutte contre le narcotrafic dans l'arc antillais, cinq navires ont été déroutés et près de neuf tonnes de cocaïne saisies. En matière de lutte contre l'immigration clandestine à Mayotte en provenance des Comores, 2236 migrants et 132 passeurs ont été interceptés. La police des pêches, qui représente plus de 1000 jours de mer et 200 heures de vol, a contrôlé plus de 3000 navires et en a dérouté près de 50. La recherche et le sauvetage en mer ont permis de sauver un peu moins de 400 vies. Dans le même temps, neuf navires en difficulté ont été remorqués, alors qu'une vingtaine d'autres étaient escortés.


Sous-marin nucléaire lanceur d'engins au large de Brest (© : MARINE NATIONALE)


Sauvetage d'immigrés clandestins en Méditerranée (© : MARINE NATIONALE)


Police des pêches en Guyane (© : MARINE NATIONALE)


Le remorqueur Abeille Flandre lors du naufrage du Neptune, cet été (© : MARINE NATIONALE)


Evacuation médicale sur un chalutier (© : MARINE NATIONALE)

« Le format de notre marine est aujourd'hui juste suffisant »

L'activité a donc été particulièrement soutenue et, en raison des réductions de format imposées ces dernières années, ce qui devait arriver arriva : N'ayant pas suffisamment de bâtiments, la marine n'a pas été en mesure d'assurer toutes ses missions. « Il a fallu faire des choix », a reconnu l'amiral Rogel devant la commission de la Défense. « Ce fort engagement a conduit à arbitrer entre les opérations. Toutes les demandes, notamment certaines prévues par le contrat opérationnel de la marine, n'ont pu être honorées ». Ainsi, l'aéronautique navale a été contrainte d'interrompre le déploiement d'un Atlantique 2 en océan Indien, des missions considérées comme plus urgentes retenant les appareils sur d'autres théâtres (Sahel puis Libye). Dans la même région, à partir du mois de juin, la présence de la marine a été réduite à un seul bâtiment, alors qu'au moins deux unités sont présentes en océan Indien normalement. Là encore, c'est la Libye qui a imposé ce choix, difficile dans la mesure où il bénéficie aux pirates toujours très actifs au large de la Somalie, en prise directe avec l'une des plus importantes voies commerciales du monde. De même, l'opération Harmattan a contraint la marine à geler, en juillet 2011, la mission Corymbe, au travers de laquelle une présence maritime permanente est maintenue dans le golfe de Guinée depuis les années 70. Comme l'océan Indien, il s'agit pourtant d'une zone très sensible, où l'on déploie des unités par nécessité stratégique, non par « confort ». On notera aussi que le très haut niveau d'engagement de la flotte a obligé l'état-major à renoncer durant quatre mois à déployer en Atlantique un sous-marin nucléaire d'attaque, dont le rôle est notamment d'assurer la protection des sous-marins stratégiques. Enfin, faute de navire, il a fallu annuler la moitié des missions prévues en Méditerranée dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic.


Interception de trafiquants de drogue (© : MARINE NATIONALE)

Parallèlement, l'amiral Rogel note que la disponibilité des forces n'a pu être maintenue « qu'au prix d'une tension extrême sur nos moyens de soutien. À titre d'exemple, à peine trois mois après le début des opérations, les taux de prélèvements de pièces sur les bâtiments avaient augmenté de 300 %, la permanence d'une frégate de défense aérienne de type Horizon en état opérationnel a, en pratique, nécessité la mutualisation d'équipements entre les deux frégates (32 prélèvements mutuels sur des composants majeurs comme les conduites de tir, le radar de veille aérienne et la propulsion) ». L'ensemble fait dire au chef de la flotte française que la situation est tendue en cas de grande opération imprévue : « Tout ceci démontre que le format de notre marine est aujourd'hui juste suffisant pour répondre aux ambitions de défense et de sécurité de notre pays ».


Protection d'un navire marchand au large de la Somalie (© : MARINE NATIONALE)

Reconstituer le potentiel

L'activité particulièrement soutenue enregistrée ces derniers mois laisse également une marine « fatiguée ». Après avoir brillamment rempli les missions qui lui ont été confiée, la flotte et les marins doivent se reconstituer. Il faut notamment régénérer le potentiel, la mobilisation en opérations ayant entrainé l'interruption de certains programmes de formation, par exemple chez les pilotes ou dans le domaine de la lutte anti-sous-marine. Il a, également, fallu retarder légèrement la transformation de la flottille 11F, qui va passer dans l'année qui vient du SEM au Rafale. « Nos moyens ont été sollicités de manière exceptionnelle et requièrent aujourd'hui toute notre énergie pour le maintien et la régénération de notre potentiel. Mon premier souci sera donc d'assurer le meilleur emploi des ressources », explique l'amiral Rogel. Cette suractivité engendre également une problématique de coûts. « Cette année, le niveau d'activité de la plupart de nos grands bâtiments de combat a excédé très sensiblement les normes de la loi de programmation militaire (LPM). Il a induit un surcroît de dépenses inhabituel, évalué à moins de 100 millions d'euros sur les périmètres du Maintien en Condition Opérationnelle (MCO) naval et aéronaval. L'abondement des ressources par la dotation OPEX (opérations extérieures) sera donc déterminant pour l'équilibre de la gestion 2011 ». Alors que les stocks, notamment en munitions, doivent être reconstitués, il reste désormais à voir si l'effort considérable réalisé depuis le début de l'année aura un impact sur la disponibilité des matériels dans les prochains mois.
Le CEMM se dit en tous cas satisfait de ses hommes et de ses unités : « Je suis aujourd'hui à la tête d'une marine de premier rang, efficiente et réactive qui permet à notre pays de répondre aux enjeux de sécurité et de défense de notre pays dans un monde qui se mondialise, donc se « maritimise ». Cette marine, elle l'a démontré dans les mois qui viennent de s'écouler, est bien équipée, bien entraînée et vous pouvez compter sur les forces morales de ses femmes et de ses hommes dont l'unique but est de servir notre pays. Mais cela n'a pas été sans arbitrage et mon souci majeur, à l'issue d'une période d'activité intense, est de gérer les sollicitations opérationnelles et les moyens disponibles », a assuré le « chef » devant les députés.


Un SEM à l'appontage et la frégate Cassard au second plan (© : MARINE NATIONALE)

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