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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 14:30
source @Kocgiri

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10/10/2014 Par Guillaume Lagane, maître de conférence à Sciences-Po Paris. - FIGARO VOX

 

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que l'Etat Islamique vient de s'emparer [partiellement] de Kobané en Syrie, Guillaume Lagane est pessimiste sur les chances de succès de l'intervention américaine contre celui-ci.

 

L'Amérique a lancé, appuyée par une kyrielle d'Etats arabes et occidentaux, une campagne aérienne contre l'Etat islamique (EI). Celle-ci peut-elle aboutir à une «victoire» contre ce groupe radical aux méthodes terroristes et aux ambitions étatistes? On peut en douter.

 

D'abord parce qu'une campagne aérienne sans déploiement de troupes au sol est largement inefficace. On l'a vu, au Kosovo, en 1999. On l'a vérifié, en Libye en 2011, lorsqu'il a fallu déployer forces spéciales et hélicoptères occidentaux pour affaiblir le camp kadhafiste. Pour lutter contre l'EI en Irak, on compte donc sur l'armée locale, dont on a vu le peu d'efficacité, ainsi que sur les Kurdes, qu'on a préalablement armé. Mais cette stratégie semble peu cohérente en Syrie où l'opposition modérée est faible et où les Kurdes du PYD sont très proches du PKK turc, un mouvement considéré comme terroriste par la Turquie, l'Union européenne et les Etats-Unis. Fautes d'appui sol, la campagne aérienne pourrait donc ressembler à celle que mènent les drones des Etats-Unis dans les zones tribales du Pakistan, sans succès décisif, depuis maintenant treize ans…

 

La campagne contre l'EI ne règle pas les problèmes de fond qui expliquent la montée en puissance de ce groupe.

 

Ensuite parce que les frappes aériennes en Syrie ont frappé d'autres mouvements que l'EI, en particulier le Front «du soutien» (al Nosra), un mouvement affilié à Al Qaida. Nul ne conteste le radicalisme de ce groupe, auteur d'attentats suicides et d'exécutions sommaires contre les forces du régime de Bachar el Assad. Mais, dans le contexte de la guerre civile syrienne, Al Nosra (6 à 7000 combattants) est allié à l'opposition modérée, en particulier au sud du pays et dans la région d'Alep, contrairement à l'EI, qui la combat, dans une alliance objective avec le régime. Alors que cette opposition est en négociation avec Al Nosra pour les convaincre d'abandonner leur affiliation à Al Qaida et de rejoindre les autres composantes de l'armée syrienne libre (ASL), de telles frappes risquent de radicaliser le groupe et de le pousser à rejoindre l'EI

 

Enfin, la campagne contre l'EI ne règle pas les problèmes de fond qui expliquent la montée en puissance de ce groupe. Certes, Washington a pris soin de chasser du pouvoir Nouri al-Maliki, le premier ministre chiite dont la politique sectaire a radicalisé les sunnites en Irak, et de coopérer avec les monarchies du Golfe. Mais, en Syrie, les bombardements contre l'EI suscitent un certain malaise dans la communauté arabe sunnite (60% de la population), qui est à la base de l'opposition au régime depuis le début de la guerre civile en 2011. Après avoir refusé d'intervenir en 2013, au lendemain du gazage de centaines de civils, les Etats-Unis se mobilisent aujourd'hui, galvanisés par le spectacle de l'exécution d'otages occidentaux. Le risque, en l'absence d'un soutien décidé à l'ASL, est de nourrir les accusations de deux poids deux mesures dont l'Orient est si friand et, à terme, la popularité de l'EI.

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