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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 06:55
Espionnage: Babar et EvilBunny, deux logiciels «made in France»

 

20.02.2015 Philippe Berry – 20Minutes.fr

 

SECURITE Deux malwares, surnommés Babar et Evil Bunny, ont vraisemblablement été mis au point par les services de renseignement français...


 

La NSA n'a pas le monopole de l'espionnage d'Etat. Deux malwares, surnommés Babar et Evil Bunny, ont vraisemblablement été mis au point par les services de renseignement français. Après les accusations canadiennes de l'an dernier, révélées par des documents d'Edward Snowden fournis au journal Le Monde, deux équipes de chercheurs ont passé au crible ces logiciels.

Paul Rascagnères, de l'entreprise allemande Gdata, n'accuse pas directement la DGSE. Selon lui, «l'attribution de l'origine, surtout dans le cas d'un malware professionnel, est toujours difficile», et aucune nouvelle preuve n'a été découverte. En revanche, il écrit que «l'assertion canadienne sur une implication ''des services de renseignement français'' reste inchangée», notamment à cause «d'indices dans le code» du logiciel. Les géniteurs de Babar emploient notamment le terme, souvent français, «ko» pour «kilo-octet», au lieu de «kb» pour «kilobyte», en vigueur dans de nombreux pays. Ils ont également oublié des «s» à des verbes anglais conjugés à la troisième personne du singulier.

 

Espionner les messageries instantanées

Avec ses grandes oreilles, Babar écoutait les conversations des messageries instantanées comme Skype, Yahoo Messenger et MSN. Il pouvait à la fois surveiller le son passant par le micro et le haut-parleur de l'ordinateur mais aussi le texte tapé au clavier.

Babar aurait principalement été déployé en Iran pour espionner le programme nucléaire de Téhéran. Mais Babar était bien moins évolué que le ver Stuxnet, qui aurait été mis au point par les Etats-Unis pour endommager les centrifugeuses iraniennes. Babar faisait simplement de la surveillance «ciblée», selon Rascagnères. Des machines infectées ont par ailleurs été détectées en Algérie, en Egypte, en Espagne et au Canada, mais on ne se sait pas s'il s'agit de victimes collatérales ou de pays visés.

 

Le cousin EvilBunny

Babar avait un cousin maléfique surnommé EvilBunny. Selon la chercheuse de Cyphort Marion Marschalek, «les deux familles de virus sont issues des mêmes développeurs». On trouve notamment certaines erreurs d'anglais identiques dans les commentaires. Il s'agit toutefois d'une simple indication, car une mauvaise syntaxe peut facilement se falsifier.

Ces accusations contre Paris ne sont pas une surprise. Tous les pays disposent de cyber-espions, expliquait à 20 Minutes John Bumgarner, notamment passé par la CIA. Selon l'historien spécialiste de la NSA, Matthew Aid, la France est même «l'un des pionniers de la surveillance depuis la Première Guerre mondiale».

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 06:55
Forces spéciales - service Action (DGSE) : moi d'abord !

 

06/02/2015 Jean Guisnel - Défense ouverte / Le Point.fr

 

Dans un article discret, le service Action de la DGSE démonte les arguments de ceux qui voudraient attribuer ses moyens aux forces spéciales.

 

Ce n'est pas dans la Revue défense nationale (RDN), vénérable institution ouvrant pourtant largement ses colonnes depuis des décennies aux questions militaires et stratégiques, que l'on chercherait spontanément un article écrit par une personne du sérail sur le débat qui agite vivement le service Action de la DGSE et le Commandement des opérations spéciales (COS). Et pourtant, c'est bien elle qui revient sur la question, dans son numéro de janvier. Avertis de cette affaire dès le mois de juin dernier, nos lecteurs savent que des voix se font entendre au COS - qui opère en uniforme en engageant la France - pour récupérer des effectifs en absorbant une grosse partie du service Action de la DGSE. Lequel agit dans la clandestinité, en civil, mais parfois avec des moyens et des méthodes similaires à ceux des forces spéciales.

 

Point de vue de la DGSE

 

La DGSE a systématiquement refusé de s'exprimer sur ce débat pourtant vif, et a donc choisi une voie détournée pour s'engager dans la polémique. Dans un article du numéro 776 de la RDN surtitré "Contrepoint" et titré "Forces spéciales, forces clandestines : dissemblances, synergies, interopérabilité", un certain Jean-Luc, identité fleurant bon le pseudonyme, donne, sans l'écrire explicitement, le point de vue de la DGSE. L'auteur est présenté comme étant actuellement stagiaire à l'École de guerre et connaissant bien "les forces clandestines pour y avoir exercé des responsabilités de commandement sur le terrain et de conception, et de conduite des opérations". Il s'agit, on l'aura compris, d'un jeune cadre d'avenir du service Action, qui poursuivra sa carrière à la DGSE et a écrit ce texte avec l'aval de la direction du service.

 

SA = bombe atomique

 

Notre Jean-Luc s'exprime donc nettement. Il rappelle la doctrine : quand "la conjoncture politique n'autorise aucune action militaire, la raison d'État légitime l'emploi des forces clandestines." Deuxième rappel : "Ces forces agissent dans l'intervalle de notre stratégie de défense et de sécurité nationale non couvert par les forces armées et de sécurité." Elles ne servent que sur ordre du président de la République en constituant "une capacité d'action coercitive, fondamentalement régalienne, qui sert le coeur des intérêts les plus élevés de la nation". Entre elles et la bombe atomique, il n'y a guère de différence dès lors que, "à l'instar de la dissuasion nucléaire, elles concourent à l'indépendance et à la souveraineté nationales". L'argument paraîtra un peu excessif, dès lors que dans les faits l'arme nucléaire est destinée par essence à signer l'engagement français... D'ailleurs, "le succès d'une opération clandestine repose sur des capacités spécifiques qui permettent à l'État commanditaire de nier son implication".

 

Interstices périphériques

 

L'auteur réfute tout projet de mutualisation de capacités entre le COS et le SA, "qui ne manquerait pas d'affecter l'efficacité de ces deux entités". Il accuse aussi à demi-mot le COS de donner trop de publicité à ses actions, alors que "la clandestinité suppose la préservation du secret opérationnel. Ce dernier dépend d'un cloisonnement rigoureux qui ne souffre aucune mixité". Jean-Luc considère néanmoins les deux forces comme complémentaires, tout en cantonnant cette coopération à des "interstices périphériques", comme le soutien du COS à des opérations du SA (comme cela s'est passé en 2013 pour la libération ratée de Denis Allex en Somalie), ou inversement. En 2001, rappelle-t-il, c'est le SA qui a accueilli le COS en Afghanistan, non sans avoir procédé plus récemment à "l'ouverture de portes au profit des forces spéciales". L'auteur estime enfin qu'"aujourd'hui la majorité des opérations que conduit le COS en région sahélo-sahélienne repose essentiellement sur des renseignements de la DGSE". Donc, on l'a compris, on ne change rien !

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 07:55
Les armées préservent 7500 postes

Suite aux attaques meurtrières à Paris, un déploiement de militaires sans précédent a été décidé sur le territoire national pour la protection de «sites sensibles»,

 

21/01/2015 Par Alain Barluet – LeFigaro.fr

 

Seuls 18.500 postes seront supprimés d'ici 2019, contre 26.000 prévus initialement. La limitation des réductions d'effectifs doit permettre de «retrouver un peu d'oxygène pour que les restructurations puissent être poursuivies plus sereinement», explique-t-on au ministère de la Défense.

 

Les propositions formulées par Jean-Yves Le Drian à la demande de François Hollande ont abouti à un véritable aggiornamento, annoncé mercredi par l'Élysée. Entre 2015 et 2019, 7500 postes seront préservés dans les armées, sur les 26.000 qui devaient être supprimés. Sur l'ensemble de la loi de programmation militaire (LPM) de 2014 à 2019, les coupes dans les effectifs portaient sur 34.000 postes. Dès cette année, la réduction se limitera à 6000 postes, contre 7500 postes initialement prévus.

Deux facteurs expliquent les décisions rendues publiques à l'issue du Conseil de défense qui s'est tenu autour du chef de l'État. À la suite des attaques meurtrières du 7 janvier et de la mobilisation populaire massive qui a suivi, le 11 janvier, François Hollande a demandé l'activation du «contrat protection» intérieur, prévu par la LPM et qui a été porté en 72 heures à son niveau maximal: 10.500 militaires, dans le cadre de Vigipirate, dont 8900 pour la protection de «sites sensibles», principalement les lieux de culte.

Un déploiement sans précédent sur le territoire national tandis que, par ailleurs, les contraintes liées aux engagements en opérations extérieures (9000 hommes, notamment au Sahel) pèsent lourdement. C'est le deuxième facteur, qui prévaut de plus longue date. Dans ces conditions, «les tensions étaient extrêmement fortes et les restructurations devenaient de plus en difficiles à mener», fait-on valoir dans l'entourage du ministre de la Défense.

La limitation des réductions d'effectifs doit permettre de «retrouver un peu d'oxygène pour que les restructurations puissent être poursuivies plus sereinement», dit-on à l'Hôtel de Brienne. Il s'agit aussi de garantir la mobilisation «à tout moment de 10.000 hommes pendant un mois» face aux diverses calamités et catastrophes survenant sur le front intérieur. L'accent sur le renseignement, domaine prioritaire, est réaffirmé avec 250 postes supplémentaires, dont 185 pour la DGSE.

Aucune limitation dans le temps n'a été annoncée concernant le déploiement intérieur actuel, qui sera maintenu «autant que nécessaire», assure-t-on. Toutefois, compte tenu des relèves et des permissions, un tel dispositif apparaît difficilement tenable sur la durée.

Conformément à la demande de François Hollande, un vaste travail d'actualisation de la LPM sera entrepris avant le mois de juin. Un chantier, vaste et accéléré, doit être lancé sur l'analyse des nouvelles menaces et des contrats qui en découlent. Cette réflexion aboutira à une véritable «feuille de route» garantissant à la fois les engagements en Opex et la mobilisation sur le théâtre national, insiste un proche de Jean-Yves Le Drian en concédant qu'il reste «de nombreuses questions auxquelles nous devons répondre».

L'imposant édifice de la LPM, fruit de mois d'efforts et déjà en équilibre plus que précaire, est en jeu. Car se pose d'emblée la question du financement de ce recul dans les limitations d'effectifs, dans un contexte budgétaire ultra tendu. Faute de certaines ressources, dites exceptionnelles (ventes immobilières de fréquences hertziennes), quelque 2,2 milliards d'euros sont toujours manquants au budget en 2015 (6 milliards sur la période la LPM). Des pistes innovantes sont explorées à travers les «sociétés de projet».

À ce jour, les décisions annoncées mercredi ne sont pas financées, même si le coût d'un moindre «dégraissage» en 2015 «peut être absorbé», assure-t-on. Il n'en va pas de même pour celui des années suivantes. Au total, il manque «plusieurs centaines de millions d'euros» qui nécessiteront des aménagements budgétaires. L'évaluation précise repose sur une étude des postes à «déflater», souligne-t-on à l'Hôtel de Brienne. Face à une montagne d'incertitudes, on s'en tient fermement au garde-fou de l'assurance présidentielle: la «sanctuarisation» du budget de la défense à 31,4 milliards.

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 22:55
Rapport relatif à l'activité de la délégation parlementaire au renseignement pour l'année 2014

 

18.12.2014 source Assemblée Nationale

 

« Ni la bravoure de l’infanterie, ni celle de la cavalerie ou de l’artillerie, n’ont décidé d’un aussi grand nombre de batailles que cette arme maudite et invisible, les espions. »
Napoléon au Maréchal Soult.

 

Ce rapport annuel est le sixième que publie la Délégation parlementaire au renseignement (DPR). Pourtant, par bien des aspects, non seulement il ne ressemble pas à ses prédécesseurs, mais en sus, il correspond à une volonté affirmée d’entériner une véritable rupture avec les pratiques antérieures.

 

Ainsi ambitionne-t-il de retracer le plus précisément possible la totalité de l’action de la DPR. Or, comme l’écrivait Jean-Pierre Sueur dans son rapport pour avis pour la Commission des lois du Sénat lors du débat préparatoire à la Loi de Programmation Militaire (LPM), le 9 octobre 2013, dans les années qui suivirent sa création, la Délégation avait plutôt « choisi de s’en tenir dans son rapport public à des indications minimales et très générales sur son organisation et ses activités1 ». Cette différence vise à illustrer le changement profond de nature de la Délégation voulu par le législateur. En effet, si hier elle n’avait pour seule mission que de « suivre l’activité générale et les moyens des services spécialisés2 », depuis l’adoption de la LPM, sa vocation est dorénavant d’« exercer le contrôle parlementaire de l'action du Gouvernement en matière de renseignement et [d’]évaluer la politique publique en ce domaine3 ». C’est pourquoi les deux premiers chapitres retracent la mutation engagée dans l’organisation du travail afin de pouvoir rendre des comptes aux citoyens à l’image de ce que pratiquent toutes les autres démocraties occidentales. La France tourne ainsi une curieuse page où une structure parlementaire n’avait pour vocation que de produire une analyse à la seule destination du pouvoir exécutif.

 

Le chapitre 3 porte sur le renseignement économique et financier. Là encore, ce choix se veut symbolique. Historiquement, la recherche de renseignements concerna d’abord des objectifs militaires : il s’agissait de percer l’ordre de bataille d’adversaires potentiels et de le tenir constamment à jour. C’est d’ailleurs ce qui explique que le premier de nos services, la DGSE, est toujours imprégné de cette culture de la guerre que l’on retrouve aussi dans les deux autres services placés sous l’autorité du ministre de la Défense (la Direction du Renseignement Militaire et la Direction de la Protection et de la Sécurité de la Défense). Mais aujourd’hui, leur mission est plus vaste puisque c’est l’État et ses citoyens qu’ils doivent protéger. Et s’il est un domaine où les services jouent pleinement leur rôle au service de la collectivité, c’est bien celui de la lutte contre l’économie souterraine, illégale et parfois mafieuse, et de la finance criminelle4. Nos impératifs de sécurité nationale s’étendent non seulement à la défense du territoire, de la population et des ressources nationales, mais aussi à la préservation des capacités économiques de la Nation. L’interdépendance et la concurrence économiques à l’échelle mondiale se sont accrues et se révèlent des sources importantes de tensions et de conflits possibles entre les États. Et de ce fait, l’information s’avère désormais une condition essentielle de la compétitivité. L’action des services - et pas seulement ceux du ministère de l’économie et des finances (Tracfin et la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières) - comporte donc une orientation de plus en plus économique que la DPR a souhaité examiner. Elle en retire d’ailleurs la profonde conviction que l’organisation en la matière reste très perfectible et nécessite une orientation politique assumée.

 

Comme elle l’avait fait dans son rapport de 2013 – ce qui constitue donc l’un des rares éléments de continuité –, la DPR, dans son chapitre 4, poursuit ses réflexions sur « l’amélioration du dispositif juridique d’encadrement et de contrôle des services afin que, solide et bien accepté par nos concitoyens, il contribue à accroître la confiance de ceux-ci dans l’action des services de renseignement ». En effet, dans l’imagerie d’Epinal hexagonale, le renseignement renvoie à de noirs desseins et à une logique non démocratique et non républicaine. Comme le note Yannick Pech, « les vocables qui y sont associés sont bien souvent ceux d’indic, de délateur, de barbouze et ont trait à des traumatismes enracinés dans la culture historique nationale. Ces références renvoient presque systématiquement à des images négatives, mélanges d’éléments de culture policière et militaire dans leur dimension coercitive et intrusive5 ». Plus prosaïquement, pour la DPR, les services appartiennent à la sphère administrative. N’est-ce pas M. Michel Rocard, alors Premier ministre qui reconnaissait que « le renseignement est l’un des investissements les plus rentables de l’État. Il est l’une des fonctions fondamentales de la sécurité nationale de tout État de droit et constitue une condition nécessaire à la prospérité du pays »6 ? Les services sont donc des administrations reposant sur des fonctionnaires, civils et militaires, ce qui, conformément aux principes démocratiques, doit les conduire à être soumis à toutes les formes de contrôle nécessaires pour préserver les libertés individuelles et collectives. Cette appréhension du renseignement comme une politique publique explique aussi le choix des termes.

 

En effet, pour la DPR, les services ne sont ni « spéciaux » ni « secrets ». Certes la presse les qualifie souvent ainsi sans doute parce qu’ils perdent en précision ce qu’ils gagnent en capacité à susciter immédiatement un certain mystère7. Mais la DGSE ou la DGSI ne sont pas des institutions secrètes : les sites internet de leurs ministères respectifs leur dédient des espaces, leurs directeurs généraux publient parfois même des entrevues. De plus, comme on pourra le lire plus loin, leurs missions, assurément elliptiques mais tout à fait réelles, sont définies par des textes normatifs. Les services ne sont pas plus spéciaux, sauf peut-être en raison d’un rattachement fonctionnel à l’autorité politique quelque peu original en raison d’une architecture découlant de la dyarchie de l’exécutif que l’on doit à la Constitution de la Ve République. En définitive, la DPR a, d’une part, privilégié la notion de « services » pour affirmer clairement que ce sont des organes qui « servent » l’État8 et, d’autre part, « de renseignement » afin d’expliciter leur vocation : trouver ce qu’on veut leur cacher. Ou comme l’écrit l’un des auteurs de référence sur ce sujet aux États-Unis : « conduire un processus par lequel des informations spécifiques importantes pour la sécurité nationale sont demandées, collectées, analysées et fournies9 ».

 

Le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale publié en 2013 en faisait la première des priorités, la DPR lui consacre son chapitre 5 : les ressources humaines. Les exigences inhérentes aux missions imposent que les services puissent disposer en permanence d’un personnel souvent jeune et nécessairement diplômé. Ces impératifs imposent un renouvellement important des effectifs notamment contractuels, avec une priorité portée sur le recrutement de linguistes et de scientifiques. Cela peut uniquement se concevoir grâce à un flux permanent et maîtrisé de recrutements et de départs. Il est donc crucial d’imaginer une politique de ressources humaines rénovée pour l’accompagnement social, humain et économique des évolutions à venir.

 

Évidemment, un chapitre, le 6ème, est entièrement consacré au suivi de la réforme du renseignement intérieur. La lutte anti-terroriste a peu à peu remplacé le contre-espionnage et les contraintes de la première se sont imposées comme la colonne vertébrale de l’organisation des services au point de structurer un modèle communautaire du renseignement. Le quotidien de nos services repose maintenant sur la coopération certes internationale mais aussi au niveau interne10. La naissance de la DGSI mais également du Service central du renseignement territorial (SCRT), qui dépend de la Direction centrale de la sécurité publique de la Police, ou encore celle de la Sous-direction à l’anticipation opérationnelle (SDAO) au sein de la Gendarmerie nationale, sont autant d’enjeux qui appellent une vigilance de la DPR sur l’articulation entre les missions et les moyens.

 

Comment faire l’impasse sur les conséquences des « révélations » d’Edward Snowden ? Cet administrateur de systèmes informatiques travaillant pour Booz Allen Hamilton, prestataire auprès du gouvernement des États-Unis, a fui en Russie à l’été 2013. Il a emporté avec lui, sous une forme numérisée, près de 1,7 million de documents classifiés volés principalement à la National Security Agency (NSA). Au moment de demander l’asile politique, il qualifiera son acte de défi politique en défense des libertés individuelles dans le monde entier. Son autojustification sera fortement contestée par le gouvernement américain pour qui il n’est qu’un voleur ayant enfreint la loi. Au-delà des mystères et des chausse-trapes qui entourent encore son acte et ses motivations, la publication de documents a créé un contexte « qui peut être utile » pour reprendre la formule du Président de la République le 25 octobre 2013. Utile pour rebâtir des partenariats d’occasion avec nos alliés de prédilection ? Utile pour revisiter lucidement les relations entre les consommateurs et les géants commerciaux de l’internet ? Utile pour s’interroger sur le cadre légal qui doit veiller à garantir l’équilibre nécessairement délicat entre surveillance, sécurité, vie privée ? La DPR apporte sa contribution dans le chapitre 7.

 

Le dernier chapitre est dédié à un retour plus factuel sur l’année 2014 au travers d’articles publiés dans la presse. Au fil des mois, la DPR a relevé des éléments qui l’ont conduite à procéder à des recherches. Ce rapport permet ainsi d’apporter quelques compléments qui vont souvent à rebours des affirmations.

 

Enfin, nonobstant son souci de répondre aux légitimes attentes de transparence des citoyens, les membres de la DPR ont également conscience que certaines informations portées à leur connaissance doivent être soustraites à la curiosité de nos rivaux comme de nos adversaires. C’est pour parvenir à concilier ces deux impératifs antagonistes qu’il a été décidé de masquer quelques passages sensibles au moyen d’un signe typographique (***), invariable quelle que soit l’ampleur des informations rendues ainsi illisibles.

 

Employé par le parlement britannique, ce procédé permet une synthèse entre les logiques ambivalentes. Nos concitoyens pourront ainsi apprécier le raisonnement déployé, sa cohérence, ses principales conclusions, tandis que certains détails resteront protégés sans que l’on puisse critiquer la vacuité du propos ou un « caviardage » excessif. Dans le cas du présent rapport, les passages occultés représentent moins d’une page de texte.

 

Indubitablement, les années à venir s’annoncent difficiles pour les services de renseignement : confrontés à une inéluctable raréfaction des ressources budgétaires, ils vont prendre en charge une menace plus diverse, plus technique et plus massive. Face à ce phénomène, le risque d’une dispersion des moyens, d’une mauvaise priorisation voire même d’hésitations opérationnelles guette ces administrations frappées des mêmes lourdeurs, des mêmes réticences au changement que toute organisation humaine.

 

En parallèle, l’exigence de réussite ne souffre aucun faux pas alors même que la très faible culture du renseignement de nos concitoyens rend l’appréhension des réussites quasi impossible.

 

En substance, les services de renseignement vont incarner des acteurs majeurs de préservation du contrat social, de réduction de l’incertitude, d’appui opérationnel et de réflexion prospective. Des attentes impatientes vont sans doute se concentrer sur eux en même temps que les soupçons vont s’aiguiser en raison de la nécessaire revalorisation de leur cadre d’action.

 

Nouvelle dissuasion nucléaire, tant en raison de ses bénéfices que des risques qu’il fait encourir à un Gouvernement, le renseignement occupera certainement une place croissante dans le débat public.

 

Cette nouvelle configuration va nécessiter la plus grande prudence et la plus grande déontologie de la part des observateurs et commentateurs, parlementaires, citoyens et journalistes inclus.

 

Confrontée à ces tiraillements démocratiques, la Délégation parlementaire au renseignement souhaite offrir un point de vue forgé par les rencontres, les auditions, la prise connaissance de documents, l’expérience acquise de la mission de contrôle. Les membres sont conscients de ce que, au-delà de l’affirmation de la légitimité de la structure à laquelle ils appartiennent, se noue un enjeu plus grand et plus noble ; un enjeu qui forge l’essence même d’une Nation.

 


Télécharger le Rapport relatif à l'activité de la délégation parlementaire au renseignement pour l'année 2014 n° 2482 déposé le 18 décembre 2014 (mis en ligne le 18 décembre 2014 à 13 heures) par M. Jean-Jacques Urvoas

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 15:55
 Présentation stratégique du projet annuel de performances 2015 (DGRIS)

 

07.10.2014 par  Philippe ERRERA, Directeur des affaires stratégiques - Responsable du programme n° 144 : Environnement et prospective de la politique de défense

 

Jusqu’en 2014, le programme 144 « Environnement et prospective de la politique de défense » placé sous la responsabilité du directeur chargé des affaires stratégiques (DAS) regroupait des entités de l'état-major des armées (EMA), de la direction générale de l'armement (DGA), de la délégation aux affaires stratégiques (DAS), de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et de la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) qui, dans leur domaine d'action respectif, veillaient à :

- élaborer la prospective en matière d'évolution du contexte stratégique ;

- rechercher le renseignement de défense ;

- définir les systèmes de forces futurs et contribuer à la maîtrise de capacités industrielles et technologiques cohérentes ;

-  orienter et conduire la diplomatie de défense.

 

La réforme de l’action internationale, décidée et engagée par le ministre de la défense, a conduit à retenir la création d’une direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la défense (DGRIS). Cette réforme ambitieuse vise à regrouper au sein de cette entité l’essentiel des fonctions de l’action internationale du ministère qui étaient jusqu’à présent principalement réparties entre l’EMA, la DGA et la DAS et qu’il était nécessaire d’optimiser et de mieux coordonner. La DGRIS est constituée à partir de la DAS et d’éléments transférés de l’EMA et de la DGA. Elle est composée de trois directions et d’un service d’administration centrale. Sa mission est d’élaborer et de mettre en œuvre la politique internationale du ministère de la défense en y associant l’EMA, la DGA et le SGA, de piloter les travaux de prospective stratégique et de coordonner ceux nécessaires à la préparation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN) et à son actualisation régulière.

 

Le chef d’état–major des armées (CEMA) et le délégué général pour l’armement (DGA) conservent cependant, chacun en ce qui le concerne, la responsabilité sur leurs équipes spécialisées, nécessaires à la réalisation du volet international de leur mission (respectivement l’activité opérationnelle des forces et les activités internationales ayant un impact direct sur la conduite des coopérations en matière d’armement).

 

Le programme 144 traduit pour l’année 2015 la montée en puissance de la nouvelle organisation, afin qu’elle soit pleinement opérationnelle dans les meilleurs délais.

 

S’agissant des dépenses de titre 2, en application des orientations fixées par la loi de programmation militaire 2014-2019, l’ensemble des crédits de personnel (titre 2) et les effectifs associés sont, à partir de la maquette budgétaire 2015, unifiés au sein du programme 212 « Soutien de la politique de la défense », placé sous la responsabilité du secrétaire général pour l’administration du ministère de la défense. Au sein de ce programme, les crédits sont désormais repartis, essentiellement, par gestionnaire des ressources humaines, chacun pour ce qui le concerne en charge d’un budget opérationnel de programme.

 

En conséquence, le programme 144 « Environnement et prospective de la politique de défense » ne présente plus, à compter du 1er janvier 2015, de crédits de personnel (titre 2) et d’effectifs associés. Il n’en demeure pas moins que son responsable de programme est associé à la gouvernance du titre 2. Enfin, la nomenclature par destination (architecture MPASA : mission, programme, action, sous-action) adoptée est commune au titre 2 et aux autres titres, ce qui garantit une lisibilité de l’action du programme et au sein du programme.

 

Le directeur général veillera à optimiser la mise à disposition et le pilotage des ressources du programme 144 pour mener les actions dans les domaines suivants :

 

Élaborer des études et des propositions en matière de prospective et de stratégie de défense.

 

Pour répondre à l’extension de ses missions dans ce domaine, la DGRIS s’appuiera sur sa direction « Stratégie de défense, de la prospective et de la contre-prolifération (lutte contre la prolifération et contrôle des transferts sensibles) ». Aujourd’hui, la DAS réalise et fait réaliser des études prospectives et stratégiques qui déterminent la nature et la forme des menaces futures. Elle concourt également aux publications de recherche dans le domaine stratégique par l'attribution de subventions à divers instituts. L’articulation nécessaire entre la stratégie de défense et la programmation militaire en cours conduira à élargir le champ de ces études, notamment en relation avec le monde universitaire et les instituts de recherche.

 

De plus, la démarche de sensibilisation des futures élites étrangères aux positions françaises en matière de sécurité de défense sera poursuivie au moyen du programme « Personnalités d'avenir défense ». En outre, des crédits seront affectés au partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes (PMG 8).

 

Rechercher le renseignement de défense

 

L’appréciation du contexte stratégique se fait également en s’appuyant sur une collecte et une analyse pertinentes du renseignement. La fonction stratégique « connaissance et anticipation », réaffirmée dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, a pour objet le maintien d’une capacité d’appréciation autonome des situations, indispensable à une prise de décision libre et souveraine.

 

Le renseignement voit donc son rôle central réaffirmé, au-delà des seules nécessités militaires ou strictement sécuritaires. En ce sens, la DGSE, clairement identifiée au sein du programme, siège au sein du Conseil national du renseignement. Le service de renseignement extérieur voit ses ressources humaines et financières augmenter en vue d'améliorer ses capacités de prévision des menaces. Dans ce cadre, l'effort d'investissement dans le domaine du renseignement technique et des opérations d'infrastructures constitue un axe majeur de sa programmation. Ce service est un précieux outil de réduction des incertitudes qui doit permettre à nos dirigeants d’éviter d’être exposés à des surprises stratégiques.

 

De son côté, la DPSD poursuit sa réorganisation et les ressources qui lui sont allouées se stabilisent. Ce service de renseignement, qui participe étroitement aux activités de la communauté du renseignement, maintiendra à un haut niveau de technicité son système d'information et de sécurité et renforcera ses procédures d'action préventive. Dans cette perspective, le programme SOPHIA (plate-forme d’échange de données d’habilitation par voie électronique) contribue à la modernisation du ministère, en permettant l'instruction, la gestion, le partage et la conservation des informations relatives à la protection des personnes et à celles du secret des contrats.

 

Définir les systèmes de forces futurs et contribuer à la maîtrise de capacités industrielles et technologiques cohérentes

 

Les moyens dévolus à la maîtrise des capacités technologiques et industrielles traduisent la volonté du ministère de la défense de garantir l'effort de recherche et de consolider la base industrielle et technologique. Ces travaux représentent près de 75 % des crédits de paiement du programme. Ils comprennent, d’une part, les études amont et, d’autre part, des activités financées sur subventions auprès de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales, de l’Institut Saint-Louis et des écoles d’ingénieurs sous tutelle de la DGA.

 

Ces recherches technologiques ont vocation à déboucher sur une application dans les programmes d'armement futurs. Elles relèvent aussi de trois autres enjeux fondamentaux :

- disposer des technologies nécessaires au développement et à l’évolution des systèmes pour lesquels une autonomie nationale totale ou partielle est requise ;

- disposer des compétences industrielles permettant de réaliser les programmes futurs, dans un cadre national ou en coopération ;

- stimuler et accompagner l’innovation dans les domaines intéressant la défense, en particulier au sein des PME/PMI et des organismes de recherche.

 

La réorganisation de la gestion de ces travaux au sein du ministère de la défense, engagée depuis 2013, a pour objectif une meilleure coordination des études amont et des activités menées par les opérateurs précités. La nouvelle gouvernance associée, prenant acte du retour d'expérience sur les dispositions antérieures, vise à optimiser l'efficacité du pilotage de ces activités. À cette nouvelle coordination, s'ajoutent les efforts d'économie menés par les opérateurs.

 

Orienter et conduire la diplomatie de défense.

 

Les capacités du réseau de diplomatie de défense sont maintenues. Ce réseau permet la mise en œuvre de nos coopérations et partenariats de défense, qui constituent des facteurs essentiels d’influence pour la France.

 

Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, la DGRIS se voit confier la stratégie d’influence internationale du ministère de la défense et intègrera donc, au sein de son service « pilotage des ressources et de l’influence internationale », les bureaux « influence française à l’étranger » et « liaisons avec les missions étrangères en France » actuellement à l’EMA. Partie intégrante du volet prévention de la politique de défense de la France, cette action est également déterminante pour permettre aux forces de se déployer dans les meilleures conditions et de préserver la liberté d'action des décideurs.

 

Parce qu'elles constituent un des leviers d'action de la politique internationale et un moyen de soutenir, au plan économique, les industriels exportateurs, les ressources consacrées par le programme aux exportations d'armement sont aussi maintenues. La réforme introduite par la loi du 22 juin 2011, précisée par l'arrêté du 27 juin 2012, vise à simplifier les démarches menées par les industriels.

 

 

récapitulation des objectifs et indicateurs de performance

 

 

 

 OBJECTIF 1

Renforcer une démarche prospective européenne en matière de sécurité et de défense en promouvant une démarche prospective commune

 INDICATEUR 1.1

Taux de coopération européenne en matière de prospective, de recherche et de technologie

 OBJECTIF 2

Améliorer le niveau de sécurité des forces et du patrimoine industriel et économique lié à la défense (DPSD)

 INDICATEUR 2.1

Taux d’avis émis dans les délais prescrits

 INDICATEUR 2.2

Taux des sites du domaine militaire et des sites industriels et économiques liés à la défense inspectés dans les délais prescrits

 OBJECTIF 3

Développer les capacités scientifiques technologiques et industrielles nécessaires à la défense

 INDICATEUR 3.1

Taux de progression des technologies spécifiques nécessaires à la défense

 OBJECTIF 4

Contribuer à l’autorisation et au contrôle des transferts des biens et technologies sensibles

 INDICATEUR 4.1

Délai de traitement des dossiers d’exportation de matériels de guerre

 

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 12:56
L'exécutif présente pour la première fois la communauté du renseignement

 

05/12/2014 Jean Guisnel / Défense ouverte - Le Point.fr

 

C'est un petit pas pour nos gouvernants, mais nos concitoyens vont enfin disposer d'un document officiel et lisible sur ceux qui espionnent en leur nom...

 

Dans le monde feutré du renseignement français, la communication institutionnelle est rarissime. On ne s'étonnera donc pas qu'il ait fallu plus de six ans à la suite de la dernière réforme en date, en juin 2008, pour que les services officiels publient une plaquette d'information de 27 pages, sobrement titrée "La communauté française du renseignement". Illustration de l'éternelle dualité de la conduite du renseignement au sein de l'exécutif français, ce document édité par l'Académie du renseignement - créée elle aussi par la réforme de 2008 - porte en haut de sa page de couverture la sobre mention "Premier ministre". Mais la préface de ce document est bel et bien signée par le préfet Alain Zabulon, le coordonnateur national du renseignement, qui oeuvre sous l'autorité du secrétaire général de l'Élysée. Que l'on ne s'y trompe pas : aujourd'hui comme naguère, les manettes du renseignement français sont tenues par l'Élysée.

 

Chaîne courte

Faut-il pour autant penser que l'organigramme publié à la page 6 de la plaquette, dont on imagine sans peine qu'il a fait l'objet de longues tractations, ne serait pas conforme à la réalité ?

Il place, en effet, l'ensemble des services sous l'autorité directe du gouvernement et de Manuel Valls, alors que, dans les faits, au moins pour la DGSE et dans une moindre mesure pour la Direction du renseignement militaire, la chaîne de commandement est des plus courtes, entre les chefs de service et l'Élysée. On ne doit pas négliger les aspects personnels dans ces affaires. Dans le cas de la DGSE, pour ne citer qu'elle, plusieurs épisodes extrêmement tendus se sont produits ces derniers mois entre le directeur du service - l'ambassadeur Bernard Bajolet, qui, comme les mémés de la chanson, aime bien la castagne - et le directeur de cabinet du ministre de la Défense, Cédric Lewandowski, qui n'est pas mal non plus dans le genre ! Ce dernier estimait qu'il devait se trouver "dans la boucle", mais, Bajolet ayant une relation directe avec François Hollande, il ne l'a pas entendu de cette oreille. Néanmoins, Jean-Yves Le Drian est informé des missions de la DGSE. Quand il est à l'écoute...

 

Légitimité

L'actuel président de la République, comme son prédécesseur avant lui, a jusqu'à présent affiché une relation décomplexée avec les services. Ce sont les premiers dans ce cas sous la Ve République. Il ne faut donc pas s'étonner que ce soit seulement maintenant que l'édition d'une plaquette de présentation est possible. Alain Zabulon explique à ce propos : "Cette initiative s'inscrit dans une double démarche. Il s'agit tout d'abord de démythifier l'activité de renseignements. Les services de renseignements sont des administrations certes singulières, mais qui, conformément à l'article 20 de la Constitution, sont à la disposition du gouvernement pour la mise en oeuvre de la politique de la nation."

Mais c'est bien le président de la République qui "arrête les décisions qui permettent d'adapter notre appareil de renseignements pour garantir son efficacité", et qui a choisi de donner de la visibilité à cette communauté de six services de renseignements*. Les raisons en sont claires, écrit Alain Zabulon : "Il est indispensable que la légitimité de leur action soit reconnue par les citoyens et les représentants de la nation."

 

*Ministère de la Défense : DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure). DRM (Direction du renseignement militaire). DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense).

Ministère de l'Intérieur : DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure).

Ministère des Finances : DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières et Tracfin.

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 12:20
L'affaire Snowden vue par l'ex-directeur technique de la DGSE

 

05/12/2014 Par Jean Guisnel - Le Point.fr

 

Bernard Barbier, expert du système français d'interception et de traitement des communications radioélectriques et informatiques, livre sa vision de l'affaire Snowden.

 

Le cataclysme provoqué aux États-Unis et dans le monde entier par les révélations de l'ingénieur informaticien Edward Snowden a déjà conduit à la publication de milliers d'articles et d'analyses. Il en faudra plus encore pour comprendre comment ce modeste employé d'un sous-traitant de la National Security Agency - l'agence d'espionnage radioélectrique et électronique américaine - a pu extraire des mémoires informatiques censées être les mieux protégées qui soient, de surcroît si facilement, tant de documents affectés du plus haut niveau de protection et de secret.

Cette affaire a provoqué un séisme d'une ampleur sans précédent parmi les services de renseignements, et d'abord américains. Mais dans la préface qu'il a offerte aux deux auteurs du dernier livre paru en France sur cette affaire, L'Affaire Edward Snowden : une rupture stratégique, le Français Bernard Barbier livre sa part de réflexion. L'ancien directeur technique de la DGSE durant sept ans et demi, jusqu'en décembre 2013, est l'un des meilleurs experts des interceptions radioélectriques et dans les réseaux informatiques qui soient au monde.

 

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 12:56
source JDM

source JDM

 

Source Alain Establier - « SECURITY DEFENSE Business Review » n°115 du 04/11/2014

 

SDBR : Voilà 17 mois que vous avez été nommé au poste de CNR. Quel enseignement tirez-vous de cette période ?

 

AZ : Je dresse tout d’abord un constat, celui de la force du concept de «communauté du renseignement» laquelle repose sur trois principes bien identifiés: la coopération intensive entre les services de renseignements, la circulation de l’information et la mutualisation des ressources. Concernant la coopération entre services, je prendrai un exemple volontairement emprunté à l’actualité, la lutte contre le terrorisme. Tous les services de renseignement participent au combat contre ce fléau: la DGSI* sur le territoire national, la DGSE à l’extérieur des frontières, la DPSD qui surveille d’éventuels phénomènes de radicalisation au sein du ministère de la défense, TRACFIN qui s’intéresse aux aspects de financements du terrorisme, la DNRED qui recherche d’éventuelles connexions entre le milieu des trafiquants de produits illicites et le terrorisme, etc. Voilà un exemple de coopération transverse entre services qui donne du sens à la notion de communauté du renseignement. 

 

Vous avez évoqué la circulation de l’information. Est-ce vraiment une réalité ?

 

Oui, l’information circule. C’est un des enseignements des attentats du 11/09 où, comme vous le savez, une mauvaise circulation de l’information entre la CIA et le FBI n’avait pas permis d’éviter ce drame. Aujourd’hui, au sein de notre communauté, nous avons parfaitement conscience de l’importance d’échanger l’information, qui ne doit pas être un enjeu de pouvoir mais au contraire être partagée. Troisième principe identifié: la mutualisation. C’est une dynamique en cours, dans un contexte où la fonction technique du renseignement est en plein essor et les outils développés de plus en plus partagés entre les services, quel que soit le service hébergeur. Donc mon premier constat, c’est la force du concept de communauté du renseignement.

 

Et le deuxième constat ?

 

Le deuxième constat, c’est l’intensité et la multiplication des crises. Celles-ci s’additionnent les unes aux autres. En 2012 et 2013 nous étions mobilisés par la crise malienne et la République Centrafricaine, aujourd’hui il y a l’Irak et la Syrie avec Daesch**, mais nous sommes toujours investis sur le Mali et la RCA. Les crises s’additionnent, même si la loupe grossissante des médias ne met l’accent que sur la dernière crise. En conséquence, l’implication des services sur chacun de ces évènements est durable. En matière de renseignement, on ne s’investit pas pour 6 mois mais pour longtemps. L’apparition du conflit en Ukraine, qui nous ramène à l’époque de la guerre froide, nécessite le réengagement, peut être durable, des services de renseignement à l’Est de l’Europe. Il est de ce fait nécessaire de prioriser l’action des services sur les théâtres de crise en cours ou potentiels; c’est une mission essentielle de la coordination nationale du renseignement, sous l’autorité du Président de la République, du Premier ministre et en coordination avec les ministres concernés.

 

Quel autre constat avez-vous fait ?

 

Le troisième constat, c’est la reconnaissance par le pouvoir politique de la fonction de renseignement. Par le passé, on a souvent dit que le renseignement était une «matière sale», aujourd’hui plus personne ne tient ce genre de propos. Le renseignement a désormais sa place dans le livre blanc sur la défense et la sécurité, dans les grandes priorités stratégiques. Une grande part de ses moyens est adossée à la LPM et le renseignement est reconnu par le pouvoir politique comme une fonction stratégique essentielle qui contribue à la politique de sécurité globale de la France. Enfin, le dernier constat est la reconnaissance de la très bonne image de nos services par leurs homologues étrangers.

 

Vous parliez de mutualisation. Concerne-t-elle aussi bien les ressources que les moyens ?

 

La mutualisation est un processus piloté par le CNR. Quels en sont les enjeux ? D’abord nous faisons le constat que nous menons une course aux moyens technologiques, qui sont en plein essor dans tous les grands pays. Or la technique va plus vite que les hommes. Ce sont les avancées technologiques produites par la recherche qui obligent les organisations à évoluer, et qui poussent logiquement à une mutualisation du fait de la contrainte budgétaire. Historiquement, les moyens du renseignement électromagnétique sont concentrés à la DGSE et les moyens d’imagerie sont à la DRM. Ces deux services continuent de monter en puissance dans leurs domaines, mais la grande nouveauté réside dans le fait qu’ils peuvent mettre leurs moyens techniques à disposition des autres services, dans le cadre de leurs propres missions et dans le respect du cadre juridique applicable au territoire national. Plutôt que de créer une agence technique dédiée (comme la NSA), nous avons fait le choix d’intégrer les moyens techniques au sein des deux services précités mais ils sont désormais partagés avec les autres services de la communauté. Le CNR préside les instances de pilotage permettant la mise en œuvre effective de ce principe.

 

Où en est la mise en œuvre effective de cette mutualisation?

 

L’adhésion et la prise de conscience sont pleines et entières chez les directeurs des services et leurs proches collaborateurs. Au niveau des structures, nous progressons marche par marche car les enjeux sont complexes. Comme vous le savez, je viens de l’administration territoriale et, dans chacun de mes postes, j’ai eu à coordonner des politiques de l’Etat sur le terrain. Je peux vous dire que si le degré de coopération, de mutualisation et de partage, que j’observe dans  le monde du renseignement, était décliné dans tous les services de l’administration, nous franchirions un grand pas dans la modernisation de l’Etat. Ce qui ne veut pas dire bien entendu que tout soit parfait et qu’il n’y ait pas encore des marges de progrès.

 

La DRM cherche des spécialistes civils, la DGSI va en chercher…Où va-t-on trouver ces profils ?

 

Il y a objectivement une concurrence sur certaines spécialités, lorsque les services cherchent des compétences identiques, par exemple des ingénieurs informatiques. Une partie de la réponse réside dans la mutualisation dont nous avons déjà parlé. Concernant les langues rares, nous avons décidé d’en faire un nouveau champ de mutualisation entre les services. Ce processus de partage ne concerne donc pas que les moyens techniques mais aussi les compétences humaines.

 

Quels sont les défis du renseignement de demain selon vous ?

 

Je vois quatre défis pour l’avenir. Le premier c’est celui de l’incertitude, car nous vivons dans un monde qui n’a jamais été autant imprévisible et incertain. Les crises apparaissent de manière extrêmement brutale et la détection des signaux faibles est devenue le grand challenge des services. Jusqu’à la chute du mur de Berlin, nous avions une grille de lecture d’un monde bipolaire. L’ennemi était à l’est, c’était une puissance étatique, on connaissait ses méthodes et il y avait des règles du jeu. Les services de renseignement ont construit leur ADN sur une lecture du monde qui était celle de la guerre froide qui a pris fin avec la chute du mur. Puis, le drame du 11/09 a fait de la lutte contre le terrorisme une nouvelle priorité pour tous les services, même si la France avait déjà été frappée sur son sol dans la décennie précédente. Aujourd’hui, nous évoluons dans un monde complexe dans lequel les grandes puissances se voient obligées d’intervenir dans des conflits régionaux, qui auraient des conséquences extrêmement graves sur la sécurité collective du monde si elles n’intervenaient pas, par exemple la crise Irak/Syrie. Autre exemple avec le Mali, où la France intervient pour repousser des groupes djihadistes descendus depuis le nord, menaçant d’instaurer une république islamique. La France intervient en RCA pour éviter un génocide. Pour les services, le défi est désormais d’anticiper les crises dans un monde devenu volatile. Aujourd’hui, l’ennemi ce sont les groupes djihadistes au nord Mali et dans la bande saharo sahélienne, Daesch en Syrie, le régime d’Assad que la France condamne. Les grandes puissances sont obligées de se positionner par rapport à ces crises régionales et les services sont invités à fournir du renseignement géopolitique pour permettre au gouvernement de prendre des décisions. Il y a vingt ans nous luttions contre des groupes terroristes organisés et «professionnalisés»; aujourd’hui, des individus qui ont fait le djihad en Syrie reviennent en France et peuvent à tout moment passer à l’acte. Pour les services, ce caractère d’incertitude et d’imprévisibilité est la marque de ce début du XXIème siècle.

 

Quel est le deuxième défi ?

 

Le deuxième défi est celui du résultat exigé par nos concitoyens, en matière de sécurité individuelle et collective. Souvenez-vous de l’émotion légitime et de la polémique provoquées par les crimes de Merah. L’exigence de résultat, c’est l’injonction de protection adressée à l’Etat par nos concitoyens sans qu’il soit porté atteinte aux libertés individuelles. Le troisième défi est celui de l’information de masse, qui consiste à repérer la bonne information, au milieu des données que nous possédons et qui doit nous renseigner sur tel ou tel événement. Aujourd’hui, l’information est à la fois un défi sur le plan de l’analyse et de la capacité à rendre ces données massives intelligibles pour pouvoir mener à bien des opérations, mais c’est aussi un défi en termes de libertés, dès lors qu’on touche à la protection des données et à la protection de la vie privée. Enfin, le dernier défi est le défi démocratique. La transparence est exigée pour l’action de l’Etat dans tous les domaines, or transparence ne rime pas avec renseignement. Aucun service de renseignement ne communique sur ses opérations. Le défi démocratique est donc celui de la légitimité. Il faut pouvoir dire aux citoyens: nous ne pouvons pas tout vous dire de notre action, mais ce que nous faisons est légitime pour les intérêts vitaux de la France. Il ne doit y avoir aucun doute sur la légitimité de l’action des services.

 

Est-ce la raison pour laquelle les contrôles parlementaires se sont mis en place ?

 

Absolument. Il y a le contrôle de la Délégation parlementaire au renseignement sur l’activité du gouvernement dans le domaine du renseignement et il y a la mise en place d’une inspection des services de renseignement, dont le décret constitutif est paru en juillet 2014. Pour qu’il n’y ait pas de doute sur la légitimité, il faut accepter les contrôles. Vingt-et-un sénateurs ont été désignés le 15 octobre pour participer à la commission d’enquête sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. C’est totalement légitime de la part de la représentation nationale de s’investir sur ces sujets et de chercher à comprendre les ressorts d’un phénomène, sans précédent dans notre histoire, et qui est le plus redoutable défi de sécurité intérieure depuis ces dernières années.

 

Alain Bauer nous déclarait le 22 juillet dernier : «les services de renseignement et de police sont souvent excellents dans la collecte et le renseignement de terrain mais l’analyse des éléments recueillis est souvent défaillante». Qu’en pensez-vous ?

 

Le propre des sociétés démocratiques est de progresser à partir de ses erreurs, ou du retour d’expérience d’une affaire qui a eu des conséquences dommageables pour la société. La mutation de la DCRI en DGSI n’est pas qu’un changement sémantique, c’est une évolution importante dans la mission de ce service. Il s’agit de développer des compétences et des métiers qui ne sont pas exclusivement dans le périmètre de la police nationale. La réforme mise en place a pour objectif de disposer d’une grande Direction Générale de la Sécurité Intérieure, avec un plan de recrutement de 432 agents sur 4 ans pour la renforcer et qui pourra faire appel à des compétences diversifiées d’analyse, d’ingénieurs de haut niveau et de contractuels, tels que des spécialistes pays ou de langues rares. La DGSE a déjà ce type de compétences et la DGSI doit rattraper son retard dans ces domaines.

 

La France est-elle un pays menacé ?

 

Oui. Nous sommes un des pays occidentaux les plus directement ciblés par la menace terroriste des islamistes radicaux, compte tenu des positions de la France (membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU) sur un certain nombre de sujets: notre engagement dans la coalition en Irak, au Mali (perçu par les islamistes radicaux comme un engagement contre les musulmans) ou en raison, sur le plan intérieur, des lois sur le foulard ou la burka qui sont dénoncées par les islamistes radicaux comme des lois antimusulmanes. La menace existe contre les intérêts français (entreprises, ambassades, etc.) ou les communautés françaises installées dans les pays à risques. Mais la menace existe surtout sur le territoire national, du fait d’individus totalement radicalisés, qui ont participé au djihad en Syrie, où ils se sont livrés à des exactions, et qui reviennent désinhibés par rapport à la violence.

En conclusion, par leur action discrète et efficace, les services de renseignement assurent la protection de nos intérêts vitaux et contribuent au maintien du rang de la France dans le monde.

Merci de m’avoir permis de l’expliquer.

 

*DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) ; DGSE (direction générale de la sécurité extérieure) ; DRM (direction du renseignement militaire) ; DPSD (direction de la protection et de la sécurité de défense) ; DNRED (direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières) ; TRACFIN (traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins)

**Daesch : Etat Islamique (EI)

 

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 05:55
Deux avions ISR mutualisés pour la DRM et la DGSE vers 2016/2017

 

09.10.2014 par Philippe Chapleau – Lignes de Défense

 

Le projet de loi de finances pour 2015 annonce que la plateforme ISR qui devait être commandée en 2014 le sera en 2015. Voir la page 24 du document du Mindef: "un avion léger de renseignement (ALSA2R), dit ISR (Intelligence, surveillance, reconnaissance) léger, sera commandé en 2015."

 

Quelques précisions qui s'imposent:

- la commande porte sur deux avions (la LPM prévoit trois achats),

- le type d'avion n'est pas encore arrêté; mais on pariera qu'un King Air 350 comme ceux des Douanes (voir photo ci-dessus) pourrait constituer une bonne plate-forme,

- la procédure sera patrimoniale,

- la commande sera finalisée "début 2015",

- la livraison interviendra "18/24 mois plus tard", le temps d'intégrer les équipements sur les appareils,

- les deux avions seront mis en œuvre par l'armée de l'air,

- ils seront mutualisés entre la DGSE et la DRM.

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 14:55
Ralf Tech, l’esprit commando

 

19.09.2014 par Sam Bonjean - estrepublicain.fr

 

Montbéliard._ Le parfum du secret… De tout temps, les amateurs de montres ont réservé un accueil particulier aux modèles initialement conçus pour les militaires. D’un côté, il y a la charge émotionnelle que revêt l’objet, de l’autre une certaine forme de crédibilité. Si les professionnels de l’armée ont choisi tel modèle c’est bien parce qu’il répondait aux exigences drastiques requises. Ce qui confère au garde-temps ainsi adoubé un petit supplément d’âme. Une plus value, un gage de qualité.

Depuis des lustres, les horlogers ont compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient retirer de ces associations. Les exemples sont légions.

Aujourd’hui, c’est le tour de Ralf Tech, la petite entreprise française dont les montres sont assemblées à La Joux et dont certains modèles sont développés dans le Doubs. Mais, secret défense oblige, il n’est pas possible d’être plus précis.

Toujours est-il que la marque créée par Frank Huyghe, « fournisseur des Forces Spéciales françaises depuis 2010 et particulièrement des nageurs de combat », comme il aime à le rappeler, a vécu un grand moment, le 23 juillet dernier. L’école de plongée de la marine nationale, basée à Saint-Mandrier, remettait le 1.000e certificat de nageur de combat.

 

 

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 17:45
La France a coopéré avec Washington dans l'élimination du chef des chebab somaliens
 

 

 

François Hollande a coopéré avec les États-Unis dans l'élimination lundi du chef des chebab somaliens, annonce l'entrourage du chef de l'État.

Selon une information du Point vendredi, le président français aurait ordonné l'envoi d'informations de la DGSE au Pentagone permettant de tuer ce chef terroriste. L'entourage de Hollande assure que Hollande a appuyé "la coopération en matière de renseignement et de coordination". "Cela n'a pas été une opération française sur le terrain, nous n'étions pas dans l'intervention", a précisé l'entourage de François Hollande.

Ahmed Abdi "Godane" a été tué lundi 1er septembre lors d'une frappe aérienne américaine dans le sud de Mogadiscio. "Godane" était à l'origine de l'enlèvement, le 14 juillet 2009, de deux agents de la DGSE, rappelle Le Point. "Le premier, connu sous le pseudonyme de Marc Aubrière, était parvenu à s'évader, mais le second, Denis Allex, avait été détenu dans des conditions barbares", souligne l'hebdomadaire. Une opération militaire française conduite le 11 janvier 2013 pour tenter de le libérer avait échoué. L'otage et deux membres du commando avaient été tués, ainsi qu'au moins 17 chebab.

Dans un communiqué, la Maison-Blanche avait relevé lundi que cette opération visant à l'élimination de "Godane" constituait "l'aboutissement d'années de labeur des services de renseignement, de l'armée et des forces de maintien de l'ordre". Aucun soldat américain au sol n'a été impliqué dans l'opération.

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 17:55
Les forces spéciales veulent croquer les moyens de la DGSE

Les forces spéciales veulent croquer les moyens de la DGSE

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09/08/2014 Par Jean Guisnel - Le Point.fr

 

Sur le terrain, la DGSE et le COS (Commandement des opérations spéciales) crapahutent ensemble. Dans la chasse aux HVT (High-Value Targets, pour cibles de grande valeur, traduction : les chefs djihadistes) qu'ils mènent au Mali, notamment, les premiers fournissent le renseignement initial (identité, localisation, etc.) et le COS se charge de la dérouillée. Une dizaine de chefs djihadistes auraient ainsi été "neutralisés" ces derniers mois. Mais la grande affaire de l'heure est une pure bataille bureaucratique.

 

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 11:54
Bernard Bajolet

Bernard Bajolet

 

14/07/2014 Jean Guisnel Défense ouverte / Le Point.fr

 

Les services secrets français ont expliqué au "Figaro Magazine" à quel point ils sont indispensables. Et s'ils ne défilent pas le 14 juillet, c'est parce qu'ils bossent...

 

Joli coup ! Dans le numéro du Figaro Magazine daté du 11 juillet actuellement en vente, le journaliste Christophe Cornevin raconte "les hommes et les femmes de l'ombre qui ne défileront pas sur les Champs-Élysées". À savoir ces agents de la DGSE dont le rôle est essentiel dans la stratégie de la défense française et dans la prise de décision politique, mais qui ne sont jamais présentés. Notre confrère a eu accès à plusieurs cadres du service, dont le directeur Bernard Bajolet qui se flatte du fait que, dans son service, "les gens ne font pas n'importe quoi". Mais encore ? "Le service est un précieux outil de réduction des incertitudes, car il évite à nos dirigeants d'être exposés à des surprises stratégiques." Le rédacteur et son confrère photographe Jean-Pierre Rey ont aussi pu accompagner un officier traitant du service "quelque part dans le Sahel" et visualiser quelques bureaux de la caserne du boulevard Mortier, dont la "salle de situation" qui reçoit toutes les informations dans agents situés à l'extérieur. D'autres journaux et des télévisions avaient déjà eu la possibilité d'effectuer de tels reportages, mais moins complets. Reste la question que ne se pose pas le Figaro Magazine : pourquoi maintenant ?

 

Des atouts convoités

La réponse est simple : Bernard Bajolet et la DGSE se trouvent actuellement dans une situation très particulière. 5 094 membres des personnels civil et militaire - dont plus du quart de femmes - auxquels s'ajoutent un peu moins de 900 agents du service Action (qui ne sont pas payés par le service mais par les armées) sont pratiquement les seuls dans le périmètre du ministère de la Défense à voir leurs moyens humains et matériels s'accroître. Les effectifs ont augmenté de 20 % en quelques années, le niveau administratif des agents également, de même que les budgets. On assiste donc à une guerre souterraine, extrêmement vive même si elle n'avait pas vocation à être rendue publique, visant à dépouiller la DGSE d'une part notable de ses moyens, au profit de l'état-major des armées.

 

Service Action supprimé ?

Quand il n'y a plus de foin dans l'écurie, les chevaux se battent ! Un rapport sénatorial récent illustre très clairement la stratégie militaire de conquête de la DGSE. Elle vise à intégrer les unités combattantes du service Action au commandement des opérations spéciales (COS), qui verrait ses effectifs augmenter d'autant. Le CPIS (Centre parachutiste d'instruction spécialisée) rejoindrait la brigade des forces spéciales de l'armée de terre, tandis que l'unité aérienne (GAM 56) du service serait réaffectée à l'escadron de transport 3/61 Poitou de l'armée de l'air. Le CPEOM (Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes) de Quélern (Finistère) verrait ses nageurs de combat intégrer la marine nationale (commando Hubert). Faut-il voir ailleurs une raison de la révélation par Marc Pimond, directeur adjoint du renseignement à la DGSE, que le service a "neutralisé" une dizaine de "lieutenants djihadistes" entre septembre 2013 et avril 2014 : "Avant, on faisait des fiches d'al-Qaida, maintenant, on traque et on neutralise ?"

 

Guerre informatique offensive

L'autre atout essentiel que les armées veulent prendre à la DGSE concerne ses moyens de guerre informatique offensive. Dans la terminologie de ce petit monde du renseignement français, la DGSE a de longue date été placée en première ligne sur ce terrain par les gouvernements successifs. Les armées n'y ont pas vu d'inconvénients tant que les incidences budgétaires étaient supportables. Aujourd'hui, elles estiment que les temps sont devenus trop durs pour laisser échapper une prérogative devenue stratégique et budgétairement privilégiée en période de disette et espèrent conquérir cette compétence. Directeur technique de la DGSE, Patrick Pailloux insiste sur les contrôles que subit la DGSE : "Rappelons que nos cibles sont par définition à l'étranger et que nos règles déontologiques sont telles que les garde-fous s'imposent d'eux-mêmes." Mais ça, il faudrait le voir pour le croire !

 

Bataille bureaucratique

LA DGSE est sans doute dans une posture offensive pour conduire ses missions. Mais à Paris, c'est l'inverse ! Le directeur général Bernard Bajolet est beaucoup plus proche de François Hollande que ne l'était son prédécesseur Érard Corbin de Mangoux. Avec pour conséquence un conflit de "périmètre" bien réel avec le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian épaulé par son directeur de cabinet Cédric Lewandowski. Le conflit a été arbitré par l'Élysée en faveur de Bajolet et les choses sont rentrées dans l'ordre. La boutique tourne, les chamailleries se gèrent entre grands garçons, mais les blessures demeurent. La DGSE n'a, pas exemple, pas bien supporté que le cabinet du ministre de la Défense laisse dire qu'elle n'aurait joué aucun rôle dans la libération des otages du Sahel, en octobre dernier. Entre autres. Le papier du Figaro Magazine est à replacer dans ce contexte. Affaire à suivre...

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 20:55
ENA hors les murs, juin 2014

ENA hors les murs, juin 2014


10/07/2014 par Bernard Bajolet – Léon Blum 1975 – directeur général de la sécurité extérieure

 

Les bouleversements géopolitiques survenus depuis la fin de la Guerre froide ont conduit les Etats à repenser la place des services de renseignement dans nos sociétés. En France, plus qu’ailleurs peut-être, alors que les services étaient jusqu’alors déconsidérés et marginalisés, à partir de 2001, une série de décisions gouvernementales courageuses et la conduite d’une politique constante et clairvoyante dans le domaine du renseignement, ont amené nos autorités à recentrer progressivement les services de renseignement dans l’appareil d’Etat et à faire d’eux un instrument essentiel du processus décisionnel de politique étrangère et de sécurité nationale. Les services sont aujourd’hui des outils pertinents, efficaces et écoutés, ils contribuent pleinement à assurer la sécurité des Français et à protéger les intérêts de notre pays.

Par ce processus, au sein de l’Etat comme de l’opinion publique, la Direction générale de la sécurité extérieure, qui a la responsabilité du renseignement extérieur, a notamment gagné en confiance, en légitimité et même en image.

Au-delà des clichés véhiculés encore parfois par la littérature ou le cinéma, le renseignement extérieur relève d’une politique publique exigeante, aux objectifs clairement identifiés, recouvrant à la fois une réalité et des défis ambitieux, notamment dans le domaine du management et de la gestion des finances publiques, au regard d’un contexte budgétaire particulièrement contraint.

La DGSE, rattachée au ministre de la Défense, dispose d’un statut spécial qui lui assure une grande autonomie dans sa gestion comme dans ses opérations, dans le but notamment d’en préserver le caractère secret. L’autonomie et le caractère spécial du Service ne peuvent toutefois se concevoir sans le contrôle de nos autorités politiques et l’établissement de priorités clairement établies par elles, inscrites dans le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale et déclinées pour les services de renseignement dans un Plan national d’orientation du renseignement (PNOR).

Dès 1940, la création ex nihilo par le général de Gaulle d’un service de renseignement de la France Libre (connu sous le nom de Bureau central de renseignements et d’action - BCRA)  a préfiguré, sur des bases originales et pragmatiques, l’organisation des services qui lui ont succédé, le SDECE puis la DGSE. En effet, il demeure aujourd’hui, au sein de la DGSE, une part du BCRA, qui contribue à son identité et à son originalité.

Je pense à deux principes d’organisation essentiels : la DGSE d’aujourd’hui, comme le BCRA d’hier, est un service de renseignement intégré. Il réunit en un seul service les capacités nécessaires au recueil du renseignement (humain, technique et opérationnel), à son analyse, à sa diffusion, et à l’action clandestine (l’entrave). Ensuite, la DGSE est un service « civil », au sens où il est rattaché à l’autorité politique civile et distinct de tout état-major militaire.

Ces principes d’organisation constituent la spécificité de la DGSE, une originalité dont elle tire sa réactivité et des atouts majeurs par rapport à ses homologues dans le monde, parfois mieux dotés en termes d’effectifs ou de budgets.

Cette « fusion » du renseignement issu de toutes origines, couplée de surcroit à une capacité d’entrave, assure en effet le maximum d’efficacité de la DGSE par rapport à ses ressources, comparativement plus faibles ou à peu près équivalentes comparées à ses principaux partenaires européens que sont respectivement les services de renseignement britanniques (SIS et GCHQ) et allemand (BND).

Faire fonctionner un service de renseignement selon le principe de l’intégration et de la fusion du renseignement est un défi permanent pour son directeur général. Car il faut pouvoir faire travailler ensemble des directions et surtout des hommes et des femmes aux cultures, méthodes, procédures et langages différents. Pour d’évidentes raisons sociologiques, il est naturellement toujours plus confortable de travailler au quotidien entre soi et de ne pas se confronter à « l’autre ». Mais cette attitude, qui pousse à un travail en silo, renforcé par nos normes de cloisonnement, doit être combattue car la réactivité nécessaire à un service de renseignement est directement liée à la libération des flux d’information entre les directions composant la DGSE.

Aujourd’hui, c’est à un rapprochement de proximité auquel il est procédé, en adjoignant par exemple à la direction du renseignement des exploitants du renseignement technique. Ces hommes et ces femmes issus de directions différentes et aux compétences très éloignées mais complémentaires, sont réunis dans une même pièce pour assurer une exploitation optimale du renseignement obtenu et interconnecter la recherche humaine et la recherche technique, car l’une ne peut aller sans l’autre.

Le constat de l’interconnexion du renseignement humain et du renseignement technique dans un espace-temps réduit, conduit le Service à se doter de capacités de traitement, d’exploitation et d’analyse consolidées et proche du temps réel. Il ouvre ainsi la voie à un nouveau modèle d’organisation du cycle du renseignement et annihile de facto toute idée de création en France d’un service de renseignement technique indépendant, idée aujourd’hui financièrement insoutenable et contre-productive, d’autant que les capacités techniques sont aujourd’hui en partie mutualisées avec les autres services qui composent la communauté française du renseignement.

La pérennité de ce modèle, encore jeune, mais déjà étudié attentivement par un certain nombre de nos partenaires étrangers, passe immanquablement par l’échange d’expérience et le mixage de cultures, de métiers et de talents différents, fédérés autour de méthodes de travail, règles éthiques et déontologiques, et objectifs communs.

« Il n’est de richesse que d’hommes » disait Jean Bodin au XVIème siècle, et j’ajouterais, à la DGSE peut-être plus qu’ailleurs. Pour souligner toute l’importance que nos autorités accordent à la fonction de renseignement, la DGSE est l’une des rares administrations de l’Etat, en tout cas parmi celles qui relèvent du ministère de la Défense, dont les effectifs continuent d’augmenter.

Cette augmentation des effectifs est certes relative mais riche de signaux. Le budget est à ce jour préservé bien que contraint. Après avoir augmenté de plus de 50% sur la période 2009-2013, le budget du Service suit désormais une courbe qui se rapproche de l’asymptote. Mais ce sont plus de 616 équivalents temps pleins travaillés (ETPT) qui ont été créés au cours des cinq précédentes années,  et encore 284 ETP nets supplémentaires attendus d’ici à 2018.  

La DGSE compte à ce jour 6000 personnels (dont ceux du Service Action), dont il faut souligner la diversité statutaire (27% de militaires, 50% de fonctionnaires civils, 23% de contractuels), et leurs talents multiples mais tellement complémentaires (analystes, officiers de renseignement, linguistes, ingénieurs télécom, crypto-mathématiciens, techniciens du signal, etc).

Il me paraît en outre opportun de souligner dans cette revue les efforts produits par le Service au cours des dernières années pour réformer son encadrement supérieur civil et le doter d’une force de management adaptée. Cette réforme est entrée en vigueur le 1erjanvier 2011.

Elle se caractérise tout d’abord par la création du corps des administrateurs de la DGSE (85 administrateurs à ce jour) doté d'une structure et d'un échelonnement indiciaire calqués sur celui des administrateurs civils. Cet alignement permet au corps d'encadrement supérieur de la DGSE de disposer du même développement de carrière que les autres corps d'encadrement supérieur de l'Etat et a ouvert des perspectives de mobilité réciproque que ne permettait pas le statut antérieur.

Cette réforme a donné lieu à une refonte du mode de recrutement qui d'un recrutement par promotion interne, au choix, se décline désormais sous deux formes : un accès direct au corps à l'issue de la scolarité à l'Ecole Nationale d'Administration  (deux élèves de l’ENA ont été recrutés à ce titre à l’issue de leur scolarité, le premier en 2012 et le second en 2014), et une sélection interne, dont les modalités sont directement inspirées de celles du recrutement des administrateurs civils au tour extérieur, via un comité de sélection présidé par un membre du Conseil d'Etat.

Parallèlement à la création du corps des administrateurs, cette réforme a également permis au Service de réaligner ses emplois fonctionnels sur les standards de la fonction publique de l'Etat, tant dans la filière d’encadrement que dans la filière expertise. Ce réalignement garantit, à la fois, aux membres du corps des administrateurs de la DGSE des perspectives de débouchés de carrière équivalents à ceux des autres corps d'encadrement supérieur et, pour les membres de ces corps, des conditions attractives de mobilité entrante à la DGSE.

C’est aujourd’hui à une autre réforme que le Service doit se consacrer, celle du statut autonome des personnels civils de la DGSE. En effet, c’est une loi de 1953 qui place le personnel civil de la DGSE hors du champ d'application du statut général des fonctionnaires et confère au pouvoir réglementaire la capacité de fixer les normes statutaires applicables à cette catégorie d'agents publics.

Ce statut autonome, défini par un décret de 1967, contient des dispositions n'ayant pratiquement pas évolué depuis son entrée en vigueur. Celles-ci présentent une inadéquation croissante avec les évolutions tant de la fonction publique, que de la société. Le projet de refonte, en cours d'instruction interministérielle, devrait s'articuler autour des axes suivants :

- la redéfinition des droits et obligations des agents pour garantir un équilibre légitime et une meilleure opposabilité juridique, tout en réaffirmant les points fondateurs du statut autonome propre à un service de renseignement (prééminence de la sécurité du Service et de ses activités, interdiction du droit syndical et du droit de grève, organisation de la gestion des carrières compatible avec la conduite des missions opérationnelles du Service, etc) ;

- la mise en œuvre de protections spécifiques répondant aux exigences et aux risques des missions de renseignement extérieur ;

- le développement d'instances de concertation spécifiques avec des représentants élus du personnel permettant l'instauration d'un véritable dialogue social au sein du Service.

Tous ces efforts et investissements seraient vains s’ils n’étaient pas mis à la disposition de l’ensemble de la communauté française du renseignement, pour son plus grand profit. L’ampleur, la rapidité et la complexité des évolutions technologiques majeures ont conduit à renforcer les moyens techniques des services français de renseignement, mais aussi à innover dans leur gouvernance. En effet, plutôt qu’un émiettement des budgets et des compétences, c’est une solution de concentration des investissements techniques affectés au renseignement qui a été décidée, pour que les outils souverains de notre pays atteignent une masse critique.

Les infrastructures techniques les plus gourmandes en budgets et en hommes sont développées et opérées par des personnels de la DGSE au profit de l’ensemble de la communauté française du renseignement, et désormais mutualisées ou en voie de l’être. Cette mutualisation des capacités fait l’objet d’une gouvernance formalisée et arbitrée dans des instances de pilotage associant l’ensemble des services participants afin d’assurer un contrôle rigoureux de l’emploi des moyens humains et financiers consentis. De surcroît, la mutualisation stimule la coopération et la convergence méthodologique entre services français de renseignement.

Ce modèle intégré propre à la DGSE a fortement contribué à un certain nombre de succès récents, sur lesquels il est malheureusement impossible de communiquer, mais ils sont évidemment encourageants pour l’ensemble du personnel de la DGSE.

Un service de renseignement comme la DGSE ne peut toutefois se poser comme outil légitime pour assurer la sécurité des Français que si le lien qui les unit est fondé sur la confiance. Nos concitoyens doivent avoir l’assurance du caractère démocratique de la DGSE, et de son cadre d’action parfaitement conforme aux droits français et européen, et qui ne peut, en aucun cas, être assimilé à un “big brother” comme je peux parfois le lire. Ainsi, les allégations dans la presse selon lesquelles notre Service « espionnerait de façon excessive les Français sans aucun cadre légal » ont profondément choqué les agents de la DGSE qui sont soucieux du respect de la loi française et de l’état de droit. La DGSE, je le rappelle, ne procède à aucune interception des communications échangées sur le sol français, en dehors du cadre de la loi de 1991.

La nécessaire confiance entre les services de renseignement et la Nation passe dorénavant par un contrôle adapté et renforcé par le Parlement. La DGSE se soumet sans réserve au regard vigilant des membres de la Délégation parlementaire au renseignement qui contrôlent ainsi l’action du gouvernement dans le domaine du renseignement, l’utilisation des crédits votés et l’activité générale des services. Ce contrôle contribue à la protection par les services des intérêts fondamentaux de la Nation. En même temps, il marque la reconnaissance du métier du renseignement et de sa place au cœur de notre démocratie.

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 08:55
photo Armée de Terre

photo Armée de Terre

 

11/06/2014 Jean Guisnel - Défense ouverte / Le Point.fr

 

Trois sénateurs proposent dans un rapport de retirer à la DGSE l'essentiel de ses moyens militaires et de ses outils de guerre informatique offensive.


 

Curieusement, le récent rapport des trois sénateurs Daniel Reiner (PS), Jacques Gautier (UMP) et Gérard Larcher (UMP) intitulé "Le renforcement des forces spéciales françaises, avenir de la guerre ou conséquence de la crise ?" n'a pas provoqué de remous. Il propose pourtant carrément de retirer à la DGSE - Direction générale de la sécurité extérieure, les services secrets français - l'essentiel de ses moyens militaires et de ses outils de guerre informatique offensive. Rappelons que la spécificité du service Action de la DGSE réside dans sa capacité à conduire des actions clandestines, ce que le rapport appelle à bon escient à différencier des "activités des forces spéciales qui sont revendicables [par le gouvernement français, NDLR] et le fait de militaires agissant sous leur propre identité et bénéficiant de ce fait des conventions de Vienne quand bien même ils seraient en tenue civile. Et, d'autre part, les actions clandestines menées sous fausse identité, démarquées de l'État français, c'est-à-dire non traçables et non revendicables, et qui sont le monopole de la DGSE." Les parlementaires notent également, ce qui est indéniable, que les militaires affectés au Commandement des opérations spéciales (COS) et ceux du service Action reçoivent une formation pratiquement identique.

 

Quelles unités conventionnelles supprimer ?

La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit de renforcer le COS, créé après la guerre du Golfe, pour faire passer ses effectifs de 3 000 à 4 000 hommes. Tout compte fait, les rapporteurs estiment que ce ne sera pas le cas et que le COS ne saurait compter que sur un accroissement de 727 "opérateurs" au maximum. Ils admettent "la volonté des chefs militaires de ne pas sacrifier la quantité à la qualité, et les difficultés dans lesquelles ils se trouvent de choisir quelles unités conventionnelles supprimer pour renforcer les forces spéciales". Pour éviter ce dilemme aux trois chefs d'état-major (terre, air et marine) fournissant des effectifs au COS, les rapporteurs proposent une réduction des capacités clandestines de la DGSE et une réaffectation au commandement des forces spéciales du personnel militaire ainsi libéré : "Dans un contexte de disette budgétaire, l'État ne peut se payer le luxe de dupliquer ses moyens et a le devoir de se poser ces questions."Et les sénateurs de réclamer, de la part du pouvoir exécutif, "une réflexion sur les forces clandestines et [qu'il] tranche une bonne fois pour toutes la question récurrente et lancinante des moyens à réserver à celles-ci".

 

Actions clandestines

Sur le fond, les rapporteurs estiment que des militaires n'ont pas à conduire des actions clandestines et réclament que celles-ci soient conduites par des civils. Ils réclament de ce fait ce qu'ils appellent la "civilianisation" des opérations clandestines de la DGSE. Ils développent sur ce point un argument curieux et particulièrement alambiqué, arguant que confier "à des militaires des opérations clandestines suppose qu'ils n'échouent jamais. En effet, lors d'une opération ratée, le fait que les personnes compromises soient d'anciens militaires français signe de façon irréfragable l'identité du commanditaire. L'inverse n'est pas vrai : l'utilisation de forces spéciales à des fins d'action dans un pays étranger ne compromet pas les actions de la DGSE dans des missions d'action militaire qui ne sont pas leur vocation et qui, en cas d'échec, nuirait à leurs activités de renseignement et d'action clandestine." Il est donc parfaitement limpide que les sénateurs proposent de reverser aux forces spéciales plusieurs unités du service Action, qui compte au total un peu plus de 800 hommes. Il s'agit du CPIS (Centre parachutiste d'instruction spécialisée) de Perpignan dont les effectifs et les moyens seraient attribués à la brigade des forces spéciales de l'armée de terre, du GAM 56 (56e groupe aérien mixte) qui serait fusionné avec l'escadron de transport 3/61 Poitou et du CPEOM (Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes) de Quélern (Finistère) qui serait amalgamé au commando Hubert des forces spéciales de la marine nationale.

 

Fait et cause pour le COS

Aux yeux des rapporteurs, qui prennent fait et cause pour le COS au détriment de la DGSE, il conviendrait que le premier ne bénéficie pas seulement de moyens matériels et humains accrus, mais aussi de "l'autorité de pouvoir adjudicateur", afin de pallier des "procédures normales d'acquisition [qui] restent fondamentalement inadaptées aux besoins du COS". La volonté des parlementaires de faire valoir les intérêts du COS les conduit à pousser le raisonnement : "Après tout, qu'est-ce qui d'un strict point de vue de l'efficacité des deniers publics justifie que l'on accorde à la DGSE ce que l'on refuse au COS ?" On tombe dans la guerre des boutons !

 

La DGSE privée de capacités informatiques offensives ?

Les sénateurs ne roulent pas seulement pour le COS. Ils réclament que la DGSE soit également privée de ses moyens informatiques offensifs, afin qu'ils soient attribués aux armées. Rappelons que, depuis plusieurs années, les capacités informatiques offensives clandestines, dont la France revendique l'usage, sont l'apanage des services secrets. Grosses consommatrices de moyens humains, matériels et budgétaires, faisant l'objet d'investissements énormes, ces opérations attirent les armées. Nos sénateurs leur prêtent main-forte et demandent la création d'un commandement interarmées des opérations numériques : "Le fait que le gros des moyens techniques soit concentré au sein de la DGSE soulève des questions, en particulier sur la chaîne de commandement. L'action numérique impose en effet une coordination poussée entre les forces clandestines et l'état-major des armées et doit être pensée comme une action militaire, au même titre que les opérations spéciales."

 

Chef des armées

Les revendications de l'état-major des armées, reprises ici par les sénateurs sans recul excessif, sont à replacer dans un contexte budgétaire tendu. Chacun sait que malgré les assurances réitérées de François Hollande, chef des armées, la loi de programmation militaire 2014-2019 ne pourra pas être respectée. Dans cette perspective, chacun se repositionne, pour tenter de dépouiller l'un pour remplumer l'autre, c'est de bonne guerre ! Pourtant, les deux propositions centrales des sénateurs ont déjà fait l'objet d'arbitrages secrets, dès 2012. Le chef de l'État avait alors décidé, quelques semaines après son arrivée, de maintenir le statu quo. Les sénateurs et le COS paraissent convaincus qu'il serait susceptible de changer d'avis.

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 16:55
Renseignement : et si l'on créait des petites CIA à la française?

 

28 mai 2014 Jean-Dominique Merchet

 

Le général Gomart (DRM) plaide pour la mise en place de "Cellules Inter-Agences" sur le terrain...

 

Le général Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire, a profité d'un colloque de la DRM, vendredi 23 mai, pour plaider en faveur de la création, pour chaque crise, de cellules interagences (dont l'acronyme est... CIA) afin de permettre une meilleure coordination des services de renseignements - et d'autres services de l'Etat (Quai d'Orsay, armées, intérieur, etc).  Ces CIA devraient être impulsées par le coordonnateur national du renseignement (CNR) à l'Elysée et placées, selon les cas, sous la responsabilité d'un «service pilote». Cette idée avait déja été défendue par le général Gomart lorsqu'il était à la tête du COS, durant la guerre du Mali. Dans la pratique, les choses se sont finalement faites, notamment au travers d'une collaboration entre la DGSE et le COS. Il s'agirait cette fois-ci d'aller plus loin, en organisant les choses de manière plus systématique.

 

Le colloque de vendredi était l'occasion de lancer la "transformation" de la Direction du renseignement militaire. Cette réunion, à huis-clos, a permis au ministre de la défense de fixer le cadre du mandat confié, le 17 février dernier, au général Christophe Gomart, pour conduire les évolutions du "service de renseignement des armées", comme la DRM se définit désormais. Pierre Joxe, qui a créé la DRM en 1992  à la lumière des insuffisances constatées lors de la guerre du Golfe, était présent au colloque, comme le général Michael Flynn, à la tête de la Defense Intelligence Agency (DIA) américaine, le président de la commission des lois de l'Assemblée, Jean-Jacques Urvoas, excellent connaisseur des affaires du renseignement, et de nombreux experts civils ou militaires.

 

Cette transformation prendra avant tout la forme d'un nouveau management interne, avec, par exemple, la création d'une sous-direction de la stratégie et la mise en place d'outils de mesure de la performance. La question des carrières, militaires ou civiles (20% de spostes aujourd'hui), dans le renseignement fait également partie du chantier. Comme la nouvelle DGSI (ex-DCRI), la DRM a besoin de recruter plus d'experts (analystes, linguistes, spécialistes techniques, etc). Le général Gomart plaide pour la création d'un Centre de renseignement géospatial, qui regrouperait, à Creil, des moyens déjà existants dans une nouvelle synergie, afin de "rapprocher la géographie du renseignement."

 

La DRM entend également être plus présente dans le ciblage, pour les frappes aériennes ou, demain, les missiles de croisière navals, tout en développant le renseignement humain, sans pour autant conduire des operations clandestines, comme la DGSE.

 

L'un des points sensibles est celui des rapports entre la DRM et les structures de renseignement propres à chacune des trois armées. En 1992, la DRM avait été créé en fusionnant celle-ci, ce qui était alors «mal passé» dans la communauté militaire, selon un bon connaisseur. La DRM insiste aujourd'hui sur le fait qu'elle ne renseigne pas seulement vers le haut, dans le cadre de l'aide à la décision des chefs politiques et militaires au travers d'une appréciation autonome de la situation, mais qu'elle produit également du renseignement nécessaire aux forces déployées sur le terrain.

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 11:55
La DCRI devient la DGSI, nouveau bras armé du plan anti-djihad

 

12-05-2014 Le Nouvel Observateur (AFP)

 

La DGSI se veut le pendant policier du service d’espionnage extérieur, la DGSE, qui dépend du ministère de la Défense.

 

Il y avait les limiers du contre-espionnage militaire, célèbres pour leur rôle dans la libération des otages. Il faudra désormais compter avec leur équivalent policier qui aura pour mission de déjouer les attentats et filières djihadistes en France.

A compter de ce lundi 12 mai, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) se met en ordre de marche dans ses locaux ultra-sécurisés et anonymes de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) près de Paris. Pas ou peu de changement a priori pour ses policiers triés sur le volet qui y travaillent déjà dans le secret, si ce n'est un changement de sigle qui ne veut rien dire pour le profane.

Ici, depuis 2008, est en effet installée la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), chantier de l'ancien président Sarkozy, née de la fusion des Renseignements généraux (RG) et de la DST (contre-espionnage policier). La DGSI reprend les missions de renseignement et de police judiciaire jusqu'alors dévolues à la DCRI.

Mais elle se veut désormais le pendant policier de la Direction générale de la sécurité extérieure, la DGSE, un mastodonte rattaché au ministère de la Défense employant 5.000 civils et militaires qui n'ont qu'à bien se tenir même si le gouvernement insiste sur leur "complémentarité".

 

Une "machine de guerre"

Dotée d'un budget propre, la DGSI disposera en effet à terme, outre les 3.600 policiers de l'actuelle DCRI, de 430 analystes, interprètes, informaticiens ou chercheurs recrutés dans les cinq ans à venir.

Une "machine de guerre", selon un haut fonctionnaire, qui est cette fois un chantier de l'actuel Premier ministre Manuel Valls qui, lorsqu'il était à Beauvau, avait tiré les leçons des ratés de l'affaire Merah, où la DCRI avait été mise en cause.

Le gouvernement lui donne des moyens considérables et la sort de son giron strictement policier - elle dépendait du directeur général de la police - pour la rattacher directement au ministre de l'Intérieur.

 

Bras armé du plan anti-djihad

"C'est à la hauteur des enjeux" de la "menace terroriste" en France et en Europe, indique-t-on à l'Intérieur : sa tâche principale sera en effet de déjouer les attentats en France et les filières particulièrement vers la Syrie, où des candidats au djihad de plus en plus nombreux, y compris des mineurs, se rendent pour combattre. C'est le bras armé du plan anti-djihad lancé ces derniers jours par le successeur de Manuel Valls à Beauvau, Bernard Cazeneuve.

Plusieurs décrets ont été publiés depuis le 2 mai pour l'officialiser, les derniers en date samedi, dont celui confirmant l'habilitation "secret-défense" de ses agents.

Patrick Calvar, jusqu'alors patron de la DCRI, a été confirmé à la tête de la DGSI en conseil des ministres mercredi.

Parallèlement, le gouvernement met en ordre de bataille le renseignement dit de proximité jusqu'à présent traité par la Sous-direction de l'information générale (SDIG), née elle aussi de la réforme de 2008 et qui a accueilli une partie des ex-RG.

 

"Foin des querelles !" 

Exit la SDIG, place au Service central du renseignement territorial (SCRT), dont le décret de création a été publié au Journal officiel samedi. Il sera en charge de la surveillance des mouvements sociaux, dérives sectaires, violences urbaines et mouvements ultras à droite comme à gauche.

Il s'agit, dit-on à Beauvau, de "redonner vigueur" au renseignement traditionnel, autrefois apanage des RG, qui se sentait délaissé face à la toute puissante DCRI.

DGSI et SCRT devront aussi travailler plus étroitement, c'est un "gage de réussite" du "pari du Renseignement" policier français, selon Beauvau. Et "foin des querelles !", ajoute-t-on : "il y a du travail pour tout le monde".

Cela vaut aussi pour la collaboration entre policiers et gendarmes au sein du SCRT qui se chamaillent depuis quelque temps : les directeurs des deux forces ont appelé ensemble leurs troupes à une "coopération renforcée" dans une circulaire datée de mardi, que l'AFP s'est procurée vendredi.

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 17:55
French intelligence agents spy on Orange customer data: report

 

March 20, 2014 spacewar.com (AFP)

 

Paris - The French intelligence agency in charge of military and electronic spying is massively collecting data and monitoring networks of telecoms giant Orange, Le Monde newspaper reported in its Friday edition.

 

"The DGSE can read, like an open book, the origin and destination of all communications of Orange customers," the paper said.

 

Monitoring operations were being carried out without any external supervision with access "free and total" for spies at the General Directorate for External Security (DGSE).

 

Le Monde said its report was based on an internal British intelligence document made available by former US intelligence contractor Edward Snowden.

 

Contacted by AFP, an Orange spokesman said the company "like all (other) operators has relations with state agencies in charge of the country's and the French people's security."

 

"These relations strictly comply with the laws and are legal under the responsibility of the State and the control of judges," he added.

 

The DGSE and agents with military clearance have been working with Orange, formerly known as France Telecom, "for at least 30 years", said Le Monde.

 

The DGSE would not comment on the report.

 

Snowden, who has been charged in the United States with espionage, lives in exile in Russia.

 

He said earlier this month he had no regrets over his leaks about mass surveillance programmes by the US National Security Agency (NSA), saying they sparked a needed public debate on spying and data collection.

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 13:55
La France soupçonnée de cyberattaque en Iran par les renseignements canadiens

 

21/03/2014 Par LEXPRESS.fr

 

Les services secrets canadiens suspectent la DGSE d'être derrière une opération de piratage informatique depuis 2009, révèle Le Monde ce vendredi.

 

Et si la France passait dans le camp des espions? Affichée comme victime des écoutes de la NSA, la France ne serait pas en reste niveau espionnage selon les services secrets canadiens, révèle Le Monde ce vendredi. 

Les Canadiens suspecteraient en effet la DGSE, services de renseignements français, "d'être derrière une vaste opération de piratage informatique, qui aurait débuté en 2009 et se poursuivrait toujours, grâce à un implant espion". L'attaque viserait en premier lieu des institutions iraniennes liées au programme nucléaire du pays, mais également le Canada, l'Espagne, la Grèce, la Norvège, la Côte d'Ivoire et l'Algérie. 

Selon les services secrets canadiens, la DGSE (Direction générale de sécurité extérieure) empièterait également sur les tablettes de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), en menant cette opération de piratage informatique contre des intérêts ciblés en France. 

 

Confirmation des services secrets canadiens

Le document que s'est procuré Le Monde émane du Centre de la sécurité des télécommunications du Canada, extrait des archives de la NSA. "Nous estimons, avec un degré modéré de certitude", conclut le CSEC, "qu'il s'agit d'une opération sur des réseaux informatiques soutenue par un Etat et mis en oeuvre par une agence française de renseignement." 

Interrogée par Le Monde, la DGSE s'est refusée à tout commentaire "sur des activités réelles ou supposées". Le CSEC, en revanche, s'est montré plus disert et a confirmé au Monde que ce document émanait bien de ses services, sans pour autant rentrer dans le détail de cette chasse au logiciel espion.

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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 16:55
Web-série : À l’école des nageurs de combat

 

19 Mars 2014 Marine nationale

 

Depuis 1957 l’école de plongée de la Marine à Saint Mandrier (Var) forme les candidats nageurs de combat. Cette année, le 1000ème nageur sera breveté. Exceptionnellement, l’école nous a ouvert ses portes pour les 7 mois du cours et nos équipes ont suivi l‘apprentissage physique et intellectuel de ces futurs membres des commandos marine ou agents de la DGSE.  Navigation, démolition, génie sous-marin, plongée profonde, secourisme… tout au long du cours, l’élève peut être éliminé à l’issue de chaque phase pour résultats insuffisants. Dans les dix épisodes que compte la série, nous avons choisi de vous dévoiler les coulisses de cette formation des forces spéciales, de la sélection des candidats à la remise des brevets en juillet prochain. Retenez votre souffle !

 

Bonus : entretien avec Bob Maloubier, « l’espion aux pieds palmés »

 

Bob Maloubier est sans doute le plus célèbre des espions français. L’homme qui collectionne les fausses identités et les décorations a été successivement résistant, saboteur, parachutiste et nageur de combat. En janvier 1952, il fonde l’unité des nageurs de combat dans une commune d’Algérie proche d’Oran. A propos de la création de l’unité, il écrit dans son dernier ouvrage  L’espion aux pieds palmés* : « Tout ce qu’il nous passe par la tête nous le mettons à l’épreuve. Nous n’observons qu’une seule règle mais inconditionnelle celle-là : nous n’exigeons de nos hommes rien que nous n’ayons expérimenté en les premiers ». Entretien avec le premier des nageurs de combat.

 

* L’espion aux pieds palmés

Bob Maloubier, Éditions du Rocher

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 19:55
Vers plus de travail collectif du renseignement mais " mutualiser n'est pas uniformiser "



10.04.2014 Par Olivier Berger, grand reporter à La Voix du Nord - Defense Globale

La Direction de la protection et de la sécurité de la Défense (DPSD, lire ici la présentation) s'est réorganisée en novembre pour être plus que jamais le service de renseignement de contre-ingérence militaire (opérationnel, habilitations...) et du milieu industriel de défense. Elle a reçu vendredi 7 mars, à son siège du fort de Vanves à Malakoff, la visite du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian qui a rappelé la priorité faite au renseignement.

Le ministre a mis l'accent sur " le travail collectif du renseignement ", " déterminant pour la préservation de nos intérêts vitaux ". La récente Loi de programmation militaire a insisté sur " l'accroissement et la modernisation des capacités de renseignement ". D'ici 2019, plus de 800 agents seront recrutés pour accompagner cette revitalisation. De grands programmes (informatique, satellite, aérien, naval) vont être lancés.

Les capacités de recueil seront de plus en plus mutualisées. " Cela étant mutualiser n'est pas uniformiser et pour éviter la pensée unique, je demeurerai attaché à l'autonomie de chacun en matière d'analyse. "

Les accès à des fichiers administratifs ou judiciaires, aux données de connexion et de géolocalisation " permettront aux services de mieux détecter des comportements menaçants ".

Savoir avant d'agir est devenu déterminant, tant les menaces actuelles sont mouvantes et débridées (géographie, logistique, politique, religion, recrutement, modes opérationnelles, financements, réseaux...). " En janvier 2013, nous nous sommes engagés aux côtés des Maliens sur la base des analyses de vos services, s'est-il adressé au personnel de la DPSD. L'été dernier, les services français ont pu mettre en évidence les agissements du régime de Damas, ce qui a conduit à la mise en œuvre du démantèlement de l'arsenal chimique syrien. "

Exemple éloquent avec les groupes jihadistes du Sahel qui renvoient " à un ensemble de ramifications qui s'étendent de l'Asie centrale à l'ouest du continent africain et cherchent des prolongements dans notre pays ". Autre motif d'inquiétude : les combattants radicalisés qui vont et viennent entre la Syrie et la France.

Le ministre a également mis l'accent sur deux autres domaines : le renseignement à finalité économique et le domaine cyber. Il a rappelé que la DCRI est appelée à devenir une direction générale de la sécurité intérieure, comme l'avait signifié en juin son homologue de l'Intérieur, Manuel Valls.

La DPSD reste peu connue du grand public, avec ses 1 100 personnels commandés par le général Jean-Pierre Bosser, mais le ministre a résumé quelques opérations récentes du service de contre-ingérence militaire : " veille des filières jihadistes syriennes, détection de cyber-manipulations d'entreprises, suivi actif des menées de services étrangers sur notre sol, détection d'exportation de technologies duales, lutte contre les activités subversives menaçant les armées, entrave de trafic d'armes, identification de risques d'espionnage de nos forces... "

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 14:55
Les forces nucléaires, priorité du renseignement français

 

07/03/2014 Jean Guisnel Défense ouverte Le Point.fr

 

Jean-Yves Le Drian veut que les services privilégient "la préservation des intérêts vitaux" de la France. Le terrorisme vient ensuite...

 

Le ministère de la Défense est un gros consommateur de renseignement pour ses propres besoins, tout en fournissant nombre d'informations et d'analyses au sommet de l'État. Mais le politique s'exprime peu sur ce sujet sensible, chaque intervention rendue publique faisant alors figure de petit événement. C'est ainsi que Jean-Yves Le Drian a prononcé le jeudi 6 mars à Paris - dans un lieu et dans des conditions qui n'ont pas été rendus publics - un discours devant le personnel de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD). Il vaut moins pour l'adresse à ce service spécifique que pour les priorités affichées par le ministre de la Défense. Lesquelles dénotent un retour aux "fondamentaux" des services de renseignement dont il a la tutelle - Le Drian préfère dire "placés sous mes ordres" -, à savoir la DPSD donc, la DGSE et la DRM (Direction du renseignement militaire).

 

Terrorisme au deuxième rang

 

On retiendra que le ministre évoque en priorité le rôle des services "déterminants pour la préservation de nos intérêts vitaux. Il permet en effet de dimensionner au plus juste notre force de frappe nucléaire", en l'adaptant aux transformations "opérationnelles, doctrinales et technologiques de nos adversaires potentiels". Sous le précédent quinquennat, la priorité absolue - quasi exclusive, en réalité - était celle du terrorisme, avec un mot d'ordre implicite : pas d'attentat sur le sol français. Cette préoccupation demeure, mais au deuxième rang, afin de "détecter les menaces, identifier les réseaux et les entraver avant qu'ils ne passent à l'action". Les intérêts de la France sont concernés, car "la menace représentée par les groupes djihadistes sahéliens nous renvoie à un ensemble de ramifications qui s'étendent de l'Asie centrale à l'ouest du continent africain, et cherchent des prolongements dans notre pays".

 

Évoquant ensuite les menaces visant les entreprises françaises, le ministre souligne le rôle du renseignement. Les armées ne font "pas un pas sans renseignement : en janvier 2013, nous nous sommes engagés aux côtés des Maliens sur la base des analyses de vos services", a dit le ministre devant la DPSD. Idem pour la préparation d'une attaque contre la Syrie qui n'a finalement pas eu lieu, mais aussi pour celle de l'intervention en Centrafrique : "Ce sont bien les signaux d'alerte envoyés par la communauté du renseignement qui ont permis de mobiliser à nos côtés nos partenaires africains, européens et américains."

 

Dispositions contestées

 

Quant aux dispositions très contestées de la Loi de programmation militaire sur la surveillance de l'infosphère, elles ne sont pas oubliées, au contraire ! "L'accès à certains fichiers administratifs ou judiciaires, ainsi qu'aux données de connexion et de géolocalisation, permettra aux services de mieux détecter des comportements menaçants, qu'il s'agisse de lutte contre le terrorisme ou de protection des intérêts fondamentaux de la nation. Le Parlement a bien voulu suivre mes propositions à cet égard", a déclaré le ministre.

 

Les finances étant ce qu'elles sont, les services de renseignement peuvent se réjouir d'un effort de recrutement qui se poursuit à contre-courant, puisque 800 nouveaux agents seront recrutés d'ici 2019. Pour autant, les moyens techniques coûtent de plus en plus cher et Jean-Yves Le Drian entend poursuivre "la mutualisation de nos capacités de recueil", notamment entre les deux services budgétivores, la DGSE et la DRM. Le ministre ajoute néanmoins que "mutualiser n'est pas uniformiser", et qu'il souhaite "éviter la pensée unique dans le domaine du renseignement". Il entend donc "conserver les pôles d'expertise que représentent les différents services" en privilégiant "l'autonomie de chacun en matière d'analyse".

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:55
Défense : Les grandes oreilles françaises ont un nouveau patron

 

14/02/2014 ledauphine.com

 

Les grandes oreilles françaises ont depuis mercredi un nouveau patron : Patrick Pailloux, directeur général de l’agence de cyberdéfense du gouvernement, a été nommé ce vendredi en Conseil des ministres au poste stratégique de directeur technique de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

 

Ce brillant ingénieur général des mines de 48 ans, affable et discret est un spécialiste de la protection des installations informatiques de l’Etat. Directeur technique des services de renseignements extérieurs, il va endosser un nouveau rôle, plus offensif et encore plus discret, celui de responsable des interceptions des communications à l’étranger.

Equivalent de la NSA (National security agency) et du GCHQ (Government communications Headquarters), la direction technique de la DGSE n’est pas une agence comme les deux agences américaine et britannique mais la plus importante des cinq directions de la DGSE même si elle est loin d’avoir les moyens financiers et humains de ses deux cousines. La direction technique de la DGSE compte 2.000 personnes, la NSA 55.000 et le GCHQ 6.000.

«Patrick Pailloux va prendre en main une maison très pointue montée par son prédécesseur Bernard Barbier qui a totalement adapté ce service aux défis des techniques de l’information et au traitement des gros flux multimédias», explique à l’AFP sous couvert de l’anonymat un ancien chef d’un service de renseignements français.

 

«Le meilleur choix possible»

Pour ce spécialiste, Patrick Pailloux était «le meilleur choix possible» pour diriger la direction technique de la DGSE «où il faut traiter de très gros volumes d’informations sur tous les types de médias et ce, le plus rapidement possible car la menace va très vite», ajoute-t-il.

Les interceptions des communications des groupes jihadistes au Mali, réalisées par la DGSE dans le cadre de la lutte anti-terroriste, avaient permis de déclencher l’opération Serval au Mali le 11 janvier 2013.

Polytechnicien et diplômé de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications, Patrick Pailloux a d’abord dirigé en octobre 2005, la sécurité des systèmes d’information au Secrétariat général de la défense nationale (SGDN) avant d’être nommé en juillet 2009 directeur général de directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi). Cette agence de cyberdéfense assure un service de veille permanent, de détection, d’alerte et de réaction aux attaques informatiques, notamment sur les réseaux de l’État.

La direction technique de la DGSE gère le budget le plus important de l’agence française de renseignements extérieurs.

Elle est chargée des interceptions de télécommunications à l’extérieur de la France, de l’imagerie satellitaire, de la cryptologie dans le cadre de la lutte anti-terroriste et du soutien technique de l’ensemble de la DGSE.

La direction technique possède l’un des plus puissants super-calculateurs de France avec le CEA. Elle recrute chaque année des informaticiens, des spécialistes des télécommunications et des mathématiciens (cryptologie) de haut niveau.

En février 2013, le préfet Érard Corbin de Mangoux, ex-directeur général de la sécurité extérieure (DGSE) avait révélé que la DGSE dispose «de l’ensemble des capacités de renseignement d’origine électromagnétique» et «avait développé un important dispositif d’interception des flux Internet».

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 08:55
La DGSE, vue par son patron

 

17/01/2014 Vincent Lamigeon, grand reporter à Challenges



L’expression publique d’un patron de la DGSE est suffisamment rare pour que chacune de ses prises de parole soient scrutée à la loupe. C’est donc logiquement le cas pour le long papier que Bernard Bajolet, l’actuel DGSE, a publié dans le numéro de janvier de la revue Défense nationale. Comme on pouvait s’y attendre, pas de scoop incroyable.

Pas de réponse non plus, et c’est compréhensible, sur les tensions récurrentes entre Bajolet et le ministre de la Défense, qui avaient culminé fin 2013 avec la décision du ministère de tenter de libérer les otages enlevés au Niger grâce aux réseaux de Pierre-Antoine Lorenzi, patron de la société de sécurité Amarante, en « zappant » largement la DGSE. Un pari qui s’était révélé gagnant. Le papier apporte en revanche un éclairage intéressant sur plusieurs sujets de fond.

 

Le rôle de la DGSE

 

Selon Bernard Bajolet, il consiste en quatre missions : « éviter à notre pays toute surprise stratégique, fournir à nos autorités une expertise de long terme, apporter au processus décisionnel une contribution unique et exclusive, et enfin déjouer la menace de façon opérationnelle ». Un rôle d’éclairage qui ne doit jamais empiéter sur la décision, rôle du politique : « Pour que le Service demeure un outil légitime, pertinent, respecté et écouté, il doit demeurer dans son rôle de soutien à l’exécutif et en aucun cas de décideur dans le domaine de la politique étrangère, de la défense et de la sécurité nationale », écrit le patron de la DGSE.

 

Les limites du renseignement

 

C’est l’un des passages les plus étonnants du papier. Alors que la DGSE avait été mise à contribution en septembre dernier pour établir les « preuves » de l’utilisation d’armes chimiques par Bachar El-Assad, son patron explique que la preuve n’est pas du ressort des services de renseignement. « Un service de renseignement dévoile, éclaire, mais il évolue en permanence dans un jeu d’ombre et de lumière. Le renseignement n’est pas tout et ne peut pas tout. C’est une école de modestie qui apprend à remettre en cause nos certitudes. Il ne peut apporter de réponses définitives et fermes à toutes les interrogations du moment. Le renseignement peut ne pas être parfaitement recoupé : l’information recherchée peut être particulièrement protégée, et peut même faire l’objet d’une manipulation. »

Bajolet explique même que l’apport des services de renseignement peut remettre en question les certitudes plutôt que les renforcer : « Disposer de renseignements ne veut pas dire administrer la preuve, car le renseignement est par nature fragmentaire et déductif. Il peut en revanche aider le décideur à réduire la marge d’incertitude qui entoure les questions de politique étrangère, de défense et de sécurité nationale dont il est saisi. Mais de façon plus inattendue, un service de renseignement extérieur, en révélant une vision du monde sans doute plus lucide et plus crue, peut aussi contribuer à renforcer l’incertitude… »

 

Les moyens de la DGSE

 

Bernard Bajolet le reconnaît : malgré la hausse continue de ses moyens ces dernières années, la DGSE ne boxe pas dans la même catégorie que ses homologues en termes de moyens. Mais le service français, seul à intégrer renseignement technique et humain sous une même bannière quand les Etats-Unis ont la NSA et la CIA, et le Royaume-Uni le GCHQ et le MI6, a aussi ses atouts. « Avec près de 6000 agents aux statuts, profils et compétences particulièrement diversifiés, et un budget annuel d’environ 750 millions d’euros, la DGSE compense l’infériorité relative de ses moyens, par rapport à ses grands homologues occidentaux, par la polyvalence de ses capacités et le caractère intégré de son organisation ».

 

Un « Big Brother » français ?

 

Le patron de la DGSE apporte une réponse concise aux articles du Monde évoquant en fin d’année dernière un « Prism à la française ». Oui, la DGSE investit dans des moyens de renseignement technique. Elle « doit faire évoluer ses capacités d’interception en fonction des mutations technologiques sans fin, tout en les maintenant dans un cadre parfaitement conforme à sa mission et au droit, qui ne peuvent en aucun cas être assimilées à un “big brother” comme on peut parfois le lire

Bernard Bajolet se déclare d’ailleurs favorable au renforcement du contrôle parlementaire prévu par la LPM. « De mon point de vue, la DGSE ne peut se poser en tant qu’outil de réduction de l’incertitude auprès de nos autorités, mais aussi de l’ensemble de la population française, que s’il est légitime. Au nom du contrat social qui nous unit, notre démocratie doit avoir recours à des services de renseignement efficaces opérant dans un cadre légal conforme aux droits français et européen, et dument contrôlés par la représentation nationale. Aussi, les Français doivent-ils avoir l’assurance du caractère démocratique de la DGSE et de sa mission ; cela passe par un contrôle adapté et renforcé de la représentation nationale, que le Service appelle d’ailleurs de ses vœux. »

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 08:45
La bataille d'Abidjan et la capture de Laurent Gbagbo: quel rôle ont joué les Français?

 

20 janvier 2014 Par Christophe Boisbouvier - RFI

 

La bataille d'Abidjan et le jour où Laurent Gbagbo a été capturé, c'était il y a trois ans, le 11 avril 2011. Quel rôle précis ont joué les militaires français ? Jusqu'où sont-ils allés ? Jean-Christophe Notin a recueilli les témoignages de nombreux militaires français de l'opération Licorne. Aujourd'hui, il publie aux éditions du Rocher l'ouvrage Le Crocodile et le scorpion. Il répond aux questions de RFI.

 

RFI : Dans la bataille d’Abidjan, tout le monde se souvient des combats de la dernière semaine. Mais vous nous dites que le premier bras de fer, c’est dès le mois de janvier pour le carburant. Et ça commence à la sortie d’Abidjan sur l’autoroute du Nord...

 

Jean-Christophe Notin : Oui, puisque Gbagbo voulant éviter l’affrontement en direct avec les Français a choisi la manière détournée d’instaurer un blocus en fermant à la fois le port et l’aéroport. Donc, évidemment, la force française Licorne, basée à Port-Bouet dans Abidjan, aurait pu se retrouver rapidement à court de carburant. Elle a été obligée de constituer des convois très lourds avec des dizaines de blindés, de véhicules accompagnés d’hélicoptères qui devaient gagner Bouaké, la zone à peu près sûre où on pouvait instaurer un pont aérien. Donc, ces convois passaient par la sortie - ce qu’on appelle le corridor nord à Abidjan - où les forces pro-Gbagbo, elles, avaient instauré un barrage.

 

Et finalement, les convois français ont pu forcer les barrages sur l’autoroute du Nord.

Oui, parce que les Français ont une très grande expertise de ce genre d’événements grâce à la gendarmerie nationale. Les gendarmes mobiles qui sont équipés de blindés, eux-mêmes équipés de lames pouvant pousser les éventuels véhicules au milieu. Ça s’est relativement bien passé à chaque fois, mais on n’est pas passé loin, à plusieurs reprises, d’incidents assez graves.

 

→ A (RE) LIRE : Les événements des 11 et 12 avril en Côte d'Ivoire, minute par minute

 

A partir de février, le camp de Laurent Gbagbo perd des positions dans la ville, notamment à cause de ce commando invisible qui tend des guets-apens dans le quartier Abobo. Est-ce qu’on sait aujourd’hui qui était derrière ce commando invisible ?

Il y a eu beaucoup de fantasmes et de rumeurs sur le sujet. Maintenant que l’on dispose de l’analyse des services de renseignements auxquels j’ai pu avoir accès, on sait que c’était le légendaire « IB » [ Ibrahim Coulibaly, ndlr] qui avait participé à toutes les révoltes depuis une dizaine d’années, qui avait réussi à fédérer grosso modo une centaine de partisans qui ont mené des opérations coups de poing contre les forces de sécurité.

 

En mars, c’est le bombardement d’un marché d’Abobo, puis le vote du Conseil de sécurité en faveur de frappes anti-Gagbo. Le 4 avril, les frappes des hélicoptères de Licorne et de l’Onuci [opération de maintien de la paix de l'ONU en Côte d'Ivoire] commencent, mais le camp Gbagbo résiste farouchement et vous dites que les pilotes d’hélicoptère sont alors pris du « syndrome du faucon noir » ?

Oui, avec un guetteur s’installant sur un toit et tirant au lance-roquettes sur l'hélicoptère. C’est exactement ce qui s’est passé à Mogadiscio en 1993, « La chute du faucon noir » [bataille de Mogadiscio appelée ainsi, ndlr]. Ça aurait été une scène évidemment terrible et qui aurait contrebattu l’effet politique qu’on voulait pour l’opération.

 

→ A (RE) LIRE : L'étrange bataille d'Abidjan  et  Crise ivoirienne: chronologie des événements du 8 au 10 avril
 

Dans la nuit du 8 au 9 avril, il faut exfiltrer un diplomate britannique de sa résidence de Cocody tout près de celle de Laurent Gbagbo. Quatre hélicoptères français sont engagés. Et vous dites qu’à ce moment-là, les militaires français sont passés tout près de la catastrophe ?

Oui, une opération qui était encore inconnue à ce jour et que je révèle donc grâce à mes sources au sein des forces spéciales. C’est une opération impliquant une cinquantaine de forces spéciales, plusieurs hélicoptères et qui a donc failli très mal tourner : les forces spéciales se sont retrouvées quasiment bloquées contre un mur comme pour un peloton d’exécution. L’affrontement a duré plusieurs heures, les Français ont failli enregistrer plusieurs pertes au sol, mais également en l’air. Les hélicoptères ont été impactés.

 

Ce qu’on apprend dans votre livre, c’est que lors d’un redécollage d’urgence, un hélicoptère tape un lampadaire et il est sur le point de se crasher.

Oui, pour récupérer les hommes au sol, les pilotes ont pris des risques considérables. Ils ont tapé ces lampadaires. Ils les ont d’ailleurs sciés. Evidemment ça n’arrange pas trop la conduite d’un hélicoptère et ça aurait vraiment pu tourner au drame absolu.

 

Les Français comme les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) pro-Ouattara à ce moment-là sont surpris par la capacité de résistance du dernier carré de Laurent Gbagbo. Est-ce qu’il n’y avait que des soldats ivoiriens dans ce dernier carré ?

Non. Déjà le dernier carré est constitué des meilleures troupes de Gbagbo : les Cecos [Centre de commandement spécial], la Garde républicaine. Mais il y avait également beaucoup de mercenaires libériens et quelques Angolais qui étaient vraiment très motivés et par l’argent et par différentes substances que les Français ont pu retrouver sur place.

 

Des substances de quelle nature ?

De la drogue.

 

On arrive à la journée décisive du 11 avril : comme les FRCI du camp Ouattara n’arrivent pas à approcher la résidence Gbagbo, c’est une colonne de blindés français qui fait la percée. Il est 11H45. Il y a cette phrase inoubliable - c’est dans votre livre - d’un officier français de la base opérationnelle de Port-Bouet au capitaine qui commande le premier blindé de la colonne : « Balance-moi ton putain d’obus dans le portail de cette baraque ! » 

Oui, c’est là où on voit une certaine exaspération à Paris qui veut absolument conclure ce jour-là. Donc les blindés français ont montré la voie de Gbagbo, les FRCI ne suivent pas. Donc le commandement français estime qu’il faut en plus pratiquer des ouvertures dans les murs pour être sûr que les FRCI rentrent, d’où ce fameux lieutenant-colonel qui donne l’ordre de « bréchage ».

 

Le « bréchage », en termes pudiques, c’est la frappe sur le portail de la résidence de Laurent Gbagbo.

Le portail et les murs.

 

Et derrière le portail, il y avait un anti-char ?

Oui, ça a été la grosse découverte. Une arme anti-aérienne qui n’était pas prévue et qui aurait pu tirer sur les assaillants s'il n’avait été détruit par le blindé français.

 

Qui a tiré un deuxième coup…

Oui.

 

Et alors, la question évidemment que tout le monde se pose : est-ce qu’après ce « bréchage », les Français ont participé à l’assaut de la résidence elle-même ?

Non, là c’est vraiment la limite absolue qui a été donnée par le sommet de l’Etat : ne pas entrer dans la résidence de Gbagbo. Ça se comprend également, la bataille est terminée. Il n’y a pas besoin d’engager des vies humaines françaises, risquer des vies alors que, de toute façon, Gbagbo est coincé.

 

Qu’est-ce que vous prouve que les Français n’ont pas participé à l’assaut final ?

C'est d'après les témoignages que j’ai recueillis au sein de la résidence française, qui était juste à côté des troupes qui étaient engagées. J’ai rencontré ceux qui, vraiment, non seulement ont détruit le mur, qui étaient en survol de la résidence, ça m’étonnerait quand même qu’avec une telle conjonction de témoignages on n’aboutisse pas à la vérité.

 

Laurent et Simone Gbagbo sont donc capturés, mais ce que vous dites, c’est qu’une fois l’assaut terminé, les Français vont rendre visite à cette fameuse résidence.

C’est une des surprises de ce livre. En soirée, quelques éléments français de différents services - DGSE, GIGN et l’ambassadeur également - se sont rendus sur place. Le but étant de vérifier le contenu des papiers de Laurent Gbagbo.

 

Et de ne pas seulement les regarder…

On imagine qu’il y a eu certaines saisies.

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