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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 11:55
Interview du GDA (2S) Didier Bolelli, Président de GEOS


 

Interview par Alain Establier - SECURITY DEFENSE Business Review n°146 du 22/03/2016

 

 

SDBR : Après une longue carrière militaire*, vous avez pris la présidence du groupe Geos en juin 2014. Parlez-nous de Geos**.

DB : Geos existe depuis plus de 15 ans et appartient aujourd’hui à 75% au groupe Halisol, société d’investissement implantée en France, au Luxembourg et dans différents pays d’Europe, et à 20% au groupe Verspieren, courtier d’assurances. Ma première décision a été de réorganiser le management de l’entreprise, avec le recrutement d’un directeur général au profil commercial, Christophe Klieber. Geos a traversé les 15 dernières années avec des hauts et des bas, successivement leader et initiateur dans nos métiers, puis concurrencé par de nouveaux entrants et confronté à une croissance mal maitrisée. Aujourd’hui Geos est stabilisé, dispose d’une image forte de pionnier du secteur, concentré sur ses métiers, grâce à ses 330 collaborateurs et son emprise géographique. Le siège de Geos est à Paris, nous avons un bureau à Londres, une filiale en Algérie, une filiale au Nigeria, une filiale en Allemagne et une filiale en Amérique latine (siège à Mexico, bureaux à Panama, Bogota et Caracas). Nous avons bien sûr des partenariats avec d’autres sociétés au plan local, en Afghanistan, Chine et en Russie notamment.

 

Quels sont les métiers de Geos aujourd’hui ?

La stratégie de Geos est de fournir une solution globale en terme risques de sureté et de sécurité à ses clients. Pour ce faire, Geos développe en propre trois métiers principaux et multiplie des partenariats avec les meilleurs experts sur les métiers complémentaires afin de couvrir l’ensemble des besoins clients. Les trois métiers de Geos sont donc  la protection des activités, la protection des collaborateurs et le renforcement des ressources. L’idée principale est de fournir aux entreprises la capacité de travailler à l’étranger, en leur fournissant le corpus sécuritaire classique et, éventuellement, les personnels qualifiés qui leur manquent (par exemple des ingénieurs SSI ou des ingénieurs télécoms) après une période d’intégration adaptée. Nous sommes donc dans l’industrie de services, avec des personnels habitués à travailler en zones de crises, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Concernant les autres lignes métiers, nous préférons travailler avec des partenaires de premier plan plutôt que de disposer d’une capacité limitée. C’est notamment le cas de l’intelligence économique où nous ne réalisons en direct uniquement que la composante intelligence géostratégique.

 

Donc vous vous êtes organisés en fonction de ces métiers ?

Nos trois métiers correspondent à 3 Business Unit : une BU « gestion des risques » (cartographie des risques, conseil et prévention,  protection des activités, des matériels et équipements, mise en œuvre et accompagnement, escorte, gestion de crise, etc.) ; une BU « Geos Travel Services » (GTS), pour protéger les collaborateurs dans l’esprit de la jurisprudence Karachi (conseil, sensibilisation et prévention, suivi et information par notre bureau veille-analyse, opérations et gestion de crise). Le suivi des collaborateurs s’appuie sur le suivi PNR (Passenger Name Record) couplé à une option GPS. La troisième BU, «Industrie Services », permet à l’entreprise de  renforcer ses ressources dans différents domaines en tant que de besoin : réseaux et systèmes d’information, sûreté, maintien en condition opérationnelle des équipements, hygiène sécurité et environnement, ingénierie et construction, logistique.

 

Pourquoi une filiale en Allemagne ?

C’est l’héritage d’une acquisition du passé, une société spécialisée dans la gestion de crise de réputation… A partir de cette base existante, nous essayons de la développer en direction des entreprises allemandes qui sont très intéressées par les marchés du Maghreb et d’Afrique, où Geos a un vrai savoir-faire. Nous leur proposons donc de la sécurité et de l’accompagnement des voyageurs. Il n’y a pas d’ESSD allemandes à ma connaissance.   

 

Quelles sont les valeurs de Geos aujourd’hui ?

Les valeurs que nous portons au sein de Geos sont la transparence, l’indépendance, le respect du facteur humain et des engagements pris, la maîtrise de nos activités, la confidentialité et l’esprit de partenariat avec nos clients. Pour porter ces valeurs, nous nous attachons à vérifier la qualité des hommes et des femmes qui font Geos. Vous connaissez mon passé militaire, mes valeurs et toute la priorité que j’ai toujours donnée au facteur humain, et je vous assure que je suis tout particulièrement attaché à l’éthique et au respect de l’éthique par Geos. Pour que l’entreprise soit tout à fait transparente, nous avons mis à plat les fonctions transverses et les fonctions supports. L’accompagnement des clients à l’international dans des zones crisogènes nécessite un vrai professionnalisme, dans les process juridico-financiers et de gestion des ressources humaines, pour s’inscrire dans la durée. C’est ainsi qu’ont été créées des vraies directions administrative et financière.

 

Par rapport à vos concurrents, comment se situe Geos aujourd’hui ?

Il faut bien admettre qu’il y a le marché français et le reste du monde. Les entreprises françaises ne sont pas aujourd’hui en mesure de rivaliser avec les entreprises anglo-saxonnes, pour des problèmes de taille critique. Les principaux compétiteurs français réalisent entre 20 et 30 millions d’euros de chiffre d’affaires et se trouvent confrontés à des entreprises, comme le canadien Garda, le britannique Control Risks ou l’américain Academi (ex-Blackwater), qui sont 10 ou 20 fois plus grosses ! Pourquoi ? D’abord, parce que la culture française commence juste à prendre en compte la sécurité. Dans les pays anglo-saxons, la sécurité est intégrée dès le démarrage des projets. Ensuite, parce que l’Etat et les responsables français doivent reconnaitre les ESSD (entreprises de services de sécurité et de défense) comme des sociétés à part entière, à partir du moment où elles sont agréées : ceci sous-entend qu’elles sont respectables et de droit privé, donc qu’elles ont un but lucratif. A partir de là, de nombreuses fonctions confiées aux services de l’Etat pourront être externalisées, donc nos sociétés grossiront et seront plus compétitives, sur les grands appels d’offres internationaux, face aux leaders que nous avons évoqués. Il faut noter que ces leaders réalisent une énorme part de leur chiffre d’affaires avec des services régaliens. Par exemple, à Kaboul (Afghanistan), dans certains domaines 70% des personnels qui travaillent dans le PC des alliés sont des contractuels civils ; c’est une tendance inexorable.

 

Comment faire évoluer en France cette situation un peu bloquée ?

Il faudrait que l’Etat répertorie et valide un certain nombre de sociétés comme Geos, qu’il les contrôle puis qu’il les habilite. Pas question que l’Etat se désintéresse du contrôle mais, avec une habilitation en bonne et due forme, nos sociétés pourraient changer de dimension, en prenant en sous-traitance des missions qui lui seraient confiées par l’Etat français, comme les Américains ou les Britanniques le font depuis longtemps. Cette procédure d’habilitation, ou de certification, devrait s’appuyer sur un contrat cadre permettant ensuite de postuler aux appels d’offres. A nous ESSD, regroupées au sein du CEFSI***, de faire la preuve que nos sociétés sont dignes de confiance et respectent les valeurs permettant l’habilitation par l’Etat français. Prenons un exemple : lorsque la politique étrangère amène la France à former les soldats ou les gendarmes d’un pays africain, pourquoi envoyer des militaires français d’active, de moins en moins nombreux, alors que les principales ESSD ont les capacités pour remplir ces missions ? Aujourd’hui par exemple, certaines ESSD, dont Geos, concourent pour la formation des forces spéciales irakiennes. Les forces spéciales françaises ont certainement beaucoup d’autres missions importantes à remplir en ce moment, non ?

 

Les entreprises anglo-saxonnes reçoivent la manne financière de leurs gouvernements mais aussi des cadres. N’est-ce pas là la grande différence avec la France ?

Absolument. Les entreprises anglo-saxonnes sont des points de passage temporaires pour de nombreux cadres de l’armée ou pour des fonctionnaires détachés. Donc se crée, de fait, une relation de confiance entre ces sociétés et les services de l’Etat ; c’est en effet une grande différence de perception du rôle de chacun.

 

Au-delà de ces différences liées au fonctionnement de la France, le regroupement de certaines ESSD ne permettrait-il pas de faire émerger un ou deux compétiteurs de taille européenne, dans un premier temps ?

J’appelle de mes vœux une forme de consolidation du marché. Ce serait l’idéal pour faire émerger une ou deux entreprises de 70/80 millions de CA. Mais, pour faire une consolidation il faut être deux… Le CEFSI est un premier pas positif pour tout ce que nous venons de dire, faire reconnaitre la profession, faire progresser l’idée d’habilitation, se parler entre opérateurs, etc. Pour autant, le CEFSI doit gagner en visibilité, ce qui lui manque cruellement aujourd’hui. Le CEFSI n’a pas encore l’ampleur qu’il mériterait d’avoir et doit gagner en maturité. Peut-être en se structurant ? Le CEFSI est pourtant une tribune pour faire passer un message commun, donc encourageons-le.

 

* Le général d’armée (deuxième section) Didier Bolelli a occupé plusieurs postes durant sa carrière militaire et notamment ceux de directeur des opérations de la DGSE, de directeur de la DPSD et de directeur de la DRM.

** GEOS : www.fr.groupegeos.com

***CEFSI : club des entreprises françaises de sûreté à l’international  

 

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