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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 08:55

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11 janvier 2013 diploweb.com

 

Le général Lucien Poirier est décédé dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013. Il fut un des théoriciens et des fondateurs de la stratégie française de dissuasion nucléaire. Le Diploweb.com rend hommage à ce grand stratège avec cet entretien, initialement publié sur le titre « L’Europe éclatée », accordé à Pierre Verluise au moment de la crise européenne au sujet de la stratégie des Etats-Unis de G.W. Bush en Irak.

 

La crise irakienne (2002-2003) a été le révélateur d’une réalité profonde : il n’existe pas à cette date d’Europe unie entre, d’une part une "ancienne Europe" constituée en soi et pour soi avec une volonté d’autonomie et d’émancipation des contraintes exogènes et, d’autre part, les nouveaux candidats à l’UE.

 

Ce texte, dont le manuscrit a été clos en 2003, doit être compris dans son contexte. Il témoigne de l’indépendance d’esprit et de la qualité de réflexion du général L. Poirier.

 

Pierre Verluise : Que nous apprend la crise irakienne sur la situation en Europe au 1er trimestre 2003 ?

 

Lucien Poirier : La crise irakienne nous apprend que le projet d’une Europe unie - très théorique bien qu’il ait été sanctionné par le traité d’Amsterdam et les projets d’élargissement - n’est pas autant en accord avec les réalités mondiales qu’il pouvait paraître initialement.

 

Tout ce passe comme si on avait pensé l’Europe future isolément, à l’extérieur de ce contexte. Comme s’il suffisait d’être d’accord entre Européens, issus d’une même histoire et d’une même culture. Comme si une Europe unie pouvait se construire sur ses seules bases.


On s’aperçoit maintenant que cette Europe est inscrite dans un contexte mondial, et on aurait dû s’en douter. Cette crise du 1er trimestre 2003 est un révélateur cruel : on ne peut pas construire cette entité européenne en soi, isolément, sans tenir compte de tout un environnement dont on espérait pouvoir se retrancher.

LES PECO DONNENT LA PRIORITE A L’OTAN

La plupart des candidats d’Europe centrale et orientale à l’entrée dans l’Union européenne ont vu cette intégration sous son double aspect : économique et sécurité. Emancipés de la domination soviétique, ces Etats ont perçu leur entrée dans l’Europe comme aussi - et probablement même d’abord - comme une entrée dans l’OTAN. En privilégiant, comme la crise irakienne l’a montré, leur intégration dans l’OTAN, une ambiguïté s’introduit.

 

Alors que les "vieux européens", comme dirait Monsieur D. Rumsfeld, pensent l’Europe en soi et pour soi, autonome, dotée d’une politique de sécurité et de défense propre, d’une politique étrangère unitaire et sans tutelle extérieure, les nouveaux arrivants la pensent encore par rapport à ce monde extérieur.

 

D’une certaine manière, ils sont plus sensibles à la réalité présente qu’à l’avenir et nous rappellent que l’Europe ne peut pas se construire actuellement sans tenir compte de la politique impériale et de la stratégie des Etats-Unis– donc de l’existence de l’OTAN. Ces nouveaux arrivants se situent, inconsciemment, par rapport à la Russie post-soviétique qui n’inquiète pas les « vieux européens ».

 

P. V. Il n’empêche que les pays d’Europe centrale et orientale sont tiraillés par la mémoire de leurs relations avec la Russie soviétique.

 

L. P. C’est pour cela que la « vieille Europe » devrait être très attentive à l’évolution de la Russie. Pour que, précisément, il n’y ait plus de méfiance.

 

J’ai naguère avancé, en particulier dans "La crise des fondements" (éd. Economica, 1994) que l’OTAN n’a plus de raison d’être depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. On ne parle plus de « l’Alliance Atlantique », l’expression ne figure plus dans le discours politique. Or l’OTAN n’existe que par rapport à l’Alliance Atlantique dont elle ne fut que l’instrument. Or, l’Alliance Atlantique n’a plus de raison d’être puisqu’il n’y a plus, depuis 1991, d’ennemi désigné – l’URSS - dont on devrait se défendre. Du coup, l’OTAN devient caduque. Alors qu’elle conserve son utilité pour les Etats-Unis comme instrument de contrôle de la stratégie militaire – et de la politique étrangère – des « alliés européens ».

L’OTAN CONSERVE UN STATUT EXORBITANT

L’OTAN va-t-elle conserver encore longtemps ce statut exorbitant parce que non pertinent ? Depuis la fin de la Guerre Froide, plusieurs sessions de l’OTAN ont essayé de trouver de nouvelles justifications, de nouveaux buts stratégiques à cette organisation désormais archaïque. Finalement, les conclusions étaient tirées par les cheveux. Toutes les réunions de l’OTAN, depuis les années 1990, consistent à chercher des buts de substitution : le terrorisme… On notera que l’Alliance Atlantique n’est plus évoquée.

 

Que reste-t-il de ces buts ? Nous, "vieille Europe", nous percevons l’OTAN comme un obstacle à la constitution de l’Europe Unie dans la mesure où les nouveaux candidats la privilégient par rapport à ce qui fonde l’Europe économique, culturelle, éthique …

 

L’OTAN pourrait devenir la manifestation tangible de l’opposition, enfin révélée, des Etats-Unis à la constitution d’une Europe qu’ils ont initialement favorisée – durant la Guerre froide – mais dans laquelle ils discernent, en 2003, un rival, voire un adversaire futur.

 

La crise irakienne au 1er trimestre 2003 a donc été le révélateur d’une réalité profonde : il n’existe pas encore d’Europe unie entre, d’une part une "ancienne Europe" constituée en soi et pour soi avec une volonté d’autonomie et d’émancipation des contraintes exogènes et, d’autre part, les nouveaux candidats à l’UE qui, en privilégiant l’OTAN et leur alliance avec les Etats-Unis, ont introduit un élément perturbateur important, qui ne se connaissait pas encore, jusqu’alors, comme opposé foncièrement à l’Europe.

 

La crise irakienne a révélé les Etats-Unis comme l’Autre, désormais réticent voire opposé à la constitution d’une entité européenne.


L’élargissement, qui pourrait marquer l’accomplissement du projet européen révèle, paradoxalement, d’une part, les risques inhérents à cet élargissement pour le projet ; d’autre part, l’opposition inéluctable, dans l’avenir, entre une Europe achevée et les Etats-Unis.

VERS UN GLISSEMENT D’ALLIANCE ?

Peut-être verrons-nous, au cours du XXI e siècle, un glissement progressif d’alliance de l’Europe vers la Russie, l’Europe se révélant plus proche de celle-ci, à travers la France et l’Allemagne, tolérant de moins en moins l’impérialisme américain.

 

Ce n’est là qu’une hypothèse de travail proposée aux stratégistes, mais elle ne saurait être écartée sans examen.

Depuis la fin de l’URSS, je n’ai cessé de dénoncer la pérennisation artificielle d’une OTAN dont les fins politiques et les buts stratégiques sont désormais périmés, puisque naguère constituée dans le cadre d’un système bipolaire disparu.

Les candidats à l’Europe considèrent l’OTAN comme l’instrument d’un système politique - l’Alliance Atlantique, qui n’existe plus. Pourquoi se leurrent-ils à ce sujet ? Que craignent-ils ? Leur mémoire de la domination soviétique (1944-1989) pèse sur leurs représentations d’une éventuelle menace russe, mais la situation a changé. Il n’y a plus de réalité d’une Russie agressive. Certes, peuvent subsister des séquelles, avec la question de Koenigsberg pour la Lituanie comme pour la Pologne. Il ne s’agit cependant que de difficultés résiduelles, ne justifiant pas que la Pologne, par exemple, accorde plus d’importance à l’OTAN et à l’Alliance Atlantique qu’aux exigences de l’intégration européenne.

 

Paradoxalement, subsiste la superstructure - l’OTAN - d’une structure – l’Alliance Atlantique - qui n’existe plus. Ce qui est étrange et contre-productif pour l’avenir, c’est que les nouveaux candidats à l’Europe privilégient encore cette superstructure, aux dépens de la nouvelle structure dans laquelle ils veulent s’inscrire : l’Union européenne. Ils pensent et agissent à la fois conformément à une réalité – l’Europe en gestation – et retenus par la mémoire d’un passé douloureux – l’univers soviétique Pour le moment c’est le passé qui l’emporte : on l’a vu pendant la crise irakienne quand ils se sont réunis pour faire acte d’allégeance aux Etats-Unis. C’est bien la preuve de la dichotomie divisant les membres, actuels et prochains, de l’Europe en formation.

 

P. V. Que répondez-vous à ceux qui disent que la fracture mise en évidence en Europe par la guerre en Irak sera dépassée, parce que l’Europe a toujours avancé ainsi ?

 

L. P. Je crois que les effets de cette crise ne sont pas encore tout à fait révélés à tout le monde ; du moins, formulés clairement et évalués avec leurs implications politiques et stratégiques.


Personnellement, je suis très satisfait que se vérifient un certain nombre de positions et propositions que j’avais adoptées depuis longtemps : l’inutilité de l’OTAN, l’artificialité de cette superstructure par rapport à la nouvelle réalité politique. C’est pourquoi je prône, depuis des années, une formule que l’on commence à retrouver couramment sous d’autres plumes : les alliances et coalitions ad hoc.

 

Pourquoi être prisonniers d’alliances permanentes et rigides, comme le système OTAN ? Alors qu’on peut constituer des alliances ad hoc pour répondre à des crises aléatoires avec des instruments stratégiques également ad hoc, donc adaptés à la situation toujours contingente. Je suis le premier à l’avoir dit et écrit. C’est la formulation de bon sens et logique d’une notion que l’on voit maintenant apparaître, notamment dans la littérature américaine.

UNE CRISE D’IDENTITE

Les controverses sur la guerre en Irak vont obliger tout le monde à s’identifier, à en finir avec les postures et les discours convenus comme leurs impostures. Elles vont induire politiques et stratèges à mettre à plat leurs perceptions et évaluations des réalités. En cela, cette crise me semble très bénéfique.

 

Dans ma contribution à « La réserve et l’attente » (en collaboration avec François Géré, éd. Economica, 2001), je dis en quelque sorte : « j’espère l’arrivée d’un fait imprévu suffisamment grave pour agir en révélateur des ambiguïtés actuelles des pensées et conduites politiques et stratégiques en Europe. Ambiguïtés que l’on tolère parce que c’est plus confortable que de poser les questions fondamentales. Celles-ci obligent chacun des membres de l’entité européenne à dire ce qu’il est et à afficher sa position devant les autres et devant les Etats-Unis ». Ce qui les conduirait à s’opposer. Il devrait y avoir des reclassements. La crise irakienne provoque et révèle une crise d’identité à chacun devant chacun et devant tous.

 

Ce fut le cas de la Turquie. Les Turcs ont bien senti qu’ils ont été "retoqués" par l’Union européenne lors du sommet de Copenhague (2002). Ils se sont alors posé des questions. Et ils ont été très réticents, début 2003, dans l’exercice de leur alliance avec les Etats-Unis ; notamment pour la mise à disposition de facilités militaires pour leur intervention en Irak. A tel point que Washington a dû changer sa planification stratégique. Toutefois, les Turcs sont-ils allés jusqu’à se poser la question :"devons-nous prouver, en prenant nos distances avec les Américains, que nous sommes Européens et améliorer nos chances à l’égard de l’UE ?" Je ne sais pas, d’autant qu’il y avait des difficultés intérieures. Peut-être ont-ils senti que c’était le moment de dire ce qu’ils sont vraiment. Peut-être, ont-ils pris certaines positions en fonction du problème kurde et non par rapport à l’Europe. Mais enfin, comme souvent en stratégie, "tout se passe comme si"...

 

La guerre des anglo-saxons en Irak révèle donc une crise d’identité. Elle a été un révélateur et le sera encore, notamment dans le règlement de la sortie de guerre. L’OTAN va-t-elle demeurer ce qu’elle est ? Est-elle encore importante pour les Etats-Unis ? En quoi ? Le théâtre européen, qui était déterminant pour, eux va-t-il rester prioritaire dans leur stratégie, ou vont-ils décider un transfert de leurs forces prépositionnées vers l’est : Roumanie, Bulgarie, etc. ? Ceci aux dépens de l’Allemagne. Présenter cela comme une "punition" serait exagéré, l’Ouest de l’Europe devenant de moins en moins important dans la stratégie mondiale des Etats-Unis.

QUELS SONT LES VERITABLES OBJECTIFS DE W. BUSH ?

Nous ne savons pas quel est le grand dessein géopolitique de l’administration actuelle des Etats-Unis. A quoi sert vraiment la guerre de 2003 en Irak ? Existe-t-il, aux Etats-Unis, des experts, politiques et stratèges, qui pensent cette guerre non seulement en fonction de ses buts immédiats - pétrole, Arabie saoudite… - mais aussi dans une perspective à 25 ou 30 ans, dans un grand dessein d’accès à l’Asie centrale ? Comment cela est-il pensé par rapport à leur antagonisme possible – probable – avec la Chine à cette même échéance ? Les Etats-Unis ont déjà posé quelques jalons en Ouzbékistan et au Turkménistan, grâce aux suites, données en Afghanistan, aux attentats du 11 septembre 2001. Certains Américains inscrivent-ils le problème irakien et sa solution dans cette grande dimension géopolitique mondiale, qui excède le cadre d’un conflit régional ? Je n’en sais rien.

 

Mais il me semble peu vraisemblable qu’ils se soient engagés avec une telle détermination et aient payé un tel prix diplomatique pour résoudre la question irakienne sans de plus amples visées d’avenir.

 

Cette question mérite d’être posée sachant que la pensée politico-stratégique américaine est accoutumée à s’installer dans le long terme.

 

Or d’ici 25 à 30 ans, les Etats-Unis trouveront la Chine sur leur chemin. Ce qui justifierait le déplacement vers l’est du centre de gravité de leurs positions stratégiques, vers les arrières centre-asiatiques de la Chine. Ce qui pourrait également les conduire à envisager une alliance mieux finalisée avec les Russes. Il s’agit là d’élucubrations, dira-t-on, mais pourquoi pas ?

 

P. V. Quel peut-être l’intérêt de la Russie ?

 

L. P. Nous ignorons ce que pensent les dirigeants russes de l’évolution politico-stratégique de l’Asie centrale dans les trente prochaines années. On comprend que l’Etat-Major russe ait pu s’inquiéter de ce que, au nom de la lutte contre le terrorisme, des organismes militaires américains, fussent-ils de faible dimension, se soient installés dans l’espace ex-soviétique, en Georgie, au Turkménistan et en Ouzbékistan. Cette pénétration américaine sur les marches russes sera difficile à rattraper.

 

P. V. Peut-on dire que les Etats-Unis sont les grands vainqueurs de la Guerre froide ?

 

L. P. Oui, les Etats-Unis sont les grands vainqueurs de la Guerre froide. Ils sont aussi les grands vainqueurs, probablement pour une longue période, de l’après-guerre-froide. Jusqu’à la crise provoquée, en Europe, par la marche à la guerre en Irak, les Etats-Unis étaient déjà les grands vainqueurs de la Guerre froide et de l’après-guerre froide, mais ils n’avaient pas encore touché la totalité des dividendes de leur victoire. Début 2003, c’est fait ; ils "passent à la caisse". Auparavant, ils n’avaient pas une conscience aiguë de leur victoire et ne l’exploitaient guère. L’administration Clinton ne semblait pas très motivée à ce sujet et toute une partie de l’opinion ne paraissait guère concernée. Fin 2002 et début 2003, émerge sous nos yeux une autre Amérique consciente de sa puissance et qui s’installe sans complexe dans son statut d’empire disant le droit et l’imposant tout en voulant exploiter ses avantages acquis depuis 1991. Ces avantages consolidés doivent leur servir de base de départ pour un avenir à 30 ans.

 

Il y a toujours un temps de latence, un temps de passage entre l’implicite et l’explicite. Jusqu’au début de 2003, les Etats-Unis vivaient dans la victoire implicite, réelle mais pas encore perçue, expliquée, formulée, "réalisée". Au terme du 1er trimestre 2003, elle commence à l’être. Et de manière paradoxale, c’est nous qui les avons forcés à en prendre conscience ; c’est notre opposition et celle de quelques autres Etats – Allemagne, Russie, Chine – dans la controverse et le débat diplomatique sur le rôle du Conseil de Sécurité dans la décision de guerre contre l’Irak qui a poussé les Américains à passer outre et à décider en puissance dominante. Vertu du négatif, dirait Hegel. C’est parce que nous nous sommes dressés devant eux que nous avons forcé les Etats-Unis à s’accoucher eux-mêmes comme puissance impériale, en vainqueurs de la Guerre froide et de l’après-guerre froide.

 

P. V. Quand vous dites "nous", c’est Paris, Paris-Berlin, ou Paris-Berlin-Moscou ?

 

L. P. Assurément, le trio et non Paris tout seul. Encore que les Américains ne se sont pas trompés en mettant la France à l’index. C’est le Président J. Chirac qui a formulé le plus fermement le Non collectif des récalcitrants.

Les identités politico-stratégiques se sont donc révélées à l’occasion de la guerre en Irak. Celle de l’Allemagne s’est manifestée courant 2002-2003 par une nouvelle relation aux Etats-Unis ; et cela, en apparence, pour des raisons de politique intérieure. Le chancelier G. Schröder a été également l’homme du Non, comme le président J. Chirac, tous deux n’étant apparemment pas préparés à ce rôle. De la même manière, la Russie a pris position contre les Etats-Unis dans le débat diplomatique, alors que, depuis le 11 septembre 2001, V. Poutine apportait son soutien à G. W. Bush dans la lutte contre le terrorisme.

L’EUROPE POURRAIT PERDRE DE SON INFLUENCE A CAUSE DE SES DIVISIONS

La guerre contre l’Irak a donc été l’occasion d’un bouleversement du champ politico-stratégique. L’avenir est largement ouvert. Après avoir été l’instrument révélateur de cette évolution, l’Europe pourrait perdre de son influence à cause de ses divisions devant la puissance impériale américaine. A l’horizon de la moitié du XXI e siècle, celle-ci pourrait se heurter à une Chine ayant acquis les attributs de la puissance.

 

Comment sera traité le problème prochain de la Corée du Nord ? Et celui de l’Iran ? Les Etats-Unis sont-ils capables d’exploiter leur supériorité actuelle, « dans la foulée » après l’Irak ? Qui s’y opposerait et pourquoi ?

En ces occasions, le problème de l’identité des Européens devrait se poser avec une nouvelle acuité.

 

P. V. Quels vont être les critères de cette définition identitaire : pour l’OTAN ou pour l’UE ?

 

L. P. Oui. Il faudrait se définir sans ambiguïté devant l’OTAN et l’Union européenne. Quel prix les pays candidats sont-ils prêts à consentir pour entrer dans l’UE ? Avec quelles concessions de la part de la "vieille Europe" ? Nous avons déjà fait des concessions du point de vue financier. Maintenant, on y regardera à deux fois avant de nouveaux sacrifices.

Certains ont reproché au président J. Chirac d’avoir rappelé à l’ordre, de manière brutale, les pays candidats. Je suis de ceux qui pensent qu’il fallait dire cela. Il y a des moments ou il faut scandaliser, pour forcer les gens à accoucher leur être profond. Des choses doivent être dites. Et faites. Et je songe, par exemple, aux marchés d’armement. Est-il admissible que les nouveaux Etats membres de l’UE ne s’équipent pas en matériel européen ? Pas nécessairement français, mais européen. Cette condition à leur adhésion pourrait être posée. Certes, on n’a jamais posé ce type de condition par le passé, mais parce que personne n’avait encore pris conscience de la signification et de la portée de ce choix et de l’opposition - à l’état naissant mais qui va cristalliser de manière plus claire dans l’avenir - entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Il va bien falloir dire que les Etats-Unis seront, fort logiquement, opposés au développement d’une Europe émancipée des contraintes de l’Alliance. On ne l’a jamais dit, mais il faudrait bien, un jour, dénoncer le rôle de frein à la construction européenne de l’OTAN. Qui peut dire cela aujourd’hui ? Si le général de Gaulle était vivant, pourrait-il dire "La France se retire de l’OTAN" ? Peu probable, étant donné les liens étroits, avec les USA, de nos partenaires européens...

 

Songez qu’on ne parle plus de l’Alliance Atlantique. On ne parle que de son instrument, l’OTAN, qui est comme suspendu en l’air. Il existe en soi, en tant que bureaucratie, mais il n’a plus de fin.

 

Depuis le début de la sortie de la guerre froide, l’OTAN vit dans l’imposture. On n’a pas cessé de chercher de nouveaux buts justifiant la pérennisation de cette structure. Après le 11 septembre 2001, on y a rattaché la lutte contre le terrorisme, mais cela n’a rien à faire avec l’OTAN ! En fait, une énorme bureaucratie otanienne s’auto-entretient et s’auto-justifie. Outre les militaires, il faut compter tous les civils, les emplois indirects… ce sont des dizaines de milliers de personnes qui vivent de l’OTAN. Il est évident que si les Américains font glisser toutes leurs troupes vers l’est, cela va être lourd de conséquences, par exemple pour les villes de garnison allemandes. En attendant, on ne sait pas à quoi sert l’OTAN et encore moins à quoi il servira dans l’avenir.

 

P. V. L’OTAN sert aux Etats-Unis quand ils en ont envie. Quand ils n’en veulent pas, l’OTAN ne sert pas.

 

L. P. Voilà, c’est comme cela que je le vois. C’est pourquoi je propose la notion d’Alliance ad hoc avec les Américains, en fonctions des circonstances et des conflits contingents.

 

Tout cet héritage va se décanter dans la douleur. Il va y avoir des règlements de compte interétatiques à plus ou moins long terme. Certes, les Etats-Unis peuvent être tentés de faire payer l’addition à la France, mais tout dépend de la façon dont ils conçoivent leur stratégie future à l’échelle mondiale. S’ils pensent dans le contingent et l’immédiat, ils peuvent utiliser l’arme économique, mais la France et l’Europe ont des moyens de rétorsion. La France peut aussi bloquer l’adhésion des « clients » des Etats-Unis candidats à l’Union européenne, comme on a déjà fait pour la Turquie.

LE ROLE DE LA FRANCE

Paradoxalement, c’est la France qui apparaît, en 2003, comme la nation la plus « européenne ». Il semble qu’elle voit mieux les enjeux dans le long terme. Tout se passe comme si nous avions compris que nous ne pouvons « faire l’Europe » qu’en acceptant que les Etats-Unis soient contre, conformément à la nature de choses. Au temps de la Guerre froide, les Américains pouvaient être favorables à l’idée d’une Europe unifiée parce que celle-ci intégrait les forces de l’OTAN. C’était une Europe satellite des Etats-Unis, qui y trouvaient leur compte, comme leurs alliés, d’ailleurs. Mais voilà que l’Europe s’émancipant, tout se passe comme si les Etats-Unis découvraient que la logique politico-stratégique les condamnait à l’antagonisme dans bien des domaines d’activités. Ce ne peut pas être autrement. L’Europe puissance ne peut-être qu’en partie adverse. On peut supposer que c’est en connaissance de cause que les pays d’Europe centrale et orientale se sont engagés, par la Lettre du groupe de Vilnius, à manifester leur soutien à Washington. C’était un moyen de mettre en évidence les lignes de fractures qui traversent l’Europe, et pour les Américains, de les renforcer.

 

Les Etats-Unis sont ouverts à une Europe qui se contenterait de former une entité socio-économique, un marché ouvert à leurs investissements et leurs produits, mais comment accepteraient-ils une entité politique et stratégique prenant position dans le règlement des affaires mondiales, comme la partie vivante de l’Europe vient de le faire pendant la marche à la guerre en Irak ? Que feront les Britanniques devant un éventuel détachement de l’Europe de l’univers Atlantique ? Cette Europe puissance émancipée de l’Amérique ne peut se faire sans eux.

Copyright 2003-Poirier-Verluise/Diploweb.com

 

Cet entretien a été initialement publié sur le Diploweb en septembre 2003, puis il a été intégré à un ouvrage : VERLUISE, P. (sous la dir. de) ; GERE, F. (préf. par). Une Nouvelle Europe : comprendre une révolution géopolitique. Paris : Karthala, 2006. Coll. Tropiques. 307 p.


Plus

 

Quelques ouvrages de Lucien Poirier

 

. La réserve et l’attente : l’avenir des armes nucléaires françaises, avec François Géré, Paris, Economica, 2001.

. La Crise des fondements, Paris, ISC/Economica, 1994.

. Stratégies nucléaires, Bruxelles, Complexe, 1988.

. Essais de stratégie théorique, Institut de stratégie comparée, 1982.

. Des stratégies nucléaires, Paris Hachette, 1977.

. Sur le site andreversailleediteur, au format pdf, en accès libre Préface de Gérard Chaliand à son livre d’entretiens avec Lucien Poirier, Le chantier stratégique

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 20:50

SNLE Le Terrible apte au lancement du M51

 

13-11-2012 Par Vincent Lamigeon - challenges.fr

 

Même désargentée, la France tient à son coûteux statut de grande puissance assuré par son armement nucléaire. Débat interdit.

 

Le débat a été ouvert le 20 juin. Puis clos début juillet. Le 20 juin dernier donc, l'ex-Premier ministre Michel Rocard lance un Scud retentissant sur le plateau de BFM TV. La dissuasion nucléaire? Il faut renoncer d'urgence à ce fardeau financier, "16 milliards d'euros par an qui ne servent absolument à rien". Branle-bas de combat à l'UMP comme au PS, qui éreintent la sortie de Rocard. En déplacement à Rio, François Hollande joue les pompiers de service: "Renoncer à la dissuasion nucléaire pour des raisons d'économie budgétaire n'est pas aujourd'hui la position de la France." Et le 4 juillet, pour clore l'incident, le président de la République embarque pendant trois heures dans le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) Le Terrible, fleuron de la force de frappe française, une première depuis Valéry Giscard d'Estaing. Fermez le ban.

 

"L'assurance-vie de la France"

 

"C'est le débat interdit, dénonce le général Bernard Norlain, ancien conseiller militaire de Jacques Chirac à Matignon. La position officielle relève du postulat religieux: la bombe atomique, c'est l'assurance-vie de la France." Cet ancien général d'aviation cinq étoiles est bien le seul parmi les gradés à monter ouvertement au front. Et, parmi les politiques, seuls les Verts et l'ancien ministre de la Défense Paul Quilès défendent des thèses similaires. "La remise en cause de la dissuasion menacerait beaucoup d'intérêts chez les industriels, comme Astrium, MBDA ou DCNS, mais aussi dans les armées, poursuit le général Norlain. Le format de la Marine est calibré autour de la mission de dissuasion."

 

Pour les opposants à la dissuasion, l'arme nucléaire est à la fois dépassée stratégiquement face aux nouvelles menaces (terrorisme, piraterie...) et ruineuse en période de disette budgétaire. Pour les autres, elle est la garantie ultime de la sécurité nationale, mais aussi un argument diplomatique de poids pour rester au Conseil de sécurité de l'ONU. "La dissuasion nucléaire donne à la France le poids politique nécessaire pour parler comme la France doit parler", résumait fin juin le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

 

A quel prix? Un rapport de la commission de la Défense du Sénat aboutissait en juillet dernier au chiffre de 3,4 milliards d'euros sur 2012. Ce chiffre "représente 11% du budget de défense annuel et 1,2% du total des dépenses du budget de l'Etat pour 2012 », écrivent les sénateurs. L'effort financier, maintenu en 2013, n'a guère évolué en euros constants depuis dix ans - 20% des crédits d'équipement militaire -, et affiche une baisse sensible depuis vingt ans, après avoir atteint 5 milliards en 1990. La France a en effet largement désinvesti dans les années 1990, arrêtant le programme de missiles sol-sol Hadès, passant de six à quatre SNLE, démantelant même en 1996 les missiles et les installations du plateau d'Albion.

 

"Presque bon marché"

 

Pour les soutiens de la dissuasion, les 3,4 milliards annuels, contre les 61 milliards de dollars inscrits au budget de dissuasion américain, n'ont donc rien de choquant. "Les programmes nucléaires sont gérés au cordeau: les missiles M 51, ASMP-A et le dernier SNLE ont été livrés à l'heure et dans les coûts", souligne-t-on à la Direction générale de l'armement (DGA). "3,4 milliards d'euros, c'est presque bon marché! assurait début juillet l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées, devant les députés de la commission de la Défense. La Force océanique stratégique est mise en oeuvre par 3.200 marins, effectif équivalent à celui des agents municipaux d'une ville comme Montpellier."

 

Pas chère et porteuse d'avenir. Telle est la dissuasion pour ses thuriféraires. Les industriels évoquent les applications civiles des technologies développées pour l'arme atomique: supercalculateurs liés à la simulation de frappes nucléaires, applications médicales du laser Mégajoule, ou lanceurs spatiaux. "Le bureau d'études des Mureaux, qui conçoit Ariane 5, est le même que celui qui développe le M 51", rappelait fin septembre François Auque, président d'Astrium, maître d'oeuvre du missile balistique M 51 qui porte la charge nucléaire.

 

Le socle de l'indépendance

 

Les industriels et la DGA assurent aussi que tout relâchement sur la recherche et l'industrialisation des outils de dissuasion entraînerait la perte du savoir-faire français, comme ce fut le cas pour les Britanniques sur les sous-marins. "Il serait déraisonnable de se priver d'un outil qui, pour un budget équivalent à 0,2% du PIB, représente une assurance-vie pour la nation et le socle d'une politique de défense indépendante", juge Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Le problème, c'est que le maintien de l'enveloppe dissuasion dans un budget de la défense en baisse fait peser des risques sur le reste des équipements. D'autant que le nucléaire va coûter plus cher d'ici à la fin de la décennie du fait, notamment, du développement de la prochaine génération de SNLE, prévu vers 2030, et de ses missiles. "Le chiffre devrait augmenter de 10 à 15%", assure-t-on de très bonne source. De quoi faire grincer des dents: "La sanctuarisation de l'investissement dans la dissuasion va menacer les armements conventionnels, alors que nous avons déjà des trous capacitaires dans le ravitaillement en vol ou le renseignement, pointe le général Vincent Desportes, professeur à Sciences-Po. Quelle est la crédibilité de l'arme nucléaire, quand la France ne peut pas faire l'opération en Libye sans les Etats-Unis?"

 

Renoncer aux missiles ?

 

L'idée serait de couper la poire en deux. Ne pas arrêter, mais diminuer les investissements. "Pourquoi ne pas passer de quatre à trois SNLE, ce qui représenterait déjà une économie énorme?" s'interroge un gradé sous couvert d'anonymat. "Cette décision de rupture mettrait en péril la permanence d'au moins un sous-marin en mer, une des bases de la doctrine française", répond Bruno Tertrais. D'autres préconisent de renoncer aux missiles embarqués sur chasseurs Mirage 2000 et Rafale. "Ce serait se priver d'une arme utile, flexible et peu coûteuse", rétorque-t-on côté DGA. Selon le rapport du Sénat, supprimer cette composante de la dissuasion permettrait seulement d'économiser 2,6 milliards sur les quinze prochaines années. Rien à voir avec la composante océanique qui, elle, va engloutir 29 milliards d'euros sur la période. En reprenant ces chiffres, on ne trouve nulle trace des "16 milliards par an" évoqués par Michel Rocard. Quelques jours après sa sortie, il a d'ailleurs battu en retraite. Ce n'était qu'une "boutade".

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 18:31

SNLE Le Terrible apte au lancement du M51

photo Marine Nationale

 

10/09/2012 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

C'est la rentrée pour le monde de la défense avec la dixième université d'été de la défense, qui se tient lundi et mardi à Brest. Dans une période de fortes contraintes budgétaires, la dissuasion nucléaire devrait à nouveau faire débat.

 

La dissuasion nucléaire est une nouvelle fois au cœur du débat. Au début de l'été, deux grands responsables socialistes, l'ancien Premier ministre, Michel Rocard, et un ancien ministre de la Défense, Paul Quilès, ont préconisé un abandon de la dissuasion nucléaire. L'un pour faire des économies - 16 milliards d'euros avait-il expliqué -, l'autre parce qu'elle s'apparente à "une assurance-mort". Le président François Hollande ainsi que son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ont très clairement verrouillé le débat : la dissuasion ne sera pas remise en cause.

 

La dissuasion, assurance-vie de la France

 

Mais qu'est-ce qu'en pensent les chefs d'état-major des armées ? Pour l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées, la dissuasion nucléaire c'est plutôt "l'assurance-vie de la Nation", avait-il expliqué lors de son audition en juillet à l'Assemblée nationale devant la Commission de la défense. Elle "nous protège d'un conflit majeur, une grande invasion en Europe", avait-il précisé. S'agissant du coût de la dissuasion nucléaire, l'amiral Guillaud a estimé que c'était "presque bon marché". Et de rappeler que la France "dépense tous les ans pour sa dissuasion nucléaire en moyenne environ 3,4 milliards d'euros et cela couvre tout : depuis les laboratoires de recherche jusqu'à la fabrication, la mise en oeuvre et le démantèlement. Cette somme couvre tout le financement de la recherche fondamentale, de la recherche et technologie".

 

Un sous-marin lanceur d'engins en permanence à la mer

 

Presque bon marché ? Il donne un exemple pour la marine. "La Force océanique stratégique (FOST) est mise en oeuvre par 3.200 marins, effectif équivalent à celui des agents municipaux d'une ville comme Montpellier". La France dispose actuellement de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). Parmi les opérations permanentes fixées par le livre blanc pour la marine, figure au premier rang la dissuasion. "Notre mission est d'avoir au moins un sous-marin déployé en permanence, a assuré le chef d'état-major de la marine, l'amiral Bernard Rogel. Ce qui suppose la mobilisation de frégates et d'avions de patrouille maritime pour assurer la sûreté des approches pour le départ des sous-marins, ainsi que des moyens sur l'ensemble de nos zones d'intérêt, pour leur donner des renseignements dont ils ont besoin".

 

"Audacieux de penser réaliser des économies substantielles"

 

Aujourd'hui, la modernisation de la dissuasion nucléaire est quasi terminée pour la composante aéroportée. En contrepartie, elle a été réduite "d'un tiers dans le cadre du principe de juste suffisance", a rappelé le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Jean-Paul Paloméros. Seul point noir, l'âge des avions ravitailleurs qui approche maintenant la cinquantaine d'années. D'une façon générale, le général Paloméros estime qu'en dépit des contraintes budgétaires, "il serait audacieux de penser que l'on pourra réaliser des économies substantielles sur le financement de la composante aéroportée, qui repose sur deux escadrons polyvalents - concentrés sur cette mission mais non dédiés à celle-ci". Et de rappeler que "si la France est le seul pays européen à mettre en oeuvre cette composante aéroportée, notre force de dissuasion protège non seulement no intérêts nationaux mais aussi nos alliés".

 

3,4 milliards par an sur le 20 prochaines années

 

La modernisation de la composante aéroportée "va s'achever pour le M51 avec ses nouvelles têtes", a précisé l'amiral Guillaud. Aussi, a rappelé le chef d'état-major des armées, la France continue "à investir pour assurer les renouvellements nécessaires et il faudra donc sans doute ponctuellement un peu plus de 3,4 milliards d'euros annuels, mais, sur les vingt prochaines années, c'est une somme qui restera à peu près inchangée en euros courants".-

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 17:32

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SNLE le-terrible photo Ministere de la Defense

 

04.07.2012 par P. CHAPLEAU Lignes de Défense

 

Petite surprise: on attendait Jean-Yves Le Drian à l'Ile Longue. Il y était bien, cet après-midi, visitant le SNLE Le Témeraire et s'adressant au personnel de la base, en compagnie de Patricia Adam, la nouvelle présidente de la commission de la Défense.

 

Mais le ministre de la Défense n'est pas la seule autorité présente sur les côtes bretonnes. Le président François Hollande a plongé à bord du sous-marin nucléaire lanceur d'engins Le Terrible, au large de la Bretagne.

 

Le chef de l'Etat "s'est rendu aujourd'hui (mercredi), en tant que chef des Armées, au large de la Bretagne, auprès de l'équipage du sous-marin nucléaire lanceur d'engins Le Terrible, avant son retour de patrouille", affirme l'Elysée dans un communiqué. Le Président a assisté à un lancement simulé de missile et s'est longuement entretenu avec l'équipage, de retour d'une mission de 64 jours

 

François Hollande a rejoint le SNLE en hélicoptère et a plongé au large de la Bretagne. Il entendait se mettre dans la situation de chef des armées et de chef de la dissuasion nucléaire.

 

Depuis VGE en 1974, aucun président de la République n'avait plongé à bord d'un SNLE.

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23 septembre 2007 7 23 /09 /septembre /2007 16:55
Triomphant. Discrète montée en puissance

A gauche, l'amiral cinq étoiles François Dupont a été le premier commandant du Triomphant. Il était accueilli, hier, par l'un des deux commandants actuels, le capitaine de vaisseau Frédéric Renaudeau, le sous-marin terminant actuellement une période d'entretien programmée entre deux patrouilles. (Photo S. J.

 

23 septembre 2007 Le Télégramme

 

Les débuts de ce sous-marin nucléaire de dernière génération n'avaient pas été si triomphants que cela. Premier de la série, il avait connu des difficultés de mise au point, jusqu'à une retentissante fuite radioactive sur ses têtes nucléaires ! Dix ans après, la pression a eu le temps de retomber.

 

On célébrait hier, à l'île Longue, les dix ans de service actif du Triomphant, en compagnie des marins et des officiers l'ayant porté au niveau opérationnel qu'on lui connaît aujourd'hui. Son premier commandant, François Dupont, aujourd'hui amiral cinq étoiles et inspecteur général des armées, n'a pourtant pas le sentiment d'avoir essuyé les plâtres. « C'était un projet lourd mais bien pensé, avec son lot de soucis techniques propres à tous les prototypes », commente-t-il aujourd'hui pudiquement. Aussi silencieux qu'une voiture Le défi technologique de ce premier d'une série de quatre (*) était un gros morceau, sans doute aussi imposant que l'immense masse d'acier à très haute limite élastique spécialement développé à l'occasion (138 m de long). Le Triomphant a été conçu pour plonger plus profond (au delà de 400 m), gagner en vitesse et en discrétion, en embarquant des moyens de détection encore plus lourds. À l'époque de son lancement, les journalistes avaient usé d'un saisissant raccourci : « Le bruit de ce sous-marin en déplacement sous l'eau (14.000 tonnes) a été ramené à une voiture en marche, contre celui d'un hélicoptère pour la génération précédente ». Côté confort de navigation, de part sa taille et son poids augmenté, le sous-marin avait même gagné en stabilité de surface. Plus gros mais pas plus spacieux À l'intérieur, les marins (à 110 au lieu de 130 dans un sous-marin plus gros) qui s'attendaient à disposer de davantage de place allaient vite déchanter. Les efforts pour gagner en discrétion acoustique étaient aussi consommateurs d'espace, chaque élément du bord étant suspendu à l'aide de complexes et volumineux systèmes hydrauliques. Mais surtout, le navire retrouvait ses vieux démons au cours de son premier gros entretien, prolongé de six longs et dispendieux mois (autour de 200 M€ la révision !). Dans les rangs des sous-mariniers, pourtant connus pour leur discrétion sans faille, critiques et sarcasmes avaient fini par remonter à la surface. Sans tambour ni trompette Le Triomphant a finalement réussi à décoller la poisse qui accompagne la montée en puissance des prototypes les plus complexes. Tranquillement, 19 patrouilles et plus de 1.500 jours de mer plus tard (journées d'entraînement comprises), le Triomphant s'est imposé parmi les sous-marins les plus fiables de sa génération. Privé de toute communication, dans l'ombre de missions toujours aussi confidentielles, au sommet d'une dissuasion française jamais remise en question depuis la fin des années soixante. * Le quatrième, le Terrible, actuellement construit à Cherbourg et livré en 2010, disposera des toutes dernières innovations en matière de détection et sera équipé du nouveau missile M51.

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