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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 07:00
photo Jean-Michel Roche

photo Jean-Michel Roche

 

18. septembre 2011, Thierry Boinet | Le Matin

 

La ville de Syrte, l’un des derniers bastions pro-Kadhafi, est sur le point de tomber. Au large, les frégates françaises provoquent les troupes du guide libyen.

 

Dans la chaleur moite et écrasante de l’après-midi, la frégate La Fayette s’approche rapidement des côtes libyennes. Sur la passerelle, l’équipe de quart est tendue. C’est la première fois qu’un bâtiment français engagé dans l’opération «Harmattan» – l’opération militaire conduite par l’OTAN en Libye – va s’approcher, en plein jour, aussi près des côtes libyennes.

 

Soudain, sonne le branle-bas de combat. Il est 16 h. Les haut-parleurs de bord hurlent: «Nous entrons dans les eaux territoriales libyennes!» Chacun rejoint son poste. Tel un pacha, le capitaine Emmanuel Sagorin s’installe dans son fauteuil de la salle opérationnelle, au centre du bâtiment. Son second le remplace sur la passerelle. Il enfile, comme tous les hommes de quart sur cette plate-forme relativement exposée, un lourd gilet pare-balles et ajuste son casque. A la jumelle, la ville de Syrte, un des derniers bastions des troupes pro-Kadhafi, commence à se détacher très nettement sur l’horizon, tout comme notre bâtiment arrivant par le nord et qui constitue incontestablement une cible bien visible depuis la côte avec la lumière, maintenant rasante, du soleil.

 

«L’objectif est d’observer, mais aussi, aujourd’hui, de montrer notre présence. Ça a un effet psychologique et stratégique démoralisateur pour les troupes en face», explique le capitaine Sagorin. Pour cette mission, la frégate joue aussi en quelque sorte le rôle d’appât. En s’exposant en plein jour, face à un des derniers gros bastions kadhafistes, elle espère provoquer une réaction qui dévoilerait moyens et positions de l’ennemi.

 

«Prêt à tirs de riposte»

 

A plusieurs reprises, les navires battant pavillon tricolore ont essuyé des tirs alors qu’ils venaient en soutien aux attaques aériennes nocturnes. Les tirs sont tombés parfois à moins de 500 m.

 

«Nous sommes sur nos gardes. Le risque vient d’une pièce d’artillerie ou d’un missile. Ce type (Kadhafi) a passé 43 ans de sa vie à acheter des armes sur toute la planète. Sa marine elle, a été en grande partie coulée. D’ailleurs nos avions ont envoyé par le fond les patrouilleurs jadis vendus par Paris à Tripoli», dit le capitaine Sagorin.

 

Dans le centre opérationnel, la tension est palpable. «Prêt à tirs de riposte» hurle l’intercom. Tous les capteurs sont activés. Les opérateurs ont les yeux rivés sur les écrans et suivent en silence la progression du La Fayette jusqu’à 8 nautiques de Syrte.

 

La chute de Tripoli et les avancées récentes des combattants du CNT (Conseil national de transition) ne signifient pas la fin des opérations de l’OTAN. «On ne peut pas dire aujourd’hui que la menace n’existe plus, il demeure des bastions, en particulier à Syrte, où il reste des forces plus ou moins constituées», estime l’amiral Jean-Baptiste Dupuis, commandant l’ensemble du dispositif aéronaval français dans le cadre de la mission de l’ONU depuis le «BPC Mistral» au large de la Libye.

 

Depuis le 23 mars, les avions français ont effectué 4000 missions soit 35% des sorties offensives menées par la coalition et «traité» plus de 700 objectifs. La marine a effectué plus de 1000 jours de mer et les hélicoptères embarqués de l’armée de terre «traité» pas moins de 500 cibles. Cette semaine, le ministre de la Défense Gérard Longuet indiquait que le coût de l’intervention militaire française en Libye s’élèverait à 320 millions d’euros (env. 385 millions de francs). Pour l’amiral Dupuis, «la mission est largement accomplie mais tant qu’il y a une menace qui est représentée par les forces pro-Kadhafi contre les populations, notre mission demeure.»

 

«Il se passe beaucoup moins de choses lors de nos missions. On sent sur le terrain une certaine confusion. Mais on trouve encore de beaux objectifs» explique le capitaine Brice (en opération, l’anonymat des militaires du rang est de rigueur), pilote au 1er RHC (régiment d’hélicoptères de combat). Il y a quelques jours avec sa Gazelle équipée de missiles, il a détruit un char T72 dissimulé dans une palmeraie. L’effet des frappes du groupe aéromobile de l’aviation légère de l’armée de terre (Alat), engagées dès le retrait du porte-avions «Charles de Gaule», a été décisif. Si les avions de l’OTAN ont «traité» leurs cibles en volant à une altitude d’environ 20 000 pieds, les hélicoptères d’attaque, eux, traquent désormais leurs objectifs tels une meute de loups. Les pilotes sont parfois à 10 mètres d’altitude, dans la nuit noire, pour détruire un pick-up des kadhafistes monté d’une mitrailleuse 14,5. Témoin de l’impact de ces véritables charges de cavalerie: l’interception de communications entre des militaires libyens qui juraient contre «ces chiens de Français».

 

A pleine vitesse, le La Fayette entame sa «manœuvre d’évitement» et quitte le rivage de Syrte. Après 40 minutes de patrouille, la frégate, célèbre pour son apparition dans «Golden Eye», un «James Bond», s’est retirée des côtes libyennes.

 

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