Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 12:50
XP2 (Nexter) - IFV Puma (KMW)

XP2 (Nexter) - IFV Puma (KMW)

 

17/03/2015 Par Lefigaro.fr (AFP)

 

Le groupe public français d'armement terrestre Nexter Systems  affirme que le projet de rapprochement avec l'allemand KMW "se développe et devrait se concrétiser sur 2015", à l'occasion de la présentation de ses résultats annuels.Les deux groupes s'étaient fixé comme date début avril pour le concrétiser, mais cela avait fait l'objet de réserves outre-Rhin, exprimées notamment par le ministre de l'Economie, Sigmar Gabriel.

 

En décembre dernier, le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron avait jugé que la position de fermeté de l'Allemagne en matière d'exportations d'armes pourrait poser un "problème" pour des projets franco-allemands, qu'il s'agisse des blindés Nexter ou du groupe Airbus. "Je suis parfaitement conscient des réticences du (ministre social-démocrate de l'Economie) Sigmar Gabriel sur le sujet des exportations d'armement", avait-il dit. Concernant le rapprochement Nexter-KMW, il avait ajouté: "On n'ira pas plus loin dans cette aventure si on n'a pas purgé ce sujet" franco-allemand.

 

Ce rapprochement, baptisé KANT (pour KMW and Nexter Together), a été entamé le 1er juillet dernier.

Partager cet article
Repost0
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 20:50
Fer de lance des blindés de Nexter, le VBCI attend toujours son premier client export. - photo EMA

Fer de lance des blindés de Nexter, le VBCI attend toujours son premier client export. - photo EMA

 

17/03 Alain Ruello / Chef de service adjoint - LesEchos.fr

 

Engagés dans un projet de regroupement à parité, les champions français et allemand de l’armement terrestre clôturent leurs « due diligences » dans deux semaines.

 

Ce n’est pas une blague. C’est bien le 1ier avril que se tiendra la réunion de clôture des procédures d’examen approfondi des comptes (« due diligence » en anglais) de Nexter et de Krauss-Maffei Wegmann (KMW), a-t-on appris de source proche. Engagés dans un projet de regroupement à parité, chacun des deux industriels de l’armement terrestre donnera alors sa vision de la valorisation de l’autre, ce qui pourrait faire ressortir un éventuel écart.

 

Baptisé (de manière très subtile) « Kant » pour « Krauss-Maffei Wegmann And Nexter Together », le projet prévoit que les champions français et allemands du blindé soient regroupés dans une holding commune, dont le capital sera partagé à parité par l’Etat français et la famille Bode Wegmann. Ce co-contrôle doit durer cinq ans, avant d’enclencher une véritable fusion. Dans les cartons, les deux industriels imaginent de construire ensemble le futur char lourd européen .

 

Les deux entreprises ont une taille comparable. En 2014, Nexter a réalisé un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros, en progression de 33 % (25 % hors croissance externe), dont plus de la moitié provient de l’international. Le carnet de commandes fermes représente plus de deux ans d’activité. De son côté, KMW affiche 750 millions environ de revenus et a engrangé plus d’un milliard de commandes. Quand le Français peut compter sur un plan de charge national fourni avec le grand programme Scorpion , son concurrent allemand, lui, fait des étincelles à l’international où il est mieux implanté.

 

Le 1er avril prochain, on saura donc combien Nexter et KMW valent chacun. Si les conclusions des banquiers conseils sont adoptées par les deux parties et qu’elles font ressortir un écart de valorisation important, il faudra bien trouver une solution puisque la remise en cause de la parité de détention du capital est exclue a priori.

 

Si cet éventuel écart joue en défaveur de Nexter, l’APE pourra faire un chèque pour le compte de l’Etat. Si c’est KMW qui vaut moins que son concurrent français, on imagine mal que la famille Bode Wegmann fasse de même car ses moyens sont forcément limités. La solution, pour lui éviter de payer la soulte, pourrait prendre la forme d’un régime différencié de dividendes.

 

Période d’exclusivité repoussée jusqu’à l’été

 

Quand ils ont démarré leurs négociations en juillet dernier, les deux parties avaient convenu d’une période d’exclusivité de neuf mois, ce qui les amenaient jusqu’au 2 avril pour conclure. Cette date va devoir être prolongée car, du côté français, il faudra attendre la promulgation de la loi Macron pour que Nexter soit privatisé, ce qui devrait être le cas au début de l’été normalement. « C’est le seul point dur du calendrier », confirme-t-on aux « Echos ». Un temps virulentes outre-Rhin, les critiques du projet se sont tues.

Partager cet article
Repost0
12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 14:55
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

Armement "L'Allemagne est l'Allemagne : les Allemands sont formidables, ils adorent les rapprochements, mais quand ils se sentent plus forts" (Hervé Morin, ancien ministre de la Défense)

 

11/02/2015 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

"La France se prépare une fois encore à travailler pour le roi de Prusse". Comme l'a souligné le député Yves Fromion (UMP, Cher), le rapprochement entre Nexter et le groupe allemand Krauss-Maffei Wegmann suscite beaucoup de méfiances, notamment sur l'exportation.

A l'Assemblée nationale, le débat a été long et intense lundi soir sur la privatisation du groupe public d'armements terrestres Nexter en vue de son rapprochement avec le groupe allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW). Des débats qui ont porté en grande partie sur les problématiques d'exportations pour le futur groupe en raison des positions restrictives de l'Allemagne dans ce domaine, notamment vers les pays de la péninsule arabique, en particulier vers l'Arabie Saoudite. Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron a été "très clair sur ce point" et a assuré qu'en "aucun cas les pouvoirs publics allemands ne pourront bloquer des exports décidés par la filiale (Nexter, ndlr) qui restera en France".

"La politique d'export est arrêtée par la holding" (qui va chapeauter les entreprises KMW et Nexter, ndlr) mais,"durant les cinq premières années, les exportations de Nexter seront décidées par Nexter".

L'opposition a pointé du doigt cette interrogation. Ainsi, Pierre Lellouche (UMP, Paris), favorable à cette opération, a toutefois expliqué que notre "gêne tient à la position de votre ami politique, monsieur le ministre, le vice-chancelier actuel, Sigmar Gabriel, qui a récemment posé un certain nombre de conditions aux exportations d'armes allemandes. Il ne faudrait pas que cette union aille à l'encontre de nos objectifs en matière de politique étrangère et qu'elle compromette nos marchés d'armement à l'exportation". De son côté, Hervé Morin (UDI, Eure) a rappelé que "personne ne peut oublier que les Allemands nous ont empêchés de vendre, il n'y a pas si longtemps, le missile Milan dans un pays du Golfe". Berlin n'a pas empêché la vente du Milan mais sa livraison en raison de la fabrication de certains sous-systèmes en Allemagne.

 

L'exportation, une "sensibilité politique" à Berlin

Pour autant, Emmanuel Macron a bien conscience que la politique d'export allemande présente une "sensibilité politique, mais l'option prise ici est de développer des synergies à la fois stratégique et commerciale avec notre partenaire allemand sans qu'il puisse y avoir à ce stade de blocage, mais en continuant à définir une politique commune et en traitant cette sensibilité, qui est certes une réalité, mais qui, pour être franc, pose aujourd'hui davantage plus de problèmes pour Airbus que pour ce projet commun".

Berlin a toutefois interdit à KMW d'exporter des chars de combat Leopard vers l'Arabie Saoudite, qui figure parmi les clients de Nexter à l'exportation. Mais a donné l'autorisation d'exporter 146 patrouilleurs fabriqués par le chantier naval Lürssen, dont un des sites est dans la circonscription d'Angela Merkel (Wolgast), et destinés au ministère de l'Intérieur saoudien (1,4 milliard d'euros).

En outre, répondant à André Chassaigne (président du groupe GDR, Puy-de-Dôme), qui s'opposait à cette opération - "cette fusion est vouée à l'échec car il n'y a pas de marché européen de la défense" -, le ministre de l'Économie lui a expliqué que "si nous avions la chance que le budget de la défense permette de passer des commandes et d'assurer la stabilité de Nexter, peut-être pourrions-nous nous offrir le luxe d'une réflexion différente, mais si vous privez aujourd'hui Nexter de ses capacités à exporter, vous le tuez".

 

KMW et Nexter se concurrencent à l'export

Pour sa part, Jean-Frédéric Poisson (UMP, Yvelines) soulève un autre problème dans le cadre de la politique d'exportation du futur groupe. Il rappelle que "les capacités d'exportation des deux entreprises ne sont absolument pas les mêmes. Entrer dans un contrat ou dans un échange avec un tel déséquilibre augure mal de la solidité future du groupe". Le carnet de commandes de KMW, qui exporte 80% de son chiffre d'affaires, s'élève à 4 milliards d'euros tandis que celui de Nexter, qui dépend à 80% des commandes nationales, à 2 milliards, hors programme Scorpion.

En outre, le blindé à roues VBCI (8x8), l'un des espoirs de Nexter à l'exportation mais jusqu'ici assez vain, se retrouve souvent face au Boxer de KMW. Le véhicule de transport de troupes tout-terrain à quatre roues motrices, l'Aravis, qui a remporté un succès à l'exportation (Arabie Saoudite), est quant à lui confronté au Dingo. Enfin dans l'artillerie, KMW, plutôt absent de ce segment de marché, oppose toutefois au Caesar, l'un des best-sellers de Nexter à l'export (Arabie Saoudite, Thaïlande et Indonésie), son PzH 2000 allemand (Grèce et Qatar), un redoutable rival.

Emmanuel Macron a tenté de rassurer mais s'est un peu pris les pieds dans le tapis. "Au-delà des complémentarités évidentes et de la non-superposition entre une artillerie chenillée et une artillerie à roues, la complémentarité géographique que nous examinons aujourd'hui dans le cadre de la préparation de l'opération par les deux sociétés montre bien que les VBCI et les Boxer ne relèvent pas des mêmes marchés internationaux, ni des mêmes doctrines d'emploi. Ainsi, le VBCI équipe le Qatar, les Émirats arabes unis et le Danemark - et hier le Canada -, qui ne sont pas les marchés vers lesquels s'oriente le Boxer. L'analyse que font aujourd'hui Jean-Yves Le Drian et la société est donc qu'il n'y a pas de risque de cannibalisation d'une entreprise par l'autre en termes de capacité à l'export, mais plutôt une complémentarité". Notons que le VBCI n'équipe malheureusement pas les pays cités par Emmanuel Macron.

 

"La France se prépare une fois encore à travailler pour le roi de Prusse"

Lors du débat de lundi mais celui du 19 janvier, les députés ont montré une certaine méfiance vis-à-vis de l'Allemagne. Ainsi, l'ancien ministre de la Défense, Hervé Morin a souligné que "l'Allemagne est l'Allemagne : les Allemands sont formidables, ils adorent les rapprochements, mais quand ils se sentent plus forts". Et de rappeler : "on l'a souvent vu dans l'industrie navale, où aucun rapprochement n'a été possible car DCNS est plus puissante que les entreprises allemandes : à chaque fois, nous nous heurtons donc à un obstacle".

Le 19 janvier, Yves Fromion (UMP, Cher), qui préconise d'abord un rapprochement franco-français (Thales-Nexter ou Renault Trucks-Nexter), estimait que "nous sommes face à une décision politique délibérée qui favorise la mainmise de l'industrie allemande sur GIAT, donc sur Nexter. Rappelons-nous comment les Allemands ont torpillé le rapprochement entre EADS et BAE, où ils ne trouvaient pas leur compte. Je crains que la France ne se prépare une fois encore à travailler pour le roi de Prusse, et il ne s'agit pas d'un vain jeu de mots !". Ce qu'a réfuté le ministre de l'Economie lundi : "il n'y a pas de mainmise du camp allemand, bien au contraire".

 

Le calendrier de l'opération

Selon le calendrier donné par Emmanuel Macron, "il est prévu de poursuivre durant trois mois les expertises techniques, qui seront suivies de trois à cinq mois de négociations, puis de trois à quatre mois devant le régulateur. Il s'agit, je le répète, d'un rapprochement au niveau de la holding, assorti pendant cinq ans d'une stabilité de l'actionnariat".

Et de rappeler que pour qui est de l'actionnariat, "les deux parties s'engagent à une stabilité de cinq ans, qui permettra aussi de voir comment fonctionne - ou non - cette première phase. Il nous faudra alors être très pragmatiques : si la première phase, qui consiste à mettre au niveau de la holding la stratégie commerciale et la stratégie de lancement, devait conduire à des impasses ou à un échec, l'intégralité des décisions opérationnelles et structurantes et de la production restant au niveau des filiales, et donc dans chaque pays, il serait possible, à l'issue de ces cinq ans et avant une décision qui viserait éventuellement à regrouper davantage d'actifs au niveau de la holding commune, de revenir en arrière".

Partager cet article
Repost0
11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 08:57
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

10/02/2015 Boursorama (AFP)

 

La privatisation du constructeur de blindés français Nexter (Giat) a été votée lundi soir à l'Assemblée nationale. Elle devrait permettre de lancer la fusion avec l'allemand KMW pour créer le troisième groupe d'armement terreste mondial.

 

La fusion entre les constructeurs des chars Leclerc et Leopard, annoncée le 1er juillet, nécessitait une adaptation législative, dans la mesure où Nexter est aujourd'hui une entreprise publique et que son rapprochement avec KMW constitue une privatisation de fait.

 

L'État français, actuellement actionnaire à 100% de Nexter via Giat Industries, verra sa participation tomber à 50% dans la future entité fusionnée dénommée Kant. Il se retrouvera ainsi à parité au capital avec famille Bode-Wegman, propriétaire de KMW.

 

Avec 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires et 6.000 salariés, le nouveau groupe sera le premier acteur d'armement terrestre européen et le troisième mondial. Les deux parties s'engageront par un pacte d'actionnaires à ne pas céder de parts pendant 5 ans minimum. La future société aura son siège aux Pays-Bas pour des raisons de "neutralité fiscale" selon le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron.

 

"Ce désengagement brutal de l'Etat, doublé d'un rapprochement avec un groupe étranger, est une faute grave contre notre indépendance stratégique et militaire", a estimé le FN. Cette fusion risque aussi, selon les spécialistes, de se traduire par une casse industrielle et sociale importante accentuée par le positionnement similaire des deux entreprises".

 

"Les liquidateurs de notre outil de défense liquident maintenant ouvertement notre industrie militaire et notre indépendance nationale. Notre mission sera claire: remettre cette indépendance au coeur de nos choix stratégiques, militaires et économiques", a ajouté le parti.

 

"Ce rapprochement permet d'avancer vers l'Europe de la défense et l'Europe industrielle", a plaidé de son côté la présidente de la commission Défense de l'Assemblée, Patricia Adam (PS). "Nous avons besoin d'industriels de taille critique pour l'export et la recherche et développement", a renchéri l'ancien ministre de la Défense Hervé Morin (UDI).

 

Cette fusion est en revanche contestée par le Front de gauche André Chassaigne pour qui elle est "vouée à l'échec car il n'y a pas de marché européen de la défense". "Une industrie nationale d'armement ne peut plus tenir avec les seules commandes publiques, c'est une chimère", lui a répondu le socialiste Jean-Jacques Bridey.

 

Les députés UMP se sont divisés sur le sujet. Nicolas Dhuicq a accusé les socialistes de "forfaiture" en "vendant un bijou de la nation" alors que "l'Allemagne ne paye pas le prix du sang" sur les conflits...

 

Plus modérés, certains d'entre eux se sont interrogés sur la politique traditionnellement restrictive de l'Allemagne en matière de ventes d'armes. "Il y a une sensibilité qui existe, mais elle ne changera pas avec ce rapprochement. Les exportations de Nexter durant ces cinq premières années seront décidées par Nexter", a assuré Emmanuel Macron.

 

Alors que André Chassaigne a exprimé ses doutes sur la complémentarité des deux sociétés, Emmanuel Macron a assuré au contraire qu'il n'y avait "pas de risque de cannibalisation d'une société par rapport à l'autre".

Partager cet article
Repost0
10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 17:55
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)


10 /02/ 2015 communiqué de presse de Philippe Meunier

"L'adoption de l'article 47 de la loi Macron autorisant la création d'une holding « Nexter/KMW », enregistrée aux Pays-Bas, remet gravement en cause notre souveraineté nationale.

Cette faute, commise à l'encontre de notre nation, signifie notamment, à terme, l'impossibilité pour la France de construire le successeur du char Leclerc.

Avec cette opération, KMW prendra le contrôle de nos exportations puisque celles-ci auront des composants qui lui appartiendra suite à la fusion des deux budgets "recherche et développement".

Après avoir sacrifié la filière du « petit calibre », en faisant le choix d'acheter le remplaçant du fusil d'assaut français à l'étranger, François Hollande donne maintenant les clefs de notre indépendance dans l'armement terrestre à une puissance étrangère qui conservera de surcroît un constructeur national avec Rheinmetall."

Télécharger ici le communiqué en format.pdf.

Partager cet article
Repost0
10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 06:55
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

09.02.2015 LCP.fr
 

21h42 : "Il est indispensable d’avoir une politique industrielle d’armement"

Pierre Lellouche, le député UMP de Paris, affirme qu’il est favorable aux dispositions de l’article 47, à propos de l’armement terrestre en Europe. Il prévoit le "transfert au secteur privé de la majorité du capital de la société Groupement industriel des armements terrestres (GIAT)".

"L’indépendance nationale passe par la capacité de notre pays de maintenir une politique d’armement, une production nationale d’armement", déclare l’élu. "Les dépenses militaires irradient l’ensemble de la recherche civile", continue Pierre Lellouche, qui pense donc qu’il est "indispensable d’avoir une politique industrielle d’armement".

"Il est indispensable, si on veut une Europe politique, de développer un pôle européen de défense", explique par ailleurs le député, qui justifie sa position par l’évocation de "la crise ukrainienne".

 

22h09 : Les "bêtises" de l’UMP et le Général De Gaulle

Alain Tourret moque les députés UMP qui s’opposent à l’adoption de l’article 47. Ceux-ci critiquent le rapprochement entre les deux groupes d’armements terrestres français et allemand, Nexter et Krauss-Maffei Wegmann. L’élu RRDP du Calvados estime que le "Général De Gaulle doit remuer dans sa tombe quand il voit de pareilles bêtises de (la part) ses héritiers".

 
22h22 : "Pas un transfert au secteur privé"

"Ce n’est pas un transfert au secteur privé." La rapporteur PS du texte Clotilde Valter répond à André Chassaigne, l’élu Front de gauche du Puy-de-Dôme. L’article 47, qui permet le rapprochement entre deux groupes d’armements terrestres (un allemand et un français), a pour conséquence selon elle de constituer une "société nouvelle à laquelle l’État apporte 50% des parts et ces 50% restent publics, intégralement".

 
22h43 : "Je commence à devenir un vrai macronien"

Pierre Lellouche fait un aveu : "Je commence à devenir un vrai macronien", déclare le député UMP de Paris. "Il y a une vraie fraîcheur dans votre vérité (…) Vous dites quelque chose de très très juste, vous dites ’si on avait de l’argent, on n’aurait pas besoin de faire tout ça’."

Le député critique le manque de financement du budget de la Défense et souhaite davantage de "commandes publiques" pour permettre la survie de l’"industrie d’armement" française. Pierre Lellouche dénonce également le fait que le budget allemand de la Défense sera prochainement supérieur à celui de la France.

Pour appuyer son argumentaire, l’élu critique l’âge avancé des VAB français (véhicule de l’avant blindé, véhicule de transport de troupes, ndlr), qui ont "deux fois l’âge de leurs soldats".

 
23h06 : "Prix du sang" et "forfaiture"

"L’Europe de la Défense n’existe pas, mes chers collègues." Nicolas Dhuicq, l’élu UMP de l’Aube, prend énergiquement la parole et accuse le gouvernement de "vendre un bijou de la nation" à un "concurrent" (l’Allemagne, ndlr) qui ne paie pas le "prix du sang" sur certains théâtres d’opération, comme "l’Irak".

"Il y a des soldats en ce moment qui se font trouer la peau pour que vous soyez assis tranquillement, en paix, à vendre aux Allemands notre industrie de Défense, c’est une forfaiture, une trahison par rapport à la nation !", s’emporte l’élu, ce qui provoque la colère des autres députés.

 
23h26 : Les députés adoptent l’article 47

Les députés adoptent l’article 47 à propos du transfert au secteur privé du capital de la société Groupement industriel des armements terrestres (GIAT). Il permet le rapprochement entre les deux groupes d’armements terrestres français et allemand, Nexter et Krauss-Maffei Wegmann.

 

Voir les videos

Partager cet article
Repost0
27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 18:50
Nexter et KMW croient à NewCo et " une véritable Europe de la Défense "


26.01.2015 Par Olivier Berger, grand reporter à La Voix du Nord.  - Défense Globale

Le rapprochement entre le Français d'Etat, Nexter, et l'Allemand familial, Krauss-Maffei Wegmann, doit aboutir cette année à un leader européen de l'industrie de défense européenne. La nouvelle société, NewCo (nom pas encore définitif) sera détenue à 50 % exactement entre les deux partenaires qui s'imaginent capables d'aller concurrencer les deux géants mondiaux du terrestre, General Dynamics et BAE Systems. Les deux PdG, le Français Philippe Burtin, et l'Allemand Frank Haun, étaient en audition devant la commission de la Défense et des Forces armées de l'Assemblée nationale le 14 janvier.

" L’élan qui anime nos deux actionnaires et nos deux groupes est celui de la construction de l’Europe de la Défense ", n'hésite pas à lancer Philippe Burtin.

 

Suite de l'article

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 17:50
Nexter/Krauss-Maffei : un rapprochement à n'importe quel prix ?

"Dans cinq ans, nous aurons avancé dans le processus de développement d'un nouveau char lourd - qu'il s'appelle Léopard 3, Leléo ou Léoclerc, peu importe" (Frank Haun, PDG de Krauss-Maffei Wegmann (Crédits : Krauss-Maffei Wegmann)

 

25/01/2015 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Krauss-Maffei Wegmann devra payer une soulte à l'Etat français pour détenir le co-contrôle de la future société commune franco-allemande. Pour favoriser ce rapprochement, Paris cherche à en diminuer le montant.

 

Lors de leur audition le 14 janvier dernier à l'Assemblée nationale, les PDG de Nexter et de Krauss-Maffei Wegmann (KMW) en cours de rapprochement, Philippe Burtin et Frank Haun, ont qualifié le versement par KMW d'une soulte de 500 millions d'euros pour obtenir le co-contrôle de la future société commune (50-50) d'une "rumeur qui ne se fonde sur rien de concret". Pour autant, "La Tribune" confirme que l'Agence des participations de l'Etat (APE) a été tentée en fin d'année dernière de demander aux 27 actionnaires familiaux de KMW de verser une telle soulte en raison d'une nette différence de valorisation entre les deux entreprises : 1,5 milliard pour KMW et 2 milliards pour Nexter.

 

Une volonté politique de diminuer le montant de la soulte

Aujourd'hui tout est mis en oeuvre en France pour diminuer, selon des sources concordantes, le montant de la soulte qui devra être versée par KMW à l'Etat français. Très créatives, les banques d'affaires y travaillent sous l'oeil bienveillant de Paris, qui ne veut toutefois pas altérer la valeur de Nexter. D'autant que le groupe public a réalisé en 2014 une bonne année avec un chiffre d'affaire en nette hausse à 1,04 milliard d'euros (contre 787 millions en 2013), dont 53 % à l'exportation, et 1,2 milliard de prises de commandes, selon les chiffres évoqués par Philippe Burtin. De son côté, KMW a réalisé un chiffre d'affaires de 750 millions d'euros et a engrangé plus de 1 milliard de prises de commandes.

En outre, le groupe d'armement public a profité dans le passé sur des programmes nationaux de marges allant jusqu'à 20 % et surtout a été recapitalisé à hauteur de 4,6 milliards d'euros au début des années 2000. Mais depuis 2006, Nexter a versé un milliard d'euros de dividendes à l'Etat, comme l'a rappelé Philippe Burtin lors de l'audition.

Une source proche du dossier confirme que KMW devra verser une soulte pouvant se monter à "plusieurs dizaines de millions" et que les Allemands en seraient d'accord. "Le dossier avance", a-t-elle même expliqué à La Tribune.

Ce qu'a confirmé Philippe Burtin : "Si les méthodes retenues par chaque société pour ce travail de prospective ont pu différer un temps, nous travaillons à leur rapprochement, et un échange de lettres datant du début du mois de décembre 2014 a marqué une convergence en ce sens".

 

La question des exportations préoccupe

Au-delà de la soulte, Frank Haun s'est attaché à rassurer les députés sur la question de l'exportation en Allemagne. "Les choses commencent à bouger en Allemagne, a-t-il affirmé. Ainsi, lorsque KMW a entamé des discussions avec le nouveau gouvernement allemand, il apparaissait qu'il y avait des réserves sur le projet KANT et sur les exportations. (...) En ce qui concerne la réglementation applicable aux exportations d'armements, je suis confiant dans nos chances d'aboutir à un accord, même si le compromis qui sera trouvé ne sera pas nécessairement à la hauteur de nos espérances de départ". Un compromis qui devrait intervenir avant la fin des négociations sur KANT prévues en avril.

Il a toutefois précisé que "si, dans le futur, l'on arrive à une solution aux termes de laquelle le contrôle de l'exportation d'un matériel conçu en commun relèvera du gouvernement français dès lors que la part allemande dans leur développement n'excédera pas 20%, cela signifie que la probabilité est forte que nous développions nos produits à 80% en France, alors que je souhaite rester à parité". Une solution qui devrait faire bondir outre-Rhin, politique et syndicats.

D'autant que Frank Haun a rappelé que le Qatar et Singapour sont actuellement les principaux clients export de KMW. Toutefois, il s'agit de contrats signés avant la mise en place de la coalition en Allemagne en novembre 2013 et non après...C'est ce qui fait toute la différence entre le contrat qatari qui est exécuté et le prospect saoudien (800 chars Leopard 2A7), qui est lui bloqué. Selon le PDG de KMW, la part d'exportation se situe depuis 15 ans entre 40% et 80% de son activité.

 

Un futur char lourd franco-allemand en commun

Pour l'heure, et en dépit des négociations pour se rapprocher, Nexter et KMW se livrent à une féroce concurrence sur les marchés export. Frank Haun en convient : "vous vous demandez peut-être pourquoi KMW n'achète pas d'ores et déjà des armes et des munitions à Nexter. La réponse est simple : parce que pour l'heure, nous sommes concurrents. Or, on ne se fournit pas auprès d'un concurrent. Mais dès lors que nous ne serons plus concurrents mais partenaires, KMW se fournira auprès de Nexter".

Les deux entreprises préparent plusieurs projets en commun de nouveaux matériels. "Le plus important, c'est la prochaine génération de chars lourds, a expliqué Frank Haun. Dans cinq ans, nous aurons avancé dans le processus de développement d'un nouveau char lourd - qu'il s'appelle Léopard 3, Leléo ou Léoclerc, peu importe : il sera développé en commun, et pourra commencer à équiper nos forces à l'horizon 2025-2030 pour remplacer les chars Leclerc et Léopard 2 dont la base technologique commence à dater. Renouveler ces matériels est indispensable : d'ailleurs, les Russes ne s'y trompent pas, et leurs travaux de développement en la matière avancent à plein régime. Pour ce faire, Nexter possède des technologies très intéressantes pour KMW, et vice-versa".

Pour l'heure, Nexter a laissé le champ libre à KMW sur le marché des chars lourds. Aujourd'hui le constructeur allemand est le seul producteur dans le monde occidental de chars lourds de combat modernes. Ainsi, 18 États ont acheté le Léopard 2. En outre, KMW développe et fabrique actuellement avec son partenaire allemand Rheinmetall "son petit frère, le Puma, que nous sommes en train de livrer à l'armée allemande, a expliqué Frank Haun. Cet engin est à la pointe de la technologie, en matière de protection, de mobilité et de résistance au feu".

 

De nouveaux produits en commun

Au-delà d'un char lourd, Frank Haun est "convaincu" que si le projet KANT se réalise, "nous aurons des véhicules communs, ce qui renforcera l'efficacité de nos forces armées, lorsqu'elles interviendront ensembles sur des théâtres d'opérations, et cela permettra d'économiser l'argent du contribuable".  Au-delà du char lourd, Frank Haun souhaite se développer dans trois secteurs qui lui "semblent particulièrement prometteurs" : l'artillerie entièrement automatisée, les munitions intelligentes et les armements lasers. "Autant de domaines dans lesquels les Américains ont du souci à se faire !".

Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui où les deux entreprises ont une gamme de véhicules en concurrence. Le véhicule à roues, le Dingo, qui est produit à plus de 1.000 exemplaires et est désormais utilisé par six pays, concurrence l'Aravis. Enfin, le véhicule Boxer à huit roues, le rival du VBCI est, selon le PDG de KMW, "aujourd'hui un véhicule très performant". Enfin, KMW est fabrique aussi des systèmes d'artillerie, comme l'obusier, le PZH 2000, "dont la performance dépasse largement celle de la concurrence, y compris américaine". Selon Philippe Burtin, "le VCBI a peut-être un avantage sur le Boxer, comme, à l'inverse, le Dingo en a peut-être un sur l'Aravis". En revanche, Frank Haun s'est bien gardé de juger les produits en question.

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 11:55
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)


14 janvier 2015 Commission de la défense nationale et des forces armées  - Compte rendu n° 30

 

Mme la présidente Patricia Adam. Notre assemblée examinera bientôt en séance publique le projet de loi pour la croissance et l’activité, dit projet de loi « Macron », qui comporte un article tendant à autoriser la privatisation de GIAT Industries et de ses filiales, dont Nexter. Je remercie M. Philippe Burtin, président-directeur-général de Nexter et tout particulièrement M. Frank Haun, président-directeur-général de Krauss-Maffei Wegmann qui nous fait l’honneur d’être auditionné pour la première fois par la commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale. Rappelons que plusieurs de nos collègues, MM. Jean-Jacques Bridey, Yves Fromion, Christophe Guilloteau et Gwendal Rouillard se sont rendus récemment au siège de Krauss-Maffei Wegmann à Munich.

 

M. Philippe Burtin, président-directeur-général de Nexter. Nous sommes très honorés de cette opportunité de pouvoir vous exposer le projet de rapprochement entre nos deux groupes, que nous avons dénommé « KANT » (KMW And Nexter Together). Je commencerai par exposer les fondements stratégiques, les objectifs et les présupposés qui font figurer l’inscription de l’entreprise GIAT sur la liste des entreprises privatisables dans le projet de loi pour la croissance et l’activité, sachant que nos deux entreprises sont leaders dans les métiers de l’armement terrestre.

 

M. Frank Haun, président-directeur-général de Krauss-Maffei Wegmann. Je souhaiterais tout d’abord vous exprimer toute ma sympathie et ma compassion à la suite des événements tragiques qui ont touché la France la semaine dernière. Je me suis recueilli mercredi dernier devant l’ambassade de France à Berlin avec de nombreux Allemands et je voudrais vous dire aujourd’hui : « je suis Charlie ». (Applaudissements).

Nous sommes réunis pour aborder un aspect structurant du renforcement de la relation franco-allemande. Je m’abstiendrai de parler en français ; il en va en effet de votre langue comme de mon épouse : je l’aime, mais je ne la comprends pas !

L’origine de l’entreprise Krauss-Maffei Wegmann remonte à plus de 175 ans ; elle fabriquait à l’époque des locomotives. Elle existe depuis 1999 sous sa forme actuelle et est devenue un acteur incontournable du secteur de l’armement. Plusieurs raisons expliquent sa réussite. En premier lieu, il s’agit d’une entreprise familiale. Nos actionnaires et propriétaires ont un grand respect de la tradition, planifient leurs actions de façon cohérente et ne tiennent pas compte de l’humeur des marchés. Ils auraient pu déjà vendre KMW à plusieurs reprises, mais ce sont des entrepreneurs et ils ont un sentiment de responsabilité envers leurs héritiers et leurs collaborateurs.

Pour nous, l’important est le temps long, qui se compte en décennies et non en trimestres. En 2014, avec nos 3 200 collaborateurs, nous avons enregistré plus d’un milliard d’euros de prises de commandes et réalisé un chiffre d’affaires d’environ sept cent cinquante millions d’euros. Notre carnet de commandes est florissant, comme il ne l’avait jamais été. Nous nous concentrons sur ce que nous savons faire et sur ce que nous entendons de nos clients. En particulier, je me rends personnellement sur les théâtres d’opérations – je suis allé par exemple en Afghanistan -, où j’ai parlé avec nos soldats et d’où je suis revenu avec des propositions d’amélioration. Nous aidons nos forces dans leurs missions, à définir leurs besoins et nous veillons à apporter des réponses rapides avec des circuits décisionnels courts. Nous parlons peu et agissons rapidement, nous sommes adaptables et faisons des produits sur mesure.

Dans le monde occidental, nous sommes ainsi les seuls producteurs de chars lourds de combat modernes : 18 États ont ainsi acheté notre char Léopard 2. Nous développons et fabriquons actuellement avec un partenaire allemand son petit frère, le Puma, que nous sommes en train de livrer à l’armée allemande. Cet engin est à la pointe de la technologie, en matière de protection, de mobilité et de résistance au feu. Notre véhicule à roues, le Dingo, produit à plus de 1 000 exemplaires, est désormais utilisé par six pays dont aucun n’a eu à déplorer jusqu’ici de mort en opération parmi ses utilisateurs. Enfin, le véhicule Boxer à huit roues, qui était à l’origine une initiative franco-germano-anglaise et qui n’a pas pu être menée à son terme, est aujourd’hui un véhicule très performant. Je suis convaincu, si nous réalisons le projet KANT, qu’à l’avenir nous aurons des véhicules communs, ce qui renforcera l’efficacité de nos forces armées, lorsqu’elles interviendront ensembles sur des théâtres d’opérations, et cela permettra d’économiser l’argent du contribuable. Nous sommes aussi présents sur d’autres segments terrestres, puisque nous fabriquons également des systèmes d’artillerie, comme notre obusier, le PZH 2000, dont la performance dépasse largement celle de la concurrence, y compris américaine, ainsi que des ponts tactiques et logistiques. Par ailleurs, nous sommes leaders sur le secteur de la formation et de la simulation, et nous assurons le service et l’entretien sur le terrain en Afghanistan, au Soudan du Sud et en ex-Yougoslavie. Nous sommes par ailleurs le partenaire exclusif de Daimler pour les véhicules lourds dans le cadre de l’OTAN, avec une présence dans plus de 40 pays, des filiales au Brésil, au Mexique, en Grèce, aux Pays-Bas, à Singapour et aux États-Unis. Notre part d’exportation se situe depuis 15 ans entre 40 et 80 % de notre activité.

 

M. Philippe Burtin. Nexter vous est certainement connu. Je rappelle que nous l’avons créé en 2006 en tant que filiale à 100 % de GIAT Industries. Cette dernière société, depuis cette année-là, est notre société holding, elle-même détenue à 100 % par l’État ; elle agit aussi en tant que défaisance puisque nous y avons laissé les sites que notre redimensionnement des années 2000 nous avait conduit à désactiver.

Leader sur le marché français du matériel d’armement terrestre, Nexter a réalisé 1,04 milliard d’euros de chiffre d’affaires dont 53 % à l’exportation et 1,237 milliard d’euros de prises de commandes avec 56 % à l’exportation. Nexter est organisé en trois pôles : le pôle Systèmes qui produit l’artillerie, les armements embarqués, les chars de combat lourds et légers, les engins blindés, les robots, mais aussi la numérisation des matériels. Le pôle Munitions n’inclut depuis 1998 que les munitions de moyen calibre pour les tourelles et tourelleaux, pods ou canons terrestres, navals ou aériens et de gros calibre pour les armes des chars et l’artillerie. Enfin le pôle Équipements rassemble cinq PME qui sont, chacune, centrées sur un couple produit / marché spécifique : l’optique, la protection et la détection NBC, l’électronique, la mécanique et les shelters.

Au 31 décembre 2014, Nexter comptait 3 300 employés répartis sur 10 sites en France, deux sites en Europe issus du rachat l’an dernier de deux sociétés munitionnaires (l’une en Belgique et l’autre en Italie), des succursales à Ryad et Abou Dhabi, ainsi que trois filiales de commercialisation, en Inde, en Espagne et au Canada. Depuis 2006, Nexter est continûment profitable et a versé un milliard de dividendes à l’État tout en continuant à investir environ 25 millions d’euros par an et à consentir un effort très significatif en recherche et développement (R & D), à hauteur de 18 % environ du chiffre d’affaires. Il est à noter que le sous-groupe SNPE/EURENCO, racheté à l’État par GIAT Industries en décembre 2013, n’est pas concerné par le projet KANT. Dans l’immédiat, les équipes y développent le projet de refondation, essentiel pour assurer dès que possible un équilibre pérenne aux plans commercial, économique et social.

Après cette présentation rapide des deux entreprises, il convient de préciser les raisons de ce projet stratégique qu’est KANT. Je voudrais décrire rapidement le marché de la défense terrestre pour vous permettre de partager ce qui en est le trait essentiel, c’est-à-dire celui d’une compétition intense. Les marchés du terrestre ont beaucoup changé depuis une vingtaine d’années. Les marchés occidentaux sont stables ou en baisse marquée, sous la contrainte budgétaire et, petit à petit, le mouvement d’ouverture de ces marchés s’installe, par exemple avec les deux directives du « Paquet Défense », transposées en 2011 en France.

Les marchés à l’exportation sont actifs, dans un contexte où les menaces n’ont pas faibli. Ces marchés sont très compétitifs et exigent des compensations, dans des proportions allant jusqu’à 100 % de la valeur du contrat et, comme pour tous les marchés de défense, les décisions y restent aléatoires et les processus de choix sont longs. Dans ce cadre, l’industrie de défense terrestre européenne reste fragmentée avec plus d’une dizaine d’acteurs pour les systèmes, tout comme une autre dizaine pour les munitions. Dans ce marché, deux leaders transatlantiques sont dominants : General Dynamics et BAE Systems qui développent une activité de quatre à six milliards d’euros, tandis qu’aucun leader européen n’a émergé. Seuls les Français et les Allemands dépassent le milliard d’euros.

Sur les marchés export, mais maintenant aussi en Europe, les industriels émergents sont agressifs. Ils sont portés par la croissance de leurs propres marchés, comme en Turquie, en Israël, en Afrique du Sud, en Corée, et maintenant en Inde. Ces industriels progressent au plan technologique et, en ce sens, les offsets les y ont aidés, sans nul doute.

Dans un tel contexte de compétition, vous pouvez facilement comprendre que les prix sont tirés vers le bas, puisque l’offre est abondante. Les industriels doivent donc être présents sur tous les marchés, avec un investissement commercial très important pour chaque affaire, et développer en parallèle des produits innovants et différenciants, tout en restant compétitifs. C’est donc une problématique d’assise financière élargie, de taille, qui se pose d’ores et déjà aux acteurs du terrestre européens, pour faire face à cette compétition très agressive.

La taille est indispensable pour dégager les ressources financières nécessaires à la R&D et à l’action commerciale. Elle permet aussi de mutualiser les compétences et les capacités industrielles et d’achat, tout en disposant d’une palette d’activité qui compense les cycles ou les aléas commerciaux d’un segment à l’autre.

La croissance externe est donc un impératif. Les acquisitions de sociétés tierces sont affaires d’opportunités : ainsi en a-t-il été en 2014 pour Nexter avec Mecar et Simmel, et en 2012 pour KMW avec WFEL. Quand il s’agit de mouvements stratégiques, la logique est autre : elle ne peut être que fondée sur le partenariat. En effet, il ne peut être question de domination transfrontière dans nos industries de souveraineté. Les États y veillent puisque chaque législation européenne dispose de mécanismes de contrôle et de limitation des investissements étrangers dans les industries de défense.

Une question a été posée sur le timing de notre rapprochement : pourquoi maintenant, nous a-t-on demandé ? La réponse est simple : les deux groupes, Nexter et KMW sont en bonne santé et prêts industriellement pour un tel rapprochement, qui peut donc être construit sans pression. De plus, et ceci est important, au plan stratégique, alors que la consolidation du marché est à peine commencée, il est certain que les premiers qui font mouvement, vont construire le paysage concurrentiel autour d’eux : les premiers ont une prime stratégique.

Dans ce contexte, les deux groupes KMW et Nexter ont recherché, chacun de leur côté, une alliance dans leur métier. Nos deux groupes se définissent en tant que « systémier de défense terrestre ». Ce métier est fondé sur la bonne connaissance des besoins des utilisateurs et sur la capacité d’architecte système. Il est aussi celui de concepteur, tout autant que de sélecteur, de briques technologiques essentielles, afin de concevoir un matériel qui sera en parfaite adéquation avec le besoin des forces.

Ceci permet de comprendre que, pour un systémier, une alliance verticale avec un fournisseur de composants ou de sous-systèmes n’est pas l’objectif principal ! Si, par exemple, l’offre de mobilité est abondante – et c’est le cas – une alliance avec un fournisseur conduirait en effet à restreindre le choix du systémier dans ce domaine, celui-ci devenant de facto distributeur de la « solution maison », dans certains cas au détriment de la performance demandée par l’utilisateur final qui souhaite l’adéquation à son besoin.

L’appartenance à un groupe de défense multimétiers a été présentée aussi comme une solution pour nos sociétés. Certes, une telle appartenance est porteuse de bénéfices pour les membres d’un tel groupe : moyens financiers, réseau commercial parfois planétaire… mais en même temps, la seule appartenance à un tel groupe n’élargit pas en soi le portefeuille de compétences métiers dans le terrestre ou le portefeuille produits. En clair, en tant que telle, elle n’apporte pas ou peu d’économie d’échelle dans le métier du terrestre.

Dans ce cadre, et chacun dans sa propre démarche, Nexter, tout comme KMW, a donc recherché une alliance avec un partenaire exerçant le même métier de systémier de défense terrestre.

Ces démarches se sont inscrites dans le cadre des politiques générales des deux pays puisque, en France, le Livre Blanc de 2013 énonce : « L’État veillera à préserver les pôles d’excellence qui existent en France tout en facilitant des consolidations européennes, dès lors que la logique économique et la logique stratégique se conjuguent. Dans ce contexte, l’État utilisera tous les moyens dont il dispose, comme actionnaire, comme client et comme prescripteur pour faciliter les évolutions nécessaires ». (Page 129)

Pour ce qui est de l’Allemagne, l’accord sur la grande coalition du 27 novembre 2013 écrit : « Nous misons sur une coopération européenne et euroatlantique renforcée en matière d’armement, coopération mettant en œuvre des projets d’équipement et d’approvisionnement communs concrets répondant aux mêmes standards pour toutes les nations ». (Page 124)

 

M. Frank Haun. Vous venez de citer l’accord de coalition, qui montre bien que le Gouvernement allemand nous appuie.

J’en reviens au projet KANT, pourquoi maintenant ? J’ai envie d’ajouter si pas maintenant, quand ? En Europe, notre situation en matière de politique étrangère et de sécurité intérieure s’est, en très peu de temps, radicalement modifiée, et nous ne pouvons pas continuer comme cela. L’Europe et l’OTAN n’ont pas seulement un nombre important de menaces militaires à leurs frontières ; défense de nos territoires et de ceux de nos alliés, protection des routes maritimes mondiales, opérations extérieures –toutes ces tâches mettent déjà fortement à contribution les capacités de nos forces armées. Cela nous oblige notamment à continuer à travailler sur des scénarios de combats dans des conflits asymétriques, mais aussi de lutte symétrique, dans un cadre multinational – la crise ukrainienne nous a récemment montré qu’une situation peut dégénérer rapidement. Quelle est notre capacité de dissuader des agresseurs potentiels ? Disposons-nous d’assez de véhicules blindés, ne serait-ce par exemple que pour défendre Berlin ?

Il est attendu de l’Europe plus que d’être simplement une communauté de valeurs, mais les moyens avec lesquels nous pouvons faire face aux menaces sont des moyens nationaux et le résultat de processus nationaux.

J’en veux pour preuve l’exemple de l’Afghanistan, où la logistique était multipliée par le nombre de contingents nationaux participant à l’opération. On pouvait ainsi retrouver sur ce théâtre quatre ou cinq véhicules logistiques identiques – par exemple belges, allemands ou canadiens. Les moyens dont nous disposons la multiplicité des systèmes d’armes en Europe, nuisent à nos intérêts communs, menacent nos soldats sur les théâtres d’opération et coûtent très cher aux contribuables européens. Si nous sommes là ce matin, c’est parce que nous devons nous décider maintenant pour plus d’Europe aussi dans le secteur de la défense. Il y a des décisions importantes à prendre en matière d’armement car il s’agit de l’avenir de nos enfants. Ne repoussons donc pas les responsabilités qui sont les nôtres.

Le projet KANT a déclenché en Allemagne un débat public sur les technologies de souveraineté en matière de défense. Certains échanges entre députés allemands ont d’ailleurs été très vifs sur ce sujet. En Allemagne, nous avons une volonté de consolidation industrielle dans le secteur de l’armement terrestre. Mais pour autant, nous ne voulons pas d’une consolidation entre sociétés qui n’ont pas le même métier : c’est un peu comme si KMW envisageait une consolidation avec Valeo, équipementier automobile : ce serait une erreur. Compte tenu de la structure du marché, elle serait coûteuse en termes d’emplois et n’apporterait pas à KMW de nouvelles technologies ou de nouveaux marchés. En tout état de cause, ce ne serait pas une réponse du défi de l’interopérabilité auquel l’Europe est confrontée aujourd’hui ; KMW ne s’engagera donc pas dans cette voie-là. Nous ne voulons nous engager que dans une voie qui nous conduise à une véritable Europe de la défense.

KANT est une union d’égaux. La France et l’Allemagne pourront alors adresser à leur systémier national commun des demandes coordonnées pour des produits et solutions. C’est ainsi que nous parviendrons à des systèmes communs moins chers et à plus d’interopérabilité entre nos forces armées. Nous deviendrons en même temps plus attrayants pour les autres clients dans le marché européen et formerons ainsi le noyau pour une consolidation européenne élargie, à plus long terme. C’est une décision qu’il faut prendre aujourd’hui, pas dans cinq ou dix ans.

 

M. Philippe Burtin. Le mot qui convient en effet pour notre projet, est celui de rapprochement et non de fusion. Le vecteur de ce rapprochement sera une nouvelle société que nous appelons NewCo pour le moment ; elle sera la société de tête, la holding du nouveau groupe. Le jour du « closing », 100 % des actions de la société Nexter Systems, société de tête du groupe Nexter, et 100 % des actions de KMW, société de tête du groupe allemand, seront apportés par leurs actionnaires respectifs à cette NewCo. Les actionnaires recevront en contrepartie 50 % exactement du capital de NewCo. L’État français détiendra donc via GIAT Industries, tout comme la famille Wegmann, 50 % du nouveau groupe, en stricte parité, cette société NewCo elle-même détenant tout le groupe Nexter et tout le groupe KMW.

Le schéma de rapprochement permet à chacun de Nexter et de KMW, de conserver son autonomie juridique et son propre siège social. Les organisations, les équipes de management ne seront donc pas changées le jour du rapprochement. De même, les deux marques sont conservées. Ceci démontre aisément que le schéma permet à la fois de construire le futur d’un groupe intégré, tout en maintenant dans chaque pays un potentiel industriel ayant une certaine autonomie, apte en tout cas à assurer la nécessaire indépendance d’approvisionnement des forces des deux pays. Au plan industriel, les accords noués par chaque groupe avec une ou des entreprises pour un programme national, par exemple Scorpion avec RTD et Thales en France ou le Puma avec Rheinmetall en Allemagne, resteront inchangés. De même, les bases de fournisseurs seront préservées. Ce schéma de rapprochement est aussi ouvert à l’entrée, soit d’une nouvelle entité opérationnelle, soit d’un nouvel actionnaire.

Concernant la gouvernance du nouveau groupe, les actionnaires, c’est-à-dire la famille Wegmann et l’État français/GIAT Industries, seront liés par un pacte d’actionnaires. Celui-ci organisera le groupe en deux niveaux de pilotage :

– un conseil de surveillance, qui aura un rôle d’orientation et de contrôle, sans pouvoir exécutif ; il sera composé de sept membres, dont trois indépendants. Certaines décisions, dont la liste est déjà établie, devront être prises à l’unanimité par le conseil de surveillance ;

– un directoire, qui sera l’organe de direction opérationnelle du nouveau groupe, composé en première étape des présidents de Nexter et de KMW.

Les gouvernances du groupe Nexter et du groupe KMW ne seront pas modifiées ; cependant, des administrateurs du groupe KMW entreront au conseil de Nexter Systems et vice versa.

La société commune sera donc en charge de conduire le groupe et sa transformation vers un groupe intégré. Plus précisément, NewCo sera en charge :

– des missions habituelles d’une société de tête : stratégie, fixation des objectifs, reporting, financement, communication ;

– mais aussi du marketing et des ventes à l’international ;

– et de coordonner la R&D, la production, les achats à des fins d’optimisation.

Au sujet de l’État actionnaire, je veux commencer en soulignant que la présence de l’État français au capital de NewCo n’a jamais été contestée par notre partenaire allemand. Au contraire, et Frank Haun le confirmera, la présence de l’État est conçue comme le gage d’une vision industrielle de long terme. L’État français détient aujourd’hui 100 % du Groupe Nexter au travers de GIAT Industries. Le rapprochement conduira l’État français à détenir 50 % exactement du nouveau groupe, et donc au niveau inférieur à NewCo, à détenir 50 % de Nexter Systems, tout autant que 50 % de KMW. Ce passage à 50 % de détention indirecte est analysé, en droit, comme une « perte de contrôle » de Nexter, même si, dans les faits, l’État reste en situation de co-contrôle.

Il est donc clair que le rapprochement de Nexter et de KMW, fondé sur la règle du 50/50, conduit de facto à initier un processus de privatisation du groupe, sans lequel le schéma n’est en effet lui-même pas possible. C’est en ce sens que la représentation nationale est aujourd’hui consultée, au titre de l’article 47 du projet de loi pour la croissance et l’activité. Cette inscription concerne GIAT Industries, maison mère de Nexter Systems, selon la pratique usuelle dans de telles situations. J’insiste sur le fait que ceci ne signifie pas que NewCo ou ses deux entités opérationnelles seraient mises en bourse ! Tel n’est pas le cas et, d’ailleurs, les actionnaires se sont engagés à garder leurs actions, toutes leurs actions, pendant une période de cinq années après le « closing ». L’État français reste donc actionnaire du nouveau groupe, dont il est en situation de co-contrôle ; comme cela a été dit, les décisions majeures seront prises, par exemple, à l’unanimité.

D’autre part, le futur actionnaire et partenaire allemand a accepté le principe d’une action spécifique (Golden Share) qui donne à l’État français certaines prérogatives au niveau de Nexter Systems. En ce sens, l’article 44 du projet de loi pour la croissance et l’activité est important aussi pour le projet KANT. À ce titre, une action de Nexter Systems sera cédée par GIAT Industries à l’État et transformée en « action spécifique ». Le périmètre de celle-ci recouvrira les activités armes et munitions, en France. Cette action spécifique permet à l’État d’avoir un droit de veto, tel que défini par la loi, en cas de projet de cession ou en cas de changement de contrôle desdites activités. De plus, une revue des actifs stratégiques sera menée une fois par an et un processus spécifique particulier s’appliquera en cas de difficulté majeure rencontrée par ces dites activités.

Enfin, je voudrais vous confirmer que ce schéma d’organisation choisi pour notre rapprochement, qui s’opère « par le haut » et qui ne change pas, dans cette phase, l’organisation des deux groupes, n’entraîne en parallèle aucune modification au plan social. Les contrats de travail, les accords collectifs, les « avantages sociaux » sont inchangés. En France, le droit social applicable reste bien sûr le droit français qui continue de régir les contrats de travail et les relations sociales. Et ceci s’applique à l’identique en Allemagne, avec le droit social allemand. Concernant les conditions d’emploi des anciens ouvriers de l’État qui ont opté pour rejoindre GIAT Industries en 1990, celles-ci seront maintenues à l’identique de l’existant actuel, et les fonctionnaires en détachement dans le groupe Nexter continueront de l’être ; c’est ce que prévoit aussi l’article 47 du projet de loi qui est soumis à votre approbation.

 

M. Frank Haun. Pour ce qui est du siège social de notre société commune franco-allemande, ce ne serait pas très raisonnable de le localiser dans l’un de nos deux États.

La question de savoir où implanter le siège de la société servant de holding à notre alliance – société que, pour l’heure, nous appelons NewCo – a été longuement débattue. Nous nous sommes accordés pour dire que son siège devait être situé dans un pays membre de l’Union européenne, de la zone euro, de l’OTAN, de l’Agence européenne de défense, de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAr), etc. La question du régime de contrôle des exportations s’est également posée. Après avoir pesé tous les critères, notre choix s’est porté sur les Pays-Bas. Il s’agit d’un choix « neutre » qui place les deux partenaires sur un pied d’égalité.

L’Allemagne et la France disposent de régimes distincts en matière d’exportations d’armement, le droit allemand s’appliquant aujourd’hui aux produits de KMW et le droit français s’appliquant aux produits de Nexter. Que se passera-t-il demain avec le développement de produits communs ? Nos deux gouvernements réfléchissent actuellement à cette question. Ils souhaitent aboutir à un accord conjoint avant la date de finalisation du projet KANT. Une telle situation s’est déjà produite par le passé avec la société MBDA et les accords Schmidt-Debré. Ces derniers temps, j’ai eu le sentiment que nous étions, à cette époque, plus européens qu’à l’heure actuelle... Mais l’Allemagne reste en quelque sorte en apprentissage pour ce qui concerne sa politique industrielle en matière d’armement ; de la sorte, elle se familiarise peu à peu avec le projet KANT. Cela demande du temps, mais l’Allemagne comprend que KANT est la bonne solution et la voie de l’avenir.

Nous sommes confrontés à un défi commun auquel nous devons répondre par des projets industriels communs. Nous devons mener une harmonisation européenne. KANT est un point de départ et peut-être le noyau d’une « Europe de la défense » en matière industrielle. Les marchés sur lesquels KMW et Nexter sont présents ne se recoupent absolument pas. De même, leurs gammes de produits et leurs technologies respectives se complètent et sont à la pointe au niveau international, comme le sont les salariés qui développent et fabriquent ces produits. Une chance s’offre à nous : entamer l’histoire d’un succès. Voilà près de neuf ans que j’évoque ce projet et je pense que c’est dans cette voie qu’il faut s’engager, également pour maintenir l’emploi en France et en Allemagne.

 

M. Philippe Burtin. En conclusion, nous voudrions souligner que l’élan qui anime nos deux actionnaires et nos deux groupes est celui de la construction de l’Europe de la Défense. Aujourd’hui dans le secteur de la défense terrestre, c’est l’industrie qui propose un projet, structurant pour tout le secteur en Europe. Créer ce champion européen dans la défense terrestre, c’est donner la chance à notre industrie de se développer d’une façon durable, de pérenniser toutes les grandes compétences qu’elle rassemble, aujourd’hui en France et en Allemagne, demain peut-être avec d’autres en Europe et donc de garder un outil autonome, un groupe européen sous contrôle des Européens, au service des forces du continent.

 

M. Yves Fromion. À titre personnel, je ne suis absolument pas opposé à la privatisation de GIAT, je défends même cette idée depuis longtemps. Le fait que l’on mette sur le marché une majorité du capital de cette société ne me gêne pas. Ce qui me gêne, c’est que j’aurais préféré que l’on commence par opérer une consolidation au niveau français incluant Thales et Renault Trucks Defense (RTD), par exemple. Je considère en effet que les contribuables français, qui ont dépensé plus de 4,5 milliards d’euros dans le cadre de la restructuration de GIAT qui a conduit à la création de Nexter, une société compétitive aux plans national et international, en prenant en charge toutes les augmentations de capital, pouvaient espérer une meilleure utilisation de cet argent. J’estime donc que, en l’espèce, les autorités politiques françaises commettent une erreur d’appréciation et je ne suis par conséquent pas totalement satisfait par la solution proposée. Vous l’avez d’ailleurs rappelé vous-même, M. Burtin : pour concevoir le VBCI, un accord avait été passé avec Thales et RTD, ce qui constitue la meilleure preuve du besoin de consolidation au niveau français.

En outre, vous avez évoqué les logiques de souveraineté des pays émergents qui souhaitent se doter de leurs propres industries d’armement. On ne peut dès lors nous reprocher de vouloir maintenir une telle souveraineté chez nous ! Ceci étant, je suis tout à fait d’accord pour que des opérations s’effectuent au niveau européen, puisque l’échelon national est trop modeste. Mais j’aurais préféré une opération qui à la fois prenne en compte, dans un premier temps, nos intérêts nationaux et qui ne les inscrive que par la suite dans une dynamique européenne.

J’en viens à mes questions. Pourquoi autoriser la privatisation de GIAT et de l’ensemble ses filiales, et pas uniquement de Nexter ? Quel est en fait le périmètre exact de l’opération envisagée ?

Quelles sont les caractéristiques et le périmètre de l’action spécifique – la Golden Share – qui sera attribuée à l’État français et quelles seront ses modalités de mise en œuvre ? L’article 44 du projet de loi pour la croissance et l’activité est à cet égard très abscons.

Quelques questions de plus long terme. Nous avons compris que, à ce stade, vous prévoyez la création d’une co-entreprise, NewCo, mais que vous tendiez vers une intégration dans une seule entreprise à l’issue des cinq années suivant la conclusion de l’opération. Quel est l’objectif précis que vous recherchez ? Que sera cette entreprise intégrée, étant entendu que, si je ne m’abuse, il n’y aura plus qu’un seul président du conseil d’administration d’ici cinq ans ?

Un dernier point : quid des exportations ? Vous avez rapidement évoqué ce sujet et je demeure pour ma part extrêmement inquiet quant aux blocages qui pourraient se faire jour en la matière.

 

M. Gwendal Rouillard. Avec mes collègues Yves Fromion, Christophe Guilloteau et Jean-Jacques Bridey, nous nous sommes récemment rendus en Allemagne afin de discuter du rapprochement entre Nexter et KMW. Nous avons particulièrement apprécié l’accueil chaleureux qui nous a été réservé, la qualité des échanges et nous avons trouvé ainsi que celle des réponses à toutes nos interrogations. Je souhaiterais toutefois poser deux questions et formuler une appréciation.

Vous avez parlé de votre projet stratégique, de la société NewCo, de vos perspectives à l’horizon 2020, ainsi que des nouveaux produits à développer ensemble, ce dernier point étant d’un intérêt tout particulier pour les membres de notre commission. À cet égard, lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avons évoqué, je vous cite, « les nouvelles générations de chars », « les munitions intelligentes » et « les nouvelles armes au laser ». Nous sommes censés réfléchir en termes de contenu, non seulement maintenant mais également dans la perspective de « l’étape d’après », qui donne du sens au projet de rapprochement. Aussi me semble-t-il important que vous puissiez nous fournir quelques éléments d’information à ce sujet.

Messieurs les présidents, vous discutez depuis plusieurs mois d’un point que nous savons délicat, celui de la valorisation de vos sociétés respectives. Il s’agit en quelque sorte de la dernière étape cruciale avant de sceller l’accord, le compromis, l’équilibre. Pouvez-vous évoquer, si ce n’est des chiffres précis, du moins la méthode qui commande les discussions en la matière, ainsi que les critères de valorisation ?

Une remarque, enfin. Je suis très favorable à ce projet de rapprochement. Au-delà de la complémentarité d’aujourd’hui, c’est la complémentarité de demain qui importe, dans un contexte de concurrence à l’international que vous avez bien rappelé. Je souhaiterais porter témoignage personnel qui, me semble-t-il, pourra convaincre mon collègue Yves Fromion : au cours de nos déplacements en Afrique en 2014, nous avons pu apprécier l’intensité de cette concurrence, en particulier sur les marchés africains. Je rappelle que les dépenses miliaires sur ce continent ont « bondi » de 55 % en dix ans et atteignent environ 50 milliards de dollars aujourd’hui.

Un dernier mot. Au sein de cette commission, nous parlons souvent d’Europe de la défense et de la relation entre la France et l’Allemagne. Nous avons l’opportunité de dépasser les mots pour poser collectivement un acte. Étant donné le contexte politique, sécuritaire, économique et social dans nos deux pays et dans l’ensemble de l’Europe, si nous pouvons donner ce signe fort à nos populations au-delà du droit et de l’aspect technique, j’estime que nous aurons fait notre travail. Je suis très confiant et je souhaite que ce rapprochement s’effectue.

 

M. Philippe Burtin. Je répondrai d’abord à M. Fromion, qui a exprimé sa préférence pour une consolidation nationale préalable à une consolidation européenne dans l’industrie d’armement terrestre. Comme je l’ai déjà dit, Nexter s’était fixé pour objectif de trouver un partenaire exerçant le même métier qu’elle, c’est-à-dire celui de systémier – plus que celui d’équipementier.

D’ailleurs, nous avons recherché les voies et moyens d’une consolidation industrielle franco-française avant d’engager des discussions avec KMW. Nous avons ainsi approché Renault Trucks Défense – RTD. Il faut toutefois rappeler que RTD n’est plus tout à fait une entreprise française : si ses emplois sont majoritairement situés en France et si les forces françaises utilisent ses matériels, il n’en demeure pas moins que son capital appartient à 100 % au Suédois Volvo. Mais même au-delà de cette réserve, nos discussions n’ont pas abouti du fait des conditions posées par RTD à tout rapprochement. En effet, les Suédois ne voulaient coopérer avec Nexter ni dans le secteur des matériels à chenilles ni dans celui des armements ou des munitions : dès lors, tout rapprochement avec RTD aurait conduit à une partition de Nexter, ce qui n’était pas le but recherché. Surtout, RTD exigeait en réalité que toutes les grandes fonctions opérationnelles de Nexter passent sous le contrôle direct des Suédois. Ces conditions n’étaient acceptables ni pour notre actionnaire, à savoir l’État, ni pour l’entreprise.

Nous avons également envisagé un rapprochement avec Thales – piste souvent évoquée. Certes, des synergies pourraient être trouvées entre Nexter et TDA Armements, filiale de Thales, et une entrée de Thales au capital de Nexter pourrait faciliter l’accès de cette dernière à quelques marchés ou à de nouveaux capitaux – encore que ce dernier point n’est pas notre principale préoccupation. Mais en tout état de cause, Thales est un groupe multi-métiers, et non un partenaire du même profil de systémier terrestre que Nexter. Un rapprochement de Nexter avec TDA Armements sera toujours possible, mais il n’est pas pour l’heure prioritaire pour Nexter.

En revanche, KMW et Nexter, tout en présentant le même profil d’entreprise, sont complémentaires. Les seuls segments de recoupement dans nos gammes de produits concernent les véhicules « 8 x 8 » – le VBCI pour Nexter et le Boxer pour KMW – et « 4 x 4 » – l’Aravis pour Nexter et le Dingo pour KMW. Encore que le VCBI ait peut-être un avantage sur le Boxer, comme, à l’inverse, le Dingo en a peut-être un sur l’Aravis. KMW et Nexter, ensemble, veilleront en tout état de cause à différencier ces produits.

Vous avez évoqué, monsieur Fromion, les 4,6 milliards d’euros apportés par l’État à Nexter. C’est exact, et Nexter est fière d’honorer la dette qu’elle a envers l’État. En effet, tout en menant une restructuration profonde – passant de 14 000 à 2 600 salariés en 2007 –, Nexter est profitable : elle a déjà versé un milliard d’euros de dividendes à l’État depuis sa création fin 2006.

Vous avez également évoqué la possibilité d’une vente d’actions de Nexter ou d’autres filiales de GIAT Industries par l’État sur les marchés boursiers : je peux vous assurer que cela n’est nullement envisagé dans le cadre du projet KANT.

S’agissant de la logique de souveraineté, dont vous relevez que les pays émergents la feraient valoir davantage que nous, force est de constater que des États, comme la Corée, Israël, la Turquie… se sont engagés dans une véritable guerre industrielle, mais aussi qu’ils s’en donnent les moyens financiers ! Ces États n’hésitent pas à passer des commandes importantes, parfois par milliers de véhicules, et à soutenir le développement de nouveaux modèles : c’est là un effort financier plus conséquent que celui que nos pays européens peuvent réaliser, où les marchés d’armement terrestres sont au mieux stables, et souvent en décroissance. Certes, un projet comme Scorpion constitue un formidable marché pour Nexter… Il faut noter qu’il représentera 200 millions d’euros d’activité par an en moyenne, alors que nous visons pour le groupe un chiffre d’affaires dépassant le milliard d’euros.

Quant à la formulation de l’article 47 du projet de loi pour la croissance et l’activité, il propose, comme vous l’avez souligné, d’autoriser la privatisation de GIAT et de toutes ses filiales sans mentionner Nexter. Ceci appelle deux observations. D’une part, certaines des filiales de GIAT, comme la SNPE et EURENCO, ont d’ores et déjà vu leur privatisation autorisée par la loi de programmation militaire pour les années 2009 à 2014 : il s’agissait alors de permettre la vente de la propulsion de SME, filiale de la SNPE, à Safran. D’autre part, c’est une pratique législative habituelle que de citer, dans le dispositif législatif de privatisation, la société de tête du groupe et non l’une ou l’autre de ses filiales en particulier.

Vous nous avez également interrogés sur l’action spécifique (Golden Share) que l’État détiendra dans l’alliance Nexter–KMW. Celle-ci portera sur les armes et les munitions. Les produits, les personnels, les actifs et les passifs, ainsi que les sites de production concernés sont d’ores et déjà définis avec précision. Cette Golden Share permettra à l’État de siéger au conseil d’administration de Nexter Systems et de contrôler tout projet de cession ou tout changement de contrôle des activités concernées, le cas échéant. En outre, deux processus de surveillance sont prévus : une revue annuelle de la stratégie et de la situation des activités, et une analyse approfondie des risques et des perspectives qui sera entreprise tous les dix-huit mois.

 

M. Frank Haun. Vous vous demandez peut-être pourquoi KMW n’achète pas d’ores et déjà des armes et des munitions à Nexter. La réponse est simple : parce que pour l’heure, nous sommes concurrents ; or on ne se fournit pas auprès d’un concurrent. Mais dès lors que nous ne serons plus concurrents mais partenaires, KMW se fournira auprès de Nexter.

On nous interroge souvent sur nos projets de développement en commun de nouveaux matériels. Le plus important, c’est la prochaine génération de chars lourds. Dans cinq ans, nous aurons avancé dans le processus de développement d’un nouveau char lourd – qu’il s’appelle Léopard 3, Leléo ou Léoclerc, peu importe : il sera développé en commun, et pourra commencer à équiper nos forces à l’horizon 2025-2030 pour remplacer les chars Leclerc et Léopard 2 dont la base technologique commence à dater. Renouveler ces matériels est indispensable : d’ailleurs, les Russes ne s’y trompent pas, et leurs travaux de développement en la matière avancent à plein régime. Pour ce faire, Nexter possède des technologies très intéressantes pour KMW, et vice-versa.

Vous évoquez, monsieur Fromion, la perspective de voir nos deux entreprises n’en former plus qu’une à l’issue du délai de cinq ans pendant lequel nous nous engageons à ne pas modifier la structure capitalistique de nos groupes. C’est exactement ce que nous voulons. Cela permettra de réduire les coûts unitaires de nos produits, tout en améliorant leur qualité, du fait de la mise en commun de nos technologies. Mais notez que cela n’implique pas de fermer des sites de production. Il y a d’ailleurs une forte chance que les implantations françaises de notre futur groupe commun se développent. Les décisions seront prises au cas par cas.

Pour ce qui est des contraintes que le contexte politique allemand pourrait faire peser sur l’activité de nos entreprises, je tiens à souligner que les choses commencent à bouger en Allemagne. Ainsi, lorsque KMW a entamé des discussions avec le nouveau Gouvernement allemand, il apparaissait qu’il y avait des réserves sur le projet KANT et sur les exportations. Mais aujourd’hui, le carnet de commandes de KMW est plus rempli que jamais et il semble qu’il y a eu une évolution sur la question des exportations… En ce qui concerne la réglementation applicable aux exportations d’armements, je suis confiant dans nos chances d’aboutir à un accord, même si le compromis qui sera trouvé ne sera pas nécessairement à la hauteur de nos espérances de départ. Mais si, dans le futur, l’on arrive à une solution aux termes de laquelle le contrôle de l’exportation d’un matériel conçu en commun relèvera du Gouvernement français dès lors que la part allemande dans leur développement n’excédera pas 20 %, cela signifie que la probabilité est forte que nous développions nos produits à 80 % en France, alors que je souhaite rester à parité. Si je suis confiant, c’est parce qu’en Allemagne, le débat sur les exportations d’armement fait beaucoup de bruit, mais qu’in fine et concrètement, il n’en demeure pas moins que par exemple le Qatar et Singapour sont aujourd’hui mes principaux clients export.

Parmi les nouveaux armements que nous développerons, trois secteurs me semblent particulièrement prometteurs : l’artillerie entièrement automatisée, les munitions intelligentes et les armements lasers – autant de domaines dans lesquels les Américains ont du souci à se faire !

 

M. Philippe Burtin. Monsieur Rouillard nous a interrogés sur la valorisation de nos deux entreprises : elle fait pour l’heure l’objet de discussions entre actionnaires, discussions qui sont par nature confidentielles. La méthode retenue est classique : on valorise une entreprise en fonction de son potentiel de profits à venir, c’est-à-dire de son rendement anticipé – concept plus connu sous le nom de discounted cash flow. Cette estimation est faite sur la base de la vision que nous avons du développement de l’activité et des résultats de nos entreprises dans les quatre ans à venir. Si les méthodes retenues par chaque société pour ce travail de prospective ont pu différer un temps, nous travaillons à leur rapprochement, et un échange de lettres datant du début du mois de décembre 2014 a marqué une convergence en ce sens. La presse relaie des rumeurs selon lesquelles les actionnaires de KMW devraient verser à l’actionnaire de Nexter une soulte de 500 millions d’euros : je tiens à souligner que cette rumeur ne se fonde sur rien de concret.

 

M. Frank Haun. Dans les semaines et les mois qui viennent, il y aura probablement de nouvelles rumeurs du même type. En effet, le projet KANT est critiqué par certains acteurs du secteur, qui s’attachent à créer des inquiétudes au sein de la partie française en vue de bloquer notre projet.

 

M. Daniel Boisserie. Vous avez évoqué rapidement certains problèmes, comme ceux qui résultent de la politique allemande de contrôle des exportations d’armements, aujourd’hui très restrictive. Il faut rappeler que le ministre français de l’Économie, M. Emmanuel Macron, a expressément menacé de ne pas donner de suite au projet KANT si cette difficulté n’est pas levée. Par ailleurs, les actionnaires de KMW sont-ils unanimes dans leur soutien au projet de rapprochement avec Nexter ?

 

Mme la présidente Patricia Adam. Je rappelle que nous rencontrons régulièrement des parlementaires allemands et que nous comptons bien poursuivre à l’avenir.

 

M. Christophe Guilloteau. Je remercie M. Frank Haun pour la visite qu’il a bien voulu organiser en Allemagne et pour ses mots de compassion. Certains en France ont des inquiétudes, car l’histoire de GIAT et Nexter est prégnante dans leur région ; c’est d’ailleurs le cas dans la mienne, dans le département de la Loire. On ne peut certes pas toujours garder un œil dans le rétroviseur, et il convient de construire l’avenir de la défense. Il faut donner un signal fort face aux pays émergents. Je me rappelle encore des discussions à l’époque de la création d’EADS qui avait été jugée audacieuse... Quelle serait pourtant la situation de ces entreprises si celle-ci n’avait pas eu lieu ? Merci aux visionnaires ! Tout ne se réglera bien évidemment pas en quelques jours, notamment sur la question de l’export, mais je forme des vœux pour que ce rapprochement puisse se faire.

Concrètement, quels bénéfices industriels attendez-vous de ce rapprochement pour chacune de vos entreprises ?

 

M. Philippe Folliot. Cette audition est très importante car elle nous permet d’obtenir des informations au-delà de ce qu’on a pu lire dans la presse. Je regrette au passage que le groupe UDI n’ait pas été convié au déplacement organisé par notre commission en Allemagne. Sur le principe, nous sommes favorables à la construction d’un champion de la défense dans l’armement terrestre, comme l’ont toujours été les centristes. Comme élu de la région toulousaine, je sais combien l’amitié franco-allemande est bénéfique pour la construction d’un champion mondial – elle l’a été en matière d’aéronautique. Toutefois, la réussite de tels rapprochements doit s’appuyer sur un double principe de parité et de pérennité. Il est probable qu’au gré des évolutions capitalistiques, l’État français va céder certaines parts de ses participations dans le secteur de la défense. Il reste essentiel, comme cela a été le cas pour EADS, que le principe de parité demeure pérenne. Quelles sont donc les garanties, au-delà des cinq premières années, pour maintenir cette pérennité à moyen terme ?

 

M. Frank Haun. Je témoigne de l’unité qui existe au sein de la famille Bode-Wegmann. J’ai été en effet mandaté par les 27 actionnaires. Il y avait effectivement une voix qui s’était élevée à un moment contre ce projet de rapprochement, mais cette personne ne fait plus partie des actionnaires et tous soutiennent désormais le projet KANT à 100 %. La question des exportations me préoccupe. Cela fait au moins dix ans que le problème se pose de façon récurrente mais les autorités ont commencé à modifier leur position sur le sujet. Nous ne serons certes jamais unanimes sur ce sujet en France et en Allemagne, sauf si des décisions d’exportation étaient transférées à Bruxelles, ce qui ne me semble d’ailleurs pas être une bonne solution ! Je sais que ce débat est très sensible en France et que la position de l’Allemagne est parfois jugée curieuse, mais les esprits évoluent en Allemagne et le Gouvernement allemand a compris que les exportations étaient un levier d’influence. Évidemment, les lobbyistes de tous bords font leur travail, mais je pense que la majorité du Gouvernement et du Parlement allemands partage mon avis et m’a apporté son appui. Comme je l’ai déjà indiqué, nos actionnaires raisonnent en termes de décennies. J’ai noté les 4,6 milliards investis dans Nexter par l’État français : les résultats en sont visibles sur chacun des sites de production et, croyez-moi, mon intérêt pour un rapprochement ne s’en est trouvé que confirmé !

 

M. Philippe Burtin. S’agissant des bénéfices attendus par les deux nations, ils sont de plusieurs ordres. Ils concernent en premier lieu la pérennité de la base industrielle et technologique de défense. Par ailleurs, le rapprochement favorisera une meilleure interopérabilité qui permettra de proposer aux forces des matériels et des produits communs. En outre, le rapprochement sera un facteur d’optimisation et d’économies pour les contribuables, avec notamment des économies d’échelle dans les achats qui permettront de mieux négocier les approvisionnements et de faire baisser le coût des achats pour des matériaux, tels que l’acier ou l’aluminium par exemple. De plus, le rapprochement évitera des redondances en matière d’études et de développement. Enfin, la mutualisation des compétences sera un facteur positif. Petit à petit, la route sera tracée en commun avec une vision partagée ; c’est ensemble que nous fixerons les étapes et les objectifs pour la construction d’un groupe unifié. S’agissant des exportations, je tiens à souligner que notre portefeuille de clients et nos implantations sont complémentaires, ce qui permettra des économies et une démultiplication de nos ventes. C’est donc une vision d’un groupe élargi qui développera ses ventes dans le monde de façon plus soutenue qui est proposée.

 

M. Frank Haun. S’agissant de la pérennité de l’équilibre franco-allemand, nous avons conclu un accord qui stipule que pendant cinq ans, la structure capitalistique des entreprises participant à notre alliance ne changera pas, notre souhait étant que le partenaire français soit l’État. Nous avons en effet besoin de cinq années de stabilité. Par la suite, les deux parties pourront certes vendre leurs actions mais l’autre partie pourra imposer son veto à la mise sur le marché des actions de l’autre partenaire. Nous avons déjà connu cette situation en 1999 lors de la fusion Krauss-Maffei avec Wegmann. Wegmann disposait de 51 %. La famille propriétaire de KMW a ensuite repris les 49 % dans un souci de durabilité. Je ne crois pas personnellement que la France revendra les 50 % de notre groupe à la famille Bode-Wegmann dans cinq ans. Pendant dix ans, celle-ci a très bien vécu avec 51 % des actions, c’est une famille raisonnable dans la gestion de son patrimoine – ce qui signifie aussi qu’elle sait aussi se défendre si elle est traitée injustement. Vous ne pouvez donc pas trouver un meilleur partenaire. Nous réfléchissons sur le long terme et je ne m’inquiète pas sur ce qui se passera au-delà des cinq ans. Ce que je peux vous assurer, c’est que la famille Bode-Wegmann veut rester à bord du navire.

 

*

* *

Membres présents ou excusés

Présents. - Mme Patricia Adam, M. Nicolas Bays, M. Sylvain Berrios, M. Daniel Boisserie, M. Malek Boutih, M. Jean-Jacques Bridey, M. Jean-Jacques Candelier, Mme Fanélie Carrey-Conte, M. Laurent Cathala, M. Guy Chambefort, M. Sergio Coronado, Mme Catherine Coutelle, M. Bernard Deflesselles, M. Lucien Degauchy, M. Guy Delcourt, Mme Marianne Dubois, M. Philippe Folliot, M. Yves Foulon, M. Yves Fromion, M. Sauveur Gandolfi-Scheit, M. Christophe Guilloteau, M. Laurent Kalinowski, M. Patrick Labaune, M. Jacques Lamblin, M. Charles de La Verpillière, M. Gilbert Le Bris, M. Jean-Yves Le Déaut, M. Alain Marleix, M. Alain Marty, M. Damien Meslot, M. Philippe Meunier, M. Alain Moyne-Bressand, Mme Nathalie Nieson, M. Joaquim Pueyo, Mme Marie Récalde, M. Eduardo Rihan Cypel, M. Gwendal Rouillard, M. Stéphane Saint-André, M. Jean-Michel Villaumé, M. Philippe Vitel

Excusés. - M. Claude Bartolone, M. Philippe Briand, M. Alain Chrétien, M. Jean-David Ciot, Mme Geneviève Gosselin-Fleury, M. Éric Jalton, M. Frédéric Lefebvre, M. Bruno Le Roux, M. Maurice Leroy, M. Philippe Nauche, M. Alain Rousset, M. François de Rugy, M. Michel Voisin

Assistaient également à la réunion. - M. Jean-François Lamour, M. Daniel Reiner, sénateur

 

Commission de la défense nationale et des forces armées  - Compte rendu n° 30 (PDF)

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 15:55
Nexter/Krauss-Maffei : les quatre points durs qui pourraient entrainer l'échec de l'opération

Le char allemand Leopard sera-t-il la tête de gondole de la future société formée par Nexter et Krauss-Maffei Wegmann? - Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

14/01/2015 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Le rapprochement entre les deux groupes d'armements terrestres français et allemand, Nexter et Krauss-Maffei Wegmann, traverse des turbulences. Notamment, l'Etat français pourrait demander à KMW de payer une soulte de 500 millions d'euros pour garder le co-contrôle.

 

Ça passe ou ça casse. On va savoir dans les prochains mois si le rapprochement dans le domaine de l'armement terrestre entre Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann va être un échec... ou si l'un des deux groupes aura finalement cédé en rase campagne à l'autre pour réussir coûte que coûte cette opération. Un rapprochement qui est actuellement dans un moment critique. Nexter, en passe d'être privatisé, et l'allemand KMW donneraient naissance au leader européen de l'armement terrestre.

La venue à Paris du PDG de KMW va peut-être permettre d'éclaircir toute ou partie des points durs recensés de cette opération, notamment sur l'éventuelle soulte que devraient verser les actionnaires de KMW à l'Etat français. Frank Haun va rencontrer les ministres de l'Economie et de la Défense, Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian, et sera auditionné mercredi matin à l'Assemblé nationale devant les députés de la commission de la défense, dont certains seraient sceptiques sur la réussite de cette opération. Bref, l'opération Kant n'est pas un long fleuve tranquille pour les deux PDG, Philippe Burtin et Frank Haun.

 

1) KMW contraint de payer une soulte de 500 millions?

C'est LE point bloquant de l'opération. Si la valorisation des deux entreprises est toujours en cours et est attendue le 30 janvier, l'Agence des participations de l'Etat (APE) serait pourtant d'ores et déjà très tentée de demander aux 27 actionnaires familiaux de KMW (100 %) de verser une soulte de 500 millions afin de respecter le principe intangible de co-contrôle entre l'Etat français et de la famille Bode de la future holding, selon nos informations. Car Nexter, remis au carré par Luc Vigneron puis Philippe Burtin, vaudrait aujourd'hui 2 milliards d'euros, selon des critères d'évaluation très classiques (résultats des trois derniers exercices et prévisions pour les quatre prochains) tandis que la valorisation de Krauss-Maffei s'élèverait à 1,5 milliard d'euros.

Or, selon des sources concordantes, pour Frank Haun, il n'en est pas question. Le PDG de KMW se laisserait jusqu'au printemps pour trouver une issue à ce point bloquant, faute de quoi il changerait son fusil d'épaule. De son côté, Nexter aurait recruté à la hâte un spécialiste des fusions-acquisitions pour résoudre de tels problèmes. A suivre mais la précédente fusion franco-allemande entre Aerospatiale/Matra et DASA incite aussi à la plus grande prudence, les intérêts français ayant été largement galvaudés pour des raisons politiques. A l'APE, qui a d'autres dossiers plus importants à traiter (elle doit gérer notamment la cession de 5 à 10 milliards d'euros d'actifs en 2015), de trouver ou pas un compromis équitable.

 

2) Des produits qui restent concurrents

Juré, craché : les deux industriels choisiront le meilleur produit qui répond le mieux aux besoins du client à l'exportation, avait expliqué à plusieurs reprises Philippe Burtin. Or si ce dernier est prêt à jouer le jeu, notamment dans les chars lourds en laissant le champ libre au Leopard, Frank Haun n'est pas prêt à renoncer à proposer sur les marchés export le Boxer, concurrent du VBCI, dans les blindés à huit roues (30 tonnes), pourtant plus cher.

Le concept du Boxer qui est révolutionnaire - plusieurs types de cabine blindée interchangeable peuvent être montés très rapidement sur une plateforme unique -, n'a pourtant pas convaincu, y compris jusqu'à l'armée allemande, qui a commandé le même nombre de cabines et de plateformes.

 

3) Y a-t-il un pilote dans l'avion?

"Il existe une volonté importante au niveau politique de réussir cette opération mais la France ne met pas les moyens et/ou ne fait pas l'effort pour atteindre cet objectif", assure-t-on à La Tribune. Avec toute la volonté du monde, Philippe Burtin n'a pas toutes les marges de manœuvre pour négocier avec KMW, notamment pour résoudre les problèmes liés aux opérations de valorisation. Frank Haun s'est plaint d'avoir perdu la relation privilégiée qu'il avait avec David Azéma, le prédécesseur de Régis Turrini, explique-t-on à La Tribune. Faut-il toutefois rappeler que ce dernier reste le garant des intérêts de l'État à travers la gestion du portefeuille des participations de l'APE.

 

4) Les syndicats dans le brouillard

Des deux côtés du Rhin, il existe une volonté de cacher la copie aux syndicats. Du coup, les organisations syndicales sont aujourd'hui à cran. Philippe Burtin a pourtant accepté une expertise indépendante cofinancé par Nexter. Or pour l'heure comme le souligne la CFDT Nexter, "rien n'arrive au cabinet d'expertise Syndex et encore moins aux élus". "La direction use de multiples raisons pour retarder le lancement" de cette expertise, regrette la CFDT. Côté allemand, des syndicats ont créé un site internet, qui fait l'inventaire des craintes des salariés... Et tout y passe.

Partager cet article
Repost0
18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 08:50
XP2 (Nexter) - IFV Puma (KMW)

XP2 (Nexter) - IFV Puma (KMW)


17.12.2014 par Pierre COCHEZ - LaCroix.com
 

Le ministre français de l’économie a jugé mardi 16 décembre que la position de fermeté de l’Allemagne en matière d’exportations d’armes pourrait poser un « problème » pour des projets franco-allemands.

 

Emmanuel Macron était auditionné sur son projet de loi pour la croissance et l’activité, dont une disposition permet de lancer le rapprochement entre les constructeurs de blindés français Nexter et allemand KMW.

Les accords Debré-Schmidt de 1971 et 1972 avaient posé le cadre des relations franco-allemandes en matière de ventes d’armes. Selon Paris, Berlin s’en éloigne. Anne-Marie Le Gloannec, politologue au Ceri Sciences-Po, explique pourquoi.

« L’Allemagne a traditionnellement des positions restrictives en matières de ventes d’armes. En même temps, le pays était, en 2010, le troisième exportateur mondial d’armement, derrière les États-Unis et la Russie et devant la France.

Depuis, la situation politique allemande a évolué. Les socialistes du SPD font partie de la coalition qui soutient la chancelière Angela Merkel. En août dernier, le ministre SPD de l’économie avait confirmé son intention de strictement encadrer les exportations d’armes, même au détriment de l’emploi. Sigmar Gabriel souhaitait que l’Allemagne cesse d’exporter vers les pays de la péninsule arabique, en particulier vers l’Arabie saoudite.

 

Les troupes allemandes se battent moins

L’opinion publique allemande est sur cette ligne. Sur le terrain de la politique intérieure, le SPD utilise ce débat pour se démarquer de son partenaire de la CDU. Il peut le faire d’autant plus facilement que le ministre de l’économie a un vrai pouvoir de décision. Récemment, l’Allemagne a ainsi bloqué la vente au Qatar d’armes françaises comprenant des composants allemands et la livraison d’hélicoptères du constructeur franco-allemand Airbus à l’Ouzbékistan.

La tension française en matière de défense a deux raisons. D’une part, la coopération militaire franco-allemande s’avère difficile du fait des règles d’engagements des soldats allemands, beaucoup plus restrictives que les règles françaises. En clair, les troupes allemandes se battent moins et sortent rarement de leurs casernes, comme par exemple en Afghanistan. Dans ces conditions, la brigade franco-allemande n’a jamais pu être utilisée.

D’autre part, les Français risquent de devoir rembourser les Russes pour la non-livraison du Sébastopol, le navire Mistral déjà réglé par Moscou. L’industrie d’armement française entend compenser cette perte par d’autres ventes. Les réticences allemandes arrivent à un mauvais moment. »

Partager cet article
Repost0
17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 13:55
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)


17.12.2014 LeFigaro.fr

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a jugé mardi que la position de fermeté de l'Allemagne en matière d'exportations d'armes pourrait poser un "problème" pour des projets franco-allemands, qu'il s'agisse des blindés Nexter ou du groupe EADS.

"Je suis parfaitement conscient des reticences du (ministre social-démocrate de l'Economie) Sigmar Gabriel sur le sujet des exports d'armement", a dit M. Macron devant des députés. Il était auditionné sur son projet de loi "pour la croissance et l'activité" , dont une disposition permet de lancer le rapprochement entre les constructeurs de blindés français Nexter et allemand KMW.

"Nous sommes en discussion au niveau politique et technique pour trouver des réponses à ce sujet", a-t-il poursuivi. "Si aujourd'hui les Allemands ne changent pas leur repli même en deçà des textes des accords Debré-Schmidt, nous aurions un problème non seulement pour ce rapprochement (entre les constructeurs de blindés français Nexter et allemand KMW) mais aussi pour certaines activités d'EADS", a-t-il assuré.

Les accords Debré-Schmidt de 1971 et 1972 avaient posé le cadre des relations franco-allemandes en matière de ventes d'armes. Selon Paris, Berlin s'en éloigne en adoptant désormais une politique plus restrictive de ventes d'armes.

Concernant le rapprochement Nexter-KMW, M. Macron a assuré: "On n'ira pas plus loin dans cette aventure si on n'a pas purgé ce sujet" franco-allemand.

En août dernier, M. Gabriel avait appelé l'industrie de la défense à se repositionner et se consolider, confirmant son intention de très strictement encadrer les exportations d'armes, même au détriment de l'emploi. Il souhaitait notamment que l'Allemagne cesse d'exporter vers les pays de la péninsule arabique, en particulier vers l'Arabie Saoudite, un gros client.

La loi allemande interdit les exportations d'armes vers les pays dits tiers, c'est-à-dire hors Union européenne, partenaires de l'Otan et pays assimilés, mais ouvre des possibilités d'exemptions au cas par cas.

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 07:55
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

11/12/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Dans le projet de loi pour la croissance et l'activité présenté mercredi par le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, un volet de ce texte facilite le rapprochement entre les deux groupes de défense terrestre Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann.

 

C'est relativement passé inaperçu... Pourtant c'est inscrit noir sur blanc dans le projet de loi pour la croissance et l'activité présenté en conseil des ministres ce mercredi par le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, qui a jeté dans la rue des milliers d'avocats, notaires ou huissiers de justice pour manifester contre le projet de libéraliser les conditions de leurs activités et de réviser à la baisse leurs tarifs.

Parmi les mesures souhaitées par Emmanuel Macron, ce projet comprend un volet relatif à la mobilisation du portefeuille de participations de l'état. Des dispositions vont permettre d'accompagner des projets industriels d'entreprises publiques. Et ce projet de loi "autorise en particulier le gouvernement à mettre en œuvre le projet de rapprochement entre l'entreprise publique française Nexter et l'entreprise allemande KMW (Krauss-Maffei Wegmann, ndlr)", a expliqué le ministère de l'Economie.

 

La création d'un leader européen

Annoncé le 1er juillet 2014, cette opération permettra "de créer un leader européen de l'armement terrestre, bénéficiant des compétences et savoir-faire complémentaires des deux entreprises et disposant d'une envergure suffisante pour assurer son développement, notamment à l'export", a précisé Bercy. Pour réaliser cette opération entre Nexter et KMW, l'Etat français devra passer par une loi de privatisation de Nexter. Avec ce texte présenté par Emmanuel Macron, c'est la première étape.

Si les fiançailles entre Nexter et KMW sont consommées, les deux sociétés vont créer vers le mois d'avril un leader européen avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 1,7 milliard d'euros (795 millions pour KMW et 787 millions pour Nexter en 2013). Devant Rheinmetall (1,5 milliard en 2013) mais derrière BAE Systems (3,5 milliards pour l'ensemble de ses activités y compris nord-américaines) et surtout le leader mondial, l'américain General Dynamics (6,1 milliards). "Nexter Systems et KMW, ensemble, seront plus forts, et deviendront même le premier acteur au niveau européen, le quatrième au niveau mondial", avait assuré en juillet dernier le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 17:50
D'ici à 2030, un char franco-allemand défilera sur les Champs-Elysées. - Leclerc (Nexter) - LEOPARD 2 A4 (KMW)

D'ici à 2030, un char franco-allemand défilera sur les Champs-Elysées. - Leclerc (Nexter) - LEOPARD 2 A4 (KMW)

 

24/10/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

L'opération de rapprochement entre Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann a, jusqu'à présent, surmonté toutes les péripéties et turbulences générées par les déclarations et décisions du ministre de l'Economie allemand Sigmar Gabriel.

 

En dépit des turbulences provoquées par le débat sur les exportations d'armes en Allemagne, le projet de rapprochement (Kant) entre les deux spécialistes de l'armement terrestre européens - Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) - avance sans trop d'anicroches. Liés par une clause d'exclusivité de neuf mois pouvant être prorogée en vue de conclure cette opération, les deux groupes ont entamé vendredi dernier le processus d'ouverture des comptes ("due diligence") pour déterminer la valeur des deux entreprises.

Une opération à l'issue de laquellle le paiement d'une soulte pourrait être demandé afin de respecter le principe intangible de co-contrôle entre l'Etat français et de la famille Bode de la future holding, qui doit être créée et baptisée provisoirement Newco. Un principe de co-contrôle (50-50) approuvé au début des discussions par les 27 actionnaires familiaux de KMW (100 %). Y compris l'action spécifique de l'Etat français sur des actifs stratégiques de Nexter (armes et munitions fabriquées en France).

"La présence de l'Etat français [via Giat-Industries, holding de Nexter, Ndlr] au capital de Newco est acceptée par l'actionnariat allemand, explique le Pdg de Nexter, Philippe Burtin. Il est un gage de la pérennité d'une vision industrielle à long terme". Dans ce cadre, les deux actionnaires se sont engagés à rester au minimum cinq ans dans le capital de la future société. La présence de l'Etat français est bien comprise comme cela par la famille Bode, elle aussi engagée sur le long terme.

 

Un char de combat franco-allemand?

"La vision [de ce que doit être le groupe, Ndlr] entre KMW et Nexter est très proche", assure le Pdg de Nexter. Il le faudra bien, un certain nombre de décisions étant prises à l'unanimité. Contrairement à Rheinmetall, munitionnaire et armurier, les deux entreprises veulent rester un systémier-intégrateur sur toute la gamme. "Nous allons constituer une gamme unique sur le marché et complémentaire en termes de marchés et de produits", se réjouit Philippe Burtin. En outre, les deux actionnaires seront liés par un pacte régissant la gouvernance.

Rapprochement ne signifie pas pour autant fusion. Car Nexter et KMW conserveront leurs autonomies juridiques et leurs sièges sociaux. En outre, les deux partenaires maintiendront en place au sein de KMW et de Nexter des organisations et des équipes de management. Enfin, les deux marques seront conservées. Au moins jusqu'au renouvellement du portefeuille produits. On parle déjà à l'horizon 2020-2025 d'un char de combat franco-allemand. "Il existe déjà des groupes de réflexions en commun aux deux pays", souligne Philippe Burtin. Et le PDG souhaite que Nexter entretienne des compétences dans ce domaine crucial, notamment la vétronique qui est un enjeu pour les véhicules militaires. Elle permet d'avoir à bord des véhicules une architecture centralisée des systèmes d'information et de contrôle nécessitant des calculateurs embarqués puissants et compacts.

 

Pourquoi pas un troisème acteur ?

Basée aux Pays-Bas, cette nouvelle société, qui détiendra 100 % de Nexter et de KMW, sera organisée avec un conseil de surveillance de sept personnes (deux représentants de l'Etat français, deux de la famille Bode-Wegmann et trois indépendants), dont le président sera choisi parmi les indépendants, et un directoire, composé au minimum par les deux PDG de Nexter et de KMW (Philippe Burtin et Frank Haun). Cette structure telle qu'elle a été souhaitée permet d'accueillir d'éventuels futurs partenaires. Et pourquoi pas les Italiens d'Oto Melara (groupe Finmeccanica), qui avaient été pourtant approchés par Nexter en 2010 quand son PDG faisait le tour d'Europe pour trouver un partenaire. "Les Italiens s'interrogent aujourd'hui sur cette occasion ratée", décrypte Philippe Burtin.

La nouvelle société sera plus particulèrement chargée de définir et élaborer les principes d'organisation du groupe, des objectifs des sociétés opérationnelles - Nexter et KMW - et de contrôler leur réalisation, du reporting vers les actionnaires, de définir la stratégie marché et la stratégie produits, du marketing et des ventes à l'international (y compris les salons), de coordonner la Recherche et Développement, la production, la politique d'achats... à des fins d'optimisation et enfin, d'assurer et de mettre en oeuvre les moyens financiers nécessaires à l'activité du groupe et de ses filiales.

 

Et Berlin ?

Après avoir été soumise ces dernières semaines à une forte pression en Allemagne, cette opération semble peu à peu être acceptée par certains hauts responsables allemands, notamment Sigmar Gabriel qui a joué un jeu trouble. Un ministre de l'Economie allemand qui également agacé toute l'industrie de défense allemande, notamment le patron d'Airbus group Tom Enders, en pratiquant une politique restrictive en matière d'exportation d'armements. Avec des impacts sur des livraisons en cours pour les industriels français ou franco-allemands, dont certains matériels restent bloqués par Berlin. Nexter n'est actuellement pas touché par ce type de décisions, explique-t-on dans le groupe.

Pour autant, assure-t-on, le climat est plutôt à l'apaisement actuellement entre Berlin et les industriels de l'armement. L'Allemagne est actuellement en train de débloquer "au cas par cas" certaines livraisons et approuve certaines commandes, y compris le contrat signé en janvier 2013 par KMW avec le Qatar portant sur la livraison de systèmes d'armes supplémentaires. "Les exportateurs allemands continuent de recevoir des autorisations", constate-t-on.

Ce qui est une bonne nouvelle pour le rapprochement entre Nexter et KMW, une opération quelque peu parasitée par les récentes déclarations de Sigmar Gabriel. D'autant que le partenaire historique de KMW, Rheinmetall était à l'affût pour évincer Nexter. Sauf qu'il veut le contrôle total de KMW, qui lui ne veut pas en entendre parler. Le dossier reste à suivre... tant les méandres de la politique allemande peuvent être toujours et encore surprenants.

Partager cet article
Repost0
28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 11:50
XP2 (Nexter) - IFV Puma (KMW)

XP2 (Nexter) - IFV Puma (KMW)

 

23 octobre 2014, Par Hassan Meddah – Usine Nouvelle

 

Malgré les restrictions en matière d’exportation d’armes imposées aux fabricants outre-Rhin, le spécialiste français des véhicules blindés Nexter réaffirme l’intérêt de son rapprochement avec l’allemand Krauss Maffei Wegmann. La constitution d’une force commerciale unique à l’international serait le premier chantier du nouvel ensemble. Un premier blindé pourrait voir le jour dans l’année qui suivra le rapprochement.

 

Le rapprochement de Nexter avec Krauss Maffei Wegmann (KMW), annoncé en juillet, peut-il souffrir de la nouvelle volonté allemande de mieux encadrer, voire limiter, les livraisons d’armes par ses champions industriels du secteur de la défense ? La question se pose depuis que le gouvernement d'outre-Rhin a empêché plusieurs contrats d’exportation d’aller à leur terme. Le missilier européen MBDA n’a pu livrer des missiles antichars vers un pays du Golf, Berlin refusant de donner l’autorisation pour la vente des postes de tirs fabriqués en Allemagne. Alors que sa filiale Helicopters pourrait voir son action entravée pour des ventes de machines en Ouzbekistan, le patron du groupe Airbus, Tom Enders, est monté au créneau pour dénoncer "les états d’âmes nationaux" de son pays dans ce domaine.

 

Le fabricant du char Leclerc espère que le gouvernement allemand trouvera une réponse politique et pragmatique. Les récentes autorisations délivrées à Krauss Maffei Wegmann pour la livraison de matériel militaire roulant au Qatar et le feu vert pour négocier un important contrat en Inde montrent que Berlin sait tenir compte des impératifs de cette industrie qui emploie des milliers de personnes dans le pays et occupe le troisième rang mondial en terme d’exportation d’armes. La direction de Nexter réaffirme le calendrier du rapprochement envisagé. "Nous nous sommes engagés à une période d’exclusivité de neuf mois pour étudier et négocier de façon à conclure l’opération début avril 2015", rappelle Philippe Burtin, le PDG.

 

Le troisième acteur en Europe

 

Le nouveau champion européen, baptisé provisoirement Newco, pèserait 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires et constituerait le troisième acteur présent en Europe derrière les divisions de défense terrestre du britannique BAE (3,6 milliards d’euros) et de l’Américain General Dynamics (6,1 milliards d'euros). Côté français, l’État actionnaire devrait apporter 100% des actions de Nexter Systems détenue à 100% par l’entité publique Giat Industries. La famille Wegmann, propriétaire à 100% de KMW, en ferait autant. En échange, chaque partie disposera ainsi de 50% du capital de la nouvelle entité. "Chaque groupe garde son autonomie industrielle, sa marque, son siège, ses usines...", rappelle Philippe Burtin.

 

La société holding donnera des objectifs aux sociétés opérationnelles, reportera aux actionnaires, définira les stratégies produits et industrielle et sera en charge du marketing vers l’export. "Les marchés domestiques seront adressés par les équipes en place. A l'exportation, très rapidement après la création de la nouvelle entité, la volonté est de créer une équipe commune pour la commercialisation en amont. L’important c’est d’avoir une seule tête par rapport aux clients et d’éviter les redondances et les répétitions", souligne le dirigeant.

 

Le pacte d’actionnaires stipule que les deux sociétés s’engagent à conserver leur participation durant cinq ans et que toute décision d’évolution doit être prise d’un commun accord. "S’il y a des discussions pour des cessions d’actifs stratégiques dans le domaine des armes et des munitions en France, l’État français a son mot à dire", précise-t-on du côté Français.

 

Concernant la gamme des produits, tous les véhicules blindés seront conservés au portefeuille quitte à en faire évoluer certains, comme l’Aravis de Nexter, en véhicule ultra blindé, pour mieux le démarquer du Dingo de KMW. Dans le domaine des chars lourds de bataille, Nexter ne capitule pas malgré le succès commercial du Leopard allemand, toujours en production face à son Leclerc qui ne bénéficie plus que d’un programme de rénovation à mi-vie. Pour une raison bien simple. "Nexter entend conserver sa compétence dans le domaine des chars lourds. Dans les années 2020-2025, il faudra sûrement un nouveau char franco-allemand. Pour cela, il faudra deux clients, les deux pays mais également deux industriels en capacité de faire", pronostique le dirigeant français.

Les deux fabricants veulent matérialiser rapidement leur union et lancer un nouveau véhicule blindé dès leur première année de vie commune. "Dans l’industrie, le vecteur de rapprochement, ce sont les produits. Notre vision, c’est d’avoir des nouveaux produits développés à 50/50 avec KMW", précise Philippe Burtin.

Partager cet article
Repost0
27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 11:50
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

27 octobre, 2014 Guillaume Belan (>FOB)

 

Le lieu est symbolique. C’est à l’Académie diplomatique internationale, que Philippe Burtin, PDG de Nexter, a détaillé à la presse le projet de rapprochement avec l’industriel du terrestre KMW (Krauss-Maffei Wegmann) la semaine dernière. Exactement là, où le 1er juillet dernier, il signait avec la famille Bode-Wegmann, actionnaire du groupe allemand le protocole d’accord Kant (KMW And Nexter Together), en présence de l’État, actionnaire de Nexter. L’occasion pour FOB de détailler ce projet, décliné en plusieurs thèmes. Le premier : le choix de KMW.

 

Le marché appelle à une restructuration

 

Les budgets défense en Europe s’effondrent (excepté à l’Est). « L’EBMR (soit le programme Scorpion, ndlr) est la seule grosse opération d’acquisition en Europe pour les 3 à 4 années à venir » constate le PDG de Nexter. « Le marché évolue » et bascule vers l’export, vers l’Asie notamment.

 

Mais surtout le marché est devenu hyper concurrentiel, spécialement avec les émergents. A titre d’illustration, sur le créneau des véhicules blindés de 7 à 12 tonnes, l’Europe affiche 15 types de véhicules (Sherpa, Bushmaster, Aravis, Eagle IV…) quand les émergents en présentent pas moins de 60 (Nimr, UVZ, Paramount…) !

 

Bref, il faut dorénavant une taille importante et des moyens commerciaux conséquents, pour que l’activité gagne l’export. Ce qui est le cas pour les deux géants qui sont présents en Europe mais d’origine américaine : BAe et General Dynamics. Hormis ces deux là, « le paysage est très fragmenté et surtout orienté sur la demande nationale ». Une situation qui n’est plus tenable sur le long terme.

 

Le choix de KMW

 

C’est pourquoi, prenant son bâton de pèlerin, le PDG de Nexter a commencé dès 2008, à faire le tour des industriels européens du terrestre pour discuter rapprochement. Avec pour feuille de route, la volonté de trouver un partenaire du terrestre qui soit intéressé par un co-contrôle. Comprendre : pas de prise de contrôle d’un industriel sur l’autre, mais un partage strictement égalitaire, 50/50. C’est cette condition qui a refoulé la plupart des partenaires industriels potentiels. Patria en 2010, Renault Trucks Defense (RTD) en 2011, Rheinmetall en 2009… « j’ai eu des discussions avec tous les acteurs » assure Philippe Burtin. Las, la plupart d’entre eux souhaitait mettre la main sur le français. Inacceptable pour Nexter. D’autres, comme en Italie, ne sont pas encore prêts pour de tels mouvements restructurations.

 

C’est là que KMW a sorti son épingle du jeu. Industriel du terrestre pesant le même poids que Nexter, avec une approche « systémier » intégrateur, proche de celle du groupe français, travaillant sur le même secteur mais avec une gamme complémentaire, tout de suite, le courant est passé entre les deux groupes. « Dès 2010, nous avons partagé la même vision sur le marché et le besoin d’un resserrement européen », tandis que l’aspect de l’État actionnaire, qui aurait fait fuir nombre de partenaire potentiels, n’est pas du tout apparu comme un problème. Les deux entreprises ont des profils proches: actionnaires sur le long terme, en bonne santé, et investissent sur l’avenir…

 

A suivre…

Partager cet article
Repost0
22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 10:50
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

21/10 Thibaut Madelin / Correspondant à Berlin – LesEchos.fr

 

Le projet bute sur la question des technologies clefs que l’Allemagne veut maîtriser.

 

Le projet Kant de fusion de Nexter avec son concurrent allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) menace d’être pollué par des discussions politiques outre-Rhin. L’enjeu tourne autour de cette nouvelle question : quels équipements militaires sont stratégiques et doivent donc être produits par l’industrie allemande sur le territoire national ? Avec, en toile de fond, des rivalités entre ministres concernés.

 

La réflexion sur les technologies clefs fait suite aux positions du ministre de l’Economie, Sigmar Gabriel, favorable à une politique plus restrictive en matière d’exportation d’armements. Ne serait-ce qu’en termes de calendrier, le processus peut court-circuiter le projet Kant, qui doit être validé par Berlin. « Nous n’avons pas encore de recommandation, car nous sommes au cœur d’un processus pour décider quelles technologies sont stratégiques pour nous, déclare aux “ Echos ”, Henning Otte, député et président du groupe de travail Défense de la fraction parlementaire chrétienne-démocrate (CDU-CSU). La discussion durera aussi longtemps qu’il faudra. » Au bas mot, plusieurs mois…

 

Sur le papier, pourtant, les premières prises de position de la ministre de la Défense semblent favorables au projet. A la surprise de ses troupes, Ursula von der Leyen a en effet exclu de la liste de technologies stratégiques les sous-marins et les blindés, justement fabriqués par KMW. Cette position personnelle doit cependant être complétée par celle d’autres ministères, dont l’Economie, qui n’a pas intérêt à exclure telle ou telle technologie, ne serait-ce que pour des raisons économiques et d’emplois.

 

D’autre part, il est possible que la discussion se transforme en combat larvé entre Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate (SPD) et candidat naturel à la chancellerie en 2017, et Ursula von der Leyen, qui pourrait prendre la place d’Angela Merkel et concourir pour la CDU…

 

Politique d’exportation allemande restrictive

 

Cette guerre de positions n’arrangera pas les affaires de Nexter, dont le projet de rapprochement avec KMW suscite un accueil circonspect depuis le début à Berlin. Le ministère de l’Economie a fait savoir à Paris que l’opération, si elle aboutit, ne changera rien à sa politique restrictive. Pour preuve, le blocage de plusieurs contrats d’hélicoptères ou de missiles, alors que la réussite de Kant est liée à la liberté des deux groupes à exporter !

 

Pour établir une concurrence loyale entre européens, Sigmar Gabriel espère convaincre ses partenaires d’adopter les standards allemands d’exportations, censés être particulièrement restrictifs . « Il n’est pas possible que la France attire peu à peu toutes nos entreprises, car il est plus facile d’exporter en France », prévient Henning Otte.

 

Ce dernier craint par ailleurs que KMW, société familiale privée, ne se retrouve dominée par Nexter, contrôlé par l’Etat français. Il en veut pour preuve Airbus. « Nous constatons que le siège social est à Toulouse, avance Henning Otte. Il faut parler avec la France d’un partage des compétences équilibré. La coopération doit être bénéfique aux deux parties et ne pas signifier qu’il y a une concurrence entre les partenaires. »

Partager cet article
Repost0
30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 17:50
Armement : Krauss-Maffei Wegmann se met au français

Défense Un ancien de la direction générale de l'armement rejoint le constructeur du char Leopard (Krauss-Maffei Wegmann)

 

30/09/2014 Michel Cabirol - LaTribune.fr

 

Un ancien haut responsable de la DGA, Christophe Burg, rejoint le groupe Krauss-Maffei Wegmann (KMW) en tant que conseiller du PDG Frank Haun. Il devra œuvrer à la réussite du rapprochement entre KMW et le groupe public Nexter.

 

L'arrivée de Christophe Burg, un ancien haut responsable de la Délégation générale de l'armement (DGA), en tant que conseiller du PDG de Krauss-Maffei Wegmann (KMW), Frank Haun, est une très bonne nouvelle pour le rapprochement entre les deux spécialistes d'armements terrestres, Nexter et le groupe allemand KMW. La mission de cet ancien chef du service des affaires industrielles et de l'intelligence économique de la DGA jusqu'en 2012, qui a obtenu le feu vert de la commission de déontologie, est de faire en sorte que cette opération réussisse en dépit d'un climat peu propice actuellement en Allemagne.

Révélée par la "Lettre A", cette arrivée permettra également à KMW de mieux appréhender toutes les spécificités françaises et donc éviter ou aplanir d'éventuels malentendus que peut générer une telle opération. Basé au siège social à Munich, cet "ambassadeur" de KMW pour la France, qui était depuis septembre 2012 chargé de mission stratégie à la DGA, s'occupera des relations entre le groupe allemand et la sphère publique, dont notamment la DGA, l'Agence des participations de l'Etat (APE) et les cabinets ministériels. Christophe Burg a également une bonne expérience de l'entreprise après avoir été administrateur chez Safran, le groupe naval DCNS, Giat Industries (Nexter), SNPE et Sogépa, holding actionnaire du groupe Airbus.

 

Une expérience de la coopération européenne

Christophe Burg a enfin une bonne expérience de la coopération à l'international. Entre 2004-2006, il a été sous-directeur de la coopération et du développement européen de la DGA, en charge plus précisément de l'orientation des relations de coopération d'armement avec les principaux pays européens et nord-américains, et de la coopération institutionnelle OTAN et UE. Au début de sa carrière, il avait été nommé attaché d'armement à l'ambassade de France à Londres (1996-1999).

Plus récemment, il faisait partie du groupe de haut niveau franco-britannique, qui a été créé pour superviser et soutenir la coopération en matière de défense et de sécurité que la France et le Royaume Uni développent dans le cadre des traités de Lancaster House. Enfin, il pilotait le groupe de travail franco-italien sur l'industrie de défense mis en place suite au sommet de Lyon le 3 décembre 2012.

Partager cet article
Repost0
16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 14:50
Armement : entre consolidation franco-allemande et nationalismes

Armement -  Le rapprochement en cours entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann (KMW) dans l'armement terrestre va-t-il aboutir ?

 

16/09/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

La France et l'Allemagne ont une chance historique de rapprocher de façon équitable leur industrie de la défense. Pour gagner ce pari, il faudra surmonter les nationalismes.

 

Entre la France et l'Allemagne, il existe actuellement et indéniablement une fenêtre de tir pour une consolidation industrielle dans le secteur de la défense. Le rapprochement en cours entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann (KMW) dans l'armement terrestre, puis les ventes des groupes navals allemands Atlas Elektronic, voire ThyssenKrupp Marine Systems, accréditent cette tendance. D'autant plus que ce processus est encouragé officiellement par Berlin.

Mais ce processus ira-t-il à son terme en surmontant notamment les nationalismes des deux pays dans un domaine qui touche la souveraineté nationale ? Pas sûr même si le ministre allemand de l'Economie, Sigmar Gabriel, a appelé mi-août le secteur à "faire ce qu'il aurait dû faire depuis 15 ans", à savoir se consolider et renforcer son intégration européenne.

 

Danger sur le rapprochement Nexter et KMW ?

Les signaux restent contradictoires en Allemagne. Selon la presse allemande, Sigmar Gabriel préférerait voir le groupe d'armement terrestre Krauss-Maffei Wegmann (KMW) se rapprocher de son rival et partenaire allemand Rheinmetall plutôt qu'avec le groupe français Nexter. Et le ministre exerce déjà une forte pression sur KMW en lui annulant des contrats signés vers des pays qu'il considère à risques. Il souhaiterait que l'Allemagne cesse d'exporter vers les pays de la péninsule arabique, en particulier l'Arabie Saoudite, un gros client de l'industrie allemande, et le Qatar.

Déjà, une vente de 200 Leopard A7 en Arabie Saoudite a été bloquée par Berlin. La famille Bode-Wegmann, actionnaire privé de KMW et qui a voté à l'unanimité en faveur de cette opération, pourrait être contrainte de suspendre le rapprochement si Sigmar Gabriel, qui a entre ses mains un puissant levier pour faire capoter cette opération, s'obstinait à mettre des bâtons dans les roues de KMW à l'export. Car cela dégraderait la valeur du groupe. Pas sûr donc que la famille veuille brader in fine ses intérêts.

Cette politique restrictive en matière d'exportation touche également certains programmes franco-allemands, comme le missile Milan de MBDA, qui peine à livrer depuis le début de l'année un pays du Golfe en raison des hésitations allemandes. Le président exécutif d'Airbus Group, Thomas Enders, qui a réussi à limiter l'influence des Etats français et allemand dans le groupe, a jugé que les restrictions à l'exportation pèseraient sur l'emploi en Allemagne. Et a estimé que cette politique pourrait freiner le développement secteur en Europe. "Alors qu'on parle sans cesse de davantage de coopération et de consolidation du secteur de la défense en Europe, on s'attaque à des décennies de coopération franco-allemande", a-t-il regretté.

 

Atlas Elektronik et ThyssenKrupp Marine Systems en vente

Airbus Group envisage de vendre sa participation de 49 % dans le spécialiste allemand des systèmes électroniques de sécurité et de défense maritime Atlas Elektronik dans le cadre de la réorganisation de ses activités. Faut-il rappeler qu'Airbus Group (alors EADS) et ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) avaient racheté Atlas Elektronik à BAE Systems en 2005, l'emportant alors sur Thales... qui n'avait à l'époque aucune chance de gagner. Toute la classe politique allemande était alors vent debout contre le projet "Sancerre" (nom de code de l'opération chez Thales)... qui est pourtant un excellent vin de la vallée de la Loire.

A priori, Thales n'ira pas batailler pour acquérir les 49 % d'Atlas Elektronik cédés par Airbus Group, explique-t-on en interne à La Tribune. Pas cette fois-ci en tout cas surtout pour ne pas avoir la majorité. Pourtant une opération globale ferait sens. Si Thales mettait la main sur Atlas Elektronik, qui produit des sonars, des capteurs, des armes marines ainsi que des systèmes de commandement et de contrôle des armes, le groupe d'électronique pourrait devenir un des leaders mondiaux de ce marché avec un chiffre d'affaires d'environ 1 milliards d'euros.

Contrairement à Thales, TKMS a bien plus de chance de s'offrir cette participation, le constructeur des sous-marins détenant un droit de préemption sur une cession d'Airbus. TKMS, qui vient de boucler la cession de sa filiale suédoise TKMS AB (ex-Kockhums) reprise par Saab sur fonds de divergence avec l'Etat suédois, pourrait ensuite revendre 100 % d'Atlas Elektronik. Rheinmetall semble également intéressé par Atlas Elektronik, selon la presse allemande.

 

DCNS lorgne TKMS

Insatiable, Rheinmetall examinerait également un possible rachat des activités de construction de sous-marins (HDW) notamment de TKMS (1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires). Rheinmetall et ThyssenKrupp ont déjà conduit des "discussions exploratoires", selon le quotidien Handelsblatt. Le conglomérat de Düsseldorf a pourtant cédé ses derniers actifs maritimes il y a une dizaine d'années mais on lui prête l'ambition de vouloir constituer un nouveau géant national de l'armement. Outre Rheinmetall, ThyssenKrupp a contacté plusieurs acheteurs potentiels, dont le groupe naval français DCNS, selon Reuters.

DCNS, qui livre une compétition féroce face à TKMS, regarde effectivement avec beaucoup d'attention une éventuelle cession de la filiale navale du sidérurgiste. D'autant que son PDG Hervé Guillou (ex-Cassidian, ancienne filiale d'Airbus Group) connait bien l'Allemagne ainsi que le patron de TKMS, Hans Christoph Atzpodien, qu'il a côtoyé quand il était au conseil d'administration du groupe naval. C'est même lui qui a apporté la pépite française Sofrelog aux Allemands, qui ont créé Signalis, leader mondial des solutions de sécurité et de sûreté maritimes. Fera-t-il payer cette créance ? Les pressions politiques pour que le groupe naval reste allemand ne sont toutefois pas de nature à encourager les candidats. "DCNS ne fera une offre que dans la mesure où elle passe pour acceptable", a expliqué à Reuters une source française au fait de la situation. A suivre...

Depuis son arrivée aux manettes du fabricant des célèbres canons "Grosses Bertha", le patron du groupe sidérurgique ThyssenKrupp, Heinrich Hiesinger, a soumis l'entreprise à une cure drastique à coups de cessions et de remaniements. Une stratégie qui commence à porter ses fruits. Le conglomérat industriel allemand pourrait être rentable cette année pour la première fois depuis trois ans, après un bon troisième trimestre.

 

Beaucoup de projets, peu de réussite

A l'exception d'EADS, devenu depuis Airbus Group, qui est un cas à part - en fait un cadeau en 1999 de la France à l'Allemagne, qui pouvait difficilement refusé - et qui reste aujourd'hui encore une "success story", la plupart des projets franco-allemands ont échoué dans le domaine de l'armement en raison des nationalismes des deux côtés du Rhin. C'est le cas de Thales avec Atlas, de MBDA avec le missilier BGT (groupe Diehl), des projets jusqu'ici d'un EADS naval... Sans oublier, les veto de Berlin concernant l'acquisition de Thales par EADS en 2004 puis 2006.

Récemment l'échec des négociations sur la fusion de BAE Systems et EADS a également mis en exergue les différences entre l'Allemagne et la France sur leur stratégie pour leur industrie de défense. Des relations compliquées qui ont finalement permis un rapprochement franco-britannique dans le cadre des accords de Lancaster House.

Partager cet article
Repost0
15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 10:50
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

14/09 Jean-Philippe Lacour / Correspondant à Francfort et Thibaut Madelin / Correspondant à Berlin  - lesEchos.fr

 

L’allemand Rheinmetall ­étudie des rapprochements alors que le français Nexter et l’allemand KMW veulent s’unir.

 

Le ministre allemand de l’Economie, Sigmar Gabriel, sème la pagaille dans la coopération entre les industries de défense française et allemande. En cherchant à restreindre les autorisations d’exportation d’armes aux pays non membres de l’UE et de l’Otan, il met à mal plusieurs projets en cours. Au grand dam de Tom Enders, patron d’Airbus et victime collatérale de cette politique. Mais le ministre souhaite aussi qu’une « discussion intensive [soit menée] sur la consolidation nationale » de l’industrie allemande de la défense alors même que le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) mènent un projet de fusion visant à créer un Airbus de l’armement terrestre.

 

Profitant de ces réticences, un troisième acteur s’est mis en embuscade, l’allemand Rheinmetall. Selon le « Handelsblatt », le groupe de Düsseldorf étudie plusieurs opérations de rapprochement. Des discussions préliminaires auraient lieu entre Rheinmetall et la division marine du sidérurgiste ThyssenKrupp. Une activité de 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires. ThyssenKrupp aurait contacté plusieurs acheteurs potentiels pour sa filiale de sous-marins, dont le français DCNS, selon Reuters. Autre cible étudiée par Rheinmetall, Atlas Elektronik, une coentreprise de ThyssenKrupp et de la branche défense d’Airbus, fournisseur dans la marine, et Optronics, une filiale d’Airbus produisant des systèmes de laser. Tom Enders songe à se débarrasser de ces activités. Une annonce pourrait même intervenir d’ici à la fin du mois selon Reuters. Interrogées, les sociétés n’ont pas souhaité faire de commentaire.

 

Embarras

 

Si les pourparlers entre Nexter et KMW progressent, les oukases du ministre allemand pourraient amputer la valorisation du groupe de Munich, en bloquant des contrats à l’export. Cela gênerait la mise en œuvre d’une fusion entre égaux, indique la FAZ, qui cite l’entourage du ministère de la Défense à Paris. Frank Haun, le patron de KMW, a rencontré Sigmar Gabriel vendredi. Rien n’a filtré de l’entretien et on affirme à Berlin que les entreprises sont libres de leurs décisions.

 

D’un point de vue juridique, Berlin devrait donner son feu vert à une fusion entre KMW et Nexter. Mais, sur un plan purement politique, un rapprochement entre KMW et Rheinmetall, déjà partenaires sur le char Leopard, aurait les faveurs de la classe politique allemande.

Partager cet article
Repost0
11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 13:50
Armement : quand Berlin trahit l'esprit de la coopération franco-allemande

Défense L'exécution d'un contrat portant sur la livraison de missiles Milan ER de MBDA est bloqué par l'Allemagne (Crédits : MBDA)

 

11/09/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Berlin bloque l'exécution d'un contrat pourtant déjà signé par MBDA vers un pays du Moyen-Orient et la finalisation d'un contrat de Renault Trucks Défense vers un pays du Proche Orient. Le rapprochement entre Nexter et Krauss-Maffei dans l'armement terrestre pourrait être menacé.

 

Qui se souvenait de l'accord Debré-Schmidt, signé les 7 décembre 1971 et 7 février 1972 par les ministres de la Défense d'alors, Helmut Schmidt et Michel Debré ? Un petit cercle d'initiés peut-être. Ce n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui. Car l'Allemagne semble depuis le début de l'année remettre en cause les principes de cet accord qui définit les relations entre la France et l'Allemagne s'agissant des exportations dans le domaine de l'armement.

Que dit cet accord ? L'article 2 stipule qu'"aucun des deux gouvernements n'empêchera l'autre gouvernement d'exporter ou de laisser exporter dans des pays tiers des matériels d'armement issus de développement ou de production menés en coopération". Pour chaque matériel, une partie des composants provient d'un pays, et une autre partie de l'autre. Sur ce point le deuxième alinéa de l'article 2 poursuit : "chacun des deux gouvernements s'engage à délivrer sans retard et selon les procédures prévues par les lois nationales les autorisations d'exportation nécessaires pour la fourniture de ces composants au pays exportateur".

 

Des refus possibles

Des refus sont possibles. Ils doivent cependant rester exceptionnels. C'est le sens de l'alinéa 3 de l'article 2 : "il ne pourra être fait usage qu'exceptionnellement de la possibilité de refuser l'autorisation d'exporter les composants d'un projet commun". Dans ce cas, aux termes de l'article 4, "l'industriel du pays exportateur serait autorisé à rechercher, pour une partie ou pour l'ensemble des fournitures considérées, le concours d'autres sous-traitants".

A la connaissance de La Tribune, l'Allemagne, qui a une politique de plus en plus restrictive en matière d'exportation sous l'impulsion du ministre de l'Economie allemand SPD Sigmar Gabriel, bloque aujourd'hui un contrat de MBDA en cours d'exécution et la finalisation d'une commande de Renault Trucks Defense (RTD). Selon nos informations, le missilier serait actuellement empêché par l'Allemagne de livrer depuis le début de l'année des missiles antichars Milan ER (un programme en coopération) vers un pays du Golfe. Berlin bloquerait les postes de tir fabriqués en Allemagne.

 

Renault Trucks Defense également bloqué

Le groupe français Renault Trucks Défense, détenu par le suédois Volvo AB, est également bloqué dans la finalisation d'un contrat avec un pays du Proche Orient pour une commande de VAB Mark3. Un contrat qui serait la première référence à l'export de ce matériel. Comme le stipule l'article 4 de l'accord Debré-Schmidt, il pourrait être amené à rechercher, le concours d'autres sous-traitants que des sociétés allemandes.

En 2012, Berlin avait déjà refusé, comme l'avait révélé Les Echos, à Mercedes le droit de vendre des châssis à Nexter et à Lohr. Les contrats avaient été signés avec la Garde nationale saoudienne et portaient sur la vente de près de 350 blindés : 264 Aravis fabriqués par Nexter, auxquels s'ajoutent 15 ambulances et 68 véhicules MPCV à roues de défense antiaérienne de Lohr, destinés à recevoir une tourelle Mistral de MBDA.

 

Cette politique met-elle en danger l'opération Nexter/Krauss Maffei

Le rapprochement entre Nexter et le groupe allemand Krauss-Maffei Wegman (KMW) pourrait-il être menacé ? D'autant que l'une des raisons majeures de ce rapprochement,  côté français, est les nombreux succès à l'exportation de KMW notamment des chars Leopard. Non, estime-t-on au ministère de la Défense français, interrogé par La Tribune. Les deux dossiers ne sont pas liés, estime-t-on au ministère. Et de faire remarquer que cette politique restrictive favorise même Nexter lors du processus de valorisations des deux sociétés.

Pour autant, la famille Bode-Wegmann, actionnaire privé de KMW et qui a voté à l'unanimité en faveur de cette opération, pourrait être contrainte de suspendre cette opération si Sigmar Gabriel continuait à empêcher d'exporter KMW. Ce qui dégraderait la valeur de la société. Pas sûr que la famille veuille brader ses intérêts. D'autant que Sigmar Gabriel favorable à un rapprochement entre KMW et Rheinmetall pourrait utiliser ce levier pour tordre le bras à la famille... A suivre.

 

Berlin a annulé des contrats

Déjà certaines ventes à l'exportation de Krauss-Maffei Wegmann, notamment celle au Qatar (62 Leopard + 24 PzH 2000 pour 1,9 milliard d'euros), sont en grand danger. Elles sont suspendues par le nouveau ministre de l'Economie allemand qui se montre très réticent sur ces ventes. Déjà, une vente de 200 Leopard A7 en Arabie Saoudite a été bloquée par Berlin. Dans le magazine allemand "Stern", il avait notamment déclaré en début d'année que l'Allemagne allait renforcer le contrôle des exportations d'armes.

"Je suis d'accord avec Helmut Schmidt : c'est une honte que l'Allemagne soit parmi les plus importants exportateurs d'armes du monde, avait-il alors expliqué. En particulier, les armes légères deviennent simplement les armes de la guerre civile. Alors les choses doivent changer. C'est pourquoi, je suis en faveur d'une politique restrictive en ce qui concerne les exportations d'armes".

"Si les armes sont livrées dans les mauvaises régions, cela peut s'avérer un commerce meurtrier", avait estimé Sigmar Gabriel, tout en comprenant l'argument qui dit qu'un cadre plus strict pour les exportations d'armes pourrait coûter des emplois. "Pas d'armes dans les pays où une guerre civile est financée. Par ailleurs, nul ne devrait vendre d'armes à des régimes iniques", avait-il rappelé. Si elles étaient confirmée par le ministre, ces mesures risqueraient d'amoindrir la force de frappe de KMW à l'exportation.

 

Une ligne dure

Le ministre allemand de l'Economie a confirmé en août à l'issue d'une rencontre avec une vingtaine de représentants du personnel d'entreprises de la défense, son intention d'encadrer très strictement les exportations d'armes même au détriment de l'emploi. "Les considérations sur l'emploi ne doivent pas jouer un rôle déterminant" dans les décisions prises par le gouvernement, et spécifiquement par son ministère, d'autoriser ou d'interdire au cas par cas les exportations d'armes, a affirmé le ministre social-démocrate, lors d'un point de presse.

Sigmar Gabriel ne veut "pas de nouveau débat, pas de nouvelles directives, pas de tables rondes ou de clarification" sur ce sujet, mais simplement un respect à la lettre des dispositions en vigueur. Celles-ci, très restrictives, datent de 2000, mais son parti SPD accuse le gouvernement précédent d'Angela Merkel, dont il n'était pas membre, d'en avoir fait un usage trop laxiste. Il souhaiterait notamment que l'Allemagne cesse d'exporter vers les pays de la péninsule arabique, en particulier l'Arabie Saoudite, un gros client. La loi allemande interdit les exportations d'armes vers les pays dits tiers, c'est-à-dire hors Union européenne, partenaires de l'Otan et pays assimilés, mais ouvre des possibilités d'exemption au cas par cas.

 

5,8 milliards d'exportation en 2013

En 2013, le gouvernement précédent de Mme Merkel a autorisé 5,8 milliards d'euros d'exportations d'armement, dont 62 % dans des pays hors de l'Otan, notamment vers l'Algérie, le Qatar et l'Arabie-Saoudite. "Les perspectives (de l'industrie allemande de la défense) ne dépendent pas seulement de l'export, et certainement pas de l'export vers la péninsule arabique", a déclaré le ministre en réponse aux inquiétudes.

Pour compenser un éventuel manque à gagner, il a appelé le secteur à "faire ce qu'il aurait dû faire depuis 15 ans", à savoir se consolider et renforcer son intégration européenne, et se pencher plus avant sur les potentiels de conversion, c'est-à-dire de migration de sa production vers le domaine civil. La position de Sigmar Gabriel est loin de faire l'unanimité au sein de la coalition au pouvoir entre SPD et conservateurs de Mme Merkel.

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 11:50
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Le ministre allemand de l'économie préfère que KMW fusionne avec le leader allemand du secteur, Rheinmetall, avec qui il fabrique les chars Leopard et Puma, qu'avec le français Nexter. Mais les actionnaires KMW préfèrent s'associer à un Français qu'à leur concurrent allemand.

 

05.09.2014 Par Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant) Le Monde.fr

 

Si Sigmar Gabriel, le ministre de l'économie et président du parti social-démocrate (SPD) tient ses promesses, l'Allemagne devrait, dans les années à venir, exporter nettement moins d'armes. Elle pourrait aussi compter moins d'acteurs dans ce secteur.

Vendredi 5 septembre, à l'issue d'une première rencontre avec des responsables patronaux et syndicaux du secteur, le ministre de l'économie, à qui il revient d'accorder ou non les autorisations d'exportation de matériel militaire, a confirmé sa politique.

 

Suite de l'article

Partager cet article
Repost0
16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 07:56
Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

Leclerc-VBCI (Nexter- photo G. Belan) - LEOPARD 2 A5 (KMW)

 

11/07 Thibaut Madelin à Berlin et Denis Meynard à Saint-Etienne – LesEchos.fr

 

Les négociations de fusion avec Nexter sont exclusives pendant une période définie a déclaré Krauss-Maffei Wegman qui rejette ainsi la contre-offre de Rheinmetall.

 

Krauss-Maffei Wegmann (KMW) a renvoyé son partenaire et concurrent Rheinmetall dans les cordes. Le constructeur allemand de chars d’assaut a déclaré ce vendredi que tant qu’il discutait fusion avec le français Nexter il ne pouvait négocier avec personne d’autre. «  Dans l’accord (passé avec Nexter), les deux parties s’engagent à ne pas discuter fusion avec des tierces parties pendant une période définie », a déclaré vendredi à Reuters un porte-parole .

Selon « Handelsblatt », Rheinmetall prépare une offre sur KMW avec lequel il coopère sur plusieurs modèles dont le char Puma. « Des contacts ont eu lieu au plus haut niveau », rapporte le quotidien des affaires. Le groupe de Düsseldorf envisage deux options pour la famille actionnaire de KMW. La première prévoit que celle-ci devienne le premier actionnaire de Rheinmetall, avec 25 % à 30% du capital, en échange de l’apport de leur société. La deuxième envisage une fusion entre l’activité de défense de Rheinmetall et celle de KMW, dont les tailles sont comparables. Un rapprochement germano-allemand pourrait entraîner des synergies de 60 à 70 millions, selon le « Handelsblatt ».

Rheinmetall a refusé de commenter, mais la société n’a jamais caché son intérêt pour son rival. Des discussions ont échoué à plusieurs reprises dans le passé, se heurtant notamment aux réserves de la famille Wegmann.

 

Le précédent Atlas Electronik

Attendu, ce rebondissement rappelle l’épisode Atlas Electronik. Fin 2005, Thales avait voulu acheter à BAE Systems cet équipementier allemand. Le britannique a finalement choisi l’offre de ThyssenKrupp et d’EADS, inférieure mais soutenue par Berlin. Le gouvernement allemand peut bloquer la cession de plus de 25% d’une société de défense à des étrangers.

Depuis son annonce, l’industrie allemande est prudente sur le projet Nexter-KMW. « Si cette opération réussit, je suis prêt à offrir une bouteille de champagne car ce serait un pas juste vers la consolidation de l’industrie de défense européenne », déclare aux « Echos » Georg Wilhelm Adamowitsch, directeur général de la fédération de l’industrie de sécurité et de défense (BDSV).

En France, parmi les syndicats de Nexter, seule la CGT s’y oppose. « Nous sommes pour des coopérations européennes, mais contre une alliance capitalistique qui conduirait à une spécialisation par pays, avec l’abandon de l’activité blindé en France », explique Jean-Pierre Brat, délégué syndical central. La CGT souligne que l’Etat français a obtenu dans les négociations avec KMW de protéger l’artillerie et les munitions, mais pas les blindés.

 

CGT contre, CFDT, FO et CFE-CGC ouverts

Premier syndicat maison, la CFDT refuse tout dogmatisme « On a posé des questions, demandé des garanties industrielles et sociales, ainsi que la création d’un comité de suivi avec le ministère », explique André Golliard, représentant des salariés au conseil d’administration. Hervé Duverger (FO,), estime que les salariés pourraient être rassurés par des commandes. En France, la notification du programme Scorpion est bloquée du fait du contexte budgétaire.

Enfin, le « oui mais » de la CFE-CGC reflète « l’espoir placé dans cette alliance européenne et le désir de plus de transparence sur la stratégie de notre direction et sur le type de portage que veut opérer notre actionnaire actuel », selon Pascal Poyade, délégué à Roanne (Loire).

Thibaut Madelin (à Berlin) et Denis Meynard (à Saint-Etienne)
Partager cet article
Repost0
12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 16:50
Aude Fleurant : "Nexter comme KMW doivent avant tout répondre aux besoins de la France et de l'Allemagne"

La fusion annoncée, mais loin d'être réalisée, entre Nexter et KMW pose à ce stade plus de questions qu'elle n'apporte de réponses.


12.07.2014 par Jean Guisnel - Défense Ouverte / LePont.fr

 

La Canadienne Aude Fleurant est directrice du programme Transferts et productions d'armement à l'institut de recherche Sipri (Stockholm International Peace Research Institute), qui fait autorité sur le sujet. Il nous a paru utile de revenir avec elle sur le rapprochement des industriels de l'armement terrestre Nexter (France) et Krauss-Maffei Wegmann (Allemagne). Elle estime que cette initiative a été prise dans un contexte particulièrement difficile et qu'il convient d'abord d'attendre la réalisation effective de ce projet pour en tirer les premières conclusions. En complément à cet entretien, nos lecteurs se reporteront avec intérêt à l'étude qu'elle a publiée en avril dernier à l'Ifri, titrée Quelles perspectives pour l'industrie européenne des armements terrestres ? Ce document fort copieux et pertinent a été coécrit avec Yannick Quéau, du Grip (Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité)

 

Le Point.fr : On a coutume de décrire l'industrie européenne de l'armement terrestre comme "éclatée". Le rapprochement annoncé entre le fabricant français Nexter et son homologue allemand Krauss-Maffei Wegmann est-il un événement important ?

Aude Fleurant : Il est vrai que l'industrie européenne s'est souvent trouvée dans une logique de fragmentation. Si le rapprochement ou la fusion de Nexter et de KMW devait effectivement se produire dans l'avenir, alors on verrait s'il s'agit de la naissance d'une nouvelle entreprise transnationale. Je vous fais toutefois observer que le mouvement de rapprochement entre industriels européens est engagé depuis longtemps. BAe a repris les Suédois Hägglunds et Bofors. Volvo possède désormais les Français Renault Trucks Defense et Panhard, le munitionnaire norvégien Nammo a acheté des concurrents en Espagne et en Belgique. Quant aux Américains de General Dynamics, ils sont devenus des acteurs importants en Europe après avoir acquis les fabricants de blindés Steyr Daimler Puch en Autriche, Mowag en Suisse, Santa Barbara en Espagne et l'ex-CDC Systems au Royaume-Uni. Les véhicules de combat d'infanterie et les blindés légers européens Piranha, Eagle, Duro, Pandur, Ascod, etc., sont produits par une firme américaine...

 

L'armement terrestre est-il toujours d'une importance stratégique ?

La volonté pour un pays de maintenir sa compétence en matière d'armement terrestre reste symptomatique de son désir d'autonomie. C'est particulièrement vrai en matière d'artillerie. Mais quand le gouvernement français veut s'assurer une "golden share" dans le futur ensemble Nexter-KMW, c'est bien pour s'assurer que l'entreprise agira conformément à ses souhaits. S'agissant des véhicules blindés, j'observe que l'Europe du Nord et les Peco (pays d'Europe centrale et orientale) concentrent de nombreux achats en cours. À mes yeux, c'est l'illustration d'une crainte d'affrontements terrestres et territoriaux. En se rapprochant de Nexter, KMW réduit son problème de doublon avec Rheinmetall.

 

Les Français n'apportent-ils pas dans la corbeille de mariage le plus gros contrat européen à venir, avec le programme Scorpion ?

Même si Scorpion est un programme majeur apporté dans la cagnotte du rapprochement, il ne faudrait pas non plus négliger les importants succès affichés part KMW à l'export, ce qui est moins le cas de Nexter. Cela dit, la forme finale de l'union reste très floue et ce qui sera partagé en termes de R&D et de production n'a pas encore été rendu public. Des projets de rapprochement se discutaient depuis une dizaine d'années, cela va prendre encore du temps pour bien définir la stratégie industrielle de la nouvelle entité et le partage des tâches. Les discours officiels ont été à ce jour d'une grande prudence, pour ne pas inquiéter les syndicats des deux côtés du Rhin, ni les autorités du land de Bavière.

 

Les Français exportent leur artillerie, mais pas leurs blindés. Les marchés peuvent-ils absorber les véhicules de très haute technologie produits en France et en Allemagne ?

C'est un problème, et Nexter comme KMW doivent avant tout répondre aux besoins de la France et de l'Allemagne. À l'international, cependant, le contexte économique n'est pas facile. Il y a certainement des clients prêts à payer pour des équipements plus sophistiqués, mais leurs marchés attirent la convoitise de la plupart des grands fournisseurs mondiaux. Dans d'autres cas des pays comme l'Afrique du Sud et Israël proposent des systèmes performants et moins coûteux. De plus, aujourd'hui tout particulièrement, le marché est inondé de surplus américains à coût modérés. Les concurrents possibles peuvent par ailleurs parfois se trouver bloqués, comme la Turquie qui n'a pas de moteur pour son futur char de combat national Altay, produit par Otokar, puisque les Allemands refusent de le leur vendre.

 

Le chiffre d'affaires cumulé de Nexter et KMW est de moins de deux milliards d'euros, juste en dessous de Rheinmetall, mais très inférieur à celui de BAe Systems et General Dynamics dans l'armement terrestre. Pensez-vous que le mouvement de consolidation est terminé ?

Presque 2 milliards de CA n'est pas négligeable, et il ne faut pas perdre de vue qu'en matière d'armements terrestres et particulièrement de véhicules, BAe et GD font l'essentiel de leurs ventes en Amérique du Nord. Cela dit, le CA est peut être un peu juste pour réaliser une R&D sur fonds propres et procéder à des développements de produits destinés aux marchés internationaux. Cela pourrait ouvrir la voie, plus tard, à d'autres acquisitions de ce côté aussi. On peut également se demander ce que fera Rheinmetall. Le rapprochement KMW/Nexter risque de forcer le groupe, qui partage plusieurs projets avec KMW, à se repositionner. On sait depuis un moment que le leader allemand nourrit quelques ambitions pour l'Italien Iveco, par exemple.

Partager cet article
Repost0
11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 16:55
Le Drian sur tous les fronts

 

10 juillet 2014 Par Hassan Meddah - L'Usine Nouvelle n°3385-3386

 

Le chantier de la loi de programmation militaire derrière lui, le ministre de la Défense accélère sur le plan industriel. Et Jean-Yves Le Drian attaque sur tous les fronts : terrestre, spatial et maritime. Après dix années de négociations stériles, il a lancé le rapprochement entre les fabricants de blindés Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann.

 

Suite de l'article

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Categories