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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 19:47

C-17 Globemaster III deliver French troops to Mali

 

30/01/2013 Par Olivier Berger, grand reporter à La Voix du Nord. Défense globale

 

Le ministère de la Défense dévoile quelques chiffres logistiques depuis le début de l'opération Serval. Ces données sont communiquées par le centre multimodal des transports basé à Villacoublay qui planifie et conduit les acheminements stratégiques par terre, air ou mer.

 

Les armées françaises ont déjà acheminé autant de matériel au Mali et dans les pays environnants au soutien qu'elles en ont retiré d'Afghanistan ...

 

Depuis le début de l'opération Serval, plus de 10 000 tonnes de fret ont été transportées. L'équivalent du désengagement d'Afghanistan en 2012 (9 764 tonnes).

 

Plus de 50 VAM (voie aérienne militaire) ont convoyé le personnel militaire par les Airbus A310 et A340 de l'escadron de transport Estérel de la base de Creil.

 

Le ministère de la Défense compte également plus de cent affrètements aériens (Antonov et Ilyushin). Les rotations d'une douzaine de C17, prêtés par des partenaires internationaux (des Etats-Unis à la Belgique en passant par le Canada, le Royaume-Uni, les Emirats arabes unis...) pour transporter du matériel n'entrent pas dans ce chiffrage.

 

Plus de cinq cents militaires du second GTIA, 140 véhicules, 20 conteneurs et plus de 50 tonnes de munition ont vogué sur le BPC Dixmude pour rejoindre Dakar ce lundi 28 janvier.

 

En amont, les autorités n'oublient pas de citer la réactivité de la SNCF, au titre d'une convention OPEX (signée en juillet 2012). Plusieurs trains militaires spéciaux ont été affrétés en 48 heures au lieu des 45 jours habituels à destination de Toulon et de la Zone de regroupement et d'attente de Miramas.

 

Il y a dix jours, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a confié que le coût de la totalité du déploiement de l'opération Serval se montait à 30 millions d'euros, à prendre sur le budget OPEX.

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 13:12

Assemblée nationale française.svg

 

30 janvier 2013 comptes-publics.fr

 

Mercredi 30 janvier 2013, la commission de la défense de l’Assemblée nationale auditionne Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense à 14 heures. A 16h15, le ministre est auditionné par la commission des affaires étrangères (ouvert à la presse).

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 17:30

http://defense.blogs.lavoixdunord.fr/media/00/02/1325020930.JPG

 

25/01/2013 Par Olivier Berger, grand reporter à La Voix du Nord. Défense globale

 

« La dernière étape avant le Mali. » Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, s’est rendu ce vendredi 25 janvier à la ZRA (Zone de regroupement et d’attengte) de Miramas et à la Base aérienne 125 d’Istres dans les Bouches-du-Rhône pour s’assurer du bon déroulement du transfert des hommes et des matériels vers le Mali. Actuellement, à la ZRA de Miramas, 640 soldats sont en attente d’un départ (ici, une compagnie du 1er RIMA d'Angoulême). Ce qui portera dans les prochains jours, la force française à 3 150 soldats. A la hauteur de l’ancienne Task Force La Fayette en Kapisa et Surobi en Afghanistan. Pour un terrain grand comme deux fois et demi la France…

 

La ZRA, qui peut héberger et maintenir en condition jusqu’à 1 300 soldats, 600 véhicules et 300 conteneurs en attente, tourne à plein par les temps qui courent (plus de mille soldats actuellement, 640 sur le départ pour le Mali). Sa proximité de la base d’Istres (15 km), de l’aéroport de Marignane, des ports de Toulon et même de Fos-sur-Mer, en fait « un carrefour stratégique », comme le dit le colonel Santoni, le chef du 503e RT (train) de Nîmes, également responsable de la zone (un ancien du CFT à Lille).

 

Sur les parkings de Miramas, patientent un impressionnant assortiment de véhicules militaires : PVP (petit véhicule protégé), blindés ERC 90, camions du génie, anti-IED (engins explosifs improvisés), de transport, de dépannage, du service des essences, des VAB sanitaires, des antennes chirugicales avancées…

 

Outre des médecins et des infirmiers, croisés à Istres dans un C17 américain prêt au décollage, les prochains à partir seront les 195 « tringlots » du 511e RT d’Auxonne près de Dijon. « On ignore encore où nous serons déployés mais nous sommes prêts », glisse un maréchal des logis chef souriant. La logistique arrive. Une priorité pour le déploiement.

 

Patientent, parfois depuis neuf jours, un escadron du 1er RIMA (infanterie de marine avec VBL Milan, VAB canon de 20 mm) d'Angoulême, une compagnie du 31e RG (génie) de Castelsarrasin, une autre du 126e RI (infanterie) de Brive, le BPIA de Chalon-sur-Saône (base pétrolière interarmées) et le 68e RAA (artillerie d’Afrique) de La Valbonne.

 

Déployée à Tora en Surobi pour le désengagement d’Afghanistan pendant trois mois cet été, cette batterie de 80 hommes (les artilleurs de l’arrière et les appuis au feu de l’avant) et quatre Caesar (canons sur camion, qui patientent au port de Toulon) attend depuis une semaine son ordre de départ. Parmi elle, le première classe Samuel, de Douai, engagé depuis deux ans et servant pièces d’artillerie. « C’est long mais nous sommes sereins, comme d’habitude, plaisante un autre. On verra bien comment ça se passe là-bas. »

 

Pendant ce temps-là, à la base aérienne d’Istres, le rythme n’est pas au ralenti mais poussé au maximum. Les aviateurs qui gèrent les expéditions de matériels sont aux taquets. Ce vendredi matin, trois C17, américain (à gauche), canadien et émirati, chargent à bloc des véhicules et des hommes (ici à droite, des officiers médecins). « La montée en puissance », comme le dit Jean-Yves Le Drian.

 

OL. B.

 

http://defense.blogs.lavoixdunord.fr/media/00/02/2546726273.JPG

 

NB :  on ne pouvait terminer ce bref déplacement sans taquiner deux secondes le ministre de la Défense et le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Ract-Madoux, qui se félicitaient de l'apport du C17 américain, prêté gracieusement par le gouvernement américain. L'avion rempli, prêt au décollage, les mécaniciens américains ont commencé à démonter un capot moteur du transporteur... Comme quoi, il n'y a pas que chez nous que ça arrive. Et que ça n'arrivera même plus quand l'A400M sera là !

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 07:45

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/operations/mali/130123-operation-serval-point-de-situation-du-23-janvier-2013/operation-serval-point-de-situation-du-23-janvier-2013/2149014-1-fre-FR/operation-serval-point-de-situation-du-23-janvier-2013.jpg

Un C-17 de l’US Air Force à Bamako - photo EMA

 

24.01.2013 par Frédéric Lert (FOB)

 

Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, nous nous vimes trois mille, en arrivant au port. Si le Cid l’a fait, Jean-Yves Le Drian le peut aussi…

 

BPC Dixmude 23.01.2013 photo Marine Nationale

 

En attendant l’arrivée à bon port des matériels lourds apportés par le BPC Dixmude (qui a appareillé lundi dernier), la France engage à ce jour 2300 hommes dans l’opération Serval. 700 autres sont en attente du départ (et d’une visite ministérielle vendredi matin) sur la zone de regroupement et d’attente (ZRA) de Miramas, dans les Bouches du Rhône. Miramas est placée à proximité de la base aérienne d’Istres et à un peu moins de 130 km de Toulon.

 

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/operations/mali/130119-operation-serval-point-de-situation-du-19-janvier-2013/point-de-situation-du-19-janvier-2013-3/2142918-2-fre-FR/point-de-situation-du-19-janvier-2013-3.jpg

 

Hier soir également, 1500 soldats africains étaient engagés dans l’opération. Mais seulement un tiers d’entre eux sont effectivement présents au Mali. Les deux autres tiers, 500 Nigériens et autant de Tchadiens, sont pour l’instant cantonnés au Niger.

 

Pour ce qui concerne la France, une redistribution rapide des cartes aboutit à la situation suivante :

 

Un état-major opératif d’une centaine d’hommes, répartis entre Dakar et Bamako a été mis en place sous le commandement du général de Saint Quentin. Cet état-major est en liaison directe avec le CPCO de Paris qui gère directement la crise. Au niveau inférieur, un état-major tactique contrôlant le GTIA (Groupement Tactique Interarmes) déployé en sol malien est en cours de mise en place sous la houlette du général Barrera.

 

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/operations/mali/130123-operation-serval-point-de-situation-du-23-janvier-2013/operation-serval-point-de-situation-du-23-janvier-20134/2149029-2-fre-FR/operation-serval-point-de-situation-du-23-janvier-2013.jpg

 

Le GTIA est aujourd’hui organisé en trois sous GTIA. Deux, soit environ 400 hommes, sont directement engagés sur le terrain : le premier dans la région de Diabali et le second dans celle de Mopti. Chaque SGTIA rayonne autour de sa position pour contrôler les intervalles. Markala, verrou tenant les approches de Bamako, a été grandement allégé, les éléments français ainsi libérés étant partis renforcés les positions de Mopti et Diabali. Un élément français réduit reste à Markala, à présent épaulé par les Burkinabés.

 

Le troisième est stationné à Bamako, mais il est à présent rendu disponible par une compagnie du 3ème RIMa engagé qui le remplace dans le rôle  « force protection » : protection des moyens aériens (en liaison avec les commandos de l’Air), du PC et du bataillon logistique (dont une antenne chirurgicale) installés dans la capitale malienne.

 

Les SGTIA positionnés au nord (comme celui de Bamako !) n’ont rencontré jusqu’à présent aucune opposition.

 

C-17 canadien BA Istres point-de-situation-du-19-janvier-20

 

Pour ce qui concerne les opérations aériennes, l’état-major des armées annonce une soixantaine de rotations d’avions de transport stratégiques entre la France et le Mali depuis le début de l’opération. Les Antonov affrétés sont épaulés par des C-17 militaires en provenance des Etats-Unis (trois appareils) de Grande-Bretagne et du Canada (un avion chacun). L’Allemagne a fournit un Airbus A310 seulement apte au transport de passagers. Sur le terrain, le « brouettage » est assuré par les avions de l’armée de l’Air (C-130, C160 et Casa 235) complétés par deux C-130 belges, un danois et deux C-160 allemands.

 

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/operations/mali/130119-operation-serval-point-de-situation-du-19-janvier-2013/point-de-situation-du-19-janvier-2013-8/2142943-2-fre-FR/point-de-situation-du-19-janvier-2013-8.jpg

 

Sur le plan offensif, 35 sorties aériennes ont été réalisées au cours des dernières 48 heures. (un avion décollant pour un vol équivaut à une sortie). Huit de ces sorties ont donné lieu à six « frappes », c’est à dire au tir de six bombes.  Aucun tir d’hélicoptère n’a été enregistré ces deux derniers jours. Une vidéo présentée par l’état-major des armées  montrait toutefois un tir canon de 30mm sur des pick-up depuis un Tigre. Des tirs qui étaient donc antérieurs au lundi 21 janvier. Trois hélicoptères de combat Tigre sont actuellement engagés au Mali.

 

Exercice de mise en situation opérationnelle du Tigre - Cr

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 21:04

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3a/Niger_carte.gif

 

23/01/2013 à 20:23 Jean Guisnel Le Point.fr

 

Le commandement français des opérations spéciales va envoyer des commandos et du matériel pour protéger les sites miniers d'Areva au Niger. Du jamais-vu.

 

De manière très inattendue, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a donné son accord en début de semaine à une innovation majeure : dans un délai très rapide, la sécurité des principaux sites d'exploitation d'uranium de l'entreprise française Areva au Niger, à Imouraren, ainsi qu'à 80 kilomètres de là à Arlit, où cinq des actuels otages français du Sahel avaient été capturés par la katiba du chef radical islamiste Abou Zeid en septembre 2010.

 

Jusqu'à présent, les forces spéciales françaises ne participaient pas directement à la sécurité d'intérêts privés. Des fusiliers marins n'appartenant pas aux unités de commandos marine intégrées au commandement des opérations spéciales participent néanmoins à la sécurité de navires - notamment des thoniers - naviguant dans les zones infestées de pirates, dans l'océan Indien et dans le golfe de Guinée.

 

Facteurs de risque accrus

 

La décision d'accorder la protection des forces spéciales à Areva a été prise à la suite de la tentative de sauvetage ratée de l'otage de la DGSE Denis Allex en Somalie, mais aussi après la prise d'otages d'In Anemas en Algérie. Les autorités françaises sont persuadées que ces deux événements s'ajoutant au lancement de l'opération Serval au Mali ont considérablement accru les facteurs de risque sur les installations françaises, y compris industrielles et minières, dans la région.

 

L'extraction d'uranium au Niger est absolument stratégique pour Areva, aussi bien pour l'alimentation des centrales nucléaires françaises que pour la vente de cette précieuse matière à ses clients étrangers. Facteur aggravant, selon le gouvernement français et l'entreprise : elle doit accroître son personnel de façon considérable pour exploiter une nouvelle mine, ce qui fera passer ses effectifs de 25 personnes à plus de 300.

 

La victoire d'EPEE

 

Voici plusieurs mois que les principales entreprises françaises de sécurité privées, qui emploient essentiellement d'anciens militaires, lorgnaient sur le juteux contrat qu'Areva se préparait à passer. Il s'agissait, selon nos informations, de remplacer la société actuellement chargée de ce contrat de protection, EPEE, que dirige Jacques Hogard. L'appel d'offres aurait été passé par la direction générale du groupe, sans passer par la direction de la protection du général Jean-Michel Chéreau. Selon nos sources, Areva estimait que EPEE ne faisait plus l'affaire depuis l'enlèvement de ses employés à Arlit. Toutes les entreprises de la place attendaient l'ouverture des enveloppes de l'appel d'offres, auquel les sociétés Amarante, Eris, Géos, Opos, Risk & Co, Scutum Security First, entre autres, avaient répondu. Le marché visait à fournir, pour 4 millions d'euros par an, seize personnels de sécurité français expatriés, destinés à encadrer des équipes locales. Mais Jacques Hogard, le patron d'EPEE, faisait valoir d'autres arguments...

 

Confirmation de la Défense

 

Selon lui, la sécurité d'Areva sur place devait dépendre de son entreprise de sécurité EPEE, renforcée par des forces militaires nigériennes et des forces spéciales françaises. C'est la solution que le gouvernement de François Fillon avait refusée et que celui de Jean-Marc Ayrault vient d'accepter. Les forces spéciales françaises n'interviendront pas gratuitement, et Areva se verra présenter une facture, sans doute assez salée. Contactée le 23 janvier, EPEE n'a pas rappelé Le Point. Mais verra sans aucun doute son contrat renouvelé. Areva nous a dit "ne pas répondre aux questions relatives à sa sécurité". Une source au ministère de la Défense a confirmé l'envoi de forces spéciales au Niger pour sécuriser les sites d'Areva. Mais s'est refusée à toute autre précision.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:26

Opération Serval

 

17 janvier 2013 liberation.fr

 

L'intervention militaire française au Mali pèsera lourdement sur le budget des opérations extérieures des armées (Opex) et révèle déjà des insuffisances en matière de transports, un domaine pour lequel la France est contrainte de faire appel à ses alliés.

 

Combien ça coûte ? "Je ne peux pas l'évaluer encore. Tout cela sera public, évidemment" : une semaine après le début des opérations, Jean-Yves Le Drian, doit déjà répondre aux interrogations sur leur coût financier. D'autant que le ministre de la Défense a prévenu que l'engagement "sera long".

 

Concrètement, les crédits dédiés aux Opérations extérieures (Opex) pour 2013 s'élèvent à 630 millions d'euros. En baisse d'environ 90 millions par rapport à 2012, en raison du retrait français d'Afghanistan. Mais les économies escomptées du retrait afghan devraient être effacées par l'opération au Mali.

 

"C'est une opération qui durera au minimum une bonne partie de 2013, sinon toute l'année 2013. Ca ne tiendra pas dans le budget", estime Axel Poniatowski, ancien président UMP de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale.

 

En 2011, année des opérations en Libye, le coût des Opex avait atteint 1,2 milliard d'euros. Il s'agissait alors d'une opération aéronavale très différente de l'intervention au Mali, avec une campagne aérienne de huit mois et le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée.

 

"Ca n'aura pas d'incidence sur le budget de la défense", souligne pour sa part Jean-Louis Carrère, le président PS de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat.

 

Quand le budget Opex est dépassé, le gouvernement abonde habituellement les crédits, pour ne pas plomber le budget défense.

 

Drones en bout de course

 

Le coût des opérations au Mali dépendra en premier lieu de leur durée. Mais les premiers jours du conflit ont confirmé certaines insuffisances des armées, notamment en moyens de transport et de ravitaillement.

 

Paris a dû demander l'aide de ses partenaires pour acheminer du matériel. La Grande-Bretagne, le Danemark, la Belgique ou le Canada, ont accepté de fournir des avions de transport et les Etats-Unis devraient également participer.

 

Autres conséquences financières, les opérations extérieures précipitent l'usure du matériel, en particulier dans des zones éprouvantes comme le Sahel.

 

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Les Transall utilisés pour acheminer les troupes sont à bout de souffle et les deux drones Harfang de l'armée de l'air en bout de course après trois ans de service et 5.000 heures de vol en Afghanistan.

 

Hargfang pic12 source FB Armee de l Air

 

"Les militaires disent que les équipements français qui sont déployés permettent à peu près d'assurer une opération comme celle-ci, mais qu'on est vraiment très limite", souligne Axel Poniatowski.

 

Autant d'inquiétudes qui viendront alimenter le débat sur le nouveau Livre blanc de la défense, qui devra s'attacher à faire coller les nouvelles priorités stratégiques aux capacités budgétaires de la France.

 

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/operations/mali/120115-operation-serval-point-de-situation-du-15-janvier-2012/point-de-situation-du-15-janvier-2012-1/2137800-2-fre-FR/point-de-situation-du-15-janvier-2012-1.jpg

 

L'opération au Mali peut également servir de vitrine de la haute technologie française, notamment des avions Rafale, engagés dès les premiers jours. L'Inde, qui selon des sources proches des discussions pourrait en commander jusqu'à 189 à Dassault Aviation, avait annoncé son choix après que l'avion de combat français ait fait ses preuves lors de la guerre en Libye.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 00:18

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/espace-collaboratif/redaction-dicod/conf-de-presse/2137924-1-fre-FR/conf-de-presse.jpg

 

15/01/2013 Opérations

 

Le ministre de la Défense s'est exprimé au cours d'une conférence de presse le mardi 15 janvier 2013 sur la situation au Mali

 

Nous nous retrouvons donc pour faire le point sur la situation au Mali et l’intervention qui s’y déroule conformément au souhait qu’a exprimé le président de la République de faire régulièrement devant vous un point de situation.

 

La lutte que nous menons au Mali, avec le plein soutien de la communauté internationale, est une lutte implacable contre les groupes terroristes. Et je voudrais, à cet instant, en présence de l’amiral Guillaud, saluer la réactivité de nos forces armées qui ont lancé les premières attaques sur les positions des groupes terroristes au nord de Mopti moins de cinq heures après l’ordre donné par le président de la République vendredi dernier. Je vous rappelle que c’est lors de cette action courageuse qu’est mort le chef de bataillon Boiteux – désormais chef de bataillon – auquel nous venons de rendre l’hommage que la nation lui devait aux Invalides il y a quelques minutes.

 

Toutes les armées sont mobilisées dans un déploiement de moyens aériens et terrestres qui est toujours en cours. J’ai visité ce matin le commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes où j’ai pu constater les mobilisations de tous au service des valeurs de notre pays. Je voudrais d’abord vous rappeler les éléments et les évènements déclencheurs de la crise actuelle. D’abord, l’offensive terroriste de jeudi dernier. Depuis le début de la semaine dernière, le Mali fait face à une agression caractérisée, organisée et coordonnée – et c’était là une nouveauté – d’ANSAR EDDINE, des katibas d’AQMI et du MUJAO. Et je voudrais bien préciser ici que ces groupes terroristes et jihadistes doivent clairement être distingués des mouvements représentatifs du Nord-Mali et des populations de cette région dans toute leur diversité. Ni ces mouvements ni ces populations ne sont visés en aucun cas par l’action militaire que nous avons engagée. Je serais tenté de dire que c’est le contraire.

 

Je reviens à l’offensive terroriste de la semaine dernière. Des concentrations importantes de véhicules et de combattants à Léré, à Douentza, à Kona ont été repérées en début de semaine (plus de deux cents véhicules). Près de mille deux cents combattants et les principaux dirigeants, en particulier d’ANSAR EDDINE et d’AQMI, étaient sur place pour diriger les opérations. La manœuvre de ces groupes était claire : un double mouvement vers Mopti-Sévaré d’une part, vers Diabali et Ségou d’autre part, l’ensemble aboutissant à ouvrir la voie sur Bamako.

 

Dans ces circonstances, quel était l’état des forces maliennes ? Comme vous le savez, l’armée malienne était en mauvaise posture malgré ses actions courageuses de jeudi dernier à Kona. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle devait être consolidée. Et l’objectif des groupes terroristes était de détruire cette armée avant que la force internationale de soutien au Mali (la MISMA) et avant que la mission européenne (UTM MALI) ne puisse intervenir. Et l’installation des terroristes hier dans la ville de Diabali est venue confirmer nos analyses de la semaine dernière et la pertinence du choix du président de la République d’agir vite et fort.

 

Enfin, toujours dans cette première série d’observations sur les évènements déclenchants, nous avons eu un service de renseignement particulièrement pertinent puisque c’est lui qui nous a permis d’identifier l’accélération des groupes terroristes dans la logique que je viens d’évoquer et nous ne cessons de renforcer notre dispositif de renseignement. Il a basculé depuis une semaine dans une logique d’appui aux opérations de nos armées et nous nous coordonnons avec nos principaux partenaires pour renforcer encore davantage nos capacités de renseignement. Et vous avez vu les déclarations en ce sens de Leon Panetta avec qui je me suis entretenu déjà à plusieurs reprises.

 

Deuxièmement, deuxième point, quels étaient les objectifs des groupes terroristes jihadistes ? Les buts de l’agression caractérisée des groupes terroristes apparaissent clairement : étendre leur mainmise territoriale, déstabiliser l’équipe de transition politique à Bamako et empêcher la mise en œuvre de la stratégie internationale qui avait été entérinée, que ce soit par les Nations Unies, par l’Union africaine ou par l’Union européenne, et d’empêcher la mise en œuvre de ces traductions concrètes (UTM MALI et la MISMA).

 

Nous sommes ici face à un adversaire agile, déterminé, bien équipé, bien entraîné, apte à se dissimuler dans le relief et la végétation. La chute de Mopti aurait eu des conséquences graves en raison à la fois du symbole politique que cette ville de cent vingt mille habitants représente et du coup définitif alors que cette chute aurait porté aux armées maliennes. Nous l’avons empêché. Et nous aurions été… Si cette éventualité était allée jusqu’à son terme, nous étions en passe de ne plus pouvoir mobiliser les forces maliennes, ce qui aurait mis en cause toute stratégie et les bases qui permettaient le déroulement de cette stratégie, c’est-à-dire la transition politique à Bamako, les forces maliennes entraînées et formées par les Européens et le déploiement de la MISMA.

 

Concernant la réaction militaire française, je voudrais d’abord rappeler les objectifs et les missions que le président de la République a assignés à cette action et aux forces françaises. Il l’a redit aujourd’hui dans son déplacement aux Émirats arabes unis. Je rappelle que cette opération a trois objectifs principaux. Un, stopper l’offensive des terroristes et les empêcher de menacer l’État malien. C’est ce qui a été fait après la prise de Kona pour ce qui est de l’est et c’est ce qui est fait en ce moment par la mise en place d’un dispositif sur ce qu’on appelle le fuseau ouest conjointement avec l’armée malienne. Premier objectif.

 

Deuxième objectif, préserver et retrouver l’intégrité et la souveraineté du Mali. Et troisième objectif – mais ils sont tout à fait complémentaires, évidemment –, faciliter la mise en œuvre des décisions internationales, en accélérer le tempo aussi bien pour les forces africaines que pour les forces européennes. Voilà les objectifs. Et pour appliquer ces objectifs, nos forces ont quatre missions qui se conjuguent. Premièrement, aider les forces maliennes encore présentes à arrêter la progression des terroristes vers le sud soit par des forces, des frappes aériennes sur des cibles dites cibles d’opportunité par des avions et par des hélicoptères, soit par le déploiement d’éléments terrestres. Premièrement, aider les forces maliennes à arrêter la progression des terroristes vers le sud.

 

Deuxièmement, frapper, mais là, par des actions aériennes, dans la profondeur les bases arrière des groupes terroristes pour empêcher toute nouvelle offensive. Troisièmement, envoyer un signal fort à Bamako de notre soutien à la stabilité de la ville, à la permanence des institutions de transition et aussi à la sécurité de nos ressortissants et des ressortissants européens. Et enfin, quatrièmement, faire en sorte de préparer les conditions nécessaires à l’organisation et l’intervention des forces armées africaines de la MISMA autour de l’état-major nigérian et permettre l’accélération du déploiement de la mission dite UTM MALI capable de former et de renforcer l’armée malienne.

 

Par rapport à ces missions au cours de ces derniers jours, je vous rappelle que depuis samedi, nous avons intensifié nos frappes aériennes de jour comme de nuit sur les deux axes séparés par le fleuve Niger (fusion est, fuseau ouest), que depuis samedi, nous avons engagé, en particulier dimanche, des frappes dans la profondeur, d’abord, dans la région de Gao afin de déstructurer la capacité d’entraînement et de renforcement des jihadistes et en s’attaquant aux infrastructures logistiques, aux infrastructures de commandement et aux infrastructures d’entraînement.

 

Lundi enfin, la nuit dernière, et encore au moment où je vous parle, nous poursuivons les frappes aériennes en zone de contact à la fois sur le fuseau ouest et sur le fuseau est pendant que se poursuit le renforcement terrestre sur la capitale.

 

Alors, quel est maintenant l’état des lieux au 15 janvier ? Tout d’abord sur le terrain, sur le fuseau est – pour faire vite, Mopti mais fuseau est –, nous avons pu stopper l’offensive et les moyens des groupes terroristes qui se sont répartis entre Douentza et Gao. Et à cette heure, la ville de Kona n’a pas encore été reprise par les forces armées maliennes. Sur le fuseau ouest, les groupes terroristes jihadistes sont encore très présents. Ils se sont installés à Diabali hier d’où ils menacent le sud. Les forces maliennes sont sorties très éprouvées des combats récents. Notre présence les a renforcées et je vous rappelle que la Croix-Rouge International a annoncé hier plus de quatre-vingts blessés du côté des forces maliennes dans la région de Mopti. Elles se sont battues avec beaucoup de détermination mais elles sont relativement affaiblies.

 

Nous sommes en face d’un adversaire déterminé, bien équipé, qui n’a pas renoncé, mais nous lui avons porté des premiers coups durs par des frappes, y compris dans la profondeur. Aujourd’hui, la situation de nos forces est la suivante : nous avons mille sept cents militaires dans l’opération (l’opération Serval) dont, à cette heure, huit cents sur le territoire malien. Quelles sont les forces qui sont mises en œuvre ? Aux côtés des aéronefs Atlantique en charge de la recherche de renseignements et du guidage des moyens de frappe, douze chasseurs, cinq avions ravitailleurs sont actuellement engagés. Douze chasseurs, cinq avions ravitailleurs. Les chasseurs opèrent depuis le Tchad et depuis Bamako. Il y a cinq aéronefs de transport tactique (des C-130 et des C-160) qui effectuent des liaisons internes au théâtre depuis le Sénégal, le Tchad, la Côte-d’Ivoire et le Burkina Faso.

 

Au sol – je le redis –, huit cents soldats français sont aujourd’hui déployés en provenance du Tchad : une compagnie d’infanterie du 21e RIMA de Fréjus, un demi-escadron blindé du 1er REC d’Orange et un PC tactique (dispositif Épervier rapatrié sur le Mali en partie). En provenance de la Côte-d’Ivoire, dispositif Licorne : un sous-groupement tactique interarmes armé par le 3e RPIMA de Carcassonne et par le 1er RHP de Tarbes. Et enfin, en provenance de métropole, le renfort Guépard : une compagnie d’infanterie du 2e RIMA du Mans.

 

Sur le plan du commandement, le niveau stratégique est conduit depuis le centre de planification et de conduite des opérations à Paris (CPCO que tout le monde connaît). Le niveau opératif est assuré depuis l’état-major des éléments français du Sénégal et le niveau tactique est assuré actuellement par le PC du 21e RIMA.

 

Les développements à venir seront marqués par trois efforts importants. Premièrement, nous poursuivons les frappes sur les capacités des groupes terroristes au nord et sur l’ensemble du territoire malien pour diminuer leur potentiel. Deuxièmement, nous poursuivons la montée de notre dispositif aéroterrestre. Et troisièmement, nous soutenons, en coordination avec nos partenaires européens que je veux saluer ici, l’accélération du déploiement de la force africaine.

 

Concernant la force africaine et la mobilisation des pays africains, je voudrais faire état que l’action déterminée de la France a suscité une mobilisation unanime des pays africains et les chefs d’état-major de la CDAO (donc du regroupement des pays d’Afrique de l’Ouest) sont réunis en ce moment même pour accélérer le déploiement de la MISMA. Et nous avons là créé une dynamique.

 

Il y a eu des offres de la part du Togo, du Nigeria, du Niger, du Burkina Faso, du Bénin, du Sénégal, de la Guinée, du Ghana, ainsi que du Tchad, et ces offres ont été confirmées ces dernières heures. C’est bien, d’une certaine manière, toute l’Afrique qui se mobilise dans le cadre fixé par la résolution 2085 du Conseil de sécurité. Par ailleurs, comme vous le savez, le général nigérien commandant la MISMA est déjà à Bamako pour déployer les premiers éléments de l’état-major africain.

 

Notre responsabilité collective, c’est de soutenir le déploiement accéléré des forces africaines pour engager, dès que cela sera possible, la reconquête du nord aux côtés des forces maliennes et de ces forces africaines. Et nous accompagnerons les forces maliennes et les forces africaines de notre appui. À cet égard, les offres de soutien faites par les Européens et les Américains dans le domaine du transport et du soutien sont, à cet égard, très utiles pour permettre le transport des forces africaines qui se sont déterminées dans l’inventaire que j’ai fait tout à l’heure car je vous rappelle que notre objectif est bien de permettre, le plus vite possible, la mise en œuvre du cadre défini par la communauté internationale qui avait fait l’objet des initiatives du président de la République depuis son élection, en particulier aux Nations Unies. Et l’ensemble de ces initiatives a été validé par la résolution 2085.

 

Je voudrais vous rappeler aussi que nous disposons d’un fort soutien politique et opérationnel des Européens. Nous avons dû agir dans l’urgence à la demande de l’État malien qui était confronté à une agression caractérisée que j’ai décrite en commençant. La demande nous était adressée. Il était de notre responsabilité d’y répondre et d’y répondre vite et tout le monde l’a bien compris. Je constate depuis cinq jours que la plupart de nos partenaires européens se sont spontanément mobilisés pour nous apporter un soutien militaire concret. Et les contacts téléphoniques que j’ai eus pendant le week-end et jusqu’à hier soir avec mes collègues britannique, danois, belge, polonais, italien, espagnol, allemand ont témoigné d’une forte dynamique européenne. Et aujourd’hui, déjà, les Britanniques nous secondent dans le transport stratégique ; déjà, les Danois nous ont fait des propositions dans le domaine du transport, la Belgique dans le domaine du transport et du soutien médical, l’Allemagne dans le domaine du transport et du soutien médical. Ces offres sont venues spontanément, d’autres suivront.

 

Mon ami et collègue Laurent Fabius a demandé et obtenu la convocation d’un Conseil extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne qui se réunira jeudi et qui permettra – en tout cas, ce sont nos objectifs –, un, de conforter le fort soutien, y compris militaire, de nos partenaires de l’Union européenne à l’opération en cours ; deux – c’est vraiment là un objectif majeur –, d’accélérer le déploiement de la mission UTM MALI qui est de plus en plus nécessaire pour équiper, former et entraîner les forces armées maliennes qui devront tenir le terrain ; et trois, d’accélérer le soutien que l’Union européenne et les Européens peuvent apporter au déploiement des forces africaines de la MISMA.

 

Plus largement, nous avons un soutien de l’ensemble de la communauté internationale. Laurent Fabius a eu l’occasion de le dire déjà hier. Après la déclaration à la presse du Conseil de sécurité du 10 janvier, les consultations du Conseil de sécurité ont eu lieu hier qui nous ont permis d’informer les membres du Conseil et de constater un très fort soutien. Et notre action s’inscrit pleinement dans les objectifs et le cadre fixés par les résolutions du Conseil de sécurité. Notre action vise à faire en sorte que ces résolutions puissent avoir une rapide et pleine application.

 

Je rappelle aussi que les Américains se sont mobilisés à nos côtés en matière de mise à disposition de capacités. Je voudrais remercier ici particulièrement mon collègue Panetta, mais le Premier ministre canadien, Monsieur Harper, a aussi répondu présent et mon collègue canadien Peter Mackay m’a confirmé le soutien – et en particulier dans le domaine du transport – des Canadiens puisque je l’ai eu au téléphone hier soir.

 

Voilà, Mesdames et Messieurs. La France a été au rendez-vous de ses responsabilités et assume pleinement, sous la responsabilité du président de la République, les responsabilités que lui confie sa position. Elle a créé une dynamique internationale et notamment européenne particulièrement majeure. Tous nos partenaires nous soutiennent. L’Union européenne est mobilisée.

 

Je veux dire aussi aux familles des otages français que je pense à elles, que je comprends leur angoisse. Le président de la République a pris des décisions lourdes. Nous en sommes très conscients. Mais je veux leur dire que ces décisions – et c’est la conviction du président de la République réaffirmée encore aujourd’hui –, ces décisions sont les mieux adaptées à la situation car nous devons affaiblir les groupes terroristes qui détiennent un de leurs proches. Il aurait été pire de ne rien faire.

 

Nos opérations se poursuivront aussi longtemps que nécessaire pour mettre en œuvre les trois objectifs que j’ai indiqués en commençant et que le président de la République a rappelés tout à l’heure aux Émirats arabes unis. Nous devons d’ores et déjà intégrer dans nos réflexions qu’il s’agit d’une mission importante qui se mènera dans la durée aux côtés des forces maliennes et africaines et aux côtés de mission européenne de formation. Je vous remercie de votre attention.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 14:00

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24/12/12 - Recueilli par François d’Alançon et Antoine Fouchet - la-croix.com

 

Dans un entretien à « La Croix », le ministre de la défense confirme qu’un contingent européen de 400 militaires formera l’armée malienne à partir de début 2013, afin de la préparer à reconquérir le Nord-Mali. Jean-Yves Le Drian  précise que l’armée française apportera « un soutien technique » à la force constituée de son côté par l’Afrique de l’Ouest. Il se montre optimiste sur la relance de l’Europe de la défense en 2013.

 

 C’est au final l’Union européenne, et non la France seule, qui va aider l’armée malienne. Pourquoi ? 

 

 Jean-Yves Le Drian  : La relance de l’Europe de la défense est une priorité du gouvernement. Elle a débouché sur des progrès ces six derniers mois. Les 13 et 14 décembre dernier, lors d’un sommet à Bruxelles, les dirigeants européens se sont engagés à établir, dans l’année qui vient, une feuille de route visant à développer concrètement l’Europe de la défense. Avant même la tenue de cette réunion, la France a réussi à convaincre ses partenaires européens d’approuver le principe d’une mission de l’Union européenne au Mali afin d’aider l’armée malienne à se reconstituer. Voilà une avancée, comme le fut la décision prise fin 2008, au sein de l’UE, de lancer l’opération Atalante pour lutter contre la piraterie maritime au large de la Somalie.

 

 Quelle forme prendra l’implication de l’Europe au Mali et dans quels délais sera-t-elle effective ? 

 

J.-Y. L. D. : Un contingent européen de 400 militaires sera constitué au début de l’année prochaine, puis envoyé au Mali pour former l’armée malienne et la préparer à rendre à ce pays la souveraineté sur l’ensemble du territoire. Ces militaires ne participeront pas aux opérations de combat. Mais l’UE considère qu’il faut aider le Mali à éradiquer la menace djihadiste. L’initiative européenne est indépendante de la résolution, qui a été adoptée par le conseil de sécurité des Nations unies afin de permettre à la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) d’intervenir militairement aux côtés de l’armée malienne.

 

 Que pensez-vous des doutes émis sur la capacité de la Cedeao à intervenir militairement ? 

 

 J.-Y. L. D. :  La France apporte un soutien technique à la Cedeao dans la constitution d’une force capable d’aider le Mali à retrouver l’intégralité de son territoire. Le concept opératoire est en train de s’affiner. L’intervention militaire pourra avoir lieu au premier semestre de l’année prochaine. C’est aux Africains d’intervenir militairement, pas aux Français ou aux Européens. La France et les États-Unis apporteront à la coalition africaine un soutien dans le domaine de la logistique, de l’observation, du renseignement et de la formation. Pour l’instant, il n’y a pas de solution politique. Les États de la région ont conscience des risques que représentent, pour leur sécurité, les agissements des bandes terroristes armées, qui s’en prennent aux populations et se livrent à toutes sortes de trafics.

 

 L’implication européenne ne va-t-elle pas compliquer la situation des otages français retenus par les terroristes au Sahel ? 

 

 J.-Y. L. D. :  La situation des otages français est, de toutes les façons, compliquée. Les prises d’otages sont dans une logique infernale, que nous ne pouvons pas laisser évoluer ainsi. Nous nous occupons de très près des otages et faisons tout notre possible pour obtenir leur libération. Mais cela ne nous empêche pas de considérer que l’enjeu de l’intégrité du Mali est essentiel pour la sécurité de ce pays, comme pour celle de la France et de l’Europe.

 

 L’Union européenne peut-elle s’impliquer aussi dans une sortie de crise en Syrie ? 

 

 J.-Y. L. D. :  Dans le cas de la Syrie, la question d’une implication de l’Europe ne se posera que s’il y a une décision internationale de mise en œuvre d’une force d’interposition.

 

 La Russie peut-elle aider à sécuriser les armes biologiques et chimiques syriennes ? 

 

 J.-Y. L. D. :  Ces armes peuvent être utilisées par un Assad aux abois, mais celui-ci sait que, dans ce cas, la France, l’Europe et les États-Unis considéreront que la ligne rouge aura été franchie. Il y a aussi le risque qu’elles tombent dans les mains de forces d’opposition aux intentions non louables. Nous savons où sont ces armes et nous les surveillons. Mais nous ne sommes pas sur place. Si la Russie pouvait jouer un rôle positif dans la sécurisation de cet arsenal, ce ne serait pas plus mal.

 

 Pourquoi la relance de l’Europe de la défense devient-elle nécessaire ? 

 

 J.-Y. L. D. :  Pour trois raisons : rééquilibrage des intérêts stratégiques des États-Unis vers la région Asie-Pacifique, permanence de la menace terroriste en particulier au Sahel, contraintes budgétaires dues à la crise économique. Cette relance ne doit pas en rester au stade des déclarations. Elle doit s’effectuer avec pragmatisme, quitte à ne concerner au départ que quelques États membres. La défense de l’Europe suppose, d’une part, de mener des opérations militaires en commun et, d’autre part, de mutualiser des programmes industriels de fabrication de matériels ou d’équipements militaires.

 

 L’Europe a-t-elle la capacité de réaliser des interventions militaires ? 

 

 J.-Y. L. D. :  Oui. Il existe des dispositifs de mobilisation des armées des pays européens qu’il suffit d’actionner. Je pense notamment à la formule des groupements tactiques, mise en place au sein de l’UE en janvier 2007. Comprenant chacune environ 1 500 hommes, ces unités doivent pouvoir être projetées dans les meilleurs délais. La constitution de ces forces d’action rapide est rendue possible dans le cadre d’une veille, qui est assurée tous les six mois conjointement par trois États membres, à tour de rôle. Durant le premier semestre 2013, cette veille sera assurée par l’Allemagne, la France et la Pologne.

 

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 Les destructions de mausolées reprennent à Tombouctou 

 

À coups de pioches, les islamistes qui occupent le nord du Mali ont à nouveau détruit, dimanche 23 décembre à Tombouctou, des mausolées de saints musulmans, promettant de les anéantir tous.

 

Considérant la vénération des saints comme de l’idolâtrie, ils avaient débuté ces destructions en juillet 2012, puis en octobre. Par ailleurs, deux voleurs présumés ont eu la main amputée à Gao (nord-est) vendredi 22 décembre.

 

Ces exactions ont été commises après l’adoption la veille aux Nations unies d’une résolution autorisant, par étapes et sous condition, une intervention militaire pour reconquérir le nord du pays.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 20:02

Europe Flag

 

13/11/2012 Par JACQUES HUBERT RODIER - blogs.lesechos.fr

 

La France n’a pas l’intention d’envoyer des troupes au sol au Mali ni de lancer des frappes aériennes dans le nord du pays occupé par des mouvements se réclamant d’Al-Qaïda mais de contribuer, comme d’autres pays européens, à aider les autorités de Bamako à recouvrer l’intégrité du territoire malien, selon le ministre français de la Défense.

 

« Quand je dis pas de troupe au sol, cela veut dire aussi pas « de troupe en l’air », a dit, sur un mode un peu ironique, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense au cours d’une conférence organisée par l’European American Press Club à Paris.

 

La déclaration du ministre est valable aussi pour les autres pays européens qui doivent se concerter sur leur contribution à une intervention des forces africaines au Mali sous mandat de l’ONU pour aider l’armée malienne à récupérer le nord du pays, occupé par des mouvements armés se réclamant de l’islamisme.

 

Certes ! Mais la France a-t-elle déjà des troupes au sol ? Le ministre, en réponse à une question d’un journaliste africain sur l’éventuelle présence de troupes spéciales françaises dans la région du Sahel, est resté vague. « Je ne commenterai ni la position ni l’action des forces spéciales ». Il a simplement rappelé qu’il y avait une présence de forces françaises au Niger et un accord de défense avec ce pays sans autre précision. Nombre de médias en France et en Afrique ont fait état de la présence d’une centaine de membres des Forces spéciales françaises dans la région.

 

Une aide militaire européenne au Mali limitée

 

En principe l’aide européenne _ une question qui doit être au centre d’une rencontre jeudi à Paris des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des pays du triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne) élargi à l’Italie et à l’Espagne _ doit se concentrer sur la formation, sur une contribution logistique, et vraisemblablement dans le domaine du renseignement pour les armées africaines qui seraient appelées à intervenir sur le terrain à côté des forces maliennes.

 

Cette réunion se tiendra après le sommet d’Abuja (Nigeria) de dirigeants de 15 pays membres de la CEDEAO (Communauté économique des états d’Afrique de l’ouest) et d’autres pays africains qui envisagent d’envoyer pendant un an une force combattante de 3.300 soldats africains au Mali.

 

Lundi prochain, un conseil affaires étrangères de l’Union européenne devraient, pour sa part, préciser la planification de la "mission européenne d’entrainement des forces africaines au Mali" (EUTM-Mali). Cette force pourrait mobiliser entre 200 à 400 militaires européens, dès janvier 2013, selon l’AFP.

 

Une relance de l’Europe de la Défense ?

 

Mais l’enjeu dépasse la région du Sahel car Jean-Yves Le Drian voit dans cette opération une occasion de relancer l’Europe de la Défense. « Une arlésienne depuis une quinzaine d’années » qui a sombré aux yeux du ministre dans le "déclaratoire" et qui n’a pas permis l’affirmation de l’Europe dans ce domaine. Cette relance « nécessaire », le ministre souhaite la faire de façon pragmatique, « par l’action », surtout après l’échec de la fusion dans le domaine industriel entre EADS et British Aerospace.

 

Ainsi plutôt que de lancer l’idée de la constitution d’un grand quartier général pour la Défense européenne à Bruxelles, une proposition que refusent les Britanniques, le ministre a suggéré la création de centres de commandement « provisoires ». Ainsi le commandement de l’opération Atalanta au large des côtes de la Somalie est actuellement britannique. Pour la région du Sahel, a-t-il dit, on peut décider d’un commandement opérationnel différent. Ou encore les pays européens dans le domaine des capacités pourraient unir leurs efforts pour régler la question du ravitaillement en vol, un problème qui s’est posé lors de l’opération l’année dernière en Libye.

 

Faut-il aussi pour l’Europe une capacité commune en matière de drones ou de satellite ?, s’est demandé le ministre. En tout cas, la relation privilégié entre la France et la Grande Bretagne en matière de défense depuis les accords de Lancaster, signés par Nicolas Sarkozy et repris par François Hollande, n’est pas exclusive des autres pays européens. Là aussi, a-t-il ajouté, il s’agit avec l’Allemagne et la Pologne qui ont « mal vécu » cette relation bilatérale, d’avancer de façon pragmatique.

 

La réunion du triangle de Weimar élargi devrait ainsi adopter un texte engageant les cinq pays européens à affirmer leur volonté commune de faire avancer l’Europe de la Défense par l’action, par le pragmatisme.

 

« Si l’Europe ne veut pas être victime, consentante ou non d’un déclassement stratégique, elle doit agir, et le plus tôt est le mieux ».

 

Mais on peut se demander si cela sera suffisant faute d’une véritable volonté politique commune des 27 pays européens. A moins que les réductions budgétaires qui touchent aussi la Défense, les obligent à mettre en commun plus de capacités. Mais l’échec de la fusion Eads/British Aerospace n’est pas de bon augure.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 08:05

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30.10.2012 Par Olivier Berger, grand reporter à La Voix du Nord - Défense globale

 

Une évidence aussi politique, militaire que géographique, une intervention au Mali ne peut se faire sans l'approbation même indirecte de l'Algérie. Après le passage de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, lundi à Alger, où elle a rencontré le président Abdelaziz Bouteflika (notre photo) et le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci, ce sentiment devient une certitude. La France et les Etats-Unis, pressés de régler le cas des terroristes et brigands du djihadisme au nord du Mali, doivent patienter et s'adapter à la grande puissance régionale qui redoute un conflit à ses portes, où vivent aussi 50 000 Touareg (sans s, c'est un substantif pluriel...). Bref, l'offensive ne serait pas pour demain.

 

" J'ai beaucoup apprécié l'analyse du président, fondée sur sa longue expérience concernant les nombreux facteurs complexes inhérents à la sécurité intérieure du Mali, ainsi que la menace que le terrorisme et le trafic de drogue font peser sur la région et au-delà. " Elle a beau gardé le sourire pour la photo, Hillary Clinton s'est bel et bien cassée les dents sur le cuir endurci d'Abdelaziz Bouteflika.

 

La secrétaire d'Etat américain a tenté de convaincre le président algérien de donner une sorte de feu vert au déploiement de la force internationale africaine de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest) de 3 000 hommes, appuyant l'armée malienne dans sa reconquête du nord. La résolution 2071 des Nations-Unies a donné 45 jours (jusqu'au 26 novembre donc) pour établir un plan coordonné d'intervention. Alger jugera sur pièce.

 

L'Algérie, qui a payé cher, très cher (200 000 morts lors des années noires des 90's) pour se débarrasser de ses islamistes radicaux, voit d'un oeil inquiet une guerre se déclencher à sa frontière sud. Et quelle frontière ! 1 400 km de désert très délicats à surveiller. Un panier percé quand on a affaire à des Touareg et des combattants islamistes algériens ou autres (évalués à 2 500) rompus à la survie et au déplacement dans ce milieu hostile.

 

En cas de succès de l'intervention africaine, soutenue sur le plan de la formation, de la logistique et du renseignement par la France (sous couverture de l'Union européenne) et les Etats-Unis, l'Algérie aurait malgré elle un rôle militaire à jouer. Comme pour la Mauritanie à l'ouest et le Niger à l'est, elle devrait incarner une sorte de mâchoire nord d'un étau se resserrant sur Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ses alliés de la MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'ouest) et d'Ansar Eddine. Sans cet étau, tout ce beau monde pourrait s'éparpiller dans la nature plutôt aride du secteur.

 

En outre, on rappelle que l'Algérie compte 50 000 Touareg sur son sol. Alger préférerait isoler les islamistes et privilégier la négociation pour les revendications des Touareg maliens de l'Azawad, opposés de longue date à l'hostilité et au mépris de Bamako.

 

Un député targui du FLN, Mahoud Guemama, élu de Tamanrasset, prévient : " Ce que demandent les Etats-Unis et la France va causer beaucoup de problèmes et nous dignitaires de l'Ahaggar (sud algérien) demandons à l'Algérie de continuer à s'opposer à une intervention militaire étrangère et à privilégier le dialogue. Nous connaissons le début d'une intervention militaire mais nous n'en connaissons jamais la fin. La Libye est un très bon exemple... " Hum.

 

Dans ce Sahara de prudence et de scepticisme, François Hollande se rendra début décembre à Alger pour rencontrer le président Bouteflika. Une pierre de plus à l'édifice de l'intervention au Mali (et à un rapprochement franco-algérien ?).

 

Cette patience diplomatique forcée n'est peut-être pas une mauvaise chose sur le plan militaire. Une action précipitée, mal calibrée, préparée et négociée, pourrait se changer en catastrophe. Six mois ne seraient pas de trop pour former et équiper les forces de la Cédéao et du Mali.

 

Ce mardi matin sur France Inter, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, n'était plus aussi affirmatif sur un déclenchement de l'opération dans quelques semaines. " Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. " Ce n'est pas de Bouteflika mais de La Fontaine.

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 12:40

http://m.ruvr.ru/data/2011/12/30/1246913581/4coll2.jpg

photo Voix de la Russie

 

29/10/2012 "Guerre et Paix" par Jean-Dominique Merchet

 

Depuis dix ans, la Russie et la France ont pris l’habitude de se retrouver chaque année au sein du conseil de coopération sur les questions de sécurité, le CCQS. Cette instance réunit les ministres des affaires étrangères et de la défense des deux pays. Mercredi 31 octobre, à Paris, Sergueï Lavrov, Anatoli Serdioukov, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian feront donc, ensemble, un vaste tour d’horizon des affaires stratégiques, pour la 11ème session de cette instance – dont il ne faut pas attendre, à la sortie, beaucoup plus qu’un communiqué diplomatique.

 

Cette rencontre intervient alors que, sur le plan militaire, les deux pays prennent des chemins divergents : la France réduit la voilure alors que la Russie réarme. A peine élu, le président François Hollande a lancé la préparation d’un Livre blanc, qui débouchera sur une loi de programmation militaire au premier semestre 2013. Elle se traduira par une révision à la baisse des ambitions de la France en matière de défense. Comme l’expliquait récemment aux députés le chef d’état-major, l’amiral Guillaud, « l’effort de défense était de 2 % du PIB en 1997, avant de se stabiliser ces dix dernières années entre 1,6 % et 1,7 %. En 2012, il est de 1,55 %. À l’horizon de 2015, il dépassera à peine 1,3 %. » Le décrochage est net. Il se traduira par moins d’hommes, moins d’armes, moins de capacités.

 

Durant le même temps, la Russie réarme,  à l’image de toute la planète, à l’exception notable des Européens et des Américains – ces derniers, partant, il est vrai, de très haut ! En 2013, les dépenses de la Russie pour la défense augmenteront de 25 %, selon le ministère des Finances – soit 3,2% du PIB. En 2015, on devrait être à 3,7% - ce qui correspondrait alors, pour la Russie, à un effort presque trois fois plus important que celui de la France.

 

« La Russie relance ses dépenses militaires parce que, selon sa vision stratégique, la force fait son retour dans les relations internationales » nous explique Thomas Gomart de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Ce choix stratégique pourrait profiter à la France au travers de son industrie d’armement. Alors que l’Etat va réduire ses commandes, les entreprises de ce secteur de très hautes technologies ont impérativement besoin de trouver des marchés à l’extérieur. La Russie, qui souhaite moderniser ses équipements plus vite que ne le lui permet son « complexe militaro-industriel », sera-t-elle un débouché ? Certains veulent y croire parlant d’ « effet Mistral », du nom des quatre porte-hélicoptères de DCNS que les Français vont construire avec la Russie. On a vu, ce mois-ci, Renault Trucks Defense présenter son nouveau blindé léger Sherpa au salon Interpolitex de Moscou. On sait que les militaires russes s’intéressent au VBCI, le véhicule blindé de combat d’infanterie de Nexter comme au système Félin du fantassin du futur. Notons, au passage, que les Italiens seront de sérieux concurrents pour les Français sur ce marché sur lequel ils ont quelques longueurs d’avance.

 

En pleine modernisation, la défense russe reste pourtant loin du compte. « Les Russes ont conscience de leur déclassement et cela contribue à leur raidissement, assure Thomas Gomart. Lorsqu’ils ont vu les Français et les Britanniques s’engager en Libye, ils ont compris qu’ils étaient incapables de faire la même chose ». C’est-à-dire une manœuvre diplomatique et militaire aboutissant, en quelques mois et à un coût très faible (quelques centaines de millions d’euros et pas un mort côté Otan),  à la chute d’un régime… Rien à voir, en effet, avec la guerre en Géorgie de 2008.

 

Tous ces sujets seront à l’arrière-plan du « dialogue stratégique » entre les quatre ministres français et russes. Les relations entre les deux pays sont à la fois de bonne qualité et de peu de conséquences. Ni pour l’un, ni pour l’autre, le partenaire est jugé comme étant de toute première importance. Comme les Etats-Unis, la Russie bascule vers le Pacifique : elle a pour voisins, ne l’oublions pas, des pays qui s’appellent le Japon, la Chine, la Corée ! L’Europe, qu’elle juge historiquement en déclin, ne compte vraiment qu’au travers de l’Allemagne. Lors de sa visite à Paris, début juin, Vladimir Poutine s’est fait un malin plaisir de le rappeler devant son homologue français. Evoquant la « coopération économique », c’est-à-dire les échanges, le président russe résumait la situation : « Avec la France, il s’agit de 28 milliards et avec l’Allemagne de 72. Vous pouvez voir la différence ». En effet. Pour Moscou, Berlin pèse simplement 2,5 fois plus lourd que Paris…

 

Dans le tour d’horizon mondial auquel ils vont se livrer, les quatre ministres évoqueront le seul sujet qui fâche vraiment, la Syrie. Les positions des deux pays sont connues et chacun se fera un devoir de les rappeler : la France souhaite la chute du régime Assad alors que la Russie est, par principe, opposée à toute ingérence dans les affaires intérieures des Etats souverains. Echaudée par le précédent libyen, Moscou bloque toute résolution des Nations Unies qui permettrait le recours à la force contre le régime. On en restera là.

 

D’autres points seront abordés : les Français parleront du dossier nucléaire iranien, sans doute du Sahel et les Russes de la défense antimissile de l’Otan. En coulisses, la partie russe devrait interroger ses interlocuteurs sur deux sujets : la coopération militaire entre Paris et Londres, ainsi que le rôle du Qatar, un allié de la France, dans le monde musulman. Un monde, qui dans le nord-Caucase, continue à poser de sérieux problèmes à Moscou. Mi-octobre, Vladimir Poutine n’indiquait-il pas que « 313 terroristes y avaient été tués par les forces de sécurité au cours des derniers mois » ? Un « front » bien plus chaud que le Sahel…

 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

 

(1)  Jean-Dominique Merchet « Défense européenne : la grande illusion » Larousse 2009.

 

* Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialisé dans les affaires de Défense. Auteur du blog français le plus lu sur ces questions, créé en 2007. Ancien de l’Institut des hautes études de défense nationale. Auteur de nombreux ouvrages dont : « Mourir pour l’Afghanistan » (2008), « Défense européenne : la grande illusion » (2009), « Une histoire des forces spéciales » (2010), « La mort de Ben Laden » (2012).

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 16:21

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/terre/terre-images/albums-photo/albums-facebook/en-direct-de-l-operation-franco-britannique-corsican-lion/2041344-1-fre-FR/en-direct-de-l-operation-franco-britannique-corsican-lion_article_pleine_colonne.jpg

 

24/10/2012 Ministère de la Défense

 

Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense de la France et le Rt Hon Philip Hamond MP, son homologue Britannique, se rendent, ensemble, à bord du Charles-de-Gaulle et de HMS Bulwark en Méditerranée ce vendredi 26 octobre 2012.

 

Ils prendront part aux dernières manœuvres de Corsican Lion, débuté le 17 octobre dernier. Corsican Lion marque la première concrétisation du volet maritime du concept de Combined Joint Expeditionary Force (CJEF) 1, né de l’accord signé le 2 novembre 2010 à Lancaster House par la France et la Grande-Bretagne.

 

 Avec la CJEF, la France et le Royaume-Uni en 2016 disposeront d’une vraie capacité à mettre en œuvre, à partir de la mer, une puissante force franco-britannique interarmées.

 

Réalisé à proximité du littoral corse, le scénario fictif de Corsican Lion prévoit l’intervention sous mandat international d’une force amphibie franco-britannique dans un État politiquement affaibli, en proie à l’insécurité et à la recrudescence d’actes de piraterie en mer.

 

Il déploie 5000 militaires des deux pays, répartis en deux groupes. L’un amphibie, formé autour du HMS Bulwark de la Royal Navy et du BPC Mistral de la marine nationale sous leadership britannique. L’autre est un groupe aéronaval, formé autour du porte-avions Charles-de-Gaulle dont l’escorte est franco-britannique.

 

 Il est  dirigé par un état-major français. Corsican Lion marque une étape importante dans la coopération de défense entre la France et le Royaume-Uni ; c’est la démonstration que les Français et les Britanniques  détiennent une capacité opérationnelle commune, s’appuyant sur un double socle aéronaval et amphibie.

 

1 : Combined Joint Expeditionary Force ou force franco-britannique interarmées projetable

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 07:50

Europe Flag

 

19/10/2012 Par Isabelle Lasserre - lefigaro.fr

 

Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, souhaite remettre au goût du jour cette Arlésienne européenne. Les nouvelles menaces, le recentrage américain sur le Pacifique et la rigueur budgétaire impose l'union aux États européens.

 

Morte, ressuscitée, comateuse, relancée: depuis le sommet franco-britannique de Saint-Malo en 1998, le destin de l'Europe de la Défense a fini par se confondre avec une Arlésienne. Sous Nicolas Sarkozy, l'ancien ministre de la Défense Hervé Morin en avait fait son cheval de bataille. Avant qu'elle ne replonge dans l'ombre, chassée par la mauvaise volonté britannique, le manque de conviction des États européens et les coupes dans les budgets de la Défense.

 

Le nouveau locataire de l'Hôtel de Brienne, Jean-Yves Le Drian, a décidé de l'en sortir. «La relance de l'Europe de la défense est devenue un impératif», affirme l'un de ses conseillers. La nature des menaces, qui s'étendent sur un spectre très large, exige que les Européens s'unissent pour y faire face. Le rééquilibrage stratégique des États-Unis vers le Pacifique implique qu'ils assurent eux-mêmes leur défense. Enfin, les contraintes budgétaires font que les armées nationales ne pourront bientôt plus conserver toutes leurs capacités, à moins de s'unir.

 

À 1.200 kilomètres des côtes européennes, le Sahel fournit une occasion idéale. Réunis en sommet à Bruxelles, les responsables européens ont affirmé vendredi que la crise au Mali faisait peser une «menace immédiate» sur le Vieux Continent. Sur le modèle d'«Atalante», déclenchée en 2008 pour lutter contre la piraterie dans l'océan Indien, Paris propose une nouvelle opération de l'UE, dans le Sahara cette fois, pour former et aider les forces africaines à reconquérir le nord du Mali. L'idée de propulser l'UE au Sahel n'est pourtant pas nouvelle. «C'est un objectif noble et pertinent. Mais qui n'est pas nouveau. Cela fait deux ans qu'il est discuté. Le Conseil européen a même adopté, en mai 2011, une stratégie pour le Sahel» précise l'euro député UMP Arnaud Danjean.

Synthèse difficile

Jean-Yves Le Drian a fait le tour des capitales européennes pour convaincre. Il espère, d'ici au Conseil des Affaires étrangères et de la Défense européennes du 19 novembre, avoir rallié à son projet 7 ou 8 nations. «Le précédent gouvernement s'était surtout investi sur le franco-britannique. Éclipsée par Paris et Londres, l'UE a loupé le coche en Libye. Il faut en tirer les leçons et étendre ce type de coopération à d'autres pays européens, notamment l'Allemagne, la Pologne, l'Italie et l'Espagne» explique-t-on dans l'entourage du ministre. La stratégie française consiste à conserver les logiques bilatérales comme celle de Lancaster House tout en ralliant les pays qui avaient critiqué ce huis clos franco-britannique.

 

Cette nouvelle «relance de la défense européenne», dont le ministère dit qu'elle doit s'appuyer sur des projets concrets et une plus grande humilité de la France, doit encore faire ses preuves sur le terrain. Entre l'Allemagne pacifiste, la Grande-Bretagne pragmatique, qui, reconnaît un proche du ministre, «ne veut pas de passagers clandestins» dans les opérations, et les États de l'ancienne Europe de l'Est qui font davantage confiance à l'Otan qu'à l'UE pour assurer leur sécurité, la synthèse est difficile à faire. Sur une éventuelle opération UE au Sahel, seuls Londres et Madrid ont pour l'instant dit oui. Les pays du Nord et de l'Est sont plutôt contre. L'Allemagne est réticente, les Polonais dubitatifs. «Il y a aussi une sorte de pesanteur idéologique à Bruxelles, où beaucoup considèrent que les missions en Afrique doivent rester dans le domaine du développement et ne surtout pas devenir militaires», poursuit Arnaud Danjean.


La reconquête militaire en discussion à Bamako

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a souligné vendredi «l'urgence»  d'une intervention armée étrangère pour libérer le nord de son pays  à l'ouverture d'une réunion internationale dans la capitale malienne ayant pour but  d'accélérer cette intervention. «Nous ne devons plus perdre  la moindre seconde.  Il y a un caractère d'urgence,  nous sommes engagés dans  une course contre la montre», a déclaré Dioncounda Traoré devant de hauts responsables internationaux réunis pour harmoniser leurs positions avant l'envoi  dans le nord du Mali d'une force ouest-africaine soutenue par l'ONU.

 

L'ONU et l'Union africaine (UA)  ont annoncé, de leur côté, l'ouverture  de bureaux permanents à Bamako  afin de coordonner leurs actions respectives face à la crise. Mais  des divergences demeurent entre responsables d'Afrique de l'Ouest  et représentants des organisations internationales sur les conditions  de déploiement de la force africaine susceptible de participer  à une initiative militaire dans la partie du Mali contrôlée par al-Qaida  et ses alliés.

Cette réunion du Groupe de soutien et de suivi sur le Mali ne devrait  ainsi déboucher sur aucune avancée spectaculaire tant la situation paraît bloquée à la fois par la confusion  sur le partage du pouvoir  à Bamako après le putsch en mars  et par les désaccords internationaux sur le bien-fondé d'un éventuel dialogue avec les rebelles avant l'emploi de la force.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 07:45
Comment la France planifie l'intervention au nord du Mali

 

19/10/2012 Par Isabelle Lasserre, Service infographie du Figaro

 

INFOGRAPHIE - La première phase du dispositif doit être lancée dès novembre. Paris n'enverra pas de troupes au sol.

 

L'opération militaire destinée à reconquérir le nord du Mali occupé par des groupes islamistes liés à al-Qaida n'est plus, selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, «qu'une question de semaines». Le Conseil de sécurité de l'ONU a donné 45 jours aux pays d'Afrique de l'Ouest pour proposer un plan concret d'intervention. Poussée par la France, l'Union européenne proposera dans les mêmes délais un projet de gestion de crise. Après, la voie sera libre. «Si on rate la fenêtre météo, nous serons obligés d'attendre un an», prévient une source proche du dossier. Tout doit être largement engagé avant la fin du mois de mars, date du début de la saison des pluies. Concrètement, dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian, on planche sur un programme en trois phases: un, stabiliser le sud du Mali et protéger Bamako dès la fin du mois de novembre ; deux, mettre en place la formation des armées africaines en janvier ; trois, amorcer la reconquête du nord début mars au plus tard.

 

Officiellement, ce sont les armées africaines qui mèneront l'opération. Bien qu'étant désigné comme l'ennemi principal par Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique), Paris, qui prétend rompre avec les habitudes passées de la «Françafrique» et ne veut pas se voir reprocher une nouvelle fois son passé colonial, refuse d'être en première ligne. La France se cache derrière l'Europe, elle se pose en soutien des pays africains qui seront assistés dans la planification et la logistique et promet qu'il n'y aura «pas de troupes au sol».

Trois mille hommes

Les autorités françaises communiquent plus discrètement sur les forces spéciales à pied d'œuvre dans la région, dont la mission est indépendante du calendrier officiel. Elles se préparent à intervenir en amont pour fournir du renseignement et guider les forces africaines sur place. Elles pourraient agir plus rapidement encore si les intérêts de la France ou la vie des otages venaient à être menacés.

 

Comme en Libye et en Côte d'Ivoire en 2011, des moyens clandestins sont mis en place pour épauler les forces locales, notamment l'armée malienne, sous-équipée et démoralisée après sa défaite contre les islamistes. Dans l'ombre, Paris a aussi pris en charge l'élaboration du programme d'intervention qui doit être proposé par les pays de l'Ouest africain.

 

Restés jusque-là en retrait sur le dossier du Sahel, les États-Unis ont changé de posture après l'attaque commise contre leur représentation diplomatique à Benghazi, le 11 septembre dernier, qui s'est soldée par la mort, dans des «conditions atroces», de leur ambassadeur Chris Stevens. «Le Sahel est devenu un enjeu pour eux. Ils veulent désormais être associés de manière plus étroite à l'intervention», confirme un proche du ministre français de la Défense, lequel s'est longuement entretenu du sujet avec son homologue américain, Leon Panetta. Les Américains, qui ont des drones armés dans la région, n'excluent plus d'intervenir directement au nord du Mali, en menant par exemple des frappes aériennes ciblées.

 

Tous les détails de l'opération militaire ne sont pas encore réglés. Si les pays africains doivent normalement fournir 3000 hommes, la liste des États qui participeront à l'intervention contre les combattants islamistes, qui sont armés de lance-missiles et de lance-roquettes, n'est pas encore finalisée. Pas plus que le règlement politique. Or tous les pays candidats en sont conscients: sans solution diplomatique durable, l'intervention militaire ne sera pas suffisante pour régler le problème d'Aqmi au Sahel.

 


Cliquez sur l'aperçu pour agrandir l'infographie.


La reconquête militaire en discussion à Bamako

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a souligné vendredi «l'urgence»  d'une intervention armée étrangère pour libérer le nord de son pays  à l'ouverture d'une réunion internationale dans la capitale malienne ayant pour but  d'accélérer cette intervention.

 

«Nous ne devons plus perdre  la moindre seconde.  Il y a un caractère d'urgence,  nous sommes engagés dans  une course contre la montre»,

 

a déclaré Dioncounda Traoré devant de hauts responsables internationaux réunis pour harmoniser leurs positions avant l'envoi  dans le nord du Mali d'une force ouest-africaine soutenue par l'ONU.

 

L'ONU et l'Union africaine (UA)  ont annoncé, de leur côté, l'ouverture  de bureaux permanents à Bamako  afin de coordonner leurs actions respectives face à la crise. Mais  des divergences demeurent entre responsables d'Afrique de l'Ouest  et représentants des organisations internationales sur les conditions  de déploiement de la force africaine susceptible de participer  à une initiative militaire dans la partie du Mali contrôlée par al-Qaida  et ses alliés.

 

Cette réunion du Groupe de soutien et de suivi sur le Mali ne devrait  ainsi déboucher sur aucune avancée spectaculaire tant la situation paraît bloquée à la fois par la confusion  sur le partage du pouvoir  à Bamako après le putsch en mars  et par les désaccords internationaux sur le bien-fondé d'un éventuel dialogue avec les rebelles avant l'emploi de la force.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 07:55

Mindef

 

 

La semaine écoulée évoque peu les questions de défense et de sécurité. Le budget de rigueur du gouvernement était plutôt d’actualité et a occupé légitimement l’espace médiatique. La défense est concernée mais finale ment ce qui était prévu dans le précédent gouvernement est maintenu par le nouveau gouvernement. Les armées avaient donc « anticipé » la rigueur d’aujourd'hui.

 

Globalement, les baisses en effectifs sont celles qui étaient prévues depuis 2008 (voir le détail sur Lignes-de défense). Le budget 2013 annoncé (31,4 milliards d’euros hors pensions) subit apparemment une baisse limitée (-0,65%) et reste dans le domaine de l’acceptable compte tenu du contexte. Au moins les militaires n’ont pas été déçus – les « attentes » et les diminutions étaient au rendez-vous.

 

Cependant, si je me réfère à l’article du Monde en date du 29 septembre, je lis que les contrats opérationnels de 2008 sont inatteignables, que le fonctionnement courant subira une baisse de 7% (cela promet vu ce que je constate aujourd'hui simplement dans mon environnement au quotidien), mais que la dissuasion nucléaire reste sanctuarisée (3,5 milliards d’euros) ainsi que les dépenses d’équipements pour 16 milliards d’euro. Alors les armes et pas les hommes ? Et dans ce contexte l’affaire Louvois fait plutôt désordre.

 

En effet, la polémique enfle sur ce logiciel de paiement de la solde dans l’armée de terre. Elle est largement reprise par les blogs spécialisés. Des associations s’activent. Des familles s’expriment et clament leur désarroi. Il y a deux semaines, le chef d’état-major de l’armée de terre avait tenté de rassurer les troupes en demandant de prendre patience.

 

Cette semaine, c’est le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, qui est intervenu avec force contre des dysfonctionnements jugés légitimement inacceptables. Il a pris un certain nombre de mesures dont la mise en place d’un numéro vert à compter du 1er octobre (voir l’intégralité de son message).

 

Après plus d’un an de dysfonctionnements, il serait légitime cependant que les responsabilités soient attribuées : erreur de conception, d’organisation, des utilisateurs ? Dans l’urgence, les dossiers en souffrance doivent recevoir une solution. Ensuite, les responsabilités devront être clarifiées et avoir des suites si besoin est, pour ne pas décrédibiliser le rôle du chef militaire.

 

En effet, à tous les niveaux, celui-ci est responsable des conditions matérielles de vie de ses subordonnés. Louvois peut instiller le doute sur l’application de ce principe. Ne pas éclaircir la situation pourrait conduire à évoquer dans le futur d’autres moyens de défense de la condition militaire et cela ne me paraît pas souhaitable pour les armées.

 

Pour changer de sujet, j’ai effectué quelques mises à jour sur ce blog pour des fils RSS qui méritent d’être suivis. Cela permet d’évoquer les menaces futures qui, normalement, conditionnent la construction d’une stratégie militaire et donc d’une politique de défense. Ainsi j’ai apprécié ce fil consacré à la Marine, le « fauteuil de Colbert » qui étudie cette semaine le déploiement du premier porte-avions chinois (en fait un ancien porte-avions russe).

 

Il ne faut pas ignorer non plus cette mise en scène chinoise et ces images impressionnantes diffusées mondialement au service de la stratégie d’influence de la Chine en direction des Japonais qui défendent les îles contestées de Senkaku. Aujourd'hui l’intimidation (voir document de réflexion du CICDE sur l’intimidation stratégique) mais demain ?

 

Il est bon de rappeler en effet qu’un porte-avions sans force aérienne embarquée et entraînée ne représente pas grand-chose en terme de projection de puissance (voir aussi l’article sur la stratégie maritime chinoise sur Diploweb). Déployer un porte-avions et son groupe aéronaval réclame des années d’entraînement.

Il n’en demeure pas moins que la revendication communément diffusée d’une Chine peu agressive ou peu expansionniste mériterait d’être revue. Cela resitue aussi la problématique du second porte-avions pour la France alors que les autres nations développent cette capacité. Voulons-nous peser encore 24h sur 24h ou par intermittence sur les événements du monde ?

 

Je profite de l’occasion pour indiquer le site du collège de défense danois. Le Danemark est un petit Etat mais c’est un vieil allié historique de la France, très engagé aussi dans les opérations extérieures (Le collège de défense relance par ailleurs l’apprentissage du français pour ses officiers).

 

Il met en ligne, parfaite intégration de la réflexion stratégique au sein de l’enseignement militaire supérieur, un certain nombre d’études sur la stratégie militaire rédigées par son centre de stratégie, concernant notamment l’Afghanistan et les opérations d’influence. Plusieurs études sur la Chine sont aussi en ligne dont une de 2008 sur la problématique de disposer de porte-avions pour avoir le statut de grande puissance. Une réflexion pour le Livre blanc ?

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 08:00

photo-officielle-jean-yves-le-drian

 

28/09 Par Alain Ruello – LesEchos.fr

 

C'est ce que prévoit le projet de budget 2013 du ministère de la Défense. Egalement inscrites, les commandes d'avions ravitailleurs et la hausse des crédits de recherche amont.

 

On ne sait pas encore quoi, mais on sait à peu près combien, et surtout quand. Le projet de loi de finances 2013 du ministère de la Défense nous apprend que parmi les principales commandes budgétées l'année prochaine figure celle d' «un premier » système intermédiaire de drones de surveillance et de reconnaissance Male (moyenne altitude longue endurance). Voila pour la quantité, sachant qu'un système comprend en général une poignée d'aéronefs et les stations au sol nécessaires pour les faire fonctionner. Reste à savoir qui sera l'heureux élu.


A ce stade, la DGA n'en finit pas d'étudier les mérites comparés de la solution poussée par Dassault, basée sur le Heron TP de l'israélien IAI, ou de celle portant sur l'adaptation par Cassidian, la branche défense d'EADS, de Predator de l'américain General Atomics (relire  : Drones  : Jean-Yves Le Drian réserve toujours sa décision).

De nouveaux avions ravitailleurs et de transport

 


Autre bonne surprise, pour Airbus cette fois-ci, le budget 2013, prévoit l'achat de nouveaux avions ravitailleurs et de transport. Il est temps car la flotte actuelle, composée de 11 C135FF et de 3 KC135R, affiche plus de 50 ans au compteur. Les futurs avions, des dérivés de l'A330 civil, prendront aussi le relais des 3 A310 et de 2 A340 qui servent à transporter fret et personnel. Le principe d'une acquisition patrimoniale (plutôt que d'un contrat de location) a été retenu, pour une première livraison prévue fin 2017.


Le ministère de la Défense a aussi prévu de moderniser les avions de patrouille Atlantique 2, de quoi garnir la nouvelle co-entreprise d'optronique de Safran et de Thales avec un premier contrat. De même qu'il s'est montré généreux pour les crédits d'études amont (recherche), qui vont augmenter de 10 % l'année prochaine, pour atteindre 752 millions. Il serait toutefois intéressant de vérifier si cette progression n'est pas due au seul renouvellement de la dissuasion nucléaire.


Enfin, les ressources pour l'entretien des matériels s'inscrivent également en hausse, aussi bien en crédits de paiements (2,91 milliards d'euros, +8 %), qu'en autorisation d'engagements (3,66 milliards, +22 %). Les militaires n'ont pas vraiment le choix, car cet effort est le corollaire de la mise en service de très nombreux matériels modernes, hélicoptères et blindés notamment, donc bien plus chers à l'usage.

Tout cela s'inscrit dans un contexte financier qui reste contraint. Si le ministère de la Défense a réussi à stabiliser ses crédits, à hauteur de 31,4 milliards hors pensions, c'est surtout grâce à 1,3 milliard d'euros de recettes exceptionnelles tirées de la vente de fréquences hertziennes et d'immeubles. Surtout, 5,5 milliards de commandes prévues cette année et la prochaine, dont 4,5 milliards d'armements, ont été décalées, en attente des conclusions du livre blanc de la défense et de sa traduction en espèce sonnante et trébuchante dans la future loi de programmation militaire (relire La Défense répartit le gel des commandes d'armement en évitant les décisions irréversibles)

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 11:25

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/ema/le-chef-d-etat-major/120924-cema-10eme-edition-de-l-universite-d-ete-de-la-defense/10eme-edition-de-l-universite-d-ete-de-la-defense-1/1963272-1-fre-FR/10eme-edition-de-l-universite-d-ete-de-la-defense-1.jpg

 

24/09/2012 Sources : EMA

 

Les 10 et 11 septembre 2012, l’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées (CEMA) s’est rendu à l’université d’été de la Défense, qui s’est tenue à Brest, au Centre d’instruction naval et au Quartz.

 

La 10e édition de l’université d’été de la Défense a rassemblé près de 500 participants des cercles politiques, industriels, militaires et médiatiques autour du thème « Nouveaux enjeux économiques et géostratégiques ». Ils ont participé à des tables rondes organisées autour de cinq grands thèmes : le nouvel équilibre géostratégique mondial, la capacité industrielle souveraine, les grandes fonctions stratégiques, la cyberdéfense et la maritimisation.

 

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, a prononcé une allocution officielle lors du cocktail dinatoire qui a clôturé cette première journée.

 

Le 11 septembre, l’amiral Guillaud est intervenu à la séance plénière, à laquelle participaient notamment Mme Patricia Adam, présidente de la Commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale, M. Jean-Louis Carrère, président de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées du Sénat, M. Patrick Boissier, président directeur général de la DCNS (direction des constructions navales, services et systèmes), ainsi que le général Castres, sous-chef d’état-major « opérations » à l’état-major des armées.

 

La séance plénière a porté sur le Livre blanc de la Défense et de la Sécurité nationale (LBDSN) 2012 (actuellement en préparation) et sur la loi de programmation militaire (LPM). Il s’agissait de faire le point sur l’élaboration de notre outil de défense en termes de missions-capacités-finances, en prenant en compte ses dimensions européenne, « otanienne » et l’évolution de l’environnement géostratégique international depuis 2007.

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 12:00

Mindef

 

14/09/2012 Mer et Marine

 

Le discours a marqué les esprits, et c’était sans doute voulu. Lundi soir, à Brest, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, a souligné avec force l’importance des enjeux maritimes à l’occasion des Universités d’été de la Défense. « Le XXIème siècle sera celui de la maritimité au niveau mondial. La mer est une source de richesses, celles liées au commerce international et aux ressources marines. Il nous faut donc protéger cet espace et assurer la liberté des mers pour être au rendez-vous du XXIème siècle », a déclaré le ministre, selon lequel le « 6ème continent », comme on l’appelle, « se porte bien et se portera de mieux en mieux ». Alors que la crise plombe l’économie, que le chômage augmente et que l’industrie cherche de nouveaux débouchés, Jean-Yves Le Drian a rappelé qu’il faisait partie de ceux qui estiment, études et chiffres à l’appui, que la mer est porteuse d’avenir et source de nombreuses richesses pétrolières, gazières, minérales et halieutiques. Et la France, avec sa zone économique exclusive de 11 millions de km², soit le second espace maritime mondial, ainsi que ses industries spécialisées, dispose d’atouts considérables dans ces domaines. Et, comme les autres pays du monde (90% du commerce international passe par la mer), elle demeure totalement dépendante de la libre circulation des flux maritimes, qu’il faut protéger contre des menaces de plus en plus nombreuses. Or, comme l’a rappelé Jean-Yves Le Drian, «  Pour assurer cette liberté en mer, il faut une présence forte contre le contre le crime organisé et les trafics, mais aussi assurer la protection des ressources, qu’elles soient halieutiques ou minérales. Car il va y avoir une compétition pour l’accès aux ressources (…) Il importe que nous ayons un outil de défense, notamment maritime, un outil de présence, de cohérence et de force ». Et le ministre d’annoncer les deux piliers de ce qu’il nomme « la stratégie maritime de défense » : « La mer, c’est un espace de manœuvre logistique à protéger et un espace stratégique à exploiter ».

 

« Sans enjeux maritimes, nous seront en dehors des grands enjeux »

 

Ce regain d’intérêt pour le milieu maritime et les richesses qu’il recèle est d’ailleurs palpable, depuis plusieurs années, dans de nombreuses régions du monde. Car la mer est économiquement le bras armé de la mondialisation, qui rend tous les pays dépendants du trafic maritime pour leur commerce et leurs approvisionnements, mais aussi militairement un espace idéal puisqu’il permet de projeter de forces partout dans le monde en profitant de la liberté des eaux internationales. Enfin, au moment où les ressources naturelles terrestres se raréfient, le potentiel de richesses encore inexploitées dans les territoires maritimes font l’objet de convoitises et provoque déjà des conflits territoriaux entre pays, par exemple en Asie. En juin dernier, lorsqu’il s’est rendu à Singapour dans le cadre du 11ème Dialogue de Shangri-La sur la sécurité dans la zone Asie-Pacifique (dont la France est un Etat riverain avec la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie), Jean-Yves Le Drian dit avoir été « frappé par l’essor du fait maritime ». Et le ministre d’en conclure que, « sans enjeux maritimes, désormais on est en dehors des grands enjeux » avant de citer Richelieu : « On ne peut sans puissance sur mer ni avoir la paix, ni gagner la guerre » et d’estimer que « c’est encore vrai aujourd’hui ».

 

Une prise de position en plein travaux sur le Livre Blanc

 

Très appuyé, ce discours du ministre de la Défense a, évidemment, très agréablement surpris les marins, parfaitement conscients de ces problématiques, qu’ils ne cessent depuis des années, comme tous les acteurs civils du secteur maritime, de vouloir faire comprendre à des décideurs politiques qui, jusqu’ici, étaient ignorants de ces réalités. Avec le nouveau gouvernement, la donne a changé. Avec les Bretons Jean-Yves Le Drian comme ministre de la Défense et Patricia Adam, désormais présidente de la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale, ces enjeux sont parfaitement connus et seront mieux pris en compte par le nouveau Livre Blanc de la Défense, comme ces deux élus le demandent avec insistance depuis longtemps. Et on rappellera que même le président de la République, lors de ses déplacements sur le littoral, s’est montré très intéressé par la chose maritime et le potentiel de richesses lié aux activités marines. Evidemment, même si le discours de Jean-Yves Le Drian a suscité sur les visages des généraux de l’armée de Terre et de l’armée de l’Air présents dans la salle quelques crispations, la Marine nationale ne va pas, d’un coup, se retrouver avec 5 porte-avions, 60 frégates et 25 sous-marins. Fins connaisseurs de la chose militaire dans son ensemble, Jean-Yves Le Drian et Patricia Adam sont bien conscients de la nécessité de conserver des forces aériennes et terrestres puissantes et modernes. Mais il est vrai que, compte tenu des difficultés budgétaires du moment, en cas d’arbitrages, les moyens de la marine ne seront peut-être pas aussi systématiquement sacrifiés qu’auparavant. Néanmoins, seules les conclusions du Livre Blanc et la future loi de programmation militaire qui en découlera le diront.

 

Le Cluster Maritime appelle à faire « un choix clair »

 

Au sein des acteurs du monde maritime, le discours de Jean-Yves Le Drian n’est, en tous cas, pas passé inaperçu. Alors que Patrick Boissier, président de DCNS, martèle que les sommes consenties dans l’équipement des forces « ne sont pas des dépenses mais des investissements rentables pour l’avenir », Francis Vallat, président du Cluster Maritime Français, salue l’analyse du ministre : « La mer sera bien la priorité de ce siècle. Nous sommes bien placés pour le savoir puisque notre secteur est au cœur du commerce international, dans un environnement extrêmement concurrentiel, avec des flux énormes et qui continueront de croître de manière exponentielle sur la mer. Or, ces flux passent partout dans le monde, près des côtes, ce qui fera de la piraterie un problème probablement endémique du XXIème siècle. Il y aura donc une nécessité de plus en plus grande de protéger les routes maritimes, avec des navires militaires simples mais nombreux. Mais cela n’empêche qu’il faudra aussi conserver des bâtiments plus sophistiqués - même si ce n’est pas de notre compétence de dire lesquels - pour les conflits de haute intensité car il serait hélas bien naïf de croire que le XXI° siècle sera le premier de l’histoire moderne sans guerre ou crise majeures, ou qu’il n’y aura plus de combats en mer pour la maîtrise des échanges maritimes, ou dont les océans ne seront pas eux-mêmes les enjeux. Ca n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard si partout  on voit l’émergence de nouvelles puissances navales, comme la Chine, le Brésil et l’Inde. Alors que l’Europe baisse la garde, les Etats-Unis font tout ce qu’ils peuvent pour augmenter les capacités opérationnelle de l’US Navy, tandis que la Russie s’engage dans un énorme programme naval pour la décennie  ».

 

Alors que des choix devront  évidemment être faits en raison du manque de moyens financiers, le CMF appelle donc l’Etat, compte tenu des enjeux stratégiques à la fois majeurs et incontournables liés à la mer, à ne pas sabrer les moyens maritimes, et même plutôt à les renforcer. « Comme la France n’a plus assez d’argent, il faut faire des choix clairs, fixer un cap, sinon tout le monde sera mécontent et aura raison de l’être. Il nous faut une vision, un choix politique pour l’avenir, et à nos yeux c’est vrai que ce choix doit être d’abord maritime. Nous le disons en toute honnêteté et parce nos métiers et notre expérience à l’international nous donnent une légitimité pour faire partager notre analyse et nous imposent le devoir de participer à la définition des enjeux. La vérité, c’est bien la maritimisation du monde et si c’était un autre secteur, nous n’aurions aucun mal à le dire. Pour nous, le choix de la mer est une évidence, parce que c’est une décision nécessaire et que, quelque douloureux que ce soit,  cela va dans le sens de l’histoire et des intérêts stratégiques et économiques du pays ».

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 12:49

Europe Flag

 

sept 3, 2012 Nicolas Gros-Verheyde (BRUXELLES2)

 

La « fin de la première séquence européenne, le début de la seconde », c’est ainsi que dans l’entourage de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense français, on qualifie cette visite aujourd’hui (3 septembre) à Bruxelles. Assurément, il n’y a pas eu, depuis bien longtemps, de programme aussi chargé à Bruxelles pour un ministre de la Défense. Pour entrer en matière, petit déjeuner avec Michel Barnier, le commissaire (français) au Marché intérieur, puis entretien avec Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen ; et tour des projets de l’agence européenne de Défense Claude-France Arnould. L’après-midi aura lieu des entretiens avec José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, et avec Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, avant de finalement, diner avec le ministre belge de la Défense, pour un entretien bilatéral.

 

Une toile patiemment tissée autour d’un noyau dur

 

Têtu comme un Breton qu’il est (:-), Le Drian a une idée en tête, relancer l’Europe de la Défense, et pas à pas, entretien après entretien, il tisse sa toile, sans doute moins « effet d’annonce » que l’était la précédente équipe mais, peut-être, plus efficace. Il a ainsi rencontré déjà une demi-douzaine de ses homologues à commencer par ceux dont la France est proche — britannique — ; les Weimar Plus — allemand, polonais, italien, espagnol — et quelques pays volontaires — finlandais et chypriote (par téléphone). Un premier « noyau dur » en quelque sorte. Il a également reçu l’ensemble des ambassadeurs de France présents dans les pays de l’Union européenne — une « première » pour un ministre de la Défense, souligne-t-on à Paris — pour parler de relance de l’Europe de la défense.

 

Une chance pour l’Europe de la Défense

 

Pour le Ministre, il est temps d’agir et le moment est propice. Les Européens ont une « chance historique » aujourd’hui pour se réorganiser. Le rééquilibrage américain vers le Pacifique est aujourd’hui avéré et incontournable, « les Européens doivent donc passer du statut de « consommateur de sécurité » à celui de « producteur de sécurité » » explique-t-il. C’est la première année où les dépenses Asiatiques dépassent les dépenses européennes. La crise économique affecte aussi profondément les budgets ; si « les Européens n’agissent pas pour faire converger leurs intérêts capacitaires », ils n’auront pas d’autre choix que de les « perdre ». Il ne s’agit pas de faire un « nouveau traité à 27 » mais d’avoir des « capacités disponibles, plus fréquemment opérations extérieures ». Ce qui suppose « à la fois d’avoir un projet industriel et un projet politique ».

 

La France en partenaire incontournable

 

Dans l’échiquier européen, en matière de défense, seule la France a position de « rassembleur ». Un rôle auquel ne veut pas prétendre le Royaume-Uni, pour des raisons politiques, et ne peut pas prétendre l’Allemagne, pour des raisons à la fois historiques et philosophiques, et également budgétaires (NB : malgré une population et un PIB supérieur, ses dépenses restent plus faibles d’environ 10% par rapport à la France). L’accord de Lancaster House a laissé quelques partenaires habituels de la France (Allemagne, Italie, Espagne, Pologne…) un peu « amers » et « froissés » par cette relation, perçue comme quasi-exclusive, donc excluante d’autres partenariats. Et ceux-ci cherchent donc à bâtir d’autres relations (sans la France).

 

Dénouer l’imbroglio de Lancaster House

 

La donne est claire. D’un côté, la France s’est engagée dans un partenariat avec le Royaume-Uni, partenariat qui confine à « l’intimité militaire » comme l’explique un proche du Ministre. Il est vrai que les deux pays partagent une certaine proximité tant en termes de taille de l’armée que de relation avec le pouvoir et surtout de capacité d’engagement à l’extérieur. « C’est le pays avec lequel on est le plus proche, en opérations. C’est celui avec qui on parle le plus de la Syrie, du Sahel et du Nord Mali. Il est donc naturel également de parler capacités et renforcement industriel » poursuit notre interlocuteur. De l’autre côté, ce partenariat quasi-exclusif a « froissé », laissé de côté les autres partenaires européens, habituels de la France – Allemagne, Italie, Espagne – ou nouveaux – Pologne. Ce qui a fait quelques dégâts politiques qu’il importe de réparer. L’idée de pouvoir ouvrir l’accord de Lancaster House aux autres Européens – ou du moins certains chapitres – serait une solution. Mais elle suppose l’accord des Britanniques. Et, c’est là que l’imbroglio se corse. Ceux-ci ne veulent absolument pas entendre parler de coopération sous un chapeau européen et préfèrent le « bilatéral », pour des raisons à la fois politiques, économiques et historiques… La piste de solution est donc assez étroite et demande du doigté. Ainsi la volonté allemande de pouvoir participer au projet franco-britannique de drone n’a pas encore été acceptée mais pas refusée. « Les Britanniques n’ont pas dit non. Ils sont, assez, à l’écoute».

 

La question du QG européen toujours tangente

 

De même, les Britanniques ne veulent toujours pas entendre parler d’un QG européen permanent – un chiffon rouge – mais ils pourraient être sensibles au problème posé en opération. « Ouvrir et fermer à chaque fois un QG (comme c’est obligatoire aujourd’hui sans QG permanent, fait perdre du temps » précise-t-on du côté de Le Drian. « Et on ne capitalise pas les retours d’expériences, il faut donc trouver une forme de pérennité qui ne soit pas synonyme d’unicité du commandement des forces ». On est donc à la recherche, coté français, de solution « pragmatique » qui permette d’apporter une solution qui suscite l’accord des 27.

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 07:30
Eurosatory 2012 : consolidation industrielle et baisse des budgets s’imposent

 

11 juin 2012 Par  Hassan Meddah USINE NOUVELLE

 

Du 11 au 15 juin, les industriels de l’armement et de la sécurité terrestres se donnent rendez-vous au salon Eurosatory, au parc des expositions de Villepinte. Le nouveau ministre de la Défense français, Jean-Yves le Drian, aura l’occasion de préciser les grandes lignes de sa politique industrielle et dire comment il compte favoriser une industrie de défense européenne.

 

Eurosatory, le salon de la défense et de la sécurité terrestres,  continue de faire le plein. Pendant 5 jours, 1400 exposants (grands groupes, PME, forces armées…), et 55 000 visiteurs sont attendus. Dans  les allées et entre les démonstrations dynamiques de mini-drones et de blindés, militaires et industriels devraient évoquer les baisses des budgets de défense en Europe, les  consolidations à venir ainsi que la relance d’une industrie de défense européenne.

 

"Les investissements dans la défense en France n’atteignent que 1,9% du PIB contre environ 10% pour la Chine ou l’Inde, et près de 5% pour les Etats-Unis. Ce niveau est notoirement insuffisant pour maintenir notre rôle de membre permanent du Conseil de Sécurité", indique Christian Mons, président du GICAT, le groupement des industries françaises de défense terrestre.

 

Or la situation ne risque pas de s’améliorer à court terme. Le nouveau ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, qui sera présent lundi sur le salon, a déjà précisé que son ministère sera mis à contribution mais "ni plus ni moins" que les autres. Le ministre, lors d’une interview au journal Le Monde le 6 juin dernier, a déjà défini quelques priorités et certains types d’équipements seront privilégiés notamment les moyens de renseignement et d’ observation (satellites, et drones),  des moyens de protection et d’action des forces aéroterrestres, et les solutions de ravitaillement en vol.

 

Fin mai, il a également remis en cause certains choix de son prédécesseur Gérard Longuet. "Sur les drones, ma posture est très simple, je remets à plat, sans passion et avec pragmatisme", a-t-il  indiqué lors de sa première conférence de presse.

 

Consolidation et coopération

 

Ces coupes dans les budgets militaires français mais également européens pourraient donc favoriser la consolidation entre fabricants et une coopération européenne encore peu développée. Depuis qu’il est en poste , le ministre n’a cessé de militer pour le développement d’une industrie de défense européenne.  "La France prendra des initiatives dans ce sens", a-t-il déjà précisé. Au niveau français, le ministre a les moyens d’inciter les industriels à collaborer notamment à travers les financements de la direction générale de l’armement. En charge d’équiper les armées, elle a dépensé 10,7 milliards d’euros en crédit d’équipements et de recherche au profit des industriels.

 

Reste que tout n’est pas noir. La forte dimension internationale du salon avec près de 70% d’exposants internationaux et de nombreuses délégations étrangères, rappelle que les technologies d’armement made in France se vendent bien à l’export. En 2011, le pays a confirmé son rang de quatrième puissance exportatrice de matériel militaire en 2011 avec des ventes de 6,5 milliards d'euros aux armées étrangères.

 

Reste que tout n’est pas noir. La forte dimension internationale du salon avec près de 70% d’exposants internationaux et de nombreuses délégations étrangères, rappelle que les technologies d’armement made in France se vendent bien à l’export. En 2011, le pays a confirmé son rang de quatrième puissance exportatrice de matériel militaire en 2011 avec des ventes de 6,5 milliards d'euros aux armées étrangères.

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 21:05
Défense, la nouvelle feuille de route

 

 

18 mai 2012, par Philippe Leymarie - Défense en ligne Les blogs du Diplo

 

Le sommet de l’OTAN, à Chicago, les 20 et 21 mai, est une des premières échéances pour la nouvelle équipe gouvernementale française [1]. Peut-être François Hollande, en tant que nouveau président tout juste intronisé, Laurent Fabius aux affaires étrangères, et Jean-Yves Le Drian à la défense – qui ont étrenné l’ex-« Air-Sarko One » –, vont-ils essayer de faire entendre aux Etats-Unis une petite musique différente, notamment sur la fin de l’opération en Afghanistan, tout en n’indisposant pas leurs hôtes américains… et en ne rompant pas avec un atlantisme qui est la marque de fabrique de la social-démocratie.

 

Le secteur de la défense ne s’annonce pas comme un domaine privilégié de la nouvelle présidence. Il a cependant été confié à Jean-Yves Le Drian, un « ami de trente ans » de Hollande, élu de Bretagne, qui s’y est activement préparé ces derniers mois, en multipliant de discrets déplacements aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, etc. L’ex-député-maire de Lorient n’est pas un révolutionnaire : Nicolas Sarkozy avait même pensé à lui comme ministre… de la défense, dès 2007 ! Mais c’est un connaisseur, qui doit s’attaquer sans tarder à une série de dossiers :

 

Retrait accéléré d’Afghanistan. Le petit « plus » de la nouvelle présidence française est cette dead line de fin 2012 pour le retrait du contingent français (au lieu de fin 2013 pour l’ex, Nicolas Sarkozy, et de 2014, officiellement, pour le président Barack Obama). La décision de la France, cinquième contributeur en effectifs de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), passe mal chez les Américains et d’autres pays de la coalition qui s’estiment liés par leurs engagements, et pour qui la défection française est un mauvais signal.

 

Mais tout a été fait pour déminer en amont la controverse, de sorte que le sommet de Chicago ne soit pas celui de la discorde. La vallée de la Kapisa, tenue jusqu’ici par les forces françaises, passera progressivement sous contrôle afghan : le président Karzaï l’a admis. En outre, pour des raisons de volumes logistiques, de priorité de passage sur les (rares) voies d’évacuation du pays, et de protection des convois, ce retrait sera étalé en fait sur le second semestre 2012 et sur une grande partie de l’année 2013 : des soldats français – « non-combattants » selon le vocable présidentiel, mais cependant armés – resteront donc sur place.

 

D’ailleurs, comme l’a reconnu le secrétaire américain à la défense Léon Panetta, le calendrier va être reculé d’un an pour tout le monde : entre le début et la fin du second semestre de 2013, les missions de combat se transformeront en missions de formation, ce qui permettra à toute la coalition combattante de plier bagages dès Noël 2013. Resteront les instructeurs, les logisticiens et leurs protecteurs. La fourchette se rétrécit donc, et le petit « plus » devient presque un moins… D’une manière générale, toutes les opérations extérieures françaises feront l’objet d’une évaluation régulière avec le Parlement, avait promis en mars François Hollande, alors candidat : chiche !

 

L’après 2014. Le sommet de Chicago va évoquer surtout la question de la répartition des tâches, et des contributions après 2014 pour l’appui à l’armée et à la police afghanes (qui devraient compter finalement 228 000 hommes en 2017, pour un budget annuel de plus de quatre milliards de dollars). La France participera à la formation d’unités, comme elle le fait depuis le début, mais ne souhaite pas se mêler des opérations de type antiterroriste, (que les USA et certains de leurs alliés continueront à assumer). Mais Paris acceptera sans doute de s’impliquer largement dans tout ce qui est entraînement, formation en école, etc., à l’exclusion du conseil au combat, pratiqué jusqu’à l’an dernier, notamment au sein des équipes de « mentoring » dites OMLT : c’est dans ce cadre qu’ont été enregistrées le plus de pertes en vies humaines.

 

La France dans l’OTAN. François Hollande, durant sa campagne, n’a pas contesté l’utilité de l’organisation transatlantique – « garantie de notre sécurité », « instrument de gestion de crise » – mais a considéré « qu’aucun bénéfice probant » n’a été retiré du retour de la France dans le commandement militaire intégré, et a évoqué de nécessaires « contreparties ». C’est notamment la question des « étoiles », sur les épaulettes ou les casquettes des généraux.

 

Mais, selon la lettre d’informations stratégiques TTU du 2 mai 2012, la moisson a finalement été plutôt bonne fin avril pour Paris, après des mois de négociations ardues : la France, troisième contributeur financier de l’OTAN, qui détache dans les structures de l’organisation 870 militaires, obtient un total de 19,5 étoiles, passant ainsi de la quatrième à la troisième position, à égalité avec les Britanniques, derrière les Américains et les Allemands.

 

La France conserve notamment le commandement « transformation » de Norfolk, un poste de numéro deux à Ramstein (commandement air) en rotation avec la Grande-Bretagne, un poste de numéro quatre au commandement suprême de Mons (en rotation avec un Allemand), un poste de numéro deux à Northwood (commandement marine) et de sous-chef « opérations » à Naples.

 

Le bouclier antimissile. C’est le point le plus délicat du moment. Les Américains sont à la manœuvre : ils ont le plan, ils veulent imposer leurs équipements, ils comptent bien être ceux qui appuieront sur le bouton… mais aussi présenter la facture aux Européens. C’est, pour ces pays, le risque d’avoir à s’engager pour les vingt ou trente années à venir, sous la bannière américaine, et de devoir payer en plus.

 

C’est aussi un domaine dans lequel les marges sont particulièrement limitées pour la France – un des seuls pays pourtant à espérer, au moins en paroles, pouvoir se doter de moyens nationaux autonomes. Dans l’idéal, il faudrait que les Français, alliés à ceux des européens qui paraissent les plus autonomes par rapport à Washington, obtiennent au moins le report des décisions sur ce bouclier – lesquelles auront des conséquences non seulement budgétaires, mais aussi industrielles et stratégiques (quelle place pour la dissuasion nucléaire française ?).

 

La tension au Sahel. C’est le conflit le plus proche des côtes françaises, qui concerne des alliés ou partenaires traditionnels de Paris : l’Algérie, le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Tchad, le Burkina. C’est aussi un sac de nœuds, avec quatre ou cinq mouvements indépendantistes et islamistes se disputant un espace vaste comme l’Europe, les retombées d’un putsch à Bamako, une demi-douzaine d’otages français, des mines d’uranium, des ressortissants et autres intérêts imbriqués… Les gouvernements et organisations de la région sont tétanisés. Paris garde un œil sur le tout, mais ne peut faire grand-chose – malgré une présence militaire significative (Libreville, N’Djamena, Bangui, Ouagadougou…).

 

Le budget 2013. Cadrage durant l’été, examen en septembre-octobre. Les militaires, dont les effectifs sont en décroissance, notamment depuis 2008, vont chercher à sanctuariser autant que possible leurs crédits, ou en tout cas à empêcher que la défense ne serve de commode « variable d’ajustement ». François Hollande, durant sa campagne, avait affirmé que le budget de la défense serait réduit, mais pas plus que les autres postes du budget de l’Etat (les seules exceptions annoncées concernant l’éducation nationale, la gendarmerie, et la justice).

Les chefs d’état-major se chargent de faire passer les messages aux politiques. L’amiral Bernard Rogel, chef d’état-major de la marine nationale, par exemple, fait valoir dans un entretien publié par le journal de bord de la dixième université d’été de la défense, que « les nouveaux enjeux auxquels nous sommes confrontés [nouvelles routes maritimes, nouveaux trafics, nouvelles ressources outre-mer à exploiter et surveiller, etc.] nécessitent une panoplie minimale de nos moyens pour agir aussi bien en haute mer qu’à proximité du littoral », ce qui implique le prépositionnement de forces, la polyvalence, l’aptitude à durer, etc.. Et donc de ne pas amputer inconsidérément les effectifs et les équipements. L’armée de terre et l’armée de l’air ne manqueront pas de défendre également leur bout de gras…

 

Remis à plus tard. Dans un deuxième temps, il faudra s’atteler à d’autres grands dossiers, notamment ceux-ci :

 

- la rédaction d’un nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité, en s’interrogeant sur l’attitude qui consiste à mélanger – et confondre ? – les deux fonctions, comme cela s’est fait allègrement au temps de George W. Bush aux USA, et de Nicolas Sarkozy en France ;

- un audit de la présence française au sein de l’OTAN – avantages, inconvénients, coûts – et des implications pour l’Europe de la défense (qui a souffert de cette réintégration) ;

- l’audit, par le parlement, des opérations extérieures en cours ;

- des jalons pour une nouvelle politique industrielle de défense, à l’échelle nationale et européenne, en cherchant à ne pas casser l’outil, tout en échappant à l’emprise excessive de groupes monopolistiques (famille Dassault…), et en organisant les mutualisations et spécialisations qui garantiront, au moins à l’échelle européenne, le maintien d’une capacité autonome de recherche et de production – ce qui est à soi seul la quadrature du cercle !

Notes

[1] Lire, à propos de ce sommet, l’article pénétrant d’Olivier Zajec, dans le Monde diplomatique de ce mois de mai : « L’Alliance atlantique présente sa facture à l’Europe ».

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