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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 17:55
L’industrie française de défense – Claude Serfati

 

source Chaire Economie de Défense

 

Ouvrage édité par La Documentation française, en octobre 2014.

 

L’industrie française de défense est peu connue. Or, elle occupe une place importante dans le système productif et les grands groupes industriels de défense sont très présents dans la politique technologique conduite depuis la fin des années 1950. Elle demeure un des fleurons de la France sur les marchés internationaux, alors que la dégradation inquiétante de son industrie manufacturière devient un thème de débat dans les politiques publiques.

Cet ouvrage analyse les mécanismes de l’industrie française de défense, il souligne les singularités de son mode d’organisation, de fonctionnement et son importance qui résultent de son caractère régalien. dans le contexte géoéconomique prévalant depuis le début des années 2000, les enjeux de sécurité nationale ouvrent des perspectives importantes aux groupes de l’armement qui peuvent y trouver un « relais de croissance ».

Les perspectives et les limites de la coopération internationale, ainsi que le volume des exportations d’armes et les conditions particulières de leur mise en œuvre sont également analysés.

Ce livre entend ainsi contribuer aux réflexions nécessaires sur la place de l’industrie de défense dans l’économie française.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 11:55
Effectifs du ministère de la défense

 

27.11.2014 Source : Sénat
 

Question écrite n° 13339 de M. Jean-Léonce Dupont (Calvados - UDI-UC) publiée dans le JO Sénat du 16/10/2014 - page 2326

 

M. Jean-Léonce Dupont attire l'attention de M. le ministre de la défense au sujet des effectifs de son ministère. En effet, le Gouvernement a proposé une baisse de 7 500 du nombre d'emplois au sein de la défense pour la seule année 2015. Il souhaite savoir comment se répartira cette baisse au sein des différentes catégories de personnels de la défense. Par ailleurs il souhaite savoir comment le ministère de la défense va pouvoir faire face à ses engagements, notamment en matière d'opérations extérieures, avec de telles baisses des effectifs.

 

Réponse du Ministère de la défensepubliée dans le JO Sénat du 27/11/2014 - page 2642

 

Afin de parvenir, à l'horizon 2019, au nouveau modèle d'armée, adapté aux ambitions, au contexte stratégique et à la situation des finances publiques, défini par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale publié en 2013, le ministère de la défense devra réduire ses effectifs d'environ 34 000 postes (10 175 au titre de la loi de programmation militaire 2009-2014 et 23 500 au titre de la loi de programmation militaire 2014-2019). Dans ce contexte, la déflation nette des effectifs du ministère s'élèvera en 2015 à 7 500 équivalents temps plein et sera mise en œuvre selon les modalités détaillées dans le tableau suivant :

 

CATÉGORIES
de personnels

ÉVOLUTION
des effectifs

Militaires

Officiers

- 1 000

 

Sous-officiers

- 2 597

 

Militaires du rang

- 2 750

 

Volontaires

- 36

 

Total militaires

- 6 383

Civils

Agents de catégorie A

+ 148

 

Agents de catégorie B

- 14

 

Agents de catégorie C

- 234

 

Ouvriers de l'État

- 1 017

 

Total civils

- 1 117

Total général

 

- 7 500


Comme le prescrit la loi de programmation militaire, le ministère conduira cette politique de diminution de ses effectifs en s'attachant prioritairement à préserver les capacités opérationnelles des forces armées. En conséquence, pour la réalisation de l'objectif de déflation, une contribution plus importante sera demandée aux organismes de soutien, ainsi qu'aux structures organiques du ministère, notamment dans le cadre du regroupement sur le site de Balard de l'administration centrale, des états-majors, et des directions et services.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 08:55
Mission "Défense" et compte d'affectation spéciale "Gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien"


19.11.2014 par M. Dominique de LEGGE -  Sénat

 

Une baisse des crédits budgétaire compensée par la hausse des recettes exceptionnelles

 

1. Selon la nomenclature de la loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM), les crédits budgétaires (CP) de la mission « Défense » passent de 29,6 milliards d’euros en loi de finances initiale pour 2014 à 29,1 milliards d’euros en 2015. En seconde délibération, l’Assemblée nationale a adopté, à l’initiative du Gouvernement, un amendement aggravant cette baisse de 100 millions d’euros. Au total, la baisse des crédits de la mission « Défense » est portée à 600 millions d’euros en CP (- 2 %).

2. En prenant en compte le programme 402 « Excellence technologique des industries de défense », doté en 2014 grâce au second PIA, les crédits inscrits au budget général de l’État pour la mission « Défense » subissent un baisse de 2,1 milliards d’euros en CP, compensée par une hausse équivalente des recettes exceptionnelles, qui sont aléatoires par nature. Les ressources totales de la défense sont ainsi maintenues à 31,4 milliards d’euros, conformément à la LPM.

3. Les recettes exceptionnelles s’élèvent à 2,4 milliards d’euros, dont 230 millions d’euros au titre des cessions immobilières du ministère de la défense et 2,2 milliards d’euros provenant de l’hypothétique cession de la bande de fréquences dite « des 700 MHz ».

4. Les autorisations d’engagement (AE) sont portées de 34 milliards en 2014 à 38,8 milliards en 2015, soit une hausse de 14 %, afin de passer les commandes et marchés prévus par la loi de programmation militaire.

5. Une éventuelle insuffisance des crédits de paiement au cours de l’année 2015 conduirait à des mesures de régulation sur les engagements et remettrait en cause le programme pluriannuel d’investissement et d’acquisition de matériel.

 

La poursuite des orientations de la loi de programmation militaire 2014-2019

 

6. Conformément à la LPM, les crédits d’équipement des forces sont portés de 16,4 milliards d’euros en loi de finances initiale 2014 à 16,7 milliards d’euros en 2015. Afin d’améliorer la préparation et l’activité opérationnelle, les crédits consacrés à l’entretien programmé des matériels progressent de près de 4,5% en 2015 par rapport à 2014.

7. Le financement de ces priorités se fonde sur une stabilisation des dépenses de fonctionnement et une diminution de la masse salariale, rendue possible notamment par des réductions d’effectifs (7 500 en 2015), conformément à la trajectoire de la LPM qui prévoit une diminution totale de 34 000 emplois sur la période.

8. Le budget de la défense pour 2015 prévoit que le calendrier de livraison prévu par la LPM sera respecté.

 

Les points de vigilance pour 2015

 

9. Les annonces trop tardives des restructurations, comme cela a eu lieu cette année, pénalisent les personnels de la défense et empêchent la bonne programmation de ces opérations essentielles au respect de la LPM.

10. Le calendrier des restructurations pour l’ensemble de la période 2016-2019 doit être fixé et annoncé par le ministre de la défense le plus rapidement possible, idéalement avant la fin de l’année 2015.

11. Les restructurations doivent éviter l’échenillage, privilégier la densification des emprises militaires et permettre ainsi de véritables économies de structure et de soutien.

12. Les dysfonctionnements du moteur de paie LOUVOIS continuent de peser sur les dépenses de personnel de la mission « Défense », qui devraient enregistrer un dépassement de 160 millions d’euros en 2014 par rapport à la prévision. Le remplacement de LOUVOIS ne devrait pas intervenir avant 2017.

13. Le projet Balard subit un léger retard mais sera livré au ministère de la défense pour occupation effective à partir du début de l’année 2015. Le coût semble maîtrisé, les dépassements sur les travaux ayant été compensés par des taux d’intérêt plus favorables que prévus.

 

Un budget fragile et insincère

 

14. Malgré un dépassement de près de 650 millions d’euros en 2014, la provision OPEX pour 2015 est inchangée à 450 millions d’euros. Elle sera à nouveau insuffisante en 2015, pour un montant encore indéterminé mais probablement très significatif. En 2014, le financement interministériel met à contribution la mission « Défense » à hauteur de 30 %, pour la couverture du surcoût OPEX comme pour celle des besoins prioritaires des autres missions, soit 10 points de plus que sa part théorique. Il en résulte des annulations de crédits d’équipement prévues par le projet de décret d’avance de fin d’année de 400 millions d’euros en CP.

15. Les annulations de crédit en cours de gestion continuent d’alourdir le report de charges. Le montant des impayés sur service fait constaté à fin 2014 pourrait être porté à 3,8 milliards d’euros, contre 3,4 milliards d’euros fin 2013. Ce montant n’est soutenable ni pour le budget de la défense, ni pour les fournisseurs de la défense.

16. Le calendrier de cession de la bande des 700 MHz présenté dans le projet de loi de finances pour 2015 n’est pas crédible, comme l’admet le ministre de la défense. La prévision de recettes ainsi inscrites sur le CAS «Fréquences » au profit de la défense est insincère : 2,2 milliards d’euros manqueront très probablement à l’appel, ce qui remettrait fondamentalement en cause la loi de programmation militaire 2014-2019, le format d’armée qu’elle vise et les ambitions internationales de la France.

17. Les solutions envisagées par le Gouvernement, notamment la location de matériel militaire au travers d’une « société de projet » financée par des cessions de participations publiques, sont particulièrement douteuses sur le plan technique, juridique et financier.

 

A la date du 10 octobre 2014, date limite fixée par l’article 49 de la LOLF, votre rapporteur spécial avait reçu 100 % des réponses du ministère de la défense à son questionnaire budgétaire.

 

Gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien (non adoption)

(version en pdf)

Mission "Défense" et compte d'affectation spéciale "Gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien"

 

19.11.2014 Examen du rapport spécial

 

Loi de finances pour 2015 - Mission « Défense » et compte d'affectation spéciale « Gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien, des systèmes et des infrastructures de télécommunications de l'État »

 

Enfin la commission procède à l'examen du rapport de M. Dominique de Legge, rapporteur spécial, sur la mission « Défense » et le compte d'affectation spéciale « Gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien, des systèmes et des infrastructures de télécommunications de l'État ».

 

M. Dominique de Legge, rapporteur spécialFacialement, le budget de la défense pour 2015 est conforme à la loi de programmation militaire (LPM) pour les années 2014 à 2019. Les ressources totales de la défense, soit 31,4 milliards d'euros en crédits de paiement, sont stables par rapport à 2014.

La comparaison des budgets 2014 et 2015, programme par programme, est rendue difficile par la réforme, engagée en 2013, de la gouvernance des effectifs du ministère et du pilotage de sa masse salariale.

Conformément à la loi de programmation militaire (LPM), les crédits d'équipement des forces passent de 16,4 milliards d'euros en 2014 à 16,7 milliards d'euros en 2015. Afin d'améliorer la préparation et l'activité opérationnelle, les crédits consacrés à l'entretien programmé des matériels progressent de près de 4,5 %. Les programmes d'armement se poursuivent comme prévu, les autorisations d'engagement de la mission augmentant de 14 %. Cette hausse, conforme à la trajectoire fixée par la LPM, est rendue possible par la stabilisation des dépenses de fonctionnement et une baisse prévue de la masse salariale de 1,9 %. Les réductions d'effectifs sont d'ailleurs engagées selon le rythme fixé par la LPM - 7 500 emplois temps plein (ETP) seront supprimés en 2015 - et de nouvelles restructurations ont été récemment annoncées par le ministre.

Cette façade rassurante cache une réalité bien plus sombre : ce budget est irréaliste et insincère, sur le plan des dépenses comme des ressources.

Le premier des postes de dépenses manifestement sous-évalués est celui des OPEX. Leur coût en 2014 sera d'environ 1,1 milliard d'euros. Malgré ce dépassement de près de 650 millions d'euros, la provision destinée à couvrir ces opérations en 2015 est inchangée à 450 millions d'euros. Or je n'ai pas entendu dire que nous allions nous désengager du Mali, de la Centrafrique ou de l'Irak. Contrairement à ce qu'on a voulu nous faire croire, le ministère de la défense participe au financement des OPEX à hauteur de 30 % à travers la réserve de précaution interministérielle. D'ailleurs, 400 millions d'euros de crédits d'équipement de la mission « Défense » vont être annulés par décret d'avance pour 2014, au titre de la solidarité interministérielle

Les équipements, déjà très anciens, engagés en OPEX subissent une usure accélérée alors que nos forces en ont plus que jamais besoin. La prolongation de leur activité en attendant la livraison de nouveaux matériels pourrait coûter jusqu'à 350 millions d'euros sur la période de programmation, qui ne sont pas prévus au budget. C'est le coût des mesures de régulation des engagements, c'est-à-dire de la temporisation des commandes de nouveaux équipements provoquée par les multiples annulations de crédits que subit la mission « Défense » en cours de gestion.

Les dysfonctionnements du moteur de calcul de paie Louvois continuent de peser sur les dépenses de personnel de cette mission, qui finance l'intégralité du surcoût, selon le principe d'auto-assurance du titre 2 : 160 millions d'euros de crédits de paiement normalement destinés aux investissements seront annulés pour abonder ce titre 2.

La prévision de dépense pour 2015 ne prend pas en compte la probable répétition de ce surcoût, alors que le remplacement de Louvois ne devrait pas intervenir avant 2017. De l'ensemble de ces facteurs, qui se répéteront en 2015, il résulte que le montant des impayés reportés sur l'exercice 2015 pourrait atteindre 3,8 milliards d'euros, contre 3,4 milliards d'euros fin 2013 : la moitié des crédits d'investissement pour 2015 serviront à régler les impayés des exercices précédents, tandis que la moitié des dépenses prévues interviendront grâce à un crédit forcé sur les fournisseurs de la défense. Cette situation n'est soutenable ni pour le budget de la défense, ni pour ses fournisseurs, dont la trésorerie est mise à contribution.

La situation des ressources est tout aussi préoccupante. Pour atteindre les 31,4 milliards d'euros prévus, le budget 2014 avait complété les 29,6 milliards d'euros de crédits budgétaires par une ponction de 1,5 milliard d'euros sur le programme d'investissement d'avenir (PIA) et par 200 millions d'euros de produits de cessions. Contestable au regard des principes puisque les subventions destinées au CEA et au CNES venaient en réalité financer l'annuité 2014 de programmes d'armement déjà engagés, cette mesure avait au moins le mérite d'inscrire des ressources certaines.

La situation est bien différente pour 2015 : les crédits budgétaires proprement dits reviennent de 29,6 à 29,1 milliards d'euros. On cherche les 500 millions d'euros manquants dans des recettes exceptionnelles qui passeraient de 1,7 milliard d'euros en 2014 à 2,3 milliards d'euros en 2015... si elles se réalisaient. Or le contraire est certain, le ministre de la défense lui-même l'a reconnu. Un amendement du Gouvernement a en outre été adopté par l'Assemblée nationale : les crédits budgétaires sont encore réduits de 100 millions d'euros au titre du coup de rabot général.

Les ressources exceptionnelles censées compenser cette baisse viendraient de la vente des fréquences libérées par la TNT. Elle ne se réalisera pas dans le délai imparti. Le Gouvernement travaille actuellement à une solution de rechange : on nous annonce le montage complexe d'une société de projet qui rachèterait des matériels au ministère de la défense pour ensuite les lui louer. Nous ne sommes pas parvenus à obtenir le rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) et du contrôleur général des armées (CGA) sur ce sujet. Le problème posé pour l'indépendance de nos armées est manifeste, et d'un strict point de vue budgétaire, cela s'appelle de la cavalerie : il faudra un jour ou l'autre payer le coût de ce support.

La situation est d'autant plus grave que nos forces sont sollicitées au-delà de leurs capacités de régénération : la disponibilité des matériels s'effondre et la préparation des troupes en métropole en souffre. Les lacunes capacitaires se font de plus en plus criantes et les programmes d'armement censés les combler sont compromis par l'impasse financière dans laquelle se trouve la défense. Le ravitaillement en vol est assuré par des Boeing KC135 vieux de presque 60 ans, et dont la disponibilité ne cesse de diminuer. Les véhicules de l'avant blindé (VAB), eux, ont plus de 35 ans.

Quel signal envoyons-nous à nos soldats en siphonnant le financement de ces programmes vitaux pour notre sécurité ? On nous demande de voter un budget présentant 3,8 milliards de reports et 2,2 milliards d'euros de recettes exceptionnelles qui, de l'aveu même du ministre, ne se feront pas ; s'y ajoute le surcoût réel des OPEX, qui se montera à 0,2 ou 0,3 milliard d'euros pour le seul ministère de la défense. Ce budget est insincère à hauteur de 6 à 6, 2 milliards d'euros sur un total de 31 milliards d'euros.

Nous pourrions être tentés de faire confiance au Gouvernement, mais la nouvelle dégradation budgétaire dont l'Assemblée a été le théâtre la semaine dernière nous l'interdit. C'est un signe suffisamment grave pour que je vous invite, à regret, à ne pas voter à ce stade les crédits de la mission « Défense ». Nous nous associerions par-là à un mensonge d'État.

 

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général. - La tradition, pour la majorité sénatoriale, était de voter ou de s'abstenir sur les crédits de la défense. La gravité des éléments rapportés par Dominique de Legge la remet en cause. La France est sans doute le pays le plus engagé à l'extérieur. Certaines novations budgétaires sont inadmissibles : l'équilibre de ce budget repose sur des recettes exceptionnelles et aléatoires, pour ne pas dire illusoires. Il est donc insincère. Quant à l'idée d'une société de projet, si le ministère de la défense recourt déjà à des partenariats public privé (PPP), nous ne les avons jamais étendus aux armes létales. Nous sommes tout simplement en présence d'une technique de débudgétisation appliquée à l'armement. J'appelle à contrecoeur l'attention du Gouvernement sur la gravité de ses choix.

 

M. Vincent Capo-Canellas. - Je salue la lucidité de ce rapport. Je m'étais opposé à la loi de programmation militaire, qui promettait son lot de désillusions. La théorie des recettes exceptionnelles ne peut reposer que sur la durée ; à défaut, elle fait peser un risque important sur notre outil de défense, sur l'industrie, qui pâtit durement de l'absence de grands programmes, et bien sûr sur la situation de nos soldats présents sur différents fronts. L'idée de location de matériels ne doit pas être rejetée a priori, mais étudiée avec prudence.

 

M. Philippe Dallier. - Je crains de voir venir le moment où, après un événement grave sur un théâtre d'opérations extérieur, le matériel sera incriminé et où l'on nous demandera ce que nous avons fait. Nous ne sommes pas à la hauteur du courage de ceux que nous envoyons en opérations extérieures. Nous le répéterons avec force dans l'hémicycle : il n'est pas question pour nous d'approuver ces crédits.

 

M. Jean Germain. - Refuser les crédits de la défense nationale serait très grave à l'heure où la France, conformément à la tradition suivie depuis le général de Gaulle, est engagée seule dans plusieurs opérations extérieures. Nous devons pouvoir continuer à moderniser notre armée et à faire fonctionner l'industrie de la défense. Atteindre un consensus sur ces trois points suppose des équilibres complexes. Le sujet n'est pas uniquement budgétaire et comptable. Chacun en conviendra, le ministre de la défense se bat pour maintenir les capacités de l'armée française. C'est pourquoi je suis moins réservé que vous sur l'accélération des commandes à nos industries - Airbus Group, Dassault, Thales, Safran, la DCNS, le groupe de formation DCI...

La France vient de recevoir de l'Arabie saoudite une commande de 3 milliards de dollars de matériel militaire destiné au Liban. Nous pourrions créer un Special Purpose Vehicle (SPV), suivant l'exemple des États-Unis et d'Israël, afin de financer des achats d'armement moderne. Il ne s'agirait pas d'une société privée : l'État y détiendrait, moyennant 2 milliards d'euros ou 2,5 milliards d'euros, une minorité de blocage. Ce mode de financement de matériel militaire sophistiqué ne peut être écarté d'un revers de main. Avant d'entrer en guerre en 1917, les Américains ont acheté des chars Renault : cette réussite de Clemenceau a largement contribué à financer l'effort de guerre. Clemenceau ou de Gaulle ne sont pas des symboles de déclin.

 

M. Maurice Vincent. - Dispose-t-on d'une évaluation consolidée du coût de l'opération Louvois ? Je suis plus circonspect que vous sur celui du projet Balard. Les PPP ont fait l'objet d'évaluations critiques, notamment par le Sénat. Pour Balard, vous nous dites que le surcoût des travaux pourrait être compensé par la faiblesse des taux d'intérêt, en quelque sorte par accident. Ce n'est pas un argument que l'on peut retenir. S'il faut compter sur une baisse hypothétique sur les prochaines années, on peut se faire du souci.

 

M. Roger Karoutchi. - Le président Wilson aurait aussi voulu que les Américains participent à la SDN, monsieur Germain. J'ai toujours voté les crédits de la défense, ou bien je me suis abstenu, quels que soient les gouvernements. C'est donc avec amertume que je me dispose à voter contre, en dépit de mon estime pour Jean-Yves  Le Drian. Le chef d'état-major nous dit que nos soldats n'ont plus les moyens de s'entraîner et de faire sortir les blindés des casernes. On ne peut demander à notre armée d'être partout présente pour défendre nos valeurs tout en lui en refusant les moyens. Mon refus sera un vote d'appel au Gouvernement : la rigueur budgétaire ne doit pas compromettre notre défense, ce serait pour nous parlementaires une responsabilité dramatique.

 

M. François Marc. - Je voterai ces crédits pour démontrer la mobilisation de nos forces politiques au côté de nos forces militaires, malgré les arbitrages douloureux auxquels il nous faut consentir. Que pense le rapporteur spécial des mutualisations à l'échelle européenne ?

 

M. Vincent Delahaye. - Réticent sur les PPP, je m'étais opposé à la désastreuse opération Balard. Je suis très réservé, pour les mêmes raisons, au recours à des sociétés pour louer du matériel. C'est une usine à gaz imaginée pour dissimuler l'insincérité de ce budget, que je ne voterai pas.

 

M. Claude Raynal. - La droite est pourtant coutumière du recours aux PPP, notamment dans ses politiques locales. Il ne s'agit ici que d'un système financier remplaçant des acquisitions par des locations. Il serait intéressant de comparer l'effort de la France pour sa défense à celui de l'Allemagne...

La France consent un effort considérable au nom de toute l'Europe. Chaque rapporteur a fait une proposition de réduction de crédits. Quelle augmentation préconiseriez-vous ici ?

 

M. Dominique de Legge, rapporteur spécial- Le problème est bien, comme l'a dit le rapporteur général, celui de l'adéquation entre nos ambitions et nos moyens. La société de projet ne figure pas dans le budget que nous votons : l'évoquer revient à reconnaître que les recettes exceptionnelles inscrites dans ce budget ne se feront pas.

Nous n'avons pas obtenu communication du rapport que le Gouvernement a demandé à l'IGF - cela finira par un contrôle sur place et sur pièces. S'agirait-il de sociétés publiques ou privées ? Comment peut-on incriminer le PPP de Balard et en proposer de nouveaux pour l'armement ?

L'opération Louvois est un désastre dont nous subissons les conséquences. Le remplacement a été décidé fin 2013, la bascule aura lieu en 2017. Le coût exact semble difficile à obtenir. Se pose dans l'immédiat la difficulté de recalculer toutes les fiches de paye : si certains n'ont pas touché leur dû, beaucoup ont bénéficié de trop-perçus - qui ne reviendront pas dans le budget des armées.

 

M. Gérard Longuet. - Le logiciel Louvois a d'abord été testé de manière satisfaisante dans le service de santé des armées, qui compte 10 000 fonctionnaires. Puis il a été utilisé dans l'armée de terre. Il est très vite apparu qu'il n'était pas adapté à la complexité du paiement des soldats en campagne. Cela ne concernait théoriquement que 1,5 à 2 % des effectifs... mais jamais les mêmes ! En réalité, tous les soldats étaient susceptibles d'être affectés. Les épouses des militaires lésés se sont mobilisées pour réclamer à l'Etat les sommes non versées. A l'inverse, les engagés volontaires qui ont bénéficié de trop-versé ont quitté l'armée au terme de leur contrat sans rien signaler et le recouvrement des sommes payées à tort supposait des procédures complexes. Dans la marine, la mise en place de Louvois, demandée par l'État-major, s'est bien déroulée.

Grâce à Louvois, l'on aurait pu supprimer 800 emplois administratifs, soit l'équivalent d'un régiment qui aurait ainsi été sauvé. Le système n'a pas fonctionné car la paie du soldat est diabolique : chaque mouvement, chaque sortie du quartier ou de la caserne, chaque entrainement engendre des indemnisations dont le montant est variable et imprévisible. Le logiciel était adapté pour des petits effectifs mais non pour de grands effectifs centralisés.

 

M. Dominique de Legge, rapporteur spécial. - La défense européenne n'est pas un élément nouveau. Il est loisible d'inscrire en recette exceptionnelle des contributions de nos alliés ; il appartient au Gouvernement de se rapprocher de ceux-ci pour garantir la recette attendue. En l'état actuel des choses, le budget est totalement déséquilibré.

Je partage l'analyse de François Marc selon laquelle il faut démontrer la mobilisation des forces politiques malgré les arbitrages. Mais de quelle mobilisation parle-t-on lorsque, la semaine dernière, l'Assemblée nationale a adopté en seconde délibération un amendement diminuant les crédits des armées ? Il est excessivement grave de continuer à inscrire des recettes dont chacun sait, y compris le ministre, qu'elles sont inexistantes.

Comme Jean Germain, je suis gêné de conclure à la non adoption de ces crédits mais c'est le meilleur service à rendre à nos armées. Nous ne pouvons laisser croire que nous pensons ce budget réaliste. Je veux espérer que, lors de la discussion en séance plénière, le Gouvernement annoncera qu'il va respecter la loi de programmation militaire et qu'il pourra trouver dans un délai raisonnable les 2,3 milliards d'euros de recettes exceptionnelles qui manquent actuellement. Nous reverrons alors notre position. En l'état du projet de Jean-Yves Le Drian, nous avons toutes les raisons de penser que cette recette n'existera pas en 2015. Ce vote est un appel au Gouvernement à se ressaisir et à dire la vérité au moment où nos forces armées sont engagées au péril de leurs vies.

 

À l'issue de ce débat, la commission décide de proposer au Sénat ne pas adopter les crédits de la mission « Défense ».

 

M. Dominique de Legge, rapporteur spécial. - Les crédits du CAS sont tout aussi insincères. Je recommande le même vote.

 

La commission décide de proposer au Sénat de ne pas adopter les crédits du compte d'affectation spéciale « Gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien, des systèmes et des infrastructures de télécommunications de l'État ».

La réunion est levée à 16h45.

Le compte rendu de cette réunion sera publié ultérieurement.

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 20:55
photo MinDef FR

photo MinDef FR

 

20 Novembre 2014 par valeursactuelles.com

 

Coulisses. La tenue du budget de la Défense sur les engagements de la loi (à 31,4 milliards d'euros en 2015) n'est toujours pas complètement assurée.

 

Lire l'article

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 19:54
"les choix de défense dans un environnement budgétaire contraint" à Sciences Po (19 nov.)


17/11/2014 Ministère de la Défense

 

Organisé conjointement par l'OED (SGA/DAF) et Sciences Po en présence du ministre et de ses grands subordonnés

 

De façon à stimuler les échanges dans le domaine de l’économie de la défense, l’OED organise désormais chaque année un événement public. En 2013, un colloque ayant pour titre « Economie et choix stratégiques de défense » s’est tenu à l’école militaire en partenariat avec HEC et l’IRSEM. 

 

Le mercredi 19 novembre 2014 se tiendra un grand débat à Sciences Po, en présence du ministre, du major général des armées, du délégué général pour l’armement et du directeur des affaires financières sur "les choix de défense dans un environnement budgétaire contraint".

 

A un moment où le Parlement doit se prononcer sur l’exécution de la loi de programmation militaire, l’enjeu de ce débat est de partager les points de vue et les analyses sur les orientations prises ou envisageables pour rendre compte à la fois des ambitions stratégiques et des contraintes économiques. Seront notamment abordés les arbitrages en matière de programmes d’armement, les choix capacitaires, les externalisations, les conditions de maintien des compétences (tant en interne au ministère qu’au sein de l’industrie) ou encore les opérations extérieures.


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L’Observatoire Economique de la Défense (OED) fait partie de la Direction des Affaires Financières (DAF) au sein du Secrétariat Général pour l’Administration du ministère de la Défense.

Service statistique ministériel, l’OED remplit une mission à la fois de nature statistique et économique. Il collecte, rassemble et synthétise l’information utile aux autorités du ministère et engage des études économiques sur l’ensemble des domaines d’intervention du ministère (contrats d’armement, analyse industrielle, impacts des efforts de défense, externalisations, ressources humaines, etc.). L’objectif poursuivi est d’éclairer les décideurs, tant publics que privés, en leur fournissant l’information adéquate ainsi que des clés de lecture des mécanismes économiques à l’œuvre dans les opérations envisagées ou en cours.

Pour remplir ses missions transversales à tous les services du ministère, l’OED dispose de compétences originales structurées autour de statisticiens de l’INSEE et de docteurs en économie.


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2 questions à Christian Calzada, chef de l’OED :


La question du poids économique de la Défense dans notre pays revient régulièrement et plus particulièrement en période de réorganisation territoriale. Peut-on le mesurer et si oui comment ?

 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le budget 2014 du ministère de la Défense avec 42,2 Mds €, représente 13,8 % du budget général de l’Etat et compte près de 279 000 agents. Il finance en moyenne 15 % de la R&D publique. Le ministère est également le premier acheteur et premier investisseur public en France. Il alimente également par ses achats, 26 000 entreprises en France, pour un montant de 14,5 Mds € en 2013. 9 entreprises sur dix sont des PME. A ces achats s’ajoutent ceux réalisés par les grands maîtres d’œuvre industriels auprès des PME / ETI, soit 20,2 Mds € en 2012. Enfin les entreprises de la Base industrielle et technologique de défense réalisent un quart des exportations totales françaises. On estime à 165 000, les emplois directs et indirects générés par les efforts de défense en France.

 

Il y a encore peu de recherches universitaires sur l’économie de défense, pourquoi et comment souhaitez-vous développer ces relations ?

 

Il n’existe pas « d’économie de la défense » au sens strict du terme mais plutôt un domaine qui constitue un cas d’application des outils développés par la science économique. En France et ce contrairement à d’autres pays, les travaux en « économie de la défense » restent dispersés et peu référencés dans les revues internationales. « L’économie de la défense » manque de représentation et de structuration. Et pourtant la défense mérite toute l’attention des économistes et ce au regard des montants investis et des mutations majeures qui ont marqué la défense depuis les années 80 (professionnalisme, nouvelles missions, externalisation, dualité, etc.). L’OED a pour vocation à contribuer à la diffusion d’une culture économique de la défense originale et féconde en entretenant des contacts étroits avec les décideurs publics et privés. L’OED couvre un vaste éventail de thématiques et reste la référence dans un vaste ensemble de domaines (économie industrielle, politiques publiques, commerce international, etc.). Par les conférences et séminaires qu’il organise ou auxquels il participe, il est un lieu d’échange privilégié entre acteurs. Il permet également la rencontre entre chercheurs et praticiens sur les grandes questions économiques d’actualité. Il assure ainsi la diffusion d’une meilleure culture économique dans son domaine. Son action s’oriente également vers le développement de programmes de formation permettant aux professionnels d’acquérir la maîtrise des instruments de l’analyse économique contemporaine.

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 14:56
Carte des opérations Oct. 2014 - source EMA

Carte des opérations Oct. 2014 - source EMA

 

11/11/2014 Par lefigaro.fr

 

Le projet de loi de finances rectificative, qui sera présenté mercredi, prévoirait de compenser les dépenses de l'Etat liées notamment aux interventions militaires.


Les opérations militaires au Mali, en Irak ou encore en Centrafrique sont la première cause du dérapage budgétaire que le gouvernement entend compenser par les mesures d'économies supplémentaires présentées mercredi, assurent Les Echos. Selon le site du quotidien économique, le projet de loi de finances rectificative «prévoirait de l'ordre de 2,2 milliards d'euros d'annulations de crédits cette année pour contenir l'évolution de la dépense de l'Etat». L'opération vise «à compenser le dérapage de certains budgets sous-dotés».

 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 16:55
Pierre de Villiers : « L’Armée supporte les deux tiers des suppressions de postes de l’Etat »

Nommé en février 2014, Pierre de Villiers doit mener à la fois trois opérations extérieures et une profonde restructuration de l’armée - photo EMA

 

09/11 Par Alain RUELLO – LesEchos.fr

 

« Da materiam splendescam » - « Donne-moi les moyens et je resplendirai » - c’est la devise du 2e dragons, le premier régiment dans lequel a servi Pierre de Villiers. Au moment où elle est engagée sur trois fronts, où les crédits de la Défense sont sous pression et alors qu’elle doit encore supprimer 25.800 postes, l’armée française a-t-elle encore de quoi resplendir ? « Oui » répond son chef d’état-major en cette veille du centenaire de l’armistice de la grande guerre, même s’il ne nie pas l’ampleur du défi.

 

En cette veille du 11 novembre, l’armée française a-t-elle le moral ?

 

La commémoration du 11 novembre est tout à fait singulière cette année, et j’y attache une attention particulière. Début septembre, nous avons organisé une journée « Cent Villes, Cent Drapeau et Cent Héros » pour commémorer le centenaire, et plus particulièrement la transmission des valeurs militaires entre le poilu d’hier et le soldat d’aujourd’hui : le courage, la fraternité d’armes, la cohésion, le sens du sacrifice. Ces valeurs qui, finalement, ont traversé ces années, constituent le socle du moral. Le moral des armées est excellent en opération, il est à surveiller dans le temps de paix car nous menons une profonde transformation. La vie quotidienne aujourd’hui dans les armées n’est pas toujours facile.

 

Il reste encore 25.794 postes à supprimer de 2015 à 2019. Est-ce possible sachant que vous doutez que l’on puisse faire partir 1.000 départs officiers cette année ?

 

Bien sûr qu’on peut y arriver. On le doit. Nous allons tirer les enseignements de cette année durant laquelle nous aurons supprimé 7.500 postes. Un millier d’officier, c’est trois fois plus que ce que l’on a fait en 2013. C’est un énorme effort. Je ne peux pas forcer les gens qui ne le souhaitent pas à partir. Il faut adapter nos incitations au départ pour offrir des conditions de reconversion acceptables. La réforme des ressources humaines est une partie très importante de ma responsabilité puisqu’on touche aux hommes et aux femmes des armées qui sont exceptionnellement dévoués et qui obtiennent des résultats incroyables en opération. La facture est très importante. Ce qui est clair, c’est que nous ne ferons pas ces déflations d’effectifs sans restructurations, sans transfert d’unités, sans dissolutions.

 

Malgré cela, l’armée attire toujours ?

 

Oui, les armées attirent toujours. Nos personnels y trouvent ces valeurs, cette cohésion, cette camaraderie, cette communauté humaine, au service de la France.

 

Mais comment susciter les vocations d’officiers quand on supprime des régiments ?

 

Notre modèle de ressources humaines va évoluer face à cette nouvelle donne. A l’évidence, il faudra changer la pyramide pour mieux adapter le grade à la responsabilité et à la rémunération de façon à ce que chacun à sa place ait un sentiment d’essentialité dans l’édifice. Et que les carrières, dont la première partie est généralement vouée aux opérations tandis que la seconde l’est plus à des emplois d’Etat-major ou d’administration, demeurent attractives. Nous ne devons conserver que les effectifs nécessaires à l’institution, mais avec un dispositif juste et équitable, en conservant ce qui fait notre trésor : l’ascenseur social. Aujourd’hui, vous pouvez commencer deuxième classe et terminer colonel ou général.

 

Au sein de l’Etat, la Défense paye un tribu plus lourd que les autres ministères ?

 

Je ne me permettrai pas d’établir une comparaison. Ce que je note, c’est que nous représenterons cette années 60% des déflations d’effectifs de l’Etat, et 66% l’année prochaine. Nous prenons notre part dans la réorganisation de l’Etat. A ce titre, la loi de programmation militaire me semble un bon compromis entre la souveraineté financière et la souveraineté de la défense. On a donné.

 

L’opération Barkhane n’aligne « que » 3.000 hommes pour contrôler 5 pays du Sahel. C’est jouable ?

 

Cette opération répond à un concept transfrontalier car nous avons affaire à des groupes armés terroristes extrêmement mobiles, qui connaissent le terrain, et qui se jouent des frontières. L’objectif n’est pas que l’armée française contrôle l’ensemble de la zone. L’objectif c’est de neutraliser ces groupes en lien étroit avec nos amis Africains. Barkhane c’est d’abord le partenariat élargi. Nous coopérons avec cinq pays - Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad – j’y adjoins le Sénégal et l’Algérie. Je vous assure que cette coopération est efficace. Trois mille hommes aujourd’hui, peut-être un peu plus demain, c’est suffisant. On a mis en place une boucle vertueuse. Elle passe d’abord par le renseignement pour lever les cibles. Il s’agit ensuite de suivre ces cibles 24 heures sur 24, avec des drones notamment. Si on les lâche ne serait-ce qu’une heure, elles disparaissent dans le désert. Enfin, nous déployons les capacités pour les neutraliser au bon endroit et au bon moment. Le tout avec un facteur clé, la surprise. Un exemple, il y a trois semaines nous suivions depuis une semaine un convoi de 6 pick-ups au nord du Niger. Résultat : trois tonnes de munitions et d’équipements détruits, ving-et-un terroristes neutralisés ou prisonniers.

 

Malgré ces succès, l’opinion publique peut avoir le sentiment que ces groupes seront toujours là.

 

Cette opération sera longue. Mais la question est la suivante : veut-on que ces groupes arrivent chez nous ou pas ? Ma principale mission c’est de protéger les Français. Si on ne va pas les chercher sur place, ils viendront nuire chez nous. Les pertes chez l’adversaire, en particulier au niveau des têtes de réseaux, me font dire que Barkhane est un succès, même si ce n’est pas facile. Les récents combats au Nord Mali qui ont coûté la vie à l’adjudant Thomas Dupuy, le démontrent. Ils se déroulent au corps à corps.

 

De la même manière on peut vaincre Daech en Irak et en Syrie ?

 

Le terrorisme est global. C’est l’honneur de la France d’être intervenue en Irak au cœur de l’été. Si tel n’avait pas été le cas, Daech aurait pu entrer dans Erbil ou Bagdad. Nous avons été les premiers à fournir de l’aide humanitaire, à armer les Peshmergas, et à Bombarder avec les Américains. Mais la solution, c’est l’action terrestre menée par les forces locales. Les bombardements contiennent, mais ne suffisent pas. La deuxième phase ce sera la contre-attaque.

 

Dans combien de temps ?

 

Quand les forces locales seront en mesure de le faire. Il faudra des mois pour les rééquiper, les ré-entrainer, en Irak ou en Syrie. Nous gagnerons la guerre c’est certain, avec une coalition de 22 pays telle qu’elle s’est constituée. Mais il faudra derrière gagner la paix. Le chantier est politique, diplomatique ou psychologique avec les populations. Le plan de campagne doit intégrer tous ces facteurs.

 

La France s’accroche à son modèle d’armée complet et vous-même le défendez comme la meilleure réponse à la diversité des crises actuelles. Sauf que, LPM après LPM, ce modèle rétrécit et les budgets avec. Est-ce que l’on ne se ment pas ?

 

C’est une question que l’on s’est posée lors de la rédaction du livre blanc. Nous sommes capables de demeurer une puissance globale, avec parfois des moyens très comptés, à partir du moment où la loi de programmation, qui est un projet cohérent, est respectée. Elle a le grand mérite d’avoir été cousue main. Chaque agrégat a été étudié à la loupe. Tout est une question de rythme. Si les équipements n’arrivent pas comme prévu, nous aurons des trous capacitaires. Pour l’instant, la loi de programmation s’exécute normalement, et j’entends bien qu’il en soit ainsi l’année prochaine…

 

… il manque 2,1 milliards dans le budget de la défense 2015. Le projet de société de projet qui louerait du matériel à l’armée s’apparente à une usine à gaz…

 

Oui (sourire)

 

… vous y croyez ?

 

Ensemble, autrement, au mieux : ce sont mes trois mots clés pour la loi de programmation. Je voudrai insister sur le deuxième : si à chaque fois on ferme une piste nouvelle avant même de l’avoir ouverte, cela ne marchera pas. La LPM est calculée au plus juste. Elle tiendra à un certain nombre de conditions, dont une est que l’on accepte de faire autrement. Il faut avoir un esprit novateur, de défricheur. C’est comme cela que toutes les réformes sont conduites.

 

Sauf que ces sociétés de projet, ce n’est pas nouveau. Cela a été étudié maintes fois, sans succès…

 

Je ne suis pas expert en la matière. Je demande qu’on creuse la piste. Il y a une vraie volonté politique pour le faire, je m’en réjouis.

 

Quelles seront vos exigences par rapport au matériel qui pourrait être loué ?

 

Ce qui m’importe, c’est d’abord que cela ne coûte pas d’argent. Avec le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, nous voulons 31,4 milliards d’euros en 2015. Ensuite, je veux être associé au choix des équipements, car la location ne doit pas impacter les rythmes de livraisons. Enfin, il ne faut pas ajouter des conditions à leur utilisation en opération. Pour le reste, je suis extrêmement ouvert. Si cette piste s’avère impossible, nous en trouverons une autre. De toutes façons, j’ai l’assurance de la sanctuarisation des crédits militaires par le Président de la République qui l’a répété à de multiples reprises ces derniers mois. Nous avons 8.500 soldats engagés dans le monde. Les menaces ont augmenté depuis le vote de la LPM. Est-il raisonnable de penser que le budget de la défense ne soit pas respecté ? Les citoyens n’ont-ils pas besoin d’être protégés ?

 

Qu’est ce qui fait un bon chef d’Etat-major des armées ?

 

Je ne sais pas si je suis un bon chef d’Etat-major des armées, mais je pense avoir été bien préparé, avec une expérience interministérielle et quatre années comme major général, c’est-à-dire numéro deux avant d’être numéro un. Dans un grand groupe, c’est souvent un parcours similaire. Dans cette période qui n’est pas facile, ma principale préoccupation c’est la conduite des opérations militaires et de transformation. Je conduis la transformation comme une opération militaire. La finalité des armées c’est la conduite des opérations, et la finalité de la transformation doit demeurer la conduite des opérations.

 

L’Europe de la défense, quand vous y pensez - si vous y pensez - ça vous fait sourire, ça vous laisse indifférent, ou ça vous désole ?

 

L’Europe de la défense, ça me rend pragmatique. Elle se construit pas à pas, par des projets à géométrie variable. Nous avançons.

 

Quand on additionne tous les effectifs militaires en Europe, on aboutit à 2 millions d’hommes sous les drapeaux. On en fait quoi de ces deux millions de soldats ?

 

Moi je construis l’armée des ambitions de la France et des besoins d’aujourd’hui, pas l’armée de mes rêves. La loi de programmation impose des économies par des coopérations bilatérales ou multilatérales à dominante européennes. Les choses avancent.

 

Elles avancent à quel rythme dans le cadre du traité franco-britannique de Lancaster House ?

 

Il se trouve que comme major général, avec mon homologue britannique de l’époque, Nicholas Houghton qui est devenu chef d’Etat-major comme moi, j’ai été désigné pour conduire ce projet. On en parle assez peu, et ça se déroule correctement. Le poumon de Lancaster House, c’est la force expéditionnaire commune. Nous avons réussi à rendre nos systèmes d’information compatibles. Nous serons au rendez-vous en 2016, j’en suis persuadé. Sur le reste du traité, certains projets ont bien avancé, comme les drones de combat ou la guerre des mines. Je crois beaucoup à la coopération avec les Britanniques qui n’est pas exclusive de la coopération avec l’Allemagne.

 

Vous voyagez beaucoup. Quelle image vos interlocuteurs vous renvoient-ils de la France ?

 

La France est un pays admiré, respecté et je le mesure partout où je vais. Une anecdote : à Washington, lors du sommet des chefs d’Etat-majors de la coalition anti-Daech, 22 pays étaient représentés. Barack Obama passe une heure et demie avec nous. Le général Dempsey, chef d’Etat-major américain, a choisi trois d’entre nous pour s’exprimer devant le Président américain. J’étais un des trois.

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 16:55
"Il faut arrêter le petit jeu entre Bercy et la Défense" (Cornut-Gentille)

Défense "Plus on creuse sur le projet des SPV (Special Purpose Vehicle), plus il soulève de nombreuses questions sur sa faisabilité, puis sur son mode de fonctionnement", selon François Cornut-Gentille (UMP, Haute-Marne)

 

05/11/2014 Propos recueillis par Michel Cabirol – Latribune.fr

 

Membre de la commission des finances de l'assemblée nationale, François Cornut-Gentille, député de la Haute-Marne, pose la question de la sincérité de la loi de programmation militaire. Mais il "ne doute pas de la sincérité de Jean-Yves Le Drian".

 

Les SPV (Special Purpose Vehicle), un projet qui tient à cœur Jean-Yves le Drian, sont-ils vraiment une solution pour le budget de la défense 2015 ?
Plus on creuse sur ce projet, plus il soulève de nombreuses questions sur sa faisabilité, puis sur son mode de fonctionnement. Il y a encore de nombreux problèmes juridiques à surmonter. Cette idée n'est pourtant pas nouvelle : l'ancienne ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, avait déjà envisagé un tel projet. Or, pour sa mise en œuvre, le ministère de la Défense est complètement dépendant de la bonne volonté de Bercy, qui je le rappelle, voulait réduire en 2012 le budget de la défense à 29 milliards dans le cadre de la préparation de la loi de programmation militaire (en 2015, il doit s'élever à 31,4 milliards, comme en 2014, ndlr). Le grand risque est d'arriver en juillet 2015 et de s'entendre dire : « on a essayé mais cela n'est pas possible ».

Jean-Yves Le Drian pourra-t-il tenir les délais ?
Il a deux à trois mois pour réussir à mettre en place les sociétés de projet. Et donc obtenir les crédits de la LPM tels qu'ils ont été votés par la représentation nationale. Il faut courir cette chance. Mais je suis quand même perplexe : on arrive à fin 2014 et le ministère de la Défense fait mine de découvrir un problème déjà connu depuis plus d'un an et demi. Le décalage de la vente des fréquences mégahertz était pourtant connu de tous depuis longtemps. Comment se fait-il que le ministère n'en soit qu'à étudier encore cette solution qui n'est pas encore verrouillée. Pourquoi n'a-t-il qu'une seule solution à nous proposer ? Dans le cadre d'une mission de contrôle à Bercy en juillet dernier, nous étions un certain nombre de parlementaires à demander aux équipes du ministère de l'Économie l'état d'avancement du projet de société de projet. Le dossier était au point mort. Aujourd'hui, il en est au même point qu'en juillet dernier. Cette situation aboutit à une forte inquiétude sur la sincérité de la LPM.

Quelle pourrait être les autres solutions ?
D'autres solutions existent comme le programme d'investissement d'avenir (PIA). Une solution éprouvée, moins compliquée et beaucoup moins aventureuse que les sociétés de projet. J'ai le sentiment que le ministère se trouve aujourd'hui dans une impasse. Et Jean-Yves Le Drian a coutume dire que toute entorse à la LPM équivaudrait à retirer une brique d'un mur. Mais - avec 2 milliards d'euros manquant - c'est tout un pan de mur qui risque de s'effondrer. Il faut que l'on sache rapidement s'il existe une chance de mettre les sociétés de projet en place.

Êtes-vous pessimiste ?
Oui, si l'on laisse perdurer le petit jeu entre Bercy et la Défense ; car l'on connait déjà le perdant. Seul le Parlement peut aider à sortir de cette impasse. Comment ? En engageant un contrôle sur les ressources exceptionnelles. Comme pour le travail que j'ai effectué sur l'école Polytechnique, cette démarche est inhabituelle, parfois incomprise, mais absolument indispensable pour faire bouger les lignes.

 

Vous vous posiez la question de la sincérité de la LPM...
Effectivement, la question se pose même si je ne doute pas de la sincérité de Jean-Yves Le Drian qui se bat. Mais avouez que la situation est pour le moins paradoxale. On vote une LPM pour sécuriser le budget des armées avec des recettes exceptionnelles qui, par définition, sont source d'incertitudes. Au-delà du ministère de la Défense, cet exemple, qui touche le cœur régalien de l'Etat, illustre toute la dérive collective de la gestion publique.

Un départ de Jean-Yves le Drian n'est pas à exclure. Après lui, le déluge ?
Le budget des armées ne peut reposer sur l'engagement - fût-il total - d'un seul homme. La volonté présidentielle demeure ambiguë et reste contestée par Bercy. Aussi, la Défense doit pouvoir également compter sur la mobilisation des députés pour garantir la sécurité des Français. Il en va de la crédibilité des politiques auprès des militaires et de celle de la France sur la scène internationale.

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 16:55
Défense : comment les armées pourraient louer des A400M, des hélicoptères...

Défense Le ministre de la Défense veut mettre en place les sociétés de projet le plus rapidement possible

 

03/11/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Le ministère de la Défense va créer des sociétés de projet, qui vont louer aux armées des matériels militaires. La direction générale de l'armement estime que les matériels aériens à vocation logistique (A400M, MRTT, CASA CN-235...) sont éligibles à ce dispositif.

 

On en sait un peu plus sur les fameuses sociétés de projet ou SPV (Special Purpose Vehicle) qui vont louer au ministère de la Défense des matériels militaires que celui-ci leur aura vendu... Si, si c'est complètement fou mais apparemment c'est le seul moyen que le ministère a pour le moment trouvé pour obtenir des crédits extrabudgétaires qui sont inscrits dans la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, notamment ceux pour 2015. Car le ministère de la Défense n'est "pas certain de percevoir" l'an prochain le produit de la vente de la bande des 700 mégahertz, a expliqué le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian devant les députés. "Nous devons donc organiser un plan de sécurisation", a-t-il précisé.

Encore faudra-t-il tordre jusqu'au bout le bras à Bercy, toujours très réticent à ce projet de sociétés de projet, qui est la solution innovante trouvée par l'Hôtel de Brienne et censée suppléer de façon transitoire le produit de cession des fréquences mégahertz. Soit au moins 2,1 milliards d'euros. "En tout cas, j'ai obtenu une décision de principe favorable, ce qui n'était pas une mince affaire", a reconnu le ministre, qui a précisé que "l'arbitrage a été rendu au plus haut niveau".

 
 

Quel capital ?

Le capital initial de la société de projet dépendra de ce que le ministère de la Défense a besoin comme recettes exceptionnelles en 2015. "A priori, le capital initial doit être de 2,1 milliards d'euros au moins, auquel il faut soustraire les rentrées de location de 2015, ce qui ne représente pas grand-chose", a expliqué aux députés le délégué général pour l'armement (DGA) Laurent Collet-Billon.

Contrairement aux budgets des ministères, ces sociétés peuvent "directement" recevoir le produit des cessions de participations de l'État, lesquelles ne sont employables qu'à des opérations d'investissement capitalistique ou de désendettement de l'État. Une fois le produit de cession des fréquences disponible, ce capital sera rendu à l'État.

 

Cavalerie budgétaire ?

Interpellé par les députés lui faisant remarquer que c'est de la petite cavalerie budgétaire, le ministre a répondu que "non, c'est la bonne manière d'utiliser le produit des cessions de participations, sans dilapider le capital de l'État. D'ailleurs, certains de mes prédécesseurs, de sensibilité politique différente, avaient tenté la même opération, et je l'avais déjà jugée intelligente à l'époque. Ils ont cependant été bloqués". Pour Jean-Yves Le Drian, il convient d'établir un calendrier "le plus rapidement possible". Et de préciser qu'il "faut que nous puissions percevoir les recettes avant la fin de l'année 2015, ce qui n'est d'ailleurs pas nécessairement contradictoire avec le fait de toucher le moment venu le produit de la cession de la bande de fréquences autour de 700 mégahertz".

Une équipe de deux personnes planche déjà sur ce dispositif et devra avant la fin de l'année rendre ses conclusions. Un dispositif qui a dû mal à passer chez les parlementaires, qui militent pour un mécanisme plus simple comme le PIA (programme d'investissement d'avenir), qui a fait ses preuves. D'autant que cette affaire de leasing pourrait coûter cher in fine au budget de la défense. Certains avancent un coût de 10 % (rémunération et frais techniques). Soit 200 millions d'euros si la défense a besoin de 2 milliards. Si cela se confirmait, ce serait la douche froide.

 

Missiles et munitions éliminés

Quels matériels pourraient être éligibles à ce type de dispositif ? "Ce sont d'abord les matériels aériens à vocation logistique que l'on songe à intégrer au dispositif, a noté le délégué général : A400M, peut-être MRTT, CASA CN-235. On pourrait également envisager des hélicoptères de surveillance maritime, donc sans vocation militaire de premier rang". Pourquoi ces matériels ? Les matériels éligibles, qui sont aujourd'hui à l'étude par le ministère, doivent être "nécessaires" aux armées, sans qu'ils soient impliqués "systématiquement" dans des opérations militaires létales.

Pas question donc pour le ministère de la Défense "d'inclure dans ce dispositif des missiles, des munitions, ni certains matériels terrestres utilisés en opérations extérieures (OPEX). D'autant qu'en OPEX les taux d'attrition varient considérablement avec l'intensité des engagements, ce que n'apprécient guère ceux qui louent du matériel et qui veulent que les taux d'assurance soient faciles à calculer", explique le Délégué. Au sein des armées françaises, en particulier dans l'aéronautique, "le taux d'accidents est extrêmement faible, certainement inférieur à celui des compagnies aériennes en moyenne mondiale, assure Laurent Collet-Billon. L'armée française est donc un très bon client pour les assureurs". D'où l'éligibilité des matériels aériens à vocation logistique.

En outre, le ministère étudie également le transfert de la maintenance vers des sociétés de projet. "Je ne vois pas comment, a averti le délégué général, une société qui ne serait pas impliquée d'une manière ou d'une autre dans la fabrication des équipements pourrait en assurer la maintenance. Nous devrons trouver un dispositif permettant d'articuler les différentes composantes de l'armée - par exemple, pour les matériels aériens, celles de l'armée de l'air : équipes sur le terrain, service industriel de l'aéronautique (SIAé) - et les compétences de ces divers opérateurs. Nous verrons cela au cas par cas".

 

Quel intérêt ?

Quel est l'intérêt de cette usine à gaz ? Simple, selon Laurent Collet-Billon : "de toucher un capital, puis de payer dans la durée. Prenons l'exemple d'un A400M livré en 2014 : nous le revendons à la société de projet, pour un montant dont l'ordre de grandeur est d'environ 150 millions d'euros TTC ; la société nous verse immédiatement ce montant, après quoi nous payons, pendant une durée convenue d'avance, une somme égale au loyer annuel que multiplient le nombre d'années de la période et un coefficient incluant le taux de rémunération de l'argent ainsi que l'amortissement du matériel. Cela permet de passer un cap que tous s'accordent à juger un peu difficile".

"Ce mécanisme n'est peut-être pas des plus simples, mais il existe ailleurs qu'en France et est utilisé notamment par les compagnies aériennes et la SNCF, précise Laurent Collet-Billon. Il a l'avantage d'alléger le bilan des sociétés privées. Ici, la situation est un peu différente, car, contrairement à l'État, la DGA n'a pas de bilan en propre". L'obtention de l'ensemble des crédits prévus en 2015 permettra de maintenir le report de charges fin 2015 au même niveau que fin 2014. Soit un report de charges de 2,4 milliards d'euros sur le seul programme 146, et de 115 millions d'euros sur le programme 144. Au total, le montant des reports du ministère de la Défense s'élève à 3,45 milliards.

 

Qui au capital ?

Qui sera au capital des futures SPV ? La nature des capitaux n'est pas encore arrêtée. Il est certain qu'une partie du capital viendra de la cession de participations de l'État sur le marché. "Les grands industriels de défense ont-ils intérêt à participer à ce type de montage ?, interroge Laurent Collmet-Billon. À eux d'en décider. Cette activité peut en tout cas leur permettre de maintenir leur flux de commandes et de livraisons, ce qui est sécurisant. À mon sens, ces entreprises devraient donc accompagner le mouvement et faire en sorte de pouvoir utiliser les SPV si les ventes de fréquences ne sont pas au rendez-vous. Les investisseurs privés peuvent quant à eux être sensibles à la signature de l'État, qui s'engage à louer les matériels et à payer les loyers".

Comment articuler ces différents types de capitaux ? Comment la société sera-t-elle organisée ? Son capital sera-t-il majoritairement public ou l'État préférera-t-il laisser la main au privé ? Ces questions restent à trancher, à la lumière de différents critères liés à la dette publique, à la consolidation, au déficit global. S'il s'agit d'opérateurs privés, ils lèvent eux-mêmes les fonds auprès du public ou d'autres opérateurs pour entrer dans le capital. Il n'y a donc pas de ligne budgétaire en tant que telle. Cette opération concerne des sociétés de droit entièrement privé. En tout cas, Laurent Collet-Billon n'exclut "pas non plus que les sociétés de projet puissent intéresser des partenaires étrangers, à différents égards".

 

Le coût ?

Cette opération aura un coût, qui selon le délégué, est marginal. "C'est le loyer de l'argent, a-t-il rappelé. Le loyer qui sera acquitté rémunère le fait de payer sur la durée et non instantanément, ainsi que l'amortissement d'une partie du matériel". Pourra-t-on envisager de mettre fin au versement du loyer de manière anticipée en cas de rentrées supplémentaires ? D'offrir des options d'achat, comme dans le secteur automobile ? "Il reste à le déterminer, ce qui nous mobilisera à coup sûr jusque début décembre", a précisé Laurent Collet-Billon.

"Chacun a compris qu'il nous faut régler rapidement le problème ardu des SPV pour que la partie du projet de loi de finances consacrée à l'équipement des forces armées puisse être envisagée dans son intégralité. Nous y travaillons d'arrache-pied", a souligné le délégué. Mais ces sociétés de projet ne doivent "pas désorganiser" le ministère de la Défense. La société de projet "ne doit être que l'ultime recours", a-t-il estimé.

Ainsi, il n'est pas question pour le ministère de s'affranchir des processus de qualification et de réception des matériels, qui sont indispensables et correspondent à des obligations légales. L'expérience nous enseigne que l'on ne peut pas avoir une confiance infinie dans les fournisseurs : à l'origine, le programme A400M était un contrat à caractère entièrement commercial et il a pris plusieurs années de retard. Les matériels nouveaux seront développés et produits comme prévu sous l'autorité de la DGA. C'est au moment de leur livraison aux armées que de l'argent sera échangé contre de la location. L'État doit donc conserver un fonds de roulement".

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 19:55
LPM & cybersécurité des OIV : quel bilan 10 mois après ?

 

octobre 2014 par Emmanuelle Lamandé

 

Dix mois après la promulgation de la Loi de Programmation Militaire (LPM), quel bilan peut-on faire de la cybersécurité des OIV ? Qu’en est-il des décrets d’application de la Loi ? Quels impacts la LPM aura-t-elle pour les opérateurs, et plus globalement sur le marché du numérique ? Les 2ème Rencontres Parlementaires de la cybersécurité, organisées par le Cyber Cercle Défense & Stratégie, ouvrent le débat à l’occasion d’une table ronde présidée et animée par Jean-Marie Bockel, ancien ministre, sénateur du Haut-Rhin, et Eduardo Rihan-Cypel, député de Seine-et-Marne.

 

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 12:55
Bâtiments de combat : la DGA prépare une rupture technologique

 

28/10/2014 DIRECTION GÉNÉRALE DE L’ARMEMENT

 

La Direction générale de l’armement (DGA) présente « Topside intégré » sur le stand du ministère de la Défense au salon Euronaval du 27 au 31 octobre 2014, une étude amont sur un concept innovant d’architecture physique et fonctionnelle des superstructures d’un bâtiment de combat permettant une répartition optimale de ses senseurs, de ses équipements de transmission et de ses brouilleurs. Les bénéfices attendus concernent la discrétion du bâtiment et l’amélioration de la performance globale de son système de combat. Ce concept, développé par DCNS et Thales pour la DGA, vise des premières applications pratiques au cours de la prochaine décennie.

 

L’idée de «Topside intégré» est de penser l’installation des appendices extérieurs des équipements du système de combat dès la conception de la superstructure d’un nouveau bâtiment, afin d’éviter de devoir les disposer sur des mâts qui nuisent à la furtivité du bâtiment, même lorsqu’ils sont dits « intégrés ». Par ailleurs l’utilisation de la totalité de la superstructure permettra un meilleur positionnement relatif des équipements, améliorant ainsi leur compatibilité électromagnétique. L’objectif est de garantir le fonctionnement nominal et simultané de tous les équipements du système de combat.

 

Dans le cadre de l’étude « Topside intégré », un certain nombre de concepts seront explorés, comme des nouveaux modes de coopération entre équipements, le partage d’antennes et de fonctions (méta capteurs) ou l’impact de l’emploi prochain du nitrure de gallium sur le fonctionnement des radars multifonctions à panneaux fixes. Enfin l’expérimentation de matériaux composites dans le but de réduire les interférences électriques devra permettre d’optimiser leur future utilisation. La mise au point de méthodologies de prototypage dans tous ces domaines préparera la suite de « Topside intégré » qui passera par la mise au point d’un démonstrateur technologique.

 

La DGA investit dans l’industrie de Défense en moyenne 730 M€ par an en études amont pendant la loi de programmation militaire 2014-2019.

 

« Topside intégré » est présenté sur l’espace institutionnel Défense, Hall 2 stand E4-F7pendant Euronaval 2014.

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 11:55
La baisse des effectifs atteint ses limites dans les armées

 

24 oct. 2014, par Xavier Sidaner

 

En dix ans, les armées auront perdu 82 000 postes. “Il ne faut pas aller au-delà”, a prévenu Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, au micro d’Europe 1, vendredi 24 octobre.

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 16:55
Budget de l'État: les militaires portent plus que leur part du fardeau

 

15/10/2014 Par Alain Barluet – LeFigaro.fr

 

DÉCRYPTAGE - Le ministre de la Défense a annoncé des suppressions de postes. Les armées, qui représentent 10 % des agents de l'État, assument à elles-seules 60 % des réductions de postes dans la fonction publique.

 

L'absence de véritable surprise ne réduit pas l'effet de choc ressenti dans les armées par les annonces de Jean-Yves Le Drian. Les réactions, entendues çà et là - amertume, résignation, lassitude -, s'expliquent par des fondamentaux qui sont connus. Entre 2009 et 2019, l'armée aura perdu 80.000 emplois, dont 34.000 sur la période couverte par la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019. Après 7500 suppressions en 2015, 7400 postes disparaîtront encore en 2016 et en 2017. Chacun admet les efforts imposés par la situation budgétaire: les militaires, pas plus que d'autres, ne souhaitent s'y soustraire. Ils comprennent fort bien que notre souveraineté dépend aussi d'un retour à l'équilibre des finances publiques. En revanche, ils ont le sentiment mal vécu de porter plus que leur part du fardeau. Les militaires, qui représentent 10 % des agents de l'État, assument en effet à eux seuls 60 % des réductions de postes dans la fonction publique.

Dans un contexte déprimé, les «restructurations», même menées méticuleusement, ont des répercussions multiples, économiques dans les territoires, opérationnelles aussi, comme le redoutent certains. Ces mesures n'échappent pas non plus au soupçon de favoritisme politique. En bonne logique financière, le 126e régiment d'infanterie de Brive-la-Gaillarde, en Corrèze, aurait pu disparaître. Sauf qu'il est situé sur les terres de François Hollande…

 

Les moyens réduits d'une armée que beaucoup jugent «à l'os»

Le malaise survient alors que nos armées n'ont jamais été aussi performantes, comme n'ont jamais été si grandes les ambitions qui leur sont assignées. Le savoir-faire des militaires français, notamment dans les guerres asymétriques ou les conflits complexes, comme en Centrafrique, est reconnu par tous, en premier lieu par les États-Unis. En 2012, François Hollande est arrivé à l'Élysée avec un unique plan de campagne: ramener les troupes d'Afghanistan. Deux ans et demi plus tard, regardons la carte. Les militaires français sont partout, dans le nord du Niger, au Mali, à Bangui, dans le ciel d'Irak, peut-être demain aux confins du lac Tchad pour lutter contre Boko Haram. À ces hommes et à ces femmes servant sous le drapeau, on demande toujours davantage, avec les moyens réduits d'une armée que beaucoup jugent «à l'os». «Les militaires ont deux qualités: ils exécutent les ordres sans se plaindre et ils permettent au président de la République actuel de briller sur le seul terrain où il le peut encore, les opérations extérieures», lâche un général du cadre de réserve connu pour son verbe haut.

La pire des solutions serait de baisser la garde au moment où les menaces se font plus fortes, à l'image du djihadisme qui sévit actuellement. Même si les réponses à lui opposer ne peuvent être seulement militaires, il est clair que combattre les pôles terroristes qui ont essaimé du Nigeria à l'Irak exigera une armée ultraperformante. Même constat pour d'éventuels conflits «classiques»: la crise ukrainienne a souligné qu'ils ne sont pas encore sortis de l'Histoire.

Certes, les «déflations» annoncées mercredi épargnent en bonne part les forces opérationnelles. Certes, le «contrat opérationnel de nos armées n'est pas remis en cause» par les baisses d'effectifs, invoquent les artisans de la LPM. Tous conviennent néanmoins que les marges de manœuvres sont plus qu'étroites. Et beaucoup s'inquiètent d'un écart croissant entre le maintien des ambitions - notamment en termes d'interventions sur des théâtres extérieurs - et la grande fragilité des moyens. «Il est urgent que nos autorités politiques comprennent que l'évolution en cours conduit à une impasse», juge sévèrement le général Jean-Claude Thomann, ancien commandant de la Force d'action terrestre, en évoquant le risque, à court terme, de «notre impuissance à conduire une politique extérieure autre que celle des vœux pieux».

Quoi qu'il en soit, les mesures présentées mercredi «ne sont qu'un début», prévient un haut responsable militaire. Pour celui-ci, il faudrait que les prochaines «restructurations» soient annoncées rapidement, «début 2015». «Plus on tarde, plus les décisions seront difficiles à mettre en œuvre», souligne-t-il.

Restructurations 2015 - Infographie Le Figaro
Restructurations 2015 - Infographie Le Figaro

Restructurations 2015 - Infographie Le Figaro

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 10:55
Défense : le plan de restructuration 2015 présenté ce mercredi

 

15.10.2014 (Boursier.com)

 

Le ministère de la Défense doit présenter ce mercredi son plan de restructuration des armées pour 2015. Pour certains élus, les annonces tant redoutées sont déjà tombées...

 

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 10:55
Restructurations: le ministère de la Défense communiquera mercredi midi

 

14.10.2014 par Philippe Chapleau – Lignes de Défense

 

Les mesures de dissolution, de réorganisation et de transfert des unités et établissements du ministère de la Défense prévues pour l'année 2015 seront communiquées demain, mercredi 15 octobre.

 

La Dicod a annoncé qu'elle diffusera à midi un communiqué de presse annonçant le plan de restructuration. Un dossier thématique sera également diffusé à la presse et mis en ligne à la même heure sur le site Internet de ministère de la Défense.

 

Dans son communiqué, la Dicod précise que "le vendredi 17 octobre sera publiée, après information des personnels concernés, la décision ministérielle signée du ministre de la Défense et donnant le détail des mesures de dissolution, réorganisation et transfert des établissements du ministère."

 

Anticipation? Le ministre de la Défense sera ce mardi soir devant les sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense pour son audition sur le PLF 2015; il pourrait à cette occasion livrer quelques détail sur les mesures à venir, dont on sait déjà qu'elles concernent l'hôpital du Val de Grâce et la garnison de Chalons en Champagne.

 

En termes d'effectifs, pas de surprises: 6 383 postes militaires et 1 117 postes civils seront supprimés en 2015.

 

Vers une nouvelle carte militaire? Ce qui transparaît en revanche des réflexions en cours, c'est la volonté de regroupements futurs, avec à la clé une nouvelle organisation territoriale et la suppression d'un nombre significatif de bases de défense.

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 14:55
L’armée doit faire vite pour boucler son budget avec de la location de matériel

La solution qui consistait à puiser dans les ressources du programme d’investissement d’avenir ayant été rejetée, celle de la location de matériel a été ressuscitée

 

08/10 Alain Ruello / Chef de service adjoint - lesechos.fr

 

Le projet de location de matériel doit être sur pied avant la fin du premier semestre 2015 si la Défense veut trouver les 2,1 milliards qui lui manquent.

 

S’il veut boucler son budget pour 2015, le ministère de la Défense ne dispose que de très peu de temps pour mettre en place le projet de location d’équipements dévoilé par Jean-Yves Le Drian lors de la présentation du projet de loi de finances. Une gageure, vu la complexité du dossier. Mais la grande muette peut compter sur un allié de poids, en la personne d’Emmanuel Macron. C’est le ministre de l’Economie qui a fait pencher la balance il y a deux semaines, en marge d’un conseil de défense restreint.

Sur les 31,4 milliards d’euros de budget de l’armée, hors pensions, prévus, 2,3 milliards sont censés provenir de recettes dites exceptionnelles, dont 2,1 milliards de la vente des fréquences de la TNT. Cette vente n’ayant plus aucune chance de se réaliser avant 2016 au mieux , il a fallu trouver un plan B. La solution qui consistait à puiser dans les ressources du programme d’investissement d’avenir ayant été rejetée, celle de la location de matériel a été ressuscitée.

 

Investisseurs privés

Le schéma est simple : capitaliser une ou plusieurs sociétés dites « de projet » à partir du produit de cession de participations de l’Etat. L’apport d’investisseurs privés n’est pas exclu. Cette ou ces sociétés rachèteraient à l’armée des matériels au moment de leur livraison ou déjà en service, pour les lui louer derrière. D’où une rentrée d’argent pour la Défense, à même de combler les 2,1 milliards manquants. Ce type de pratique existe dans le transport aérien. Pour la Défense, ce serait une première. « Ces solutions innovantes nécessiteront évidemment de régler de nombreuses questions techniques, ainsi qu’en matière industrielle, juridique et financière », a averti Jean-Yves Le Drian.

Il va falloir ainsi définir si l’on crée une seule société de projet ou une par matériel loué, les durées de location, les options d’achat, les clauses d’assurance... Vérifier que la somme des loyers payés pour un équipement n’excédera pas (trop) son prix en mode patrimonial. S’assurer que tout cela est compatible avec les contraintes du traité de Maastricht. Et, bien sûr, lister les matériels éligibles. « Tout cela doit être mis en place au plus tard à la fin du premier semestre », explique-t-on au ministère de la Défense. Un combat de plus pour l’armée, mais qu’elle ne peut pas perdre : sans les 31,4 milliards, la loi de programmation militaire, taillée au plus juste, ne tient plus.

 
Les armes exclues
A400M – C-160 Transall Crédit DGA Site de Cazaux

A400M – C-160 Transall Crédit DGA Site de Cazaux

 

La doctrine veut que l’Etat utilise ses propres moyens quand il s’agit de donner la mort. L’armée ne peut donc pas louer ses avions de combat, hélicoptères d’attaque ou encore canons d’artillerie. Elle peut le faire en revanche pour tout ce qui a trait à la logistique ou au matériel à usage dual (militaire et civil). Cela concerne les avions de transport, de patrouille maritime, ou les navires de surveillance côtière par exemple.

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 14:55
Comment le ministère de la Défense va sauver son budget en 2015

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est décidé à lancer une ou plusieurs sociétés de projets, qui vont lui permettre de dégager de nouvelles marges de manœuvre financière

 

09/10/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est décidé à lancer une ou plusieurs sociétés de projets, qui vont lui permettre de dégager de nouvelles marges de manœuvre financière. Cette opération compensera ainsi l'absence en 2015 du produit de la vente des fréquence 694 MHZ et 790 MHz.

Là où il y a une volonté, il y a un chemin... Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, va peut-être gagner contre toute attente le pari de tenir la trajectoire financière (31,4 milliards d'euros) de la loi de programmation militaire (LPM) en 2015. Comment ? Il est décidé à lancer une société de projets, qui va lui permettre de dégager de nouvelles marges de manœuvre financière.

Cette opération compensera ainsi l'absence en 2015 du produit de la vente des fréquence 694 MHZ et 790 MHz. Soit 2,1 milliards sur les 2,3 milliards d'euros attendus de recettes exceptionnelles (REX) dans le budget de la défense de l'année prochaine.

 

Un feu vert de François Hollande

Ces recettes exceptionnelles "ne seront pas au rendez-vous en 2015", a confirmé mercredi lors des 20e rencontres parlementaires de la défense le Délégué générale pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon. Et de préciser que des études, qui s'appuie sur un travail déjà fourni, ont été réalisées par le ministère de la Défense. Abondée par les cessions de participations de l'Etat dans des entreprises publiques, la société de projet achètera des équipements aux industriels et les mettra à disposition des armées contre un loyer.

Un projet qui a reçu le feu vert de François Hollande, a expliqué le député PS du Morbihan, Gwendal Rouillard lors ces rencontres. C'est "un message pour Bercy", a-t-il souligné. Sous-entendu, le ministère de l'Economie doit obtempérer "quelque soit les obstacles administratifs et techniques". "La société de projet est vitale pour les industriels de la défense français", a-t-il affirmé.

 

Une sorte de crédit revolving

Pour Laurent Collet-Billon, cette formule est en quelque sorte "un crédit revolving avec un loyer payé sur plusieurs mois". En outre il a rappelé que "les compagnies aériennes font cela depuis longtemps" et que "la SNCF s'y est également mise". Cette société pourrait acheter un certain type de matériels, comme des avions de transport. D'autant que, selon lui, "il ressort que la létalité des avions militaires est extrêmement faible". Et donc, il a assuré que le montant des assurances devraient être faibles et il a rappelé "le loyer des l'argent n"était pas cher".

"Le calendrier est tendu", a-t-il pour autant reconnu pour la mise en oeuvre de cette société de projet. Mais il a estimé que ce projet serait en place "avant le 14 juillet". Pour aller "plus vite", il privilégie une société à capitaux publics même s'il n'écarte pas dans un second temps des capitaux privés dans un second temps. "On va regarder", a-t-il expliqué. Enfin, il n'est pas hostile à utiliser à moyen terme ce type de société dans le cadre de projets à l'exportation. Comme par exemple louer des frégates multimissions (FREMM) à la Grèce, qui reste très intéressée par ces bâitments.

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 12:55
L'industrie de la défense craint pour son avenir

 

09/10/2014 Par Véronique Guillermard – LeFigaro.fr

 

Malgré l'effort budgétaire de la France en faveur de la défense, les industriels de l'armement sont pénalisés par le coût du travail, les trop nombreuses taxes et un euro globalement fort.

 

Certes, Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, ne baisse jamais sa garde. Il a bataillé pour obtenir une certaine stabilité de son budget, à 31,4 milliards d'euros en 2015, dans le cadre de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019. Pour pallier à l'absence des recettes exceptionnelles prévues en 2015 (2,1 milliards), le ministre de la Défense veut mettre en place d'ici à cet été, une ou des sociétés de projet pour sécuriser des ressources et louer des équipements aux armées. Certes, pour la première fois, Bercy par la voix du secrétaire d'état aux Finances, Christian Eckert, a fait de la défense une priorité.

Mais cela ne suffit pas à rassurer les industriels de l'armement. «Aucune LPM n'a jamais été respectée quel que soit le gouvernement», a rappelé Gwendal Rouillard, député PS du Morbihan et secrétaire de la Commission défense et Forces armées de l'Assemblée nationale, lors de la 20e édition des rencontres parlementaires de la défense organisées à Paris, ce mercredi. Et, «la baisse des budgets de défense en Europe atteint un stade critique. Les Européens consacrent entre 1 et 1,3% de leur PIB à la défense alors que l'OTAN juge qu'il faudrait au minimum y consacrer 2%. Pendant ce temps, le reste du monde augmente ses dépenses militaires», a souligné de son côté Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation (*).

 

Disparaître ou délocaliser?

 

Aggravation des tensions internationales, menaces terroristes… Le monde est de plus en plus dangereux: «Le réarmement est réel», insiste le député du Morbihan. Et de citer la Chine qui, entre 2010 et 2013, a construit une frégate par trimestre et un sous-marin tous les quatre mois.

 

Mais sur le Vieux Continent, à l'attrition des budgets, s'ajoute l'absence de «préférence européenne» en matière d'acquisition d'armement. «Ce qui met en danger les industries de défense, en particulier dans l'aéronautique de combat», a jouté Éric Trappier. «L'outil de défense est à risque», a renchéri Laurent Collet-Billon, délégué général à l'armement qui notifie les commandes aux industriels, à raison de plus de 10 milliards par an ainsi que des contrats d'études (776 millions en 2013). «La LPM est tendue (..) Elle traîne un report de charge (les impayés, NDLR) excessif de plus de 3 milliards d'euros. Et il n'est pas question de le reconduire indéfiniment», a-t-il ajouté.

 

Pour les industriels, la menace est double. «C'est soit la disparition pure et simple pour ceux qui sont des “pure players” défense; soit la tentation du large pour ceux qui se sont tournés vers des activités civiles afin de rester compétitifs», résume le PDG du constructeur du Rafale, le chasseur français. Les industriels de l'armement sont en effet pénalisés par les coûts du travail en France, de trop lourdes taxes ainsi qu'un euro globalement trop fort face au dollar.

 

Pour assurer la pérennité de l'outil de défense tricolore, il faut actionner quatre leviers, selon le PDG de Dassault Aviation: le maintien de la LPM puis quand cela sera possible, de remonter le budget de la défense à 2% du PIB en France et en Europe, rester à la pointe de l'innovation technologique, réussir à gagner des contrats export et promouvoir des programmes en coopération, de préférence entre Européens avec les Britanniques et les Allemands, après avoir défini des besoins opérationnels communs.

 

Gagner la bataille de l'opinion publique

 

Les industriels estiment aussi important de gagner la bataille de l'opinion publique qui n'a pas toujours conscience des retombées de la défense dans l'économie française. Or l'industrie de l'armement regroupe une dizaine de grands groupes et 4000 PME. Elle représente 165.000 emplois à haute valeur ajoutée et non délocalisables. Cette industrie réalise entre 30 et 40% de son chiffre d'affaires (15 milliards d'euros) hors de France. Surtout, ces technologies irriguent de nombreuses filières civiles et y créent de la richesse. «Nous n'aurions pas eu la réussite d'Airbus ou de Falcon sans une base industrielle de défense», conclut Éric Trappier.

 

* Le Groupe Dassault est propriétaire du Figaro

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 19:56
La France a-t-elle les moyens de ses actions militaires ?

 

7 octobre 2014 France Info

 

La France est engagée au Mali, en Centre-Afrique, en Irak, et le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian vient de déclarer que " la guerre contre l’organisation Etat islamique, allait durer longtemps " : Est-ce que la France a les moyens de cet activisme militaire ?

 

Si de Gaulle avait coutume de dire en la matière « l’intendance suivra », il n’est plus possible aujourd’hui de ne pas s’interroger sur le coût et le financement des opérations délicates dans laquelle la France s’est engagée depuis deux ans. Au delà des débats sur le bienfondé de telle ou telle intervention, les experts sont unanimes à dire que la menace djihadiste est là pour durer et qu’elle ne sera donc pas anéantie en quelques mois. Sur le papier, l’armée française a plutôt fière allure : avec plus de 31 milliards de budget, elle occupe le 5ème rang mondial, la première place en Europe, devant la Royaume Uni. Elle dispose d’équipements sophistiqués, d’une industrie d’armement ultra performante, d’une puissante capacité d’intervention, et son expérience lui vaut un prestige certain. 8000 soldats français sont déployés à l’heure actuelle dans le monde, dont 3000 au Sahel et plus de 2000 en Afrique centrale.

 

Oui, mais en ces temps de disette budgétaire, l’armée doit aussi faire des économies.

Oui, et c’est tout le paradoxe, on ne sait pas encore comment l’armée va parvenir à joindre les deux bouts. Même si François Hollande dit avoir sanctuarisé la loi de programmation militaire 2014-2019, des coupes sévères sont effectuées, chaque année, 7000 postes sont supprimées. Dans le même temps, le budget des opérations extérieures – les fameuses OPEX – explose littéralement : il va largement dépasser un milliard et demi d’euros en 2014 alors que seulement 500 millions avaient été budgétés, et au train où vont les choses, en Irak, en Syrie, et peut-être demain dans le sud Libyen, les dépenses vont continuer leur envolée. Le budget de la défense semble déjà intenable.

 

Est-ce que l’Europe pourrait nous aider à financer ces opérations militaires ?

Cela ne serait pas illogique, après tout la France se bat aussi bien au Mali qu’en Irak pour la sécurité et pour des valeurs qui sont aussi celles de l’Europe, le président de la République ne manque jamais une occasion de le rappeler. Mais la France a un mal fou à faire contribuer ses partenaires de l’Union européenne à cet effort de guerre. Les Britanniques ont certes rejoint la coalition contre l’organisation de l’Etat islamique, mais les autres membres de l’Union, à commencer par l’Allemagne, se contentent d’une participation plutôt symbolique. Si Berlin assume sans complexe sa puissance économique, l’Allemagne se refuse encore à prendre vraiment ses responsabilités en matière de sécurité. Dans ces conditions, la France qui se bat pour elle mais aussi pour les autres, ne serait pas infondée à demander qu’une partie de cet effort de guerre soit retiré du calcul de son déficit. Comme on sait que les discussions avec Bruxelles sur le budget 2015 s’annoncent orageuses, la France aurait tort de ne pas jouer cette carte-là. Ou à tout le moins, de mettre enfin sur la table la question du financement de la sécurité en Europe, je n’ose dire d’une authentique défense européenne, face à la multiplication et la gravité des crises à l’œuvre aujourd’hui.

 

écouter l’émission disponible jusqu'au 02/07/2017
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 19:55
Défense : Le Drian veut recourir au leasing de matériels

 

01/10/2014 Par Véronique Guillermard, Alain Barluet – LeFigaro.fr

 

A 31,6 milliards d'euros, le budget 2015 des armées, hors pensions, affiche une stabilité de façade par rapport à 2014 car il inclut des recettes exceptionnelles qui sont par nature aléatoires.

 

Facialement, le budget de la défense, tel qu'il est prévu dans le cadre du projet de loi de finance 2015, reste stable par rapport à 2014, avec 31,4 milliards d'euros de crédits (36,9 milliards avec les pensions). Ces ressources, deuxième anuitée de la Loi de programmation militaire (LPM) concrétise la transition vers le nouveau modèle d'armée, plus efficace car mieux adapté aux formes nouvelles de crises», assure Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense. Et, insiste l'hôtel de Brienne, les crédits prévus sur la période 2015-2017 permettent de garantir la trajectoire financière de la LPM (2014-2019).

Pour autant, la réalisation de cet objectif repose sur des rentrées aléatoires: les fameuses recettes exceptionnelles qu'aucun gouvernement n'a jusqu'ici réussi à réaliser dans leur intégralité. En 2015, elles atteignent 2,3 milliards d'euros (et 6 milliards d'euros sur l'ensemble de la LPM). Mais Jean-Yves Le Drian est réaliste. Il propose «une solution innovante»: la création de «sociétés de projet» dont le capital serait mixte, privé et publique, et dont la vocation serait de louer du matériel aux armées.

 

Bercy est contre le recours au leasing

Ces sociétés de projet interviendraient en amont, en achetant au ministère de la défense des équipements encore en production, avant qu'ils ne soient livrés. L'État partagerait ainsi le coût de l'acquisition avec ces partenaires privés au sein de ces sociétés de projet. De même, les deux partenaires loueraient ensuite ces matériels au ministère de la défense. Selon Jean-Yves Le Drian, ce système permettra de mobiliser jusqu'à 5,5 milliards d'euros, palliant l'absence de recettes exceptionnelles.

Cette forme de leasing a été combattu pied à pied par Bercy qui continue à mettre la pression sur le 3ème budget de l'État. Mais l'hôtel de Brienne estime que c'est une bonne formule en ces temps de contrainte budgétaire car, selon lui, elle permet d'alléger la dépense publique, de poursuivre la modernisation des armées, de maintenir les cadences de production dans les usines, et d'assurer le chiffre d'affaires des entreprises de défense.

 

Sous-évaluation chronique des «OPEX»

Cela d'autant que le ministère de la défense traîne un report de charge de 3,5 milliards d'euros c'est-à-dire des impayés que la LPM ne permet pas de résorber et qui pèsent sur les programmes d'armement. Jean-Yves Le Drian ne veut pas renoncer aux équipements critiques tels que les avions ravitailleurs, les blindés du programme Scorpion de modernisation de l'armée de terre. Ainsi, les crédits d'équipement progressent de 300 millions d'euros à 16,7 milliards d'euros en 2015. De même, les investissements d'avenir tels que la cyberdéfense, le renseignement, les satellites restent prioritaires. La recherche et la technologie se voient attribuer une enveloppe de 3,6 milliards d'euros et 740 millions pour les études amont.

Autre difficulté, la sous-évaluation chronique du coût des opérations extérieures (Opex) alors que les armées françaises n'ont jamais autant été déployées sur les théâtres d'opération. Quelque 7 800 militaires français sont aujourd'hui engagés sur le terrain, du Kosovo à l'Irak en passant par le Mali, l'Afghanistan ou encore la Cote d'Ivoire et la Centrafrique (RCA). 2015 ne déroge pas à la règle avec 450 millions d'euros budgétés, soit autant qu'en 2014, alors que les dépenses Opex franchissent régulièrement le milliard d'euros. Une fois encore, la défense s'appuiera sur la solidarité interministérielle.

 

Saignée dans les effectifs

En terme d'effectifs, les armées sont appelées à un nouvel effort qui va se traduire sur une nouvelle saignée avec 7 500 suppressions d'emplois - sur un total de 11 879 prévues dans tous les ministères pour 2015! - programmées cette année après 7 881 en 2014 et 7 234 en 2013. Au total, la LPM prévoit 34 500 suppressions de postes soit près de 80 000 en dix ans.

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 11:55
Concept de satellite Ceres  Crédits CNES - DGA

Concept de satellite Ceres Crédits CNES - DGA

 

02/10/2014 par Stefan Barensky – Air & Cosmos

 

Le ministère de la Défense a publié les éléments de son projet de loi de finances pour 2015 qui, conformément à la Loi de programmation militaire adoptée l'an dernier, intégre le démarrage de deux programmes spatiaux importants au cours de l'année prochaine : les satellites d'écoute Ceres (Capacité de Renseignement Electromagnétique Spatiale) et le programme de satellites de télécommunications militaires Comsat NG.

 

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:55
Défense : la France en guerre réduit encore le nombre de militaires

Le gouvernement Valls va couper à nouveau dans les effectifs (7.500) du ministère de la Défense... alors que la France guerroie aux quatre coins du globe (Mali, Centrafrique, Irak...)

 

01/10/2014 Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

Les objectifs de suppressions d'emplois dans les armées ont été confirmés (7.500 en moins) dans le projet de budget 2015. Avec 31,4 milliards d'euros, dont 2,3 milliards de recettes exceptionnelles, ce projet s'inscrit dans la trajectoire de la loi de programmation militaire (LPM).

 

Après 7.234 de militaires en moins en 2013 puis 7.881 en 2014, le gouvernement va couper à nouveau dans les effectifs du ministère de la Défense... alors que la France guerroie aux quatre coins du globe (Mali, Centrafrique, Irak...). Un peu paradoxale comme stratégie. Les objectifs de suppressions d'emplois dans les armées ont été confirmés (7.500 d'emplois en moins) pour atteindre un "plafond d'emplois" de 265.846 à fin 2015. Au total, 23.500 postes doivent être supprimés sur la période de la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019.

Avec 31,4 milliards d'euros de recettes, le projet de budget de la Défense pour 2015 présenté mercredi par le gouvernement s'inscrit dans la trajectoire de la LPM adoptée fin décembre par le Parlement. Les crédits budgétaires inscrits dans le projet de budget s'élèvent à 29,1 milliards d'euros (hors pensions), auxquels doivent s'ajouter 2,3 milliards de recettes exceptionnelles (REX) pour atteindre le seuil de 31,4 milliards d'euros fixé par la LPM en 2015 puis 2016. Les recettes globales doivent progresser ensuite à 31,6 milliards en 2017.

 

Des recettes exceptionnelles à trouver

Dans un contexte budgétaire général de redressement des finances publiques, la LPM vise à "concilier souveraineté stratégique et souveraineté budgétaire", réaffirme Bercy, qui a pourtant gelé 1,2 milliard d'euros de crédits en 2014. Elle fixe une trajectoire de ressources de 190,5 milliards d'euros sur la période, conforme à la valorisation du modèle d'armée validé par le Livre Blanc. Ainsi, la LPM sera respectée et bénéficiera, en 2015, de 31,4 milliards de ressources totales, conformément au vote du Parlement. Au total, le budget triennal 2015-2017 prévoit une enveloppe de 94,3 milliards de ressources totales, conformément à la LPM", assure Bercy.  A suivre...

Bercy a déjà rapiné des crédits budgétaires de 2015. D'abord fixées à 1,8 milliard d'euros pour 2015, les recettes exceptionnelles (REX) ont été portées à 2,3 milliards en juillet, "pour sécuriser les programmes d'équipement". Le gouvernement avait alors assuré que la mission Défense bénéficierait "en 2015 de 31,4 milliards de ressources totales", comme le prévoit la trajectoire financière de la LPM.

Pour autant, les REX censées venir principalement de la vente de fréquences hertziennes, ne seront pas au rendez-vous de 2015. Car selon de nombreux observateurs, le produit de la vente des fréquences 694 MHZ et 790 MHz est attendu au plus tôt en 2016 pour les plus optimistes, au plus tard en 2018 pour les plus pessimistes. L'exécution financière de la LPM précédente (2009-2014) a déjà montré qu'elles n'étaient pas forcément disponibles au moment prévu. Le gouvernement devra donc céder des participations de l'Etat pour tenir la trajectoire financière de la LPM. Et ce n'est qu'une question de volonté politique ni plus ni moins... A François Hollande s'il veut continuer à faire avancer la paix dans le monde, d'imposer ce choix à Bercy.

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 11:55
Armement : l'étrange jeu du ministère pour s'offrir des avions ravitailleurs

Armement - La direction générale de l'armement pourrait commander un appareil cette année, huit en 2015 et trois en 2016 (Crédits : Airbus Group)

 

29/09/2014, Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

La direction générale de l'armement (DGA) pourrait commander un appareil cette année, huit en 2015 et trois en 2016. Avec un objectif caché, réduire la commande de 12 à 9 appareils.

 

A quoi joue le ministère de la Défense avec l'avion ravitailleur MRTT d'Airbus Group ? Selon un des schémas étudiés, la direction générale de l'armement (DGA) pourrait commander un appareil cette année, huit en 2015 et trois en 2016, selon des sources concordantes. Avec un objectif caché, réduire la commande de 12 à 9 appareils. Déjà, la France a réduit sa cible à douze appareils après les arbitrages du Livre blanc. Pourtant, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait annoncé à l'occasion d'une visite à l'usine de Madrid le octobre 2012 que la France achèterait 14 avions ravitailleurs à Airbus à partir de 2013. Mais c'était avant les arbitrages du livre Blanc.

 

Avec l'obtention fin 2013 de 500 millions de recettes exceptionnelles supplémentaires (REX) au titre du budget 2014, Jean-Yves Le Drian avait expliqué en mai dernier qu'elles conditionnaient "le lancement d'un ensemble de programmes structurants au cours de l'année 2014", dont "le programme d'avions ravitailleurs MRTT - Airbus A330 Multi Role Tanker Transport". La loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019) prévoit une enveloppe de 3,9 milliards au transport et au ravitaillement pour, notamment, la poursuite des livraisons des A400M et la commande d'avions ravitailleurs MRTT, essentiels pour la dissuasion, en 2014.

 

Le Multi-Role Tanker Transport (MRTT) est un A330 d'Airbus modifié en avion-ravitailleur par Airbus Defence dans l'usine de Getafe, au sud de Madrid, qui emploie 4.500 personnes environ.

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 12:55
Ouverture de la session nationale de l’École de guerre

 

24/09/2014 Sources : Etat-major des armées

 

Allocution du général d’armée Pierre de Villiers - École militaire, 17 septembre 2014

 

Messieurs les officiers généraux,
Messieurs les ambassadeurs,
Messieurs les attachés de défense,
Mesdames, messieurs les officiers et stagiaires de la 22ème promotion de l’École de guerre,

 

Je suis particulièrement heureux de procéder aujourd'hui à l'ouverture de la session de votre promotion de l’Ecole de Guerre.

J’en suis heureux parce que j’ai devant moi une nouvelle génération d'officiers, qui incarne l’avenir au présent et que j’espère être prête à s’engager pleinement dans cet enseignement militaire supérieur qui lui est proposé !

Je remercie toutes les autorités civiles et militaires qui nous font l'honneur d'assister à cette séance d'ouverture. Leur présence témoigne de l'intérêt constant que suscite l’école de guerre.

Je salue le général de corps d’armée de Courrèges, ainsi que votre directeur, le général de Reviers. Leur mandat verra la nécessaire adaptation de l’école de guerre au contexte de la transformation des armées. La question de la part du module spécifique à chaque armée, le processus de sélection des stagiaires ou encore la définition d’une politique interarmées des hauts potentiels sont quelques-uns des chantiers qu’ils auront à accompagner.

Je tiens également à saluer les ambassadeurs et les attachés de défense, représentant les nombreux pays qui ont bien voulu nous confier quelques-uns de leurs meilleurs officiers pour suivre cette année d'études. Leur présence est un honneur et une marque de reconnaissance pour notre enseignement militaire.

Je tiens à souhaiter, bien entendu de manière chaleureuse, la bienvenue à tous les stagiaires étrangers, 96 venant de 63 pays. La présence de toutes ces nations souligne bien le rôle mondial de la France et l’importance des relations militaires internationales. Elles tissent la confiance entre nos armées.

Je voudrais bien sûr souhaiter la bienvenue aux officiers stagiaires français. Vous êtes ici parce que vous le méritez et aussi parce que vous avez choisi de vous préparer à exercer davantage de responsabilités : des responsabilités de commandement et de direction, au service de notre pays. Je vous en félicite, c’est le choix de la raison ; j’espère que c’est aussi le choix du coeur. C’est un choix exigeant, qui vous engage.

Vous êtes l’avenir des armées et c’est un plaisir pour moi de vous rencontrer. Ce n’est pas une formule de politesse ; c’est la réalité.

Je ne suis pas ici pour vous dire que nous sommes « au milieu du guet », « à la croisé des chemins », ou encore que vous êtes tous destinés à exercer les plus hautes responsabilités dans nos armées. Je suis venu vous tenir un discours de vérité, c’est-à-dire un discours de réalité et de bon sens. Je le ferai sans minimiser les difficultés, sans dramatiser à l’excès non plus ; en vous disant la réalité des choses et en vous décrivant les défis. Pas de pessimisme outrancier. Pas d’optimisme béat ou suspect.

Je voudrais partir des opérations, car elles sont au coeur de notre engagement sous l’uniforme. Je voudrais ensuite vous faire un point de situation de la réforme des armées, car vous en serez les acteurs. Je voudrais enfin, en ce début d’année, vous dire précisément ce que j’attends de vous, futurs brevetés de nos armées, directions et services.

Trois parties donc pour mon intervention. Comme tout bon exposé à l’Ecole de Guerre, ma troisième partie sera le coeur de mon propos.

 

***

 

Première partie : les opérations

Du CEMA au plus jeune engagé, l’engagement en opérations est l’élément qui, par-dessus tout, doit donner du sens à nos actions.

La priorité est la protection de la population française. Elle s’exprime sur le territoire national mais aussi au-delà de nos frontières.

C’est le sens de la posture de dissuasion, de la surveillance de nos espaces aériens et maritimes, du recueil du renseignement, du contrôle des espaces et des flux d’intérêt stratégique, de la préparation opérationnelle.

A l’heure où je vous parle, nous avons plus de 20 000 militaires déployés hors de la métropole, dont 8 000 au profit de 26 opérations extérieures, sur 4 continents, dans les airs et sur tous les océans. Ils y participent à la résolution des crises, à la protection des populations civiles et de nos ressortissants, et à la défense de nos intérêts. Les autres préparent et soutiennent ces opérations ou y contribuent directement, depuis nos bases prépositionnées, outremer et à l’étranger, en Afrique et aux Emirats Arabes Unis.

Le chef d’état-major des armées est le conseiller militaire du gouvernement. A ce titre, il participe aux conseils de défense, il donne les éléments d’appréciation et propose les options militaires à l’autorité politique. Il assure le commandement des opérations militaires, directement sous les ordres du Président de la République, chef des armées. Ce commandement s’exerce sur tous nos moyens, nucléaires et conventionnels, sur le territoire national et en opération extérieure, que l’opération soit nationale ou multinationale.

Les comptes rendus d’activité qui me parviennent me permettent de mesurer l’état du monde et l’action de la France et de ses armées dans le monde.

Dans ce domaine, je fais un premier constat : nos forces sont actuellement fortement engagées et nos armées sont au rendez-vous : elles gagnent !

Dans la défense du territoire national d’abord avec la dissuasion nucléaire. Elle sanctuarise nos intérêts vitaux par la menace de dommages inacceptables qu’elle fait peser chez un agresseur potentiel, notamment grâce à ses deux composantes.

La défense du territoire, c’est aussi la surveillance de nos espaces aériens et maritimes, la police du ciel, l’action de l’État en mer. La lutte contre tous les trafics en mer est un enjeu majeur, notamment outremer.

C’est l’une des missions de notre marine. Je rappelle que la France possède la deuxième zone économique exclusive mondiale.

Dans la bande sahélo-saharienne, l’opération Serval a été un succès. Elle a fait l’admiration de nos alliés. Je peux vous le dire, à chaque fois que je rencontre mes homologues, partout dans le monde, quelle que soit la nation, c’est toujours une vraie admiration pour ce que nos armées ont réalisé.

Aujourd’hui, notre stratégie a évolué avec la régionalisation du dispositif et le renforcement du partenariat avec nos alliés africains. Ce changement d’échelle est porté par la nouvelle opération transfrontalière Barkhane qui s’étend de la Mauritanie au Tchad. Cette mission comporte 2 volets :

- premièrement : appuyer les forces armées de nos partenaires africains de la BSS dans le contrôle de leurs territoires et dans leurs actions de lutte contre les groupes armés terroristes ;

- deuxièmement : réduire la liberté d’action des groupes armés terroristes en faisant peser l’insécurité sur les groupes armés terroristes qui est notre ennemi.

Notre but est maintenant de transférer la sécurisation de la zone aux pays du champ en accompagnant la montée en puissance de leurs capacités. C’est le sens du partenariat élargi que nous avons établi avec la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina-Faso et le Tchad. Ces pays forment le groupe qu’ils ont intitulé le « G5 Sahel » et c’est sûrement la meilleure instance pour faire progresser la sécurité dans la région. J’ai des contacts permanents avec mes homologues de ces 5 pays, j’y ajoute évidemment le Sénégal, ainsi que l’Algérie où j’étais encore avant-hier.

Nous avons aussi adapté notre dispositif avec deux points d’appui principaux, le premier à N’Djamena au Tchad où est situé le PC interarmées de théâtre, le second à GAO au Mali. Nos opérations peuvent compter sur l’implication de certains de nos alliés, notamment américains, espagnols et britanniques.

De ce dispositif dans la BSS, nous sommes au croisement des menaces terroristes d’AQMI et celles de Boko Haram. Nous regardons au Nord en direction de la Libye qui sert de zone de transit et de refuge aux groupes armés terroristes. Nous sommes aussi particulièrement vigilants lorsque nos regards se portent vers le Sud avec la menace en expansion de Boko Haram.

En RCA également, le travail effectué depuis le début de l’opération Sangaris a été aussi remarquable que difficile. Par notre intervention, nous avons évité le pire, c’est-à-dire le massacre interethnique et le désastre humanitaire. Aujourd’hui, grâce à l’action de nos soldats, la situation sécuritaire et économique s’améliore. Les écoles ont rouvert, les marchés sont réapprovisionnés. Je le vérifie à chacun de mes déplacements dans ce pays.

Mais des 3 objectifs principaux restent néanmoins encore à atteindre :

1. la restauration de l’Etat et la mise en place de l’administration ;

2. la réconciliation nationale, et en premier lieu le désarmement ;

3. le déploiement d’une opération de maintien de la paix des Nations Unies

Ces objectifs, principalement les 2 premiers, ne sont pas strictement militaires même si Sangaris y contribue, crée les conditions.

Pour le troisième objectif, nous avançons puisque la MINUSCA a succédé à la MISCA africaine depuis avant-hier, mais elle doit encore poursuivre sa montée en puissance avant de prendre progressivement notre relais pour la sécurité du pays.

La présence de la force européenne EUFOR-RCA, après des débuts difficiles, est positive avec ses 500 soldats déployés dans Bangui et son aéroport.

La situation reste donc encore précaire, et j’ai quand même le sentiment que nous restons encore le principal rempart contre le chaos.

Mme Samba Panza, chef de l’Etat de transition, me l’a encore redit le 26 août dernier à Bangui.

Nos armées sont au rendez-vous en Afrique. Elles le sont lorsqu’il s’agit, dans l’urgence, d’évacuer, à partir de la mer, nos ressortissants de Libye ou encore de localiser et de sécuriser l’épave du vol d’Air Algérie ; deux opérations que nous avons menées fin juillet dernier.

Je pourrais multiplier les exemples, tous montrent que nous avons de belles armées !

Soyez en convaincus, nous pouvons être fiers de nos armées ! Nos armées fournissent au pouvoir politique un outil très efficace, réactif et complet. La description que je viens de vous faire l’atteste. Et si un jour de grisaille vous êtes guettés par la sinistrose parisienne, un jour où les difficultés de la vie quotidienne s’accumulent, rappelez-vous de cette réalité.

J’observe aussi que le « tumulte du monde » s’accélère, comme en témoigne la crise en Ukraine en même temps que la situation en Syrie, en Irak et en Libye. Ces crises nous concernent tous car elles mettent en jeu la sécurité des Français, comme celles des Européens. A nos portes, à l’Est comme au Sud, notre environnement est de plus en plus agité, avec l’émergence de crises majeures et inédites. Si je voulais caricaturer mon propos, je dirais que notre perception du monde a changé entre le 14 juillet et le 15 août.

- A l’Est, on assiste avec la crise en Ukraine à un retour d’une forme de conflits interétatique.

- Au Sud, on voit émerger des guerres hybrides, de grande ampleur, de plus en plus violentes, mais aussi de plus en plus détachées de l’interétatique. Ces conflits, dont les déterminants sont ethniques et religieux, portent l’enjeu majeur du terrorisme et du fondamentalisme. Les djihadistes de l’Etat Islamique au Levant représentent une véritable armée d’hommes expérimentés, bien équipés et disposant de ressources financières très importantes.

J’étais, il y a moins de 15 jours, avec le Président de la République au sommet de l’OTAN, au pays de Galles. Les flancs Est et Sud de l’Europe ont été traités par l’Alliance, non pas en les opposant, mais en soulignant la nécessité de les traiter simultanément. La crise ukrainienne pose néanmoins des questions de fond sur le rôle de l’OTAN, sur la réactivité de ses moyens face aux menaces actuelles, sur ses doctrines et procédures, notamment en période de contraction généralisée des dépenses de défense de ses membres. Pour y faire face, le recours aux organisations et aux coalitions internationales est une réponse à la fois indispensable mais aussi imparfaite, car elle pose aussi des difficultés de coordination, tant politiques que militaires. Il apparaît aussi la nécessité d’un partage du fardeau. La France y a déjà toute sa part avec son action au Sahel qui  participe directement à la sécurité de l’Europe.

Enfin, et pour terminer ce tour d’horizon opérationnel, je voudrais revenir au théâtre national. Il faut être particulièrement vigilant car nous devons envisager le pire, lorsque les Français partis combattre dans les rangs des terroristes au Levant reviennent sur notre sol. Ce risque doit être pris très au sérieux. Il doit aussi nous faire prendre conscience du lien très fort qui existe entre la sécurité extérieure et intérieure. C’est une réalité qu’il faut rappeler autour de nous : la défense de la nation ne commence pas à nos frontières immédiates. En intervenant dans la BSS, nous participons directement à la protection de la France et de l’Europe.

L’histoire s’écrit en ce moment. Elle s’écrit devant nous. Nos concitoyens le perçoivent et comptent sur nous pour les protéger. Cette accélération des choses, ces nouvelles conflictualités, évolutives et de plus en plus denses, vont sûrement marquer les mois et les années à venir. Vous devez vous préparer à ce nouveau paysage géostratégique.

Vous devez vous armer intellectuellement et moralement pour y faire face. Cette année est faite pour vous y aider. Dès aujourd’hui, nous devons être en mesure d’apporter les bonnes réponses, à temps. Pour cela, il faut s’adapter, et le faire en regardant loin devant.

Tout cela, il vous faudra le faire - il nous faudra le faire - avec un budget toujours très contraint. Ceci suppose une bonne coordination, une cohérence d’ensemble, et me conduit à ma deuxième partie.

 

***

 

La transformation des armées.

Pour commencer, je voudrais vous rappeler les finalités de cette transformation car il ne faut pas confondre les objectifs avec les voies et les moyens. En d’autres termes, la réforme n’est pas un but en soi !

Le Livre blanc porte la vision stratégique de la France ; il décrit l’ambition nationale en matière de défense et fixe des contrats opérationnels pour nos armées avec un horizon 2025 pour notre modèle. La loi de programmation militaire en est, quant à elle, la traduction capacitaire et budgétaire sur les 5 ans à venir, de 2014 à 2019. Comme en opération, les armées s’adaptent sans cesse, se réforment, pour concilier leurs missions aux moyens qui leurs sont alloués. Je note d’ailleurs ici un paradoxe : je suis toujours frappé par la perception, chez nos concitoyens, d’un certain immobilisme dans nos armées, alors même qu’aucune autre institution ne s’est autant réformée ces dernières décennies.

Aujourd’hui encore, avec la réduction de notre budget, nous devons nous réorganiser pour maintenir le modèle d’armée complet, réactif et performant : celui dont la France a besoin pour répondre aux enjeux sécuritaires d’aujourd’hui et se préparer à ceux de demain.

Les deux principaux enjeux de cette réforme sont clairs :

1 : la préservation de l’opérationnel, coûte que coûte ;

2 : le maintien de la cohérence capacitaire de notre outil de défense.

La réalité est que nous sommes confrontés à un vrai challenge.

Avec des moyens en constante diminution, tout en menant des opérations exigeantes, il faut garder le cap de la cohérence globale de nos armées. Le mot cohérence est essentiel. L’histoire nous enseigne que l’on perd la guerre souvent à cause d’un grain de sable ! Ce constat impose aussi de faire des choix. Nous ne pouvons plus tout faire !

La LPM actuelle, telle quelle a été bâtie, permet de conserver cette cohérence. Croyez-moi, ce projet a été travaillé dans le moindre détail. C’est le meilleur compromis entre la souveraineté de défense et la réduction du déficit public, mais c’est un costume taillé au plus juste !

Il faut dire les choses, nos marges de manoeuvre sont inexistantes ! Quelle que soit la grille de lecture, la démonstration, par agrégat physico-financier, est limpide.

Prenons d’abord les réductions d’effectifs : l’actuel plan de déflation est particulièrement ambitieux : 34 000 suppressions de postes pour la LPM 2014-2019, dont 1 000 officiers par an. En 10 ans, entre 2009 et 2019, nos effectifs auront diminué d’un quart. En 10 ans, c’est colossal ! Et plus on avance, plus il est difficile d’identifier les postes ! Je rappelle qu’en 2013, le ministère de la défense, à lui seul, a assumé 60% des suppressions d’emploi d’Etat. Notez cela, répétez-le !

On peut difficilement aller plus loin. C’est une question de justice sociale !

Pour le fonctionnement courant, le budget est aussi déjà contraint au-delà du raisonnable, pour permettre de moderniser les équipements a minima. On se trouve à un niveau tel qu’il a fallu, en fin d’année dernière, mettre en oeuvre un plan d’urgence de 30 M€ au bénéfice des bases de défense, pour satisfaire en partie les besoins les plus basiques, tel que le chauffage. Quelles sont les institutions qui coupent le chauffage comme nous avons été amenés à le faire ? Très franchement, il n’y a rien à gagner sur le fonctionnement. La préparation opérationnelle ne peut pas non plus être encore réduite, car c’est elle qui fait le succès de nos forces en opération et nous nous sommes engagés avec le ministre de la défense à préserver le niveau d’activité : c’est le coeur des armées.

Pour les équipements, nous nous situons aussi à un plancher.

L’âge moyen des véhicules de l’avant blindé déployés en RCA est de 31 ans, ceux de métropole ont 40 ans en moyenne. Nos hélicoptères Puma fêtent cette année leur 44ème anniversaire, et nos avions ravitailleurs leur 50ème anniversaire. Qui monterait dans un véhicule de plus de 30 ans, dans un avion ou dans un hélicoptère de plus de 40 ans ?

Quant à l’infrastructure, avec un flux annuel d’environ 1 milliard d’€, nous sommes déjà au plancher des besoins indispensables.

J’alerte régulièrement l’autorité politique sur l’état des lieux que je viens de vous faire. Mon discours n’est pas différent de celui que je viens de vous tenir. C’est pour cela que le respect des engagements de la LPM est un combat que nous menons avec les trois chefs d’état-major d’armées, derrière notre ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, et en collaboration étroite avec le Délégué général pour l’armement et le Secrétaire général pour l’administration.

Le Président de la République l’a dit en juin, il l’a répété le 28 août dernier lors de la conférence des ambassadeurs, les crédits de la LPM seront maintenus. Le premier assaut des financiers a donc été repoussé mais l’équilibre reste précaire car toute encoche budgétaire à la LPM aurait des effets directs et immédiats. Elle impliquerait ni plus, ni moins, de construire un nouveau projet et d’en assumer toutes les conséquences dans les domaines opérationnel, capacitaire, économique et social.

C’est sur la stricte base de la LPM que la transformation a été construite. Elle fait l’objet d’un projet, baptisé CAP2020 qui, pour la première fois, réunis l’ensemble des projets des 3 armées et aussi des 6 directions et services. Ce projet est donc un projet commun, un projet partagé. La vision qu’il porte vise en particulier à assurer la cohérence opérationnelle des armées, directions et services. Il s’articule autour de trois principes :

1. optimiser notre capacité opérationnelle, notamment au travers de la priorisation de l’activité et de la modernisation de nos équipements ;

2. valoriser les hommes et les femmes des armées, notamment en rénovant le modèle RH et avec une meilleure adéquation entre le grade, les responsabilités et la rémunération ;

3. affûter notre organisation générale, notamment avec le renforcement de la performance des soutiens et la rénovation du commandement des armées.

Ce projet met en cohérence les missions qui nous sont fixées et les ressources qui nous sont allouées, tout en subordonnant les secondes aux premières. Il offre surtout une nouvelle perspective qui est la condition nécessaire pour que les hommes et les femmes des armées acceptent le principe de nouveaux efforts, sans équivalent.

Le projet CAP2020 donne la direction. Ce projet est cohérent, il est partagé et se décline dans un ordre aux armées, directions et services. La feuille de route est donc claire. Sa réussite repose sur 2 conditions principales :

- 1ère condition : la mise en place des ressources financières, en volume et en cadencement, conformément à la LPM. Pour cela, il reste 3 interrogations majeures exogènes dont je vous livre les données d’entrée :

o 1 - le financement des surcoûts OPEX : la provision actuelle OPEX est de 450M€ pour 2014. Je rappelle qu’en 2013, le montant des surcoûts a été de 1250 M€ ;

o 2 - l’allocation de ressources exceptionnelles : le montant de ces ressources structure le budget et elles ne sont pas, à ce stade, toutes identifiées. C’est le cas pour 2015 à hauteur de plus de 2 milliards d’€. Il y aussi les hypothèses d’export qui sont particulièrement optimistes ! ;

o 3 - la rationalisation des emprises. Réduire les coûts n’est possible qu’en fermant encore des sites, en ayant une vision la plus large possible pour éviter l’inquiétude, l’interrogation dans les forces.

- 2ème condition : l’adhésion du personnel. Dans ce contexte difficile, et c’est bien compréhensible, le moral de nos soldats, marins et aviateurs est changeant et parfois fragile. Il est à surveiller. C’est une préoccupation majeure : dans notre organisation avant tout humaine, le succès repose d’abord sur la cohésion et les forces morales. C’est elles qui nous permettront de franchir l’obstacle et d’être au rendez-vous des combats de demain. C’est pour cela qu’il est important que la vision et la méthode de la réforme soient partagées. Il faut que les efforts se placent dans une réelle perspective d’amélioration en matière de condition du personnel, en matière de condition de travail. Ne vous y trompez pas, nos soldats râlent … parce qu’ils veulent faire leur métier !

Il ne faut pas se cacher que, toute économie supplémentaire demanderait d’autres efforts et induirait un risque non maîtrisé d’aller au-delà du seuil de l’acceptabilité sociale.

Sur ce plan, ne tombez pas, vous nous plus, dans la sinistrose parisienne. N’oubliez pas cette belle phrase « si tu t’assieds, ils se couchent ». Quoi qu’il en soit, cette réforme, il faudra la porter et cela m’amène à ma troisième partie : ce que j’attends de vous, officiers brevetés : soyez des chefs dans le sens plein du terme ! Oui, des chefs !

 

***

 

J’attends de vous que vous soyez sûrs de vos valeurs et vous fassiez preuve de courage et d’enthousiasme. Ce n’est pas un discours convenu, c’est ce que j’ai dans mes tripes. Je crois en effet qu’il y a peut-être beaucoup de gens intelligents, mais qu’il n’y a pas assez de chefs charismatiques !

Ayez d’abord du courage. C’est la qualité première de l’officier, c’est la colonne vertébrale des futurs véritables hauts potentiels.

Le courage, c’est celui de commander, c'est-à-dire de réfléchir, de décider, d’expliquer, de fédérer et enfin d’assumer ses responsabilités. C’est distinguer l’essentiel de l’accessoire et s’y concentrer. Demain, il vous faudra prendre des décisions, ou aider à prendre des décisions. Trop souvent, on gère les problèmes. Ils ne doivent pas être « gérés », ils doivent être résolus ! « Ne me dites pas que c’est impossible ! » disait le maréchal Leclerc.

Le courage c’est aussi savoir se remettre en question. Être breveté de l’école de guerre n’est pas une fin en soi. Vous le savez, la courbe de Gauss est la même partout, même chez les brevetés de l’école de guerre ! Continuez donc à progresser, à sortir des chemins battus, des idées toutes faites. Refusez l’objection du « cela s’est toujours fait comme ça » ! Dans un an, certains d’entre vous me brieferont directement ; ils me présenteront des options, me proposeront des décisions pour l’avenir de nos armées ou pour les opérations en cours. D’autres commanderont en opération et engageront la vie de leurs subordonnés. Vous n’avez pas droit à la médiocrité ! Je vous invite donc à rentabiliser pleinement cette année. Travaillez pour vous et par vous-même, pour ne pas être demain désarmé lorsqu’il s’agira de prendre position et de défendre votre point de vue.

Profitez de cette année pour vous « recaler » sur ce qui vous manque ; chacun a ses lacunes. Allez au fond des choses ; revenez aux textes qui fondent nos institutions et notre Etat, qui forgent notre place en leurs seins. Méditez l’histoire, car elle constitue un immense capital d’expérience. Consolidez votre pensée stratégique.

Réfléchissez sur les valeurs militaires. Interrogez-vous sur le sens de notre métier et de l’action militaire ; sur ce qui constitue la spécificité militaire ; sur les fondements de la légitimité de l’usage de la force. Je crois que l’identité militaire est le capital de l’institution militaire. Refusez la banalisation du métier militaire.

C’est le socle de nos valeurs permanentes qui font la solidité de nos armées ; ce sont le courage, le sens du bien commun, la cohésion ou encore la fraternité d’armes. Ce sont des valeurs que la société civiles nous reconnaît. En retour, parce que vous en faites aussi pleinement partie, vous devez confrontez ces valeurs à celles de la société actuelle, non pas par critique ou sentiment de supériorité, mais pour en comprendre les ressorts sociologiques comme les rouages psychologiques. Résister à l’arrogance et aux certitudes toutes faites.

Avoir des convictions et s’y tenir, c’est la dimension humaine de l’exercice du commandement.

Cet aspect est essentiel car ce sont les femmes et les hommes des armées qui sont au coeur des adaptations à venir. L’adhésion de tous est la condition du succès. Elle n’est possible que par la cohésion, l’esprit de corps, l’esprit d’équipage. Cette cohésion des armées s’ancre dans des relations de confiance, loyales et franches.

Elle n’est possible que lorsqu’on reconnaît en vous des qualités de coeur. Soyez vous-même, soyez de vrais chefs, des chefs vrais.

Forgez-vous un style, votre propre style de commandement. « Le style, c’est l’homme même » disait Buffon. Intéressez-vous aux autres. Aimez vos subordonnés. Ils vous le rendront.

Dans un monde changeant, qui doute souvent de ses valeurs et de son avenir, je vous demande enfin d’être enthousiastes. Des chefs tristes sont des tristes chefs.

« Aimez le métier militaire à la passion » selon la belle formule du Prince de Ligne. Je ne vous demande pas de faire preuve d’un enthousiasme de façade, mais bien d’un enthousiasme de conviction.

Il doit trouver son expression à l’intérieur comme à l’extérieur de nos armées.

En interne, être enthousiaste, c’est être combatif face à l’adversité. Au travers des difficultés que vous aurez peut-être à affronter, n’oubliez pas que vous travaillez pour ceux qui sont confrontés à la réalité du terrain. Faites preuve d’imagination, d’esprit d’innovation, mais aussi de pragmatisme. Je compte donc sur vous, non pas pour être de bons élèves, sages, méticuleux et bien lisses, mais pour être des officiers de caractère, déliés, incisifs, sans complexe, iconoclastes au besoin. Cela dans la perspective de pouvoir aider aux décisions et aux choix à venir, dans le contexte si délicat que je vous ai décrit.

A l’extérieur de nos armées, être enthousiaste, c’est rayonner en direction du monde civil et de nos concitoyens. Dans vos nouvelles affectations, vous aurez l’occasion de côtoyer et de travailler avec d’autres décideurs que les seuls chefs militaires. Je vous demande d’être, auprès d’eux, des ambassadeurs des armées.

La génération montante civile n’a connu ni la guerre ni la conscription. Ne rêvons pas, si nous ne témoignons pas, si nous n’expliquons pas ce que nous faisons et comment nous le faisons, personne ne le fera à notre place. Il faut donc se faire connaître et se faire comprendre. L’esprit de défense se construit avec nos concitoyens et non à côté.

Sans complexe, avec détermination et enthousiasme, je vous invite donc à vous tourner vers l’extérieur et à rayonner. L’enjeu de cette action, fondamentale ne vous y trompez pas, est le rôle des armées et notre place au sein de la Nation.

Enfin, j’attends aussi de vous que vous soyez unis, car la cohésion du combat se prépare et se prolonge dès le temps de paix, dans les états-majors.

C’est pour cela que l’École de guerre est une école de l’interarmées. Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas que chacun renie sa culture d’armée, mais les conflits entre armées sont incompréhensibles par le monde extérieur et surtout être divisés nous affaiblit. Nos détracteurs le savent, s’en réjouissent et en profitent.

Un chef sans véritable esprit d’équipe n’est pas un véritable chef !

Soyez des fédérateurs, non des diviseurs. Les grands chefs militaires comme Leclerc et de Lattre l’ont été, au serment de Koufra ou par l’amalgame.

La cohésion des combats de demain se prépare dès aujourd’hui, dans la confiance et l’amitié que vous pourrez tisser cette année. Au Sahel, en RCA, au Liban et ailleurs, partout où le Président de la République le décidera, nos 3 armées, directions et services, sont et seront engagées au coude à coude dans les mêmes combats.

 

***

 

Voilà de manière synthétique ce que je voulais vous dire sur les opérations, la transformation et sur ce que j’attends de vous.

En qualité d’officiers brevetés, préparez-vous cette année à être les chefs dont nos armées ont besoin pour relever les défis qui sont devant elles, quelles que soient les difficultés. Nous sommes formés pour être des professionnels de la crise et du chaos.

Je m’aperçois en terminant que j’ai peut-être oublié un point essentiel dans le métier d’officier, que ce soit en opérations, pour la conduite du changement ou pour le commandement : l’humour, cet anti-virus de la vanité ou de l’orgueil, cette distance que vous créez avec la réalité de la vie et qui relativise votre importance. Vous allez être brevetés de l’Ecole de guerre : ne vous prenez pas au sérieux. « Vous êtes commandez par des cons », patience votre tour viendra ! Souriez, riez : c’est indispensable à la santé et souhaitable dans la difficulté.

La période que vous allez vivre ne sera pas facile mais elle sera passionnante car justement tout change, tout bouge et qu’il s’agit de bâtir l’avenir et de trouver des solutions nouvelles, novatrices. Notre force est de rester unis et à la manoeuvre dans ces situations. Je compte sur vous, aujourd’hui et demain, pour le succès des armes de la France !

Je vous remercie !

 

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 12:58
Général Sainte-Claire Deville - photo La Voix du Nord

Général Sainte-Claire Deville - photo La Voix du Nord

 

20.09.2014 Par Olivier Berger, grand reporter à La Voix du Nord.

 

Le général de corps d'armée Arnaud Sainte-Claire Deville s'est adressé ce matin, au quartier Kléber à Lille, au personnel du commandement des forces terrestres, dont il a pris la tête le 1er août en remplacement du général Bertrand Clément-Bollée.

Il nous avait reçu plus tôt dans la semaine pour évoquer cette continuité dans l'action (il a été chef d'état-major du CFT de 2010 à 2012). Et comme ses prédécesseurs, il attend avec impatience les concrétisations budgétaires de la Loi de programmation militaire...

 

[...]

Opération Barkhane

« Par rapport à Serval, l’environnement reste le même avec de grandes étendues désertiques. On n’a donc pas fondamentalement changé la préparation opérationnelle spécifique avec sur place, deux GTIA de force conventionnelle, le fuseau est sur le Tchad et le fuseau ouest, essentiellement le Mali. Qui interagissent avec les forces spéciales.

Irak-Syrie

« Il y a un certain nombre de sommets. Nous sommes à l’écoute. On planifie, on réfléchit mais sans aller au-delà pour le moment. Nous ferons ce que nous dirons de faire nos autorités politiques. Des matériels ont été livrés mais il n’y a pas de formateurs des forces terrestres en Irak. Des gens des forces spéciales oui mais pas de forces terrestres… »

[...]

 

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