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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 16:50
photo EMA

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12.08.2014 Par Olivier Berger, grand reporter à La Voix du Nord - Défense Globale

 

À chaque crise aiguë de ce bas monde, on désespère. Des atermoiements de l’Europe, géant économique aux petits pieds diplomatiques. L’exemple du drame irakien effraie. Les ambassadeurs des vingt-huit se réunissent aujourd’hui en urgence tandis que le Royaume-Uni et la France, de leur initiative bien nationale, expédient déjà de l’aide humanitaire.

 

Le complexe européen est là, originel. Comment voulez-vous prendre rapidement et efficacement une décision à vingt-huit ? Vingt-huit histoires, vingt-huit cultures, vingt-huit mémoires, vingt-huit politiques, vingt-huit intérêts, vingt-huit paroles ? La prudence européenne est rédhibitoire. Chacun pense à sa nation avant de penser Europe. C’est ainsi.

On a attendu en vain ce lundi une déclaration de Catherine Ashton, la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Union européenne. Un joli titre, bien ronflant, comme le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le corps diplomatique de l’UE.

La Britannique est sur le départ fin octobre, en même temps qu’Herman Van Rompuy, le président du Conseil, et Javier Barroso, celui de la Commission. Elle ne laissera pas un grand souvenir mais la responsabilité est partagée. Entre les grandes puissances européennes, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, qui refusent d’abandonner une once de prérogatives sur les sujets internationaux. Qui se retrouvent, s’éloignent et s’isolent au gré des dossiers et du vent.

Sur un autre sujet, allez demander à un Polonais, à un Balte ce qu’il pense viscéralement du voisin russe, tandis que l’Allemand est son premier fournisseur ?

De retour de Bagdad et Erbil, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, s’est fendu d’un communiqué, promis aux Kurdes, pour exhorter à l’action Mme Ashton et la commissaire à l’action humanitaire, la Bulgare Kristalina Georgieva (et candidate à la succession de la Britannique avec l’Italienne Federica Mogherini).

Devant le drame qui se joue à ses portes, l’Europe ne peut rester inactive. C’est un impératif moral (…) C’est aussi ce qu’exigent l’intérêt stratégique européen et la défense des libertés », écrit-il avec emphase. On lit entre les lignes : pour agir, la France n’a jamais eu besoin de l’Europe, c’est donc qu’en Irak, elle ne le souhaite pas vraiment, déjà très sollicitée en Afrique. Les Kurdes veulent des armes mais l’UE n’en a pas contrairement aux nations.

Voilà où en est l’Europe, condamnée à faire illusion, à froncer les sourcils, à servir de paravent.

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 12:50
Crise ukrainienne: pugnacité américaine, anxiété européenne

Le président de la Commission européenne Manuel Barroso, le président américain Barack Obama et le président du conseil de l’Union Herman Van Rompuy, à Bruxelles le 26 mars 2014 (compte Twitter/Herman Van Rompuy)

 

26 mars 2014 par Jacques N. Godbout

 

Réunis ce mercredi 26 mars, deux jours après la suspension de la Russie du G8 et la menace de nouvelles sanctions contre Moscou, Barack Obama et les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission, José Manuel Barroso, ont affiché leur détermination à ne pas laisser impuni le rattachement de la Crimée à la Russie.

 

Mais, depuis la fin de la Guerre froide, le monde est devenu beaucoup petit pour que les Russes et les Occidentaux puissent rester longtemps…en froid, et des voix divergentes se font entendre qui remettent en cause la pertinence des sanctions.

Lors de leur réunion extraordinaire à La Haye, les pays du G7 avaient prévenu Moscou le 24 mars ont dit qu’ils étaient prêts en cas d’escalade à prendre des sanctions économiques, dans les secteurs de l’énergie, de la finance, des ventes d’armes et du commerce.

«S »il y a une nouvelle escalade, nous, les Européens et les Américains sommes prêts à intensifier les sanctions», a déclaré aujourd’hui le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, en conférence de presse à l’issue des entretiens avec le Président américain, ajoutant toutefois «que les sanctions sont un moyen et non une fin. L’objectif est une solution négociée, dans le respect de la souveraineté de l’Ukraine et du droit international.»

«Nous soutenons également la Géorgie et la Moldavie, et l’Union européenne a avancé à juin, la signature d’accords d’association avec eux», a aussi déclaré le président du Conseil européen.

Le président américain a souligné quant à lui le danger que les actions de la Russie font courir aux Ukrainiens, mais aussi au système international dans lequel l’Europe et les États-Unis ont tant investi.

Barack Obama a expliqué pourquoi l’alliance entre l’Europe et les États-Unis est si importante pour la sécurité de l’Europe mais aussi pour «la démocratie et la préservation de la loi internationale dans le monde.

«Le monde est plus sûr et plus juste quand l’Europe et les États-Unis sont solidaires», a Barack Obama.

«L »Europe, notamment l’Union européenne, est la pierre angulaire de notre engagement dans le monde», a insisté le Président américain en assurant que la Russie était «seule» après son intervention en Crimée et que Moscou avait fait un «mauvais calcul» en pensant «enfoncer un coin entre l’Union européenne et les États-Unis».

Barack Obama s’est aussi déclaré «préoccupé» par la baisse des dépenses militaires de certains pays de l’Otan. «La situation en Ukraine nous rappelle que la liberté a un prix», a-t-il affirmé.

L’Ukraine sera aussi au centre des entretiens dans l’après-midi entre Barack Obama et le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, qui redoute une intervention de Moscou dans l’est de l’Ukraine et avait affirmé le 20 mars dernier que le rattachement de la Crimée à la Russie constitue la «plus grave» menace pour la stabilité de l’Europe depuis la Guerre froide.

 

Pugnacité d’Obama, mais inquiétudes en Europe

Mais la plupart des dirigeants souhaitent avant tout une désescalade.

Selon le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, il importe de désamorcer la situation. «Nous devrions reprendre des relations normales», a déclaré le ministre des Affaires étrangères allemand aujourd’hui dans une interview avec le journal Bild.

De plus, des voix, qui prônent surtout le dialogue, s’élèvent déjà pour remettre en cause la pertinence et l’utilité des sanctions

Voix divergente en Europe, l’ex-chancelier allemand de 1974 à 1982, Helmut Schmidt, a vivement critiqué la position de l’Occident sur ​​le règlement de la crise en Ukraine, rapporte aujourd’hui l’agence russe Itar-Tass.

«L’UE et les États-Unis des sanctions contre la Russie sont stupides et toute pression économique aurait une signification symbolique», a déclaré ce mercredi celui qui fut aussi ministre fédéral de l’Économie et des Fiances après avoir été ministre de la Défense.

«Les sanctions affectent à la fois l’Occident et la Russie», a noté l’ex-chancellier.

Le refus des dirigeants du G7 de poursuivre le dialogue avec la Russie ne facilite pas le règlement de la ukrainienne. «Il serait idéal de se réunir dans le cadre du G8 en ce moment. ce cadre serait plus utile pour préserver la paix», a ajouté l’homme politique allemand, soulignant que la situation en Ukraine était particulièrement dangereuse du fait des inquiétudes de l’Occident.

Selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut de la Russie pourrait chuter de 1,8% en 2014 et la fuite des capitaux atteindre jusqu’à 150 milliards de dollars si la crise en Ukraine s’aggravait, mais, selon les Russes, l’économie du monde occidentale sera aussi très affectée.

«Les sanctions contre la Russie feront payer les Européens pour l’échec de la politique de l’Occident en Ukraine», a affirmé de son côté le président de la Douma [la Chambre basse du parlement russe, ndlr] Sergueï Narychkine, déclarant que la politique de l’Occident avait aggravé la crise politique.

Autre voix divergente, en Amérique cette fois, l’ex Secrétaire à la Défense Robert Gates,un républicain qui avait servi aussi sous l’administration Obama, estimait déjà le 10 mars dernier que les sanctions seraient improductives.

«Certaines sanctions envisagées et mesures prises, [...] honnêtement, n’auront pas le moindre effet dissuasif sur Poutine, à mon avis», avait-il déclaré à la télévision américaine. «Il n’y a rien que les puissances occidentales puissent faire «La Crimée est partie!», »Crimea is gone!», avait-il lancé, soulignant qu’il vaudrait mieux se préoccuper de la dépendance énergétique européenne et «prendre de mesures pour assurer la fourniture de gaz en Europe sans la Russie, actuellement le fournisseur d’une grande partie de l’énergie européenne».

Le président américain lui-même aujourd’hui a estimé que la crise ukrainienne démontrait «la nécessité pour l’Europe de diversifier ses sources d’énergie», alors qu’elle est toujours très dépendante des importations de gaz russe.

 

Rencontres inévitables

Le Canada, le plus ardent soutien du nouveau pouvoir ukrainien, n’en continue pas moins les discussions sur les questions nordiques avec les Russes.

Les représentants du gouvernement canadien ont d’ailleurs confirmé qu’une délégation russe assister bien à une rencontre à Yellowknife cette semaine du Conseil de l’Arctique auquel préside le Canada et qui réunira tous les membres du groupe des huit nations.

Amanda Gordon, une porte-parole de ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, qui dirige le Conseil de l’Arctique, a toutefois déclaré le Premier ministre Stephen Harper a demandé aux fonctionnaires d’examiner l’ensemble des relations bilatérales avec la Russie, mais le travail du Conseil de l’Arctique continuera comme prévu pour le moment.

Et, pendant qu’en Crimée les drapeaux russes ont été hissés sur toutes les unités militaires de la péninsule mercredi matin, à 370 km d’altitude dans l’espace au dessus de notre planète, la Station spatiale internationale (ISS) se prépare à accueillir un nouvel équipage international composé de deux astronautes russes et d’un américain pour un séjour de près de 6 mois:  peut-être ennemis sur Terre, Russes et Américains sont au moins toujours alliés dans l’espace

Depuis la fin de la Guerre froide, le monde est devenu beaucoup trop petit pour que Russes et Occidentaux puissent éviter de se rencontrer, que ce soit dans l’Arctique ou dans l’espace.

À bientôt dans «une galaxie près de chez vous»!

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 11:20
Statement by the spokespersons of EU Council President Van Rompuy on press reports of U.S. surveillance of EU premises

1/7/2013 EU source: Council  - Ref: CL13-063EN

 

Summary: 1 July 2013, Brussels - The spokespersons of Herman Van Rompuy, President of the European Council, issued the following statement today on the press reports of U.S. surveillance of EU premises:

 

"The President of the European Council is very concerned by the press reports with allegations of U.S. surveillance of EU premises abroad and in Brussels. The European Union, including through its External Action Service, is examining the allegations and in contact with U.S. authorities.

 

The European Union has demanded and expects full and urgent clarification by the U.S. regarding the allegations. The President of the European Council takes note of the remarks today by U.S. President Barack Obama and his commitment to make sure to provide all the information that U.S. allies want and what exactly the allegations have been."

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 11:00
European Defence Matters: Report on the European Defence Agency Annual Conference
 

The annual conference of the European Defence Agency - EDA is a landmark occasion for the European Union defense community. The 2013 event, held on 21 March in Brussels, brought together 450 key decision-makers from the EU area and beyond, including Member States, European institutions, research bodies, think-tanks, industry and the media.

Keynote speakers included:
 

  • Herman Van Rompuy, President of the European Council,
  • Cathy Ashton, Head of the EDA,
  • Alan Shatter, TD Irish Minister for Justice, Equality and Defense representing the EU presidency,
  • Claude-France Arnould, Chief Executive of the EDA.


The European Commission was represented by Daniel Calleja Crespo, Director General of the Directorate General Enterprise and Industry.

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 07:50
Le chemin de Saint Petersbourg. L’Europe prie la Russie de jouer un rôle en Syrie

(crédit : Commission européenne)

 

Juin 5, 2012 Nicolas Gros-Verheyde (BRUXELLES2)

 

Près de St Petersbourg, lors du Sommet UE-Russie, Herman Van Rompuy en a profité pour dénoncer une situation en Syrie « épouvantable » et appeler le régime syrien à « cesser immédiatement toutes formes de violence et de donner son plein appui à la Mission des Nations Unies de surveillance (MisNus) ».

 

Evaluations divergentes

 

Cependant, lors des discussions avec les Russes, le président du Conseil européen n’a pu que reconnaître que l’Union européenne et la Russie avaient sur la situation en Syrie « des évaluations divergentes ». En fait, ils ne sont d’accord que sur un seul point : « le plan Annan dans son ensemble fournit la meilleure occasion de briser le cycle de la violence en Syrie, en évitant une guerre civile, et pour trouver une solution pacifique durable. ». Un point relativement faible au moment où le consensus semble se faire que la plan Annan a, pour l’instant, connu un certain échec, pour ne pas dire un échec certain. Tout l’effort des Européens reste d’essayer convaincre les Russes de faire pression sur leur allié syrien dans ce but. « Nous devons conjuguer nos efforts en vue de cela, et trouver des messages communs sur lesquels nous sommes d’accord. Nous avons besoin de travailler à un arrêt immédiat de toutes les formes de violence en Syrie, et vers un processus de transition politique » a précisé ainsi H. Van Rompuy.

 

Comment convaincre la Russie ?

 

Commentaire : Le problème est aujourd’hui de convaincre la Russie qui campe pour l’instant sur une position inflexible au Conseil de sécurité, soutient sans état d’âme son allié syrien, d’évoluer. Mais la notion de respect des droits de l’homme, d’arrêt des violences n’est sans doute pas vraiment pour percuter l’esprit du président russe qui n’a pas lésiné en Tchétchénie. Poutine souhaite redonner à son pays tout l’éclat et le poids sur la scène internationale qu’il estime perdu par des années d’affaiblissement (notamment sous la présidence d’Elstine). Et il semble plutôt concevoir les pays du monde selon une analyse classique, réaliste du découpage en zones d’influence : russe, américaine, chinoise, mixte… Le coup de force de l’OTAN au Kosovo, puis en Libye, ne sera pas répété en Syrie qui est un de ses alliés, qu’il inscrit dans sa zone d’influence, sur fond de contexte de guerre larvée entre chiites et sunnites, où la Russie a plutôt choisi le camp des premiers (Iran, Syrie, Hezbollah) contre les seconds. On pourrait se croire ainsi revenu aux meilleurs moments de la guerre froide. L’Europe n’est cependant pas dépourvue d’arguments : le président russe veut la libéralisation des visas, prépare son entrée dans l’Organisation mondiale du Commerce. Il doit conserver une certaine aura dans le camp arabe. Il aspire à une certaine légitimité. Encore faut-il être prêt au coup de force. Je ne suis pas sûr qu’une gentille aubade à St Petersbourg suffira à le faire changer d’avis…

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 08:55
Ashton « à l’ouest ». Londres a-t-il voulu lâcher la Baroness ? Paris critique

Mar 9, 2012 Nicolas Gros-Verheyde (BRUXELLES2)

 

On pouvait espérer qu’après quelques mois – que dis-je presque deux ans et demi de rodage – la nouvelle Haute représentante, Catherine Ashton, trouverait enfin sa trace, son rythme. Sans espérer une audace importante, une ambition énorme, on pouvait espérer un peu plus de l’Europe dotée des institutions de Lisbonne que sans. Si, peu à peu, Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, trace sa route, permettant au Conseil européen de trouver sa voie ; force est de reconnaître aujourd’hui que c’est une vraie déception. Ces dernières semaines, la Haute représentante était vraiment « à l’ouest » pour reprendre une expression populaire (= être à coté de la plaque). Et ses dernières (non) prestations, en dernier lieu au Sommet européen de début mars, ne permettront pas d’inverser cette remarque.

Un bilan enlisé

Défense et sécurité, absence et lenteur

 

Coté défense et sécurité, c’est la bérezina : un passage éclair à l’OTAN, début décembre juste avant le dîner ; le « brossage » de la conférence de sécurité de Münich ; « l’oubli » d’un conseil informel de défense sur l’agenda du semestre (ce sera parce que Chypre propose de l’organiser que la Haute représentante réagira)…. Quant aux éventuelles futures missions de la PSDC (en Libye, dans la Corne de l’Afrique, Sahel), c’est lent, très lent… Elles s’enlisent dans un « circuit bureaucratique » souvent incompréhensible au profane et même au spécialiste de ces questions. En Libye, une mission d’experts des Etats membres est partie assister le gouvernement libyen pour la gestion des frontières ; le statut de cette mission paraît toujours aussi flou. En matière industrielle, les Européens arrivent en ordre plutôt dispersés à Chicago, au sommet de l’OTAN. Et Washington voit défiler un à un les ministres de la Défense de chaque Etat membre qui tente, isolément, de négocier le meilleur rapport qualité-prix pour les livraisons US. Peu efficace ! On l’a déjà dit, mais cela ne s’arrange pas, la Haute représentante n’a pas d’appétance pour la défense. Un vieux réflexe de militante de la gauche travailliste, peut-être, alliée à une solide méconnaissance de ces sujets, et une croyance que de toute façon l’OTAN d’un coté, les Etats-Unis sont des gens beaucoup plus sérieux pour faire ces choses là…

 

Une Haute représentante aux déplacements décalés

 

Coté politique étrangère, on a vu un étrange périple en Amérique latine, durant plusieurs jours, où la seule question cruciale stratégique pouvait être … les Malouines et le besoin d’équilibrer une série de voyages au Moyen-Orient ou en Asie. Et, tout récemment, ce déplacement pendant 3 bons jours dans les pays nordiques. « Un merveilleux voyage » comme l’a expliqué lors de son étape en Suède l’intéressée. L’Afrique est délaissée, mis à part le Maghreb et l’Afrique du Sud. L’Afrique noire est laissée aux commissaires spécialisés au développement, A. Piebalgs, ou à l’aide humanitaire, K. Georgieva. Rappelez-vous le premier mot de la Haute représentante quand on lui a parlé du Sahel « What ? Sahel ? ». Du coté des « partenariats stratégiques », ce sont souvent les deux présidents, Herman Van Rompuy (Conseil européen) et José-Manuel Barroso (Commission européenne, qui sont le plus souvent à la manoeuvre, comme lors du sommet Russie en décembre. Et, de façon générale, la Haute représentante est souvent exclue des rencontres de haut niveau, le président du Conseil européen ayant des contacts avec les chefs d’Etat et de gouvernement, tandis que la Haute représentante reste cantonnée aux rencontres avec les ministres. Un sacré recul. Et une grave difficulté quand il s’agit de négocier certains accords très politiques.

 

La talonnade française

 

Coté français, on est relativement exaspéré par la lenteur des avancées. Et le ministre Alain Juppé a repris sa plus belle plume il y a quelques jours pour envoyer (à nouveau) une lettre à la Haute représentante pour lui demander des avancées plus fortes sur le Service européen d’action extérieure. Parmi ses remarques – ainsi que l’expliquent mes confrères de l’AFP – il y a la volonté d’avoir une action en matière de Droits de l’homme, plus dynamique, en soutenant notamment les oppositions de façon plus soutenue, notamment dans le monde arabe. Sous couvert d’améliorations demandées sur le service diplomatique, c’est une vigoureuse critique (même si le Ministre refute ce terme) de l’action même de la Haute représentante. En matière de défense, le ministre demande ainsi à ce que l’UE présente une proposition commune de renforcement de ses capacités dans le domaine des avions ravitailleurs en vue du sommet de l’Otan en mai à Chicago.

 

Epiphénomènes ou symptôme plus grave ?

 

Ces absences et errements pourraient n’être que des épiphénomènes. Ils ne sont en fait que la traduction de l’absence d’inorganisation, de puissance de travail, de visée stratégique de la Haute représentante qui n’est toujours pas présente à Bruxelles 7 jours sur 7 mais 5 jours (au mieux…). Elle ne réside toujours pas dans la capitale européenne (comme le veut le statut) puisqu’elle a choisi de laisser sa famille à Londres. Ce qui est normalement contraire au statut de la fonction publique européenne qui oblige à résider dans un rayon de quelques dizaines de km de son point d’affectation. Imaginez un ambassadeur qui rentrerait au pays tous les week-ends. Ces manques ne sont pas seulement la vision de quelques observateurs ; ils sont apparus clairement à nombre de chancelleries européennes voire de pays tiers (ce qui est plus grave encore). En général, quand vous interrogez un diplomate ou un ministre, le commentaire de soutien poli laisse vite la place à un silence gêné, voire à quelques mots bien sentis ; le temps du passage de la première à la troisième étape, étant très court, de l’ordre de quelques nanosecondes. En résumé, c’est Lady Nobody (Lady Mediocrité dans la langue de Molière) comme me l’a soufflé un de mes contacts.

 
Le couperet britannique pour Lady Nobody

Même à Londres, le sentiment de n’être pas automatiquement bien représenté est maintenant prédominant. Et l’hypothèse de trouver un meilleur représentant à Bruxelles a sérieusement été envisagée, selon nos informations, même si elle est aujourd’hui remisée. Ce n’est pas vraiment que le « Number 10″ tienne à ce que une haute ambition pour la diplomatie européenne. C’est surtout que l’affaiblissement de C. Ashton signifie aussi l’affaiblissement de la position de la Couronne dans la Commission. Une idée qui est apparue clairement chez les dirigeants britanniques au moment de la déroute du sommet de décembre qui a laissé sur le côté le Royaume-Uni. Ce qui a frappé alors les esprits ce n’est pas tant le refus de signer le traité, qui pouvait très bien se justifier aux yeux de la politique traditionnelle britannique, que l’isolement quasi-total et brutal de la Grande-Bretagne. Un jamais vu depuis de nombreuses années. La presse britannique s’en est alors donnée à coeur joie. La coalition libdem-tory a été chahutée, mais elle a tenue (contre toutes les prédictions d’ailleurs).

 

Un changement pour un autre poste

 

Le renouvellement de Herman Van Rompuy offrait alors une fenêtre de « tir ». Car si changement les Britanniques souhaitaient, ce n’était pas « poste pour poste ». Ils entendaient bien lâcher la diplomatie en chef de l’UE pour un autre poste, autrement plus important à leurs yeux, avec une résonance économique (marché intérieur, concurrence…). Ce qui nécessitait sinon un remaniement, au moins, un swift entre plusieurs postes. Mais Michel Barnier, malgré tout l’intérêt qu’il trouvait à la politique étrangère et à la défense – il ne s’en cache pas lors de discussions informelles ou officielles – a aussi un mandat à accomplir au poste du Marché intérieur et des Services financiers. Un poste conquis de haute lutte qu’à Paris, on ne veut en aucun cas échanger contre un autre.

 

Manque d’opportunité

 

Comme l’a confié un haut responsable gouvernemental français, récemment : « Nous avons casé les Britanniques à la diplomatie, dès lors nous avions le champ libre pour le poste que nous souhaitons (marché intérieur et services financiers) ». Et il n’est « pas question aujourd’hui de revenir sur cela », bref, de lâcher la proie pour l’ombre. Ce, même si le travail, comme la personne, de la diplomate en chef européenne est jugé bien médiocre par les officiels français, Rive gauche comme Rive droite d’ailleurs. Le Chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, lors de sa dernière conférence de presse ne l’a d’ailleurs cité à aucun moment alors qu’il louait le travail de H. Van Rompuy et le citait ainsi que Barroso à plusieurs reprises (cinq fois pour le premier, trois fois pour le second… j’ai compté). Un oubli qui ne doit rien au hasard… Quant aux autres postes qui auraient pu changer – à la faveur d’un changement de gouvernement – A. Tajani (commissaire chargé de l’Industrie), trop proche de Berlusconi, était plus ou moins grillé dans un gouvernement Monti. Et J. Almunia (commissaire chargé de la Concurrence) a bien expliqué qu’il n’entendait pas bouger de son fauteuil.

 

Un poste sous surveillance

 

Faute de mieux, les Britanniques ont donc ravalé leur ambition et laissé Lady Ashton vaquer à ses occupations à Bruxelles. Du moins pour le moment. Elle reste sous surveillance et sous pression (avec l’arrivée comme représentant permanent à Bruxelles d’un très proche de David Cameron). Et si une opportunité se présente, si un remaniement se fait sentir au sein de la Commission pour une raison ou une autre, ce dossier pourrait bien revenir d’actualité. Ces atermoiements ne sont d’ailleurs pas passés inaperçus. L’article du Blog « Charlemagne » The Economist, publié début février, a donné le la de l’intensité du lâchage. Intitulé The Berlusconi option for Lady Ashton?, il charge « sabre au clair », avec une violence inattendue pour le quotidien économiste, mais également avec une justesse troublante.

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