21.11.2012 par P. CHAPLEAU Lignes de Défense
« Il faut se poser la question de l'efficacité de la MONUSCO ». Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, est sorti de sa réserve pour critiquer l’inertie des 1 700 Casques bleus déployés au Nord-Kivu (RDC).
Pour Laurent Fabius, le mandat de la force de maintien de la paix en République démocratique du Congo est « à revoir », à la lumière de la prise de la ville de Goma par la rébellion du M23 (voir la photo ci-dessus montrant des rebelles dépassés par un convoi onusien imeprturbable). Le ministre des AE a jugé « absurde, pour employer un mot poli » que les Casques bleus n'aient pas pu se battre aux côtés de l'armée régulière pour empêcher « quelques centaines d'hommes » de s'emparer de la métropole de plus d'un million d'habitants située dans l'est de la RDC.
Le ministre des Affaires étrangères de la Belgique a, pour sa part, parlé de « double constat d'échec ». La force des Nations unies au Congo, « c'est la plus grande opération des Nations unies dans le monde : 17 000 hommes ! Comment se fait-il qu'on n'arrive pas à arrêter une rébellion? », s'est interrogé Didier Reynders sur la radio publique RTBF.
Le mandat des Casques bleus
La Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD-Congo (MONUSCO), créée sur résolution du Conseil de sécurité en 2010, compte quelque 17 000 soldats, 1 400 policiers et
720 observateurs militaires. Son mandat donne la priorité à la protection des civils mais la MONUSCO doit également soutenir « l'action du gouvernement visant à lutter contre l'impunité et à
protéger les civils contre les violations du droit international humanitaire et des droits de l'Homme, en particulier toute forme de violence sexuelle et sexiste ». Elle est par ailleurs chargée
de « surveiller l'application de l'embargo sur les armes et de saisir ou récupérer toute arme ou matériel connexe dont la présence dans le pays serait une violation de cette l'interdiction ».
Mais, dans une résolution du 27 juin dernier, le Conseil de sécurité a réaffirmé « que la protection des civils doit être la priorité lorsqu’il s’agit de décider de l’usage des capacités et ressources disponibles et encourage en outre la MONUSCO à continuer d’appliquer les mesures novatrices qu’elle a mises en oeuvre pour assurer la protection des civils ».
Parmi ces « mesures novatrices » figure le recours aux hélicoptères de combat de l'Onu qui ont été engagés le week-end dernier, au Nord-Kivu, pour enrayer l’avance des rebelles. Déjà en juillet dernier, les hélicoptères de combat de MONUSCO avaient attaqué les rebelles, la force des Nations unies en RDC justifiant alors cette intervention par des « attaques contre des populations civiles ».
L'Onu aboie, les rebelles passent
Equipées de blindés, d'artillerie et soutenues par des hélicoptères de type MI-24 et MI-25, les forces de l'Onu auraient pu soutenir plus efficacement les troupes gouvernementales qui se sont débandées lundi, ouvrant la voie au M23 qui a pris le contrôle de Goma, de son aéroport et des postes frontières avec le Rwanda.
Bunia bis? La situation ressemble étrangement à celle qui prévalait en 2003 en Ituri, lors de la prise de la ville Bunia par des rebelles que les Casques bleus n'avaient pas défendue. Il avait fallu l'envoi d'une force européenne commandée par la France, sous mandat onusien, pour reprendre la ville et chasser les rebelles.
Pour l'heure, à New York, l'Onu exprime sa « profonde inquiétude », sans annoncer de révision du mandat de la MONUSCO. Un de ses porte-paroles a pourtant admis avoir « des informations selon lesquelles le M23 a blessé des civils, poursuivi les enlèvements d'enfants et de femmes, détruit des propriétés et intimide les journalistes et ceux qui ont tenté de résister à leur avancée».
Quant au M23, il profite de la débâcle gouvernementale et de l'inertie onusienne pour recruter (de force parfois) et affirme déjà qu'il veut capturer la ville de Bukavu.

