juin 25, 2012 Nicolas Gros-Verheyde (BRUXELLES2)
Les Européens ont sans doute raison de demander que toute la lumière soit faite sur l’avion abattu en Syrie (lire : les réactions, Un avion de chasse turc abattu près de la Syrie) tout comme l’OTAN devrait le faire ce mardi (lire : ). Mais s’il y a enquête, cela pourrait risquer de mettre en lumière certains faits qui ne sont pas tout à fait à l’honneur de tout le monde. Car cette « histoire » semble plus que confuse tant du coté des protagonistes (turc ou syrien) qu’international. Et on peut se poser quelques questions. La liste ci-dessous n’est pas exhaustive. Et chacun aura à son sens de la compléter…
Première question : quel est le trajet de l’avion ? Qu’a-t-il fait entre son décollage et son crash ? Quelques minutes suffisent à un avion à réaction – même pas vraiment neuf, comme un F4 Phantom – pour franchir les centaines de km qui séparent son lieu de décollage de la zone de crash. A-t-il fait un ravitaillement en vol, ou un posé sur une base militaire à proximité ?
Deuxième question : a-t-il pénétré en zone territoriale syrienne ? Il parait vraisemblable que l’avion turc a survolé la zone maritime territoriale de la Syrie. Les Turcs le confirment à mi-mot, et le fait qu’il se soit crashé au 13e miles (la limite territoriale est à 12 miles) l’atteste d’une certaine manière ? Que faisait-il dans cette zone si ce fait est confirmé ? L’explication donnée par les Turcs du test d’un nouveau système de radar turc est-elle la bonne… et l’unique ? Ne venait-il aussi tester la défense aérienne syrienne, comme l’affirment les Russes ? Etait-ce d’ailleurs la première fois que des avions turcs venaient ainsi « tutoyer » les eaux syriennes ?
Troisième question : son armement ? Les Turcs affirment qu’il était non armé. Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce juste qu’il n’avait pas de bombe sous lui. Ce qui parait logique. Ce n’est que lorsqu’il part en mission de bombardement qu’il l’est pas en reconnaissance. Mais n’avait-il pas d’autres moyens de se défendre ? Par exemple un canon. De plus, le fait qu’il ne soit pas armé en tant que tel n’est pas automatiquement synonyme d’amitié Ce n’est pas en effet un petit avion de patrouille maritime qui se retrouvait ainsi en l’air ?
Quatrième question : volait-il vraiment seul ? Généralement les avions de reconnaissance volent en paire, c’est même une règle quasi-obligatoire dans les flottes de l’OTAN. Où est Les preuves doivent donc être faciles à récolter auprès du second équipage. Ce qui expliquerait pourquoi les Turcs n’ont jamais douté qu’il y ait eu accident. Il faut aussi se poser la question si réellement il n’y a pas eu d’avertissement quelconque des autorités aériennes syriennes ?
Cinquième question : aucune avertissement ? il faut se demander si l’avion paraissait aussi peu menaçant, pourquoi les Syriens ont « choisi » de l’abattre. Y-a-t-il eu « sommation » ? C’est-à-dire au moins signalement électronique qu’il se trouvait dans une zone territoriale ? Pourquoi les Syriens n’ont pas pris l’air pour l’intercepter ? Ce qui oblige à se poser la question suivante. Dans ce cas, comment se serait comporté l’avion turc, pris en chasse par deux avions syriens.
Sixième question : qui a donné l’ordre de tirer, et qui a vraiment tiré ? Abattre un avion de chasse, ce n’est pas un simple tir sur un hélicoptère. Il faut une certaine technologie et une certaine aisance avec cette technique. Sont-ce seulement les Syriens qui ont opéré ? Ou étaient-ils « assistés » de conseillers bienveillants ? Si oui, quelle est la nationalité de ces conseillers ? Des Russes ? On ne peut qu’être obligé d’y penser sans en être sûr.
Septième question : pourquoi les Syriens ont pris le risque de déclencher une telle crise ? S’en prenant à un avion turc, ils savaient la réaction qu’ils pouvaient susciter, auprès de l’OTAN. Ce n’est pas la première fois que la Turquie s’abrite derrière l’article 4. Et la Turquie avait prévenu qu’elle ne supporterait pas d’autre incident de frontière. Est-ce un régime « aux abois » qui joue son va-tout s’en prenant à un voisin, pas bienveillant, pour jouer la carte nationale ? Probable. Mais pas seulement et pas très efficace apparemment. Puisque le régime ne semble plus contrôler totalement la situation (du moins beaucoup moins qu’il y a quelques mois).
Huitième question : Quel est le message et pour qui ? A supposer que ce ne soit pas une « c… » de quelques officiers, on peut se poser la question de la destination du message. En interne, alors qu’un pilote à bord de son Mig venait de déserter (la veille) vers la Jordanie, il semble prévenir que les fuyards risquent de mourir ? En externe, ils est à destination de la Turquie – et des autres – montrant que le régime saura se défendre si on veut le « rogner », le « chatouiller », continuer les livraisons d’armes. Et qu’il répliquera donc coup pour coup. Est-ce une explication suffisante ?…
