21/03 LesEchos.fr (Reuters)
Les perspectives sont moroses pour l'industrie de la défense européenne, selon Thomas Enders. Le marché à l'exportation est "difficile" parce que tout le monde s'y rue.
Le président exécutif du groupe aéronautique et de défense européen EADS Thomas Enders a estimé mardi que la consolidation se poursuivrait dans l'industrie de la défense, au vu des sombres perspectives pour le secteur en Europe et d'une concurrence féroce sur les marchés à l'exportation.
"Je pense qu'il y aura encore de la consolidation, mais nous avons eu un exemple frappant l'an dernier, où le secteur a tenté de réaliser une opération de consolidation importante et où les dirigeants politiques l'ont empêchée", a-t-il dit lors de la conférence annuelle de l'Agence européenne de défense (AED).
Thomas Enders faisait référence à l'échec, l'an passé, de la tentative de fusion de 45 milliards de dollars entre EADS et le britannique BAE Systems. La fusion, qui aurait créé un géant européen dans la défense et l'aéronautique, avait rencontré une forte opposition politique.
La pression exercée sur les finances publiques européennes se traduit par une poursuite de la diminution des dépenses de défense.
"Notre opinion est qu'il va falloir affronter en Europe une décennie sans croissance, et plus probablement d'une diminution des budgets de défense", a-t-il dit.
"Nous admettons que l'industrie doit affronter un nouveau déclin des budgets de défense. Je pense que c'est très important et qu'il faut que nous en tirions tous les conséquences."
Thomas Enders a ajouté qu'EADS avait de bonnes positions dans la défense puisque le groupe fabrique des produits dont les armées ont grandement besoin, tels des avions de transport ou des avions de ravitaillement.
Il a également dit que, le cas échéant, EADS, maison mère d'Airbus, pouvait réaffecter une partie de ses ressources militaires dans ses activités civiles.
Seule une poignée des membres pays membres de l'Otan respectent l'objectif de l'organisation de consacrer 2% du produit intérieur brut (PIB) à la défense et Thomas Enders a dit que les dépenses de la France et de la Grande-Bretagne, les deux poids lourds militaires de l'Europe, tomberaient vraisemblablement sous ce seuil.
Essayer de compenser la faiblesse de l'activité en Europe par une focalisation sur les marchés à l'exportation en dehors du continent est "très difficile parce que tout le monde a cette bonne idée", a poursuivi le président exécutif d'EADS.
"Les Américains, les Européens et tous ceux qui ont une activité défense se tournent vers les marchés en croissance et, que se passe-t-il ? Il s'agit toujours des mêmes pays, le Brésil, l'Inde, le Moyen-Orient, où nous nous retrouvons tous et où nous nous livrons une concurrence féroce, donc ce n'est pas une chose facile."
