04.10.2012 Romandie.com (AWP)
Paris (awp/afp) - Alors que les groupes EADS et BAE Systems tentent de fusionner pour créer un géant mondial de l'aéronautique et de la défense, l'ombre d'une riposte de leurs rivaux américains plane sur leur projet.
La maison mère de l'avionneur Airbus et le fabricant d'armes britannique négocient d'arrache-pied pour boucler leur projet d'ici le 10 octobre, date fixée par la réglementation britannique, mais susceptible d'être repoussée.
Même s'ils atteignent leur but, les grands groupes américains de la défense peuvent encore bloquer la fusion, soit en tentant de racheter BAE soit, ce qui apparaît plus probable, en faisant campagne contre son approbation par les autorités américaines.
"Une offre publique d'achat sur BAE peut intervenir à tout moment, jusqu'à l'approbation de l'opération par les assemblées générales des deux sociétés", attendue en 2013, reconnaît un expert proche des négociations.
"Il est toujours possible qu'une compagnie américaine entre en lice, mais deux facteurs jouent contre cette éventualité", pour David Reeths, directeur chez les consultants IHS Jane's.
"D'une part la valorisation élevée de BAE (40% du capital contre 60% pour EADS) dans le projet de fusion, semble à même de prévenir une surenchère, dit-il. D'autre part le Pentagone s'oppose à toute nouvelle concentration dans le secteur américain de la défense pour préserver la concurrence".
Richard Aboulafia, analyste du groupe américain Teal, juge une offre de rachat "totalement improbable, aucune entreprise américaine ne voulant vraiment des handicaps inhérents à la propriété d'une société européenne".
EADS CHERCHE À AMÉLIORER SON ACCÈS AUX MARCHÉ AMÉRICAIN
Un projet de fusion abouti devrait être approuvé par le Comité sur les investissements étrangers aux Etats Unis (Cfius), où sont représentés la plupart des ministères américains.
BAE réalise en effet près de la moitié de son chiffre d'affaires avec sa filiale américaine. EADS cherche en s'alliant avec lui à améliorer son accès au plus grand marché de la défense au monde.
"Il est probable que les groupes américains vont tenter de présenter les sociétés à capitaux étrangers, y compris une combinaison EADS/BAE en Amérique du nord, comme des intrus", commente David Reeths.
"Mais celle-ci peut parer de plusieurs façons: en conservant des marques différentes, en insistant sur les emplois qu'elle assure aux Etats-Unis et sur l'indépendance des directions de ses filiales, condition express pour conserver les autorisations spéciales de sécurité qui leur permettent de travailler sur des projets confidentiels".
Richard Aboulafia estime que seul Boeing pourrait mener campagne contre le nouveau rival. "Tous les autres ont besoin de coopérer sur le projet de l'avion de combat multirôle JSF", dont BAE assure 17% mais où Boeing n'est pas impliqué.
LE CONGRÈS N'A PAS ENCORE RÉAGI
Boeing avait réussi en 2011 à empêcher EADS de remporter une énorme commande d'avions ravitailleurs de l'US Air force. "Mais il devra être prudent, parce que la Grande-Bretagne représente pour lui un énorme marché", tempère M. Aboulafia.
Le Congrès, accaparé par l'élection présidentielle du 6 novembre, n'a pas encore réagi à l'ambitieux projet. Les Européens espèrent un accueil favorable.
"Les Etats-Unis appellent les Européens à prendre leurs responsabilités en matière de politique étrangère, ce qui passe par une industrie de la défense forte", souligne l'amiral français Jacques Lanxade, ancien chef d'Etat-major des armées.
L'argument n'est pas décisif si les budgets de défense européens continuent à décliner, remarque Richard Aboulafia. "A quoi bon par exemple avoir créé une société performante comme Eurocopter (filiale d'EADS), quand on réduit comme l'Allemagne ses commandes d'hélicoptères de combat?", demande-t-il.
