13/09/12 .lesechos.fr
La nouvelle a pris de court le secteur et certains l'appellent déjà le « deal du siècle ». Le mariage possible de BAE Systems avec EADS serait, il est vrai, un deal à 38 milliards d'euros !
Au-delà de la surprise, les premiers commentaires sont partagés sur l'intérêt de l'opération. Les analystes financiers sont pour un grand nombre sceptiques quant à l'aboutissement possible de l'opération en raison d'une situation complexe du secteur de la défense. Ils estiment en outre que le rééquilibrage des activités d'EADS entre le civil et la défense se ferait à un prix trop élevé et surtout à un moment où les budgets de défense se resserrent.
Sans compter que la forte présence de BAE Systems sur le marché américain pourrait ne pas profiter à terme au nouveau géant, qui serait alors considéré de l'autre côté de l'Atlantique comme un groupe plus européen que britannique. Ce qu'il serait...
Pour autant, mises de côté les difficultés à mener à bien une opération de cette taille, qui plus est dans un secteur où les intérêts nationaux s'entremêlent, ce sont plutôt les synergies potentielles qui seront surveillées, compte tenu de la forte complémentarité des deux groupes : l'un est davantage civil, l'autre est surtout militaire, l'un est très fort en Europe, l'autre l’est aux Etats-Unis, dans les pays anglo-saxons et dans les pays du Moyen-Orient par exemple.
Certes, cette opération se ferait à un moment où les budgets de défense faiblissent et où l'aviation commerciale est au plus haut. Mais il est toujours préférable d'acheter « quand on en a les moyens » et que la cible n'est pas valorisée au mieux... Enfin, le rapprochement se ferait sans sortie de cash significative.
Quel impact dans le secteur ?
Au final, si ce mariage entre deux maîtres d'œuvre se réalisait, les vraies questions se poseraient peut-être surtout pour les autres acteurs du secteur. Les analystes d'Oddo Securities estiment ainsi qu’une telle opération pourrait relancer une vague de consolidation. Il semble en tout cas que Thales et Dassault Aviation ressortiraient probablement comme les deux grands perdants de cette opération : les deux groupes ont par le passé tissé des liens avec BAE Systems, parfois justement en vue de contrecarrer les ambitions d'EADS. Le passage de cet allié « dans le camp adverse » n'est donc pas une bonne nouvelle, sans compter que la puissance de ce nouvel ensemble ne favoriserait pas le développement de l'électronicien dans les pays émergents, ni même de l'avionneur et de son Rafale, ainsi que de son successeur. La stratégie mise en place par Dassault Aviation et Thales, avec des accords pour monter au capital de DCNS ou Nexter, semblait la bonne. Elle pourrait avoir été trop timide.
