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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 13:50

Europe Flag

 

31 mars 2013 par Jean-Baptiste Vouilloux - actudefense.com

 

En plein débats budgétaires en France, qu’en est-il de nos alliés européens ? La crise entraîne de graves conséquences pour la quasi-totalité de ces Etats, dont la plupart a entamé un virage en 2009, réduisant leurs dépenses de Défense de manière drastique.


Lors d’un entretien avec un journaliste, Etienne de Durand, spécialiste français des relations internationales, constatait qu’« à l’échelle du monde, le seul continent qui désarme avec constance depuis vingt ans, c’est l’Europe ! ». De prime abord, cette opinion semble exagérément pessimiste, surtout si l’on se cantonne au domaine budgétaire : entre 2001 et 2010, les États membres de l’Union Européenne ont augmenté leurs dépenses militaires de 28 milliards de dollars. De même, l’addition des budgets de défense de ces mêmes États membres représente encore environ 200 milliards de dollars, certes derrière les États-Unis mais loin devant la Chine. De plus, en 2010, le Royaume-Uni et la France figuraient toujours dans le classement des cinq premières puissances mondiales en termes d’investissements de défense. Cependant, si l’on se réfère aux données budgétaires de ces vingt dernières années à l’échelle européenne, on observe un véritable tournant en 2009.


Chaque année, le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) publie un recueille de données sur les investissements de défense au niveau international. La version éditée en 2011 porte sur l’année 2010 : elle révèle que l’Europe est le continent où les dépenses militaires ont le plus baissé par rapport à l’année précédente (-2,8%). De plus, elle permet de constater une vague de coupes budgétaires drastiques dans certains pays, avec une réduction atteignant parfois un quart des budgets de défense : c’est le cas de la Bulgarie (-27%), de la Lettonie (-26%), de l’Estonie (-23%) et de l’Albanie (-20%).

 

Cette même année, quatre autres pays ont réduit de plus de 10% leurs dépenses militaires : la Slovaquie (-17%), la Lituanie (-15%), la Grèce (-11%) et la Hongrie (-10%). Ce rapport du SIPRI représente donc un intérêt certain car il offre un bon aperçu des conséquences immédiates de la crise économique de 2008 : la version éditée en 2012, sur les budgets de 2011, présente d’ailleurs les mêmes tendances. Plus récemment, l’Agence Européenne de Défense (AED) a diffusé une étude qui décrit en détail le paysage de la défense en Europe, afin d’effectuer un état des lieux et d’en tirer des conclusions. Ce document propose une description des tendances observées de 2010 à 2012 et souligne que, sur cette période, 21 des 27 États membres de l’UE ont baissé, ou simplement maintenu, leurs budgets de défense : parmi eux, sept ont consenti des baisses de plus de 10 %. Ces données chiffrées sont certes éloquentes mais ne constituent qu’une vision à court terme, trop limitée pour en conclure à un désarmement européen.

 

Malgré de vraies ambitions stratégiques, la République tchèque a consenti une baisse de 10% de son budget de Défense. ©US Army / Sean P. Casey

Malgré de vraies ambitions stratégiques, la République tchèque a consenti une baisse de 10% de son budget de Défense. ©US Army / Sean P. Casey

 

L’étude commandée par le Parlement européen, en 2011, est plus révélatrice. Cette institution a souhaité déterminer les conséquences de la crise financière sur les dépenses de défense au sein des États membres de l’Union européenne. Elle confirme que quasiment tous les pays européens ont été affectés par des réductions budgétaires ou font l’objet de réductions programmées. Ainsi, les plus importants n’ont pas été épargnés, à savoir le Royaume-Uni (-8% prévus sur le budget militaire entre 2011 et 2014) ou l’Allemagne (8,3 milliards d’euros d’économie prévus entre 2011 et 2013). Par ailleurs, il apparaît que les puissances militaires moyennes poursuivent leurs réductions budgétaires progressives comme l’Espagne (-6,2% en 2010 et -7% en 2011) ou la République Tchèque (-10% en 2011). Enfin, certains pays particulièrement touchés par la crise initient des coupes sombres comme la Grèce (-19% en 2011) ou la Roumanie (-17 % en 2011). Si la France, la Pologne, le Danemark et la Finlande parviennent péniblement à maintenir leurs budgets respectifs, seule la Suède planifie une hausse substantielle de son budget de défense jusqu’en 2015.

 

Toutes ces données sont soumises à des évolutions constantes et ne prennent pas en compte les développements récents de la crise de la zone euro. Mais le rapport du Parlement européen propose surtout une analyse des causes de ces réductions budgétaires. Sans surprise, la crise économique est montrée du doigt : elle a frappé de plein fouet l’Europe en 2008, provoquant une hausse des dettes publiques et une instabilité financière. Lucidement, les auteurs du rapport soulignent que les nations européennes sont condamnées à effectuer des économies sur leurs dépenses publiques afin d’éviter une banqueroute.

 

Naturellement, les budgets militaires ne sont pas épargnés par ces mesures d’économie : au contraire, ils servent souvent de variable d’ajustement par rapport à d’autres budgets jugés plus sensibles ou prioritaires. Le rapport estime aussi que les gouvernements seront soumis à des pressions budgétaires jusqu’en 2030. En effet, deux décennies seront nécessaires pour retrouver des niveaux de dette acceptables, d’autant plus que les pays européens connaîtront simultanément un vieillissement de leur population, dont les conséquences économiques seront lourdes.

La récente baisse généralisée des budgets de défense est donc assez spectaculaire pour motiver les inquiétudes du Parlement européen. Mais ce sont bien les perspectives à long terme qui sont alarmantes car il faut s’attendre à la poursuite de cette dynamique générale. À titre d’exemple, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) encourage ses membres à consacrer 2% de leur Produit Intérieur Brut (PIB) aux dépenses de défense. Or, il est probable que cet objectif apparaîtra bientôt comme une ambition irréalisable. En 2010, seules la France (2%), la Grande-Bretagne (2,7%) et la Grèce (2,9%) respectaient cette règle.

 

La démilitarisation de l'Europe. ©Argos

La démilitarisation de l’Europe. ©Argos

Extrait de : La démilitarisation de l’Europe
Jean-Baptiste Vouilloux
Editions Argos
Mars 2013
145 pages
12 €

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