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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 17:15

 

10 Octobre 2012 Jean-Dominique Merchet

 

Quoi qu'en dise François Hollande ("C'est la décision des entreprises"), l'échec du projet de fusion entre les deux géants européens de l'aéronautique et de la défense est évidemment un échec politique. C'est en effet le refus final du gouvernement allemand qui a contraint les deux entreprises à y renoncer, comme elles l'ont annoncé en milieu de journée.

 

Plus que jamais, la défense européenne s'avère être ce qu'elle n'a jamais cessé d'être : une "grande illusion" (1). Alors qu'à Paris le nouveau pouvoir socialiste entendait relancer l'Europe de la défense, en sortant d'une coopération jugée trop exclusive avec les Britanniques, au profit d'un rapprochement avec l'Allemagne, Berlin claque la porte d'un projet soutenu par Londres et Paris... Au nom des intérêts nationaux légitimes de l'Allemagne : la défense de l'emploi et de l'industrie.

Faisons confiance aux politiques pour trouver les mots qui habilleront cet échec, mais force est de constater que sur une question aussi stratégique, la coopération avec l'Allemagne est à terre. Il ne s'agit pas de juger du bienfondé du projet avorté, sur lequel il y avait beaucoup à dire. Mais le résultat est là.

 

Que va-t-il désormais advenir des deux entreprises concernées ? Il faudrait être naïf pour croire à un simple retour au statu quo ante. L'affaire laissera des traces, voire des cicatrices. BAE est désormais à vendre et elle finira par être rachetée. Par qui ? Pas par un européen, puisque le seul candidat potentiel était EADS. Donc par un des quatre géants américains. Résultat : l'une des entreprises historiques de l'aéronautique (le Spitfire, le Mosquito, le Lancaster, le Gloster Meteor, etc etc.) deviendra une filiale d'un groupe d'Outre-Atlantique. Sic transit gloria mundi. Les esprits courts diront que cela ne concerne que les Anglais. Voire.

 

Reste EADS : la direction actuelle, notamment Tom Enders, nommé il y a quatre mois, et Marwan Lahoud sort déstabilisée de cet épisode. C'est un secret de Polichinelle : au sein du groupe créé en 2000, les relations entre Français et Allemands ont toujours été difficiles et cela ne va pas s'arranger. Les couteaux sont entrain d'être aiguisés. Car on se demande finalement comment un tel échec a été possible. Manifestement, ni les actionnaires, ni les trois Etats concernés n'étaient totalement convaincus de l'intérêt de cette fusion. La direction a voulu passer en force, dans le style Blitzkrieg. Elle se retouve aujourd'hui en pleine débâcle.

 

 

(1) Jean-Dominique Merchet : "Défense européenne, la grande illusion" Larousse 2009.

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