Overblog Tous les blogs Top blogs Entreprises & Marques Tous les blogs Entreprises & Marques
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 21:24

General-Jean-Paul-Perruche.jpg

Le général Jean-Paul Perruche

 

23/03/2012 Jean Guisnel Le Point.fr

 

L'ancien directeur général de l'état-major de l'UE estime que les Européens doivent reprendre en main la responsabilité de leur défense.

 

Ancien directeur général de l'état-major de l'Union européenne, le général de corps d'armée (2S) Jean-Paul Perruche vient de diriger l'ouvrage collectif L'Europe de la défense post-Lisbonne, illusion ou défi, édité par l'Irsem. Il nous a paru pertinent de solliciter son point de vue sur cette idée qui semble tomber en déshérence, tout en continuant de susciter les passions. Interview.

 

Le Point.fr : Vous écrivez que "seule l'Europe de la défense peut élever l'ambition et les capacités militaires de l'Union européenne à un niveau supérieur à la somme des capacités nationales de ses États-membres". Mais qui possède vraiment une ambition pour la défense européenne ?

 

Jean-Paul Perruche : Aujourd'hui, la défense européenne est assurée par l'Otan et de façon subsidiaire par l'Europe de la défense. L'Europe de la défense désigne les capacités d'action autonome des Européens, celles qu'ils développent dans l'Union européenne (UE) dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Or, le niveau d'ambition de l'Europe de la défense a été limité par les traités de Nice puis de Lisbonne à des opérations militaires mineures en raison de l'existence de l'Otan dont la crédibilité repose à 75 % sur les États-Unis qui en assurent le leadership. Mais au moment où ces derniers annoncent que le centre de gravité de leurs intérêts de sécurité se situe désormais dans la région Asie-Pacifique, les Européens doivent se préparer à assumer de nouveau la responsabilité de leur défense et à porter leur "part du fardeau". La plupart des membres de l'UE ont une ambition pour la défense européenne, mais cette ambition diffère selon les pays. Certains la conçoivent totalement intégrée dans l'Otan, d'autres comme la France, mais aussi la Pologne, la Belgique, la Suède, certains en Allemagne... estiment que l'UE doit disposer d'un bras armé en complément de ses autres instruments d'action extérieure. En fait l'UE offre un meilleur potentiel pour le renforcement des capacités européennes parce qu'elle est une organisation globale alors que l'Otan ne traite que de défense et de sécurité. Elle est aussi le lieu où les Européens développent des intérêts communs économiques et politiques, y compris par l'intégration communautaire. Elle est donc pour moi l'organisation à privilégier pour les défendre, ce qui ne retire rien de l'intérêt de l'Otan.

 

L'Europe vit dans la paix entre ses membres. Aucune menace militaire crédible ne les vise. D'ailleurs, 1 % seulement des Européens considèrent que la défense est un problème important pour leur pays. L'idée même de défense européenne a-t-elle un sens dans ces conditions ?

 

Ce n'est pas le moindre mérite de la construction européenne que d'avoir établi une paix durable entre les pays européens depuis 60 ans. Mais la paix en Europe ne signifie pas la paix pour l'Europe. Dans toutes les autres parties du monde, les dépenses de défense continuent d'augmenter à un rythme élevé (+ 51 % en moyenne dans le monde entre 1996 et 2010, mais seulement 6 % en Europe) ; même si aucune menace militaire sérieuse n'est perceptible aujourd'hui, le déséquilibre capacitaire lui-même est générateur de risques pour le futur. Or la plupart des pays européens ne disposent plus des capacités nécessaires pour assurer seuls leur défense. C'est pourquoi ils doivent la concevoir dans un cadre européen et transatlantique. Il conviendrait de mieux informer les citoyens des risques qui les entourent et du rôle des opérations extérieures dans la préservation de leurs intérêts.

 

En matière de défense européenne, la question centrale n'est-elle pas celle de l'Otan ? La vérité n'est-elle pas que sur les 27 membres de l'Union, une écrasante majorité compte d'abord sur l'Otan et le puissant cousin américain ?

 

Oui, la garantie de sécurité offerte par les Américains aux Européens, qui était un impératif face à la menace soviétique, est devenue un confort après la fin de la guerre froide. La délégation de leur défense aux États-Unis en échange d'un certain alignement en politique étrangère est devenue progressivement un "deal" accepté par la plupart des pays européens membres de l'Otan. Cela a créé chez eux une culture de dépendance qui explique leur démotivation et leur désinvestissement en matière de défense. Deux facteurs militent cependant pour que cela change : d'abord, les États-Unis sont en train de remettre en cause les termes du contrat et demandent aux Européens de faire plus pour leur défense et de développer leurs capacités. Ensuite, les membres de l'UE devront défendre eux-mêmes les intérêts communs qu'ils y créent.

 

Au Royaume-Uni, en Allemagne, vraisemblablement en France dans l'avenir, les budgets militaires sont en baisse, tandis que les coûts des personnels, des matériels et des opérations croissent inexorablement. Les grands États ne seront-ils pas contraints d'accélérer la mutualisation de leurs moyens ?

 

C'est inévitable, le traité de Lancaster House de 2010 entre la France et le Royaume-Uni en est une bonne illustration. Il s'agit des deux pays européens les plus puissants militairement ; or l'intervention de Libye en 2011 a révélé que l'un sans l'autre, ces deux pays n'auraient pu conduire ces opérations. Pourtant, il s'agissait d'une opération de moyenne intensité, sans intervention au sol contre un adversaire faible. Avec la perspective de réduction de leurs budgets de défense sur fond de crise économique, on peut penser que cette mutualisation franco-britannique doit non seulement être poursuivie à un rythme soutenu, mais qu'il faudra rapidement y associer d'autres pays afin d'atteindre la masse critique en matière de capacités. N'oublions pas que la somme des budgets des 27 équivaut... encore à celui des pays d'Asie.

 

La défense paraît être le dernier rempart des politiques nationales et l'Europe n'a pas fait d'avancée significative dans ce domaine depuis des années. La défense européenne est-elle un voeu pieux, une idée sans avenir ?

 

Les nations européennes ne seront plus jamais ce qu'elles ont été dans les siècles passés. L'érosion de leur puissance relative est inexorable au XXIe siècle. La question est donc de savoir si elles accepteront un partage de leur souveraineté au niveau européen, ce qui ouvrira la voie à une véritable défense européenne ou si elles préféreront mener aussi longtemps que possible le combat retardateur de leur déclin national et de leur dépendance. Il est à craindre que la seule alternative pour elles soit entre partage et abandon de souveraineté.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Categories