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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 07:00

Europe Flag

 

22.05.2012 Par Commandant Alligier, armée de l'air. - École de Guerre

 

La défense européenne ne sort pas grandie de la crise libyenne. Tel est le jugement hâtif que certains n'ont pas manqué de porter. Il faut leur concéder que les pays européens ont souvent mené leurs actions politiques, diplomatiques et même militaires de façon dispersée, au service de leurs intérêts propres. Bien sûr, l'incapacité des Européens à agir en commun peut être déplorée. Mais on peut aussi, et ce n'est pas le moindre paradoxe de ce conflit, voir que la crise libyenne constitue une vraie chance pour relancer la construction de l'Europe de la défense.

 

Cette affirmation optimiste découle de l'analyse du point marquant de ce conflit, à savoir le niveau d'engagement relativement faible des forces américaines. Malgré une situation classique, avec l'ONU comme caution morale et l'OTAN comme cadre d'action, nos alliés américains sont restés en retrait au point de vue politique et militaire. Cette posture, inédite dans les crises récentes où la sécurité européenne était en jeu (Bosnie, Kosovo), doit nous interpeller. Restons réalistes.

 

Sans la participation américaine, le conflit n'aurait pas pu s'installer dans la durée nécessaire à l'efficacité de l'action militaire. Leur apport a en effet été décisif dans de nombreux domaines critiques. Quel aurait été le sort de ce conflit sans les missiles de croisière embarqués, les avions radar et de ravitaillement ou encore les drones et les moyens de guerre électronique estampillés "US government" ? Mais décisif ne signifie pas moteur et la conduite du conflit a été clairement laissée à la France et à la Grande-Bretagne.

 

Quels enseignements tirer pour l'Europe de ce positionnement et de ses conséquences ?


Une satisfaction d'abord. Mises devant leurs responsabilités, les deux nations militaires majeures en Europe, la France et la Grande Bretagne, ont relevé le défi d'une intervention qu'elles ont elles-mêmes décidée et exécutée sous mandat de l'ONU. Des regrets ensuite. L'incapacité politique des Européens à faire front commun en Libye résonne comme un écho désagréable aux dissensions pendant la crise dans les Balkans de 1991. Personne n'oublie non plus que les capacités cruciales listées plus haut et fournies une fois de plus par les Américains nous faisaient déjà défaut en 1999 pendant la guerre du Kosovo.

 

Une raison d'espérer enfin, car les opérations ont démontré la pertinence et l'efficacité d'un organisme militaire européen récent, le commandement du transport aérien européen (European Air Transport Command, EATC). Peu le savent encore, mais cet organisme a joué un rôle important dans le domaine du soutien aérien de l'opération. En mettant en commun leurs avions militaires de transport, les Etats membres de l'EATC ont pu élever leur performance opérationnelle au bon niveau. La France, dont le transport aérien militaire traverse une passe difficile, a ainsi très concrètement bénéficié de cette coopération européenne pour la réalisation de ses objectifs politiques propres.

 

La voie est tracée. N'hésitons pas à mutualiser d'autres moyens au niveau européen. Nous retrouverons à court terme des marges de manœuvre opérationnelles sans attendre d'hypothétiques ressources budgétaires supplémentaires.

 

Bien sûr ce pari porte en lui un risque de fragilisation des outils militaires nationaux. La recherche d'efficacité ne doit certes pas se faire contre l'intérêt des Etats. Mais, crise budgétaire oblige, elle ne se fera pas non plus sans concessions. Nous ne pourrons plus longtemps nous payer le luxe de conserver tous les moyens sous commandement national. Le choix dans les capacités doit être lucide. Celles qui garantissent l'existence même de notre pays et qui assurent son autonomie de décision ne sauraient être mutualisées. En revanche, d'autres, moins critiques pour notre souveraineté nationale, y gagneraient.

 

La mise en commun des moyens ne doit pas inquiéter outre mesure. En plaçant ses avions de transport sous commandement européen, la France n'a pas renoncé à les employer pour son intérêt propre. Elle n'a pas non plus perdu une partie de ses moyens. Bien au contraire, elle peut désormais bénéficier des moyens d'autres Etats en contrepartie de sa contribution à l'EATC. Ce modèle gagnant-gagnant de coopération pourrait être avantageusement étendu. Les capacités naissantes ou à une échelle encore confidentielle comme la défense anti-missile ou les drones semblent se prêter à l'exercice. Mais, à l'instar de l'EATC, il faudra aussi penser à des partenariats plus importants avec des alliés majeurs. Les accords de Lancaster House, récemment signés avec la Grande-Bretagne, pourraient par exemple jeter les bases d'une intégration européenne plus poussée dans le domaine naval.

 

Mais si l'idée est prometteuse, la réalisation est délicate. Les écueils sont nombreux et il faudra du temps pour modeler les organisations adéquates. Car celles-ci ne sont finalement que la traduction d'une vision politique européenne qui reste encore à trouver pour ce qui concerne la défense européenne. De la simple mise à disposition temporaire des moyens au transfert complet à une autorité supranationale, la gamme des possibles est vaste. L'équilibre entre ces deux postures extrêmes dépend fondamentalement de la volonté ou du refus des Européens de créer une souveraineté européenne. Mais l'on ne franchit les grandes distances qu'avec de petits pas et la difficulté à trouver un accord politique ne doit pas empêcher les initiatives de coopération entre Etats.

 

Sachons comprendre dès aujourd'hui ce que nous enseigne le conflit en Libye. Cinquante-sept ans après l'échec de la Communauté Européenne de Défense et alors que de nombreux pays réarment dans un monde instable, nous sommes probablement à un nouveau tournant. Saurons-nous le négocier ?

 


Pour lire d'autres analyses, rendez-vous sur le site de l'Ecole de guerre.

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