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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 21:02

Syria

 

25-06-2012 par Peter Apps - Nouvel Observateur

 

LONDRES (Reuters) - Bien qu'encore imprécises, les circonstances de la destruction d'un avion militaire turc par la Syrie montrent une armée syrienne efficace, très nerveuse et de plus en plus encline à la confrontation avec son voisin le plus puissant.

 

Cet incident pourrait agir comme élément dissuasif pour les puissances occidentales qui souhaitent le départ du président Bachar al Assad, mais ne veulent pas pour autant risquer leurs soldats ou leurs avions dans une intervention militaire.

 

Elles ne veulent pas non plus être l'élément déclencheur d'un conflit élargi dans la région.

 

La Turquie assure que son avion de reconnaissance, un F4 Phantom, testait le système radar turc quand il a pénétré par erreur dans l'espace aérien syrien. Ankara dit en outre que l'appareil était revenu au-dessus des eaux internationales quand il a été attaqué sans avertissement. La Syrie assure que l'avion était bien dans son espace aérien et volait rapidement et à basse altitude à l'approche de ses côtes.

 

La véritable mission du F4 Phantom reste à définir. La Turquie dit qu'il n'est pas rare pour les avions de franchir les frontières lors de missions ou de manoeuvres, mais pénétrer dans un espace aérien, même brièvement, prend une autre dimension en période de tension.

 

Des milliers de Syriens sont réfugiés en Syrie depuis le soulèvement contre Bachar al Assad et les observateurs s'accordent à dire qu'Ankara accroît son soutien aux insurgés de l'Armée syrienne libre (ASL) qu'elle accueille sur son sol.

 

Certains observateurs font valoir que l'appareil pourrait avoir été en mission de reconnaissance pour les rebelles syriens ou qu'il cherchait à vérifier l'efficacité des systèmes de radar russes utilisés par la Syrie et plus largement du système de défense aérienne de Damas.

 

BEAUCOUP DE MANOEUVRES "SUSPECTES"

 

Tout est envisageable, ou presque, estiment certains analystes dans un contexte où nombre de pays, occidentaux et arabes, cherchent à faire tomber Bachar al Assad.

 

"Tout cela nous montre qu'il y a beaucoup de manoeuvres 'suspectes' dans la région avec de nombreux acteurs qui oeuvrent en cachette", estime Hayat Alvi, conférencier à l'U.S. Naval War College. "L'armée syrienne a des raisons d'être nerveuse, compte tenu des circonstances. Quoi qu'il en soit, l'idée qu'il serait dans l'intérêt de la Syrie et de la Turquie de s'engager dans un conflit militaire ne tient pas. Les deux parties auraient beaucoup trop à perdre et très peu à gagner."

 

L'incident de vendredi montre que, si les puissances occidentales souhaitent réitérer le genre d'intervention militaire qui a permis de renverser Mouammar Kadhafi en Libye, il faudra compter avec la défense aérienne syrienne.

 

Les armées étrangères pourraient à la lumière de cet incident conclure qu'elles n'ont d'autre choix que de se tenir à bonne distance des frontières de la Syrie, et que même des avions-espions américains perfectionnés volant à haute altitude ou des drones pourraient être vulnérables.

 

Anthony Skinner, analyste chez Maplecroft, une société de conseil spécialisée dans l'analyse du risque politique, estime qu'il est important de comprendre les circonstances de l'incident pour étayer la réponse de la Turquie.

 

Pour l'heure, Ankara n'est pas allé jusqu'à brandir explicitement la menace de représailles militaires.

 

La Turquie s'est contentée de demander à consulter ses alliés de l'Otan dans le cadre de l'article 4 du Traité de l'Atlantique Nord qui prévoit pareille option "chaque fois que l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties est menacée".

 

Elle a soigneusement évité de recourir à l'article 5, clause de défense collective, qui prévoit que si un allié est victime d'une attaque armée, chacun des autres membres la considérera e comme une attaque armée contre l'ensemble des membres et prendra les mesures qu'il juge nécessaires pour aider l'allié attaqué.

 

CONFUSION SUR LES CAUSES DE L'INCIDENT

 

Certains estiment que l'incident pourrait être le résultat d'erreurs de part et d'autre. Selon l'armée syrienne, l'avion a été abattu par des tirs aériens directs plutôt que par des missiles antiaériens, qui ont une portée beaucoup plus longue.

 

"L'hypothèse c'est que le F4 s'est égaré en territoire syrien", estime Henri Barkey, professeur de relations internationales à l'Université Lehigh de Pennsylvanie.

 

"Les Syriens sont manifestement assez nerveux et prompts à considérer la moindre action comme hostile. A mon avis, les unités de défense aérienne ont reçu l'ordre de tirer sur tout ce qui traverse l'espace aérien syrien. L'idée d'un soutien militaire turc aux insurgés a pu aussi alimenter la paranoïa du régime."

 

Mais il est également possible qu'avec la pression qui s'accroît sur le régime d'Assad, les tireurs syriens aient pensé abattre l'un de leurs avions pour l'empêcher de fuir le pays. Quelques jours plus tôt, un colonel de l'armée de l'air syrienne avait déserté en atterrissant en Jordanie.

 

Finalement, que l'attaque ait été volontaire ou non, certains estiment qu'elle a permis à Damas d'envoyer un avertissement très clair au reste du monde.

 

"La Turquie ne devrait probablement pas apporter une réponse militaire directe à la Syrie sans l'accord de Washington. Or Washington ne semble pas prêt à une escalade militaire avant l'élection présidentielle", résume Fadi Hakura, membre du cercle de réflexion britannique Chatham House.

 

Danielle Rouquié et Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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