18.04.2012 Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, OTAN, correspondant )- LE MONDE
Réunis à Bruxelles durant deux jours, mercredi 18 et jeudi 19 avril, les ministres de la défense et des affaires étrangères de l'OTAN doivent "dégager le terrain pour le sommet de Chicago", selon la formule de la porte-parole de l'OTAN. Ils tenteront, en réalité, d'atténuer le plus possible les tensions et les désaccords avant le sommet que les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Alliance atlantique tiendront aux Etats-Unis les 20 et 21 mai.
La Maison Blanche ne veut pas le moindre accroc pour ce sommet qui, espère-t-elle, verra notamment le lancement officiel d'une "capacité intérimaire", ébauche du système de bouclier antimissile censé protéger le territoire et les populations du Vieux Continent en 2018. Les Européens, de leur côté, entendent compléter une liste de projets concrets de coopération dans le domaine de l'équipement, signe de leur volonté de se prendre davantage en charge, comme les y invite avec insistance le Pentagone. La France va présenter une initiative conjointe avec les Etats-Unis en vue d'améliorer le système de surveillance, de renseignement et de reconnaissance de l'OTAN, qui a montré ses lacunes lors du conflit en Libye.
C'est toutefois un autre dossier, celui de l'Afghanistan, qui focalisera une fois encore l'attention à Bruxelles. Les attaques menées le 15 avril par des groupes de talibans, notamment à Kaboul, ont frappé les esprits. L'Alliance a, en vain, tenté de minimiser ces offensives contre diverses institutions comme elle l'avait fait, en janvier, lors des attaques de soldats étrangers - notamment français - par des militaires afghans.
"C'EST INTERPELLANT"
Selon la porte-parole de l'OTAN, d'autres actions des insurgés sont prévisibles mais, en tout état de cause, elles ne modifieront pas la stratégie de transfert progressif du contrôle du pays aux forces de sécurité afghanes. Pas plus que les objectifs de l'OTAN ou son calendrier (un retrait total en 2014). Les autorités américaines tiennent des propos identiques et résument les événements du week-end à "des attaques isolées conduites pour des raisons symboliques", selon la formule du secrétaire à la défense, Leon Panetta.
Un diplomate européen se veut plus prudent: "Les forces afghanes ont, pour l'essentiel, géré seules l'intervention et c'est une bonne chose. Mais l'inquiétude est de voir les talibans resurgir, même dans des zones prétendument sécurisées." "La guérilla s'est étendue à presque tout le pays et peut frapper de manière coordonnée, c'est interpellant", commente une source militaire interne à l'Alliance.
Dans certaines délégations, un énervement très perceptible se manifeste à l'égard du discours constant du secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen. Pour lui, la stratégie suivie par son organisation ne souffre pas la critique. "Le problème, à Chicago, sera de conserver le soutien d'opinions publiques de plus en plus sceptiques, qui ne se retrouvent ni dans des slogans ni dans des formules soigneusement négociées entre diplomates", assène une source de haut niveau.
Premier ministre australien, Julia Gillard est venue ajouter au doute, mardi, en indiquant que son pays retirerait ses troupes en 2013. Les 1 550 soldats australiens, stationnés pour la plupart dans la province d'Uruzgan (sud), devraient quitter l'Afghanistan un an plus tôt que prévu. Le président Nicolas Sarkozy avait adopté, en février, une position semblable concernant les 3 550 soldats français, précipitant un débat - non achevé - sur la date du transfert complet du contrôle de la sécurité aux forces afghanes. C'est ce calendrier qui doit être fixé plus précisément à Chicago. A fortiori si François Hollande est élu, le 6 mai, à la présidence de la République et s'il maintient son projet d'un retrait des soldats français fin 2012.
QUESTIONS ÉPINEUSES
Le rôle exact de l'OTAN en Afghanistan au-delà de 2014, ainsi que le financement de l'armée et de la police afghanes sont d'autres questions épineuses. Washington est pressé de boucler la discussion et chiffre à 4,1 milliards de dollars (3,1 milliards d'euros) par an le coût global, proposant d'en prendre 2,3 milliards à sa charge. Les Européens et d'autres donateurs devraient assumer le solde. Problème : certains estiment qu'il ne s'agit que d'un "modèle", soumis à divers aléas: la tenue d'élections, l'attitude du Pakistan, une éventuelle réconciliation avec les talibans, etc. Paris et d'autres capitales refusent donc d'être enfermés dans un schéma trop contraignant.
L'administration américaine prône, par ailleurs, la réduction du nombre de militaires et de policiers de 352 000 à 228 500 en 2017, ce qui laisse entière la question de la menace potentielle que pourraient représenter ces dizaines de milliers d'hommes formés militairement et, au bout du compte, privés d'emploi. Susceptibles, dès lors, d'être recrutés à tout moment par les groupes d'opposants...
Un lent enlisement
20 décembre 2001 Après le renversement du régime taliban au pouvoir à Kaboul, la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) est créée en Afghanistan, dont l'OTAN prend la direction le 11août 2003.
4 octobre 2006 Le mandat de la FIAS est étendu à l'ensemble du pays; les forces armées déployées par 47 pays (mais essentiellement américaines) s'élèvent progressivement à plus de 120 000 hommes.
22 juin 2011 Le président des Etats-Unis, Barack Obama, annonce une accélération du retrait des troupes américaines, lequel doit s'achever théoriquement en 2014.
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