15/10 Par Alain Ruello – LesEchos.fr
Le ministre de la Défense se rend à Abou Dhabi en fin de semaine. Le déplacement a une connotation politique en premier lieu, même si les questions d'exportation feront partie des discussions.
Après ses tournées européennes, Jean-Yves Le Drian prend le grand large. Le ministre de la Défense se rend dimanche prochain pour deux jours aux Emirats Arabes Unis, l'un des rares pays avec lequel la France a noué un accord stratégique de défense bilatéral. En attendant le Brésil, début novembre, et l'Inde, en principe l'année prochaine, il évoquera avec ses interlocuteurs tous les grands dossiers géopolitiques du moment, mais aussi ceux liés aux exportations. De quoi relancer les spéculations sur le Rafale ?
Jean-Yves Le Drian est le premier membre du gouvernement Ayrault à se rendre aux Emirats. Son déplacement a donc d'abord une connotation politique. « La France et les Emirats Arabes Unis sont alignés sur tous les sujets chauds du moment, comme l'Iran ou la Syrie, mais il faut renforcer le dialogue politique », explique-t-on dans son entourage. Le ministre de la Défense va donc visiter les trois bases militaires françaises permanentes implantées sur place, concrétisation de l'accord d'auto-défense qui lie les deux Etats.
« Stand-by »
Au-delà des sujets purement militaires, ce déplacement sera aussi l'occasion de parler exportations à un moment où les flux de commandes des Emirats auprès des industriels français sont au plus bas. Le premier dossier, évidemment, c'est celui du Rafale. Malgré (où à cause de) sa forte implication personnelle, Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à arracher un contrat. Initiée en juin 2008, les négociations ont connu des hauts et des bas. Depuis le changement de majorité en France, elles sont en « stand by ».
La visite de Jean-Yves Le Drian permettra-t-elle de les relancer ? Pas sûr, car les Emirati ne sont pas pressés de remplacer leurs 60 Mirage 2000-9 qui leur donnent entière satisfaction (de même que les 80 F-16 américains, eux aussi au top de la technologie). Qui plus est, Abou Dhabi doit trouver un ou plusieurs pays à même de les reprendre avant de passer à la génération Rafale. Aucun représentant de Dassault n'est d'ailleurs prévu dans la délégation française.
Jean-Yves Le Drian évoquera peut-être un autre dossier très important, puisqu'il concerne Nexter. Les Emirats ont étudié la modernisation de leur parc de blindés avec l'espoir pour l'ex-Giat-Industries de placer plusieurs centaines de VBCI. Le chiffre qui circule porte sur 700 exemplaires. Les autorités locales ont même demandé que soit étudiée la mise en place d'une société commune avec Tawazun, l'industriel local de l'armement. Pour couper court en septembre à toute négociation, selon nos informations, sans que l'on sache si le finlandais Patria, le concurrent en lice pour ce marché, a connu le même sort. « Il y a eu un revirement de situation dont on ne connaît pas la cause », confirme une source proche du dossier.

