NH-90 photo Armée de terre
22/01 Par Alain Ruello, Les Echos
D'ampleur limitée, la guerre au Mali révèle néanmoins les manques en matière d'armement.
Même s'ils ne le reconnaissent pas ouvertement, pour nombre d'officiers, la guerre au Mali tombe à point nommé au moment où la commission chargée d'élaborer le Livre blanc de la défense finalise ses travaux. Attendu fin février, le document va faire l'état des lieux des menaces qui pèsent sur la France, mais surtout arrêter le « format », c'est-à-dire les effectifs, de la Grande Muette pour les quinze prochaines années. Dans les rangs, la crainte est grande que l'armée de terre fasse les frais des contraintes budgétaires, au point de ne plus pouvoir intervenir de par le monde.
« Tout commence et tout finit à terre », rappelle sous couvert de l'anonymat un colonel qui veut croire que la guerre au Mali évitera qu'on aboutisse à des scénarios trop « déflationnistes ». C'est peu probable, car l'opération Serval n'est pas suffisamment structurante pour influer sur la corpulence future de l'armée de terre. « On est loin du seuil de chauffe, et encore plus du seuil de surchauffe », confirme-t-on de source proche de la commission.
A330 - photo Airbus Military
Les militaires se consoleront peut-être du côté des matériels car cette guerre conforte, si besoin était, certains programmes. Comme en Libye, le manque le plus criant porte sur les avions ravitailleurs. Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, a promis de commander quatorze A330 cette année. Etant donné l'urgence, les crédits correspondants seront probablement « sanctuarisés » dans la prochaine loi de programmation militaire.
Remplacement des drones

Serval rappelle aussi combien l'A400M fait défaut. Avec le futur avion de transport militaire, l'armée pourrait se déployer trois ou quatre fois plus vite qu'avec ses vieux Transall. Les trois premiers exemplaires sont attendus cette année. In fine, la France n'en commandera peut-être pas cinquante (tout dépendra du format futur de l'armée), mais ils ne manqueront pas pour les prochaines opérations extérieures.
Autre leçon de Serval, même si ce n'est pas une surprise : les hélicoptères sont indispensables, aussi bien pour l'attaque que pour les manoeuvres. Là encore, les crédits ne devraient pas manquer dans la loi de programmation pour continuer à acheter des Tigre et des NH90, même si les calendriers de livraison sont étalés. En sera-t-il de même pour le programme VBMR de remplacement des véhicules de l'avant blindés, les VAB ?
Une partie du parc a été modernisée pour l'Afghanistan, pour renforcer le blindage notamment. Malgré leur âge et même si leur maintenance coûte cher, les VAB feront le travail au Mali. Plutôt que Serval, ce sont les contraintes budgétaires qui décideront.
Jean-Yves Le Drian ne pourra, en revanche, pas retarder la décision sur le remplacement des drones, tant l'opération Serval confirme l'absolue nécessité de disposer de ce moyen de renseignement.

