13.02.2013 Pierre de Gasquet Correspondant à Rome – LesEchos.fr
L'étau se resserre pour les patrons des grands groupes industriels italiens confrontés aux enquêtes judiciaires sur des pots-de-vin éventuels. Quelques jours après la mise sous enquête du numéro un de l'ENI, Paolo Scaroni, le patron du premier groupe de défense et d'aéronautique italien Finmeccanica, Giuseppe Orsi, a été arrêté hier matin à son domicile, sur requête du juge de Busto Arsizio, dans la province de Varèse.
Moins de deux ans après son arrivée à la tête du groupe, avec le soutien de la Ligue du Nord, l'homme est accusé de « corruption internationale » dans le cadre d'une enquête sur le versement d'une commission occulte de 51 millions d'euros en 2010, à l'occasion de la vente de 12 hélicoptères d'AgustaWestland (filiale de Finmeccanica) au gouvernement indien, pour un montant de 556 millions d'euros.
Le patron d'AgustaWestland, Bruno Spagnolini, a également été placé aux arrêts domiciliaires. Deux autres personnes, Guido Haschke et Carlo Gerosa, qui auraient servi d'intermédiaires dans les négociations avec le gouvernement indien, ont été interceptées par la police suisse à Lugano.
Enquêtes sur d'autres contrats
Cela fait plus d'un an que Finmeccanica est dans le collimateur de la justice italienne depuis l'ouverture de l'enquête des autorités indiennes sur ce contrat de fourniture de 12 hélicoptères. « Giuseppe Orsi révèle son attitude blasée vis-à-vis de la pratique des commissions occultes qu'il a érigée en philosophie d'entreprise », écrit le juge d'instruction de Busto Arsizio, dans son ordonnance. « Un acte dévastateur », pour l'avocat du Pdg de Finmeccanica, qui conteste toute trace de profit personnel.
L'arrestation de Giuseppe Orsi intervient moins de deux ans après la chute de son prédécesseur, Pier Francesco Guarguaglini, contraint de démissionner à la suite de sa mise en examen - sur dénonciation d'un repenti - pour fausses factures et fraude fiscale dans le cadre d'une enquête sur une filiale, Selex, dirigée par son épouse, Marina Grossi.
Avant d'être nommé Pdg de Finmeccanica en mai 2011, Giuseppe Orsi dirigeait AgustaWestland. Mais le contrat indien est loin d'être le seul à faire l'objet d'investigations judiciaires. En octobre, l'ex-directeur commercial de Finmeccanica, Paolo Pozzessere, avait déjà été arrêté dans le cadre d'une enquête sur un contrat avec le gouvernement panaméen. En outre, l'ancien ministre de l'Intérieur de Silvio Berlusconi, Claudio Scajola, a été cité par le parquet de Naples dans une enquête portant sur la livraison de 11 frégates Finmeccanica au Brésil (pour une valeur de 5 milliards d'euros).
En pleine campagne électorale, le « cas Orsi » a déclenché un torrent de réactions. Tandis que Silvio Berlusconi a dénoncé une « action suicidaire de la magistrature », plusieurs élus du centre-gauche ont appelé à la démission du patron de Finmeccanica en arguant de l'urgente nécessité de reprendre en main un conglomérat représentant 69.000 salariés et 17,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Le titre du groupe (encore détenu à 32 % par le Trésor) a chuté de 11 % hier en ouverture des marchés.
