Le porte-avions américain USS Enterprise
crédits : US NAVY
07/02/2012 MER et MARINE
Alors que deux porte-avions américains croisent déjà en mer d'Oman, Washington a annoncé le déploiement dans cette région d'un troisième groupe aéronaval. Celui-ci sera emmené par l'USS
Enterprise, le vétéran des porte-avions américains, qui doit réaliser à cette occasion sa dernière grande mission avant son désarmement, prévu en fin d'année. Le bâtiment participe actuellement à
Bold Alligator, le plus grand exercice aéronaval et amphibie organisé depuis une dizaine d'années par l'US Navy et l'US Marine Corps. Une fois ces manoeuvres achevées au large de la côte Est des
Etats-Unis, l'Enterprise et son escorte mettront le cap sur l'ouest et gagneront le nord de l'océan Indien en mars. Selon le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, ce déploiement est
une réponse aux menaces iraniennes quant à la fermeture du détroit d'Ormuz, passage stratégique entre le golfe Persique et l'océan Indien, où transite plus d'un tiers du pétrole mondial.
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Porte-avions américains dans le détroit d'Ormuz (© : US NAVY)
Trois groupes aéronavals et amphibies déjà sur zone
Sur zone, les Etats-Unis ont déjà renforcé leurs moyens avec l'arrivée, en janvier, des porte-avions USS Carl Vinson et USS Abraham Lincoln, ce dernier relevant l'USS John C. Stennis. Les deux
bâtiments, embarquant chacun 70 avions et hélicoptères, sont notamment accompagnés des croiseurs USS Bunker Hill et USS Cape St George, ainsi que des destroyers USS Halsey, USS Sterett et USS
Russel (dont certains mettent en oeuvre le missile anti-missile balistique SM-3). Le destroyer USS Momsen, qui a franchi le 29 janvier le canal de Suez en compagnie du sous-marin nucléaire
d'attaque USS Annapolis, va se joindre à cette flotte. La presse américaine a, en outre, évoqué il y a quelques semaines l'envoi dans ce secteur d'au moins un sous-marin nucléaire lance-missiles
de croisière (SSGN) doté de 154 Tomahawk et d'une unité de commandos SEAL.
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L'USS Abraham Lincoln (© : US NAVY)
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L'USS Carl Vinson (© : US NAVY)
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Destroyers et croiseurs américains (© : US NAVY)
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L'USS Momsen dans le canal de Suez le 29 janvier (© : US NAVY)
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L'USS Makin Island (© : US NAVY)
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L'USS New Orleans (© : US NAVY)
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L'USS Pearl Harbor (© : US NAVY)
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L'USS Annapolis (© : US NAVY)
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Le SSGN USS Ohio (© : US NAVY)
En parallèle, un nouveau groupe amphibie est arrivé en mer d'Arabie en janvier. Relevant le groupe de l'USS Bataan, cette force comprend le porte-hélicoptères d'assaut USS Makin Island, ainsi que
les transports de chalands de débarquement USS New Orleans et USS Pearl Harbor, qui embarquent une force expéditionnaire des Marines comprenant des centaines de soldats et leur matériel, des
engins de débarquement sur coussins d'air LCAC, des avions AV-8B Harrier, des convertibles MV-22 Osprey, ainsi que des hélicoptères de manoeuvre et de combat, dont des AH-64 Apache. L'ensemble
est placé sous le commandement de la 5ème flotte, basée à Bahreïn. Les Américains peuvent également s'appuyer sur les troupes présentes dans les pays arabes, et notamment au Koweït, où 15.000
soldats et d'importantes forces aériennes sont stationnés.
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Le HMS Argyll et le La Motte-Picquet avec l'USS Abraham Lincoln (© : US NAVY)
Français et Britanniques en soutien
Pour faire pression sur le régime de Téhéran, les Etats-Unis s'appuient notamment sur la Grande-Bretagne et la France. Londres, qui compte dans le Golfe une force de guerre des mines composée de
quatre chasseurs, a dépêché sur zone son plus moderne et plus puissant destroyer lance-missiles, le HMS Daring, qui a franchi Suez et fait route vers l'océan Indien pour remplacer la frégate HMS
Argyll. Celle-ci a manoeuvré fin janvier avec l'USS Abraham Lincoln, l'USS Cape St George, l'USS Russel et l'USS Sterett non loin du détroit d'Ormuz. Les bâtiments se sont livrés à un
impressionnant « exercice d'évolution », auquel a également participé la frégate française La Motte-Picquet.
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Le La Motte-Picquet dans le Golfe (© : US NAVY)
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Groupe américano-franco-britannique (© : US NAVY)
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Groupe américano-franco-britannique (© : US NAVY)
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Groupe américano-franco-britannique (© : US NAVY)
Paris songerait aussi à renforcer ses moyens sur zone. La France peut notamment se servir de son implantation militaire aux Emirats Arabes Unis (Abu Dhabi), dotée d'une base aérienne et d'une
base navale. Mais certains bruits de coursives - non confirmés par la marine - commencent à évoquer un éventuel déploiement du porte-avions Charles de Gaulle à partir du mois de mars. Une
hypothèse étonnante puis que le bâtiment a été très sollicité en 2011 (déploiement en océan Indien et intervention en Libye) et, s'il a été remis techniquement en état ces derniers mois, les
personnels, à commencer par les pilotes et équipes techniques du groupe aérien embarqué, manquent d'entrainement. Ainsi, le Charles de Gaulle, après une petite sortie pour essais en décembre, n'a
repris la mer que la semaine dernière pour retrouver ses avions dimanche et débuter une nécessaire campagne de qualification des pilotes de Rafale et d'Hawkeye. La remontée en puissance de
l'équipage, du groupe aérien embarqué et de l'ensemble du groupe aéronaval, un processus complexe qui prend généralement plusieurs mois, n'a pas encore été menée à bien. Autant dire que si le
Charles de Gaulle devait être déployé dès le mois de mars, cela répondrait à une certaine « urgence » opérationnelle.
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Le groupe aéronaval français (© : MARINE NATIONALE)
Préserver la liberté de passage dans le détroit d'Ormuz
Que faut-il penser de tout cela ? Pour certains militaires : « ça ne sent pas bon ». Pour autant, les puissances occidentales chercheront sans doute, à tout prix, à éviter une guerre contre
Téhéran. Non que les forces iraniennes soient particulièrement menaçantes. Les Américains et leurs alliés sont technologiquement et militairement bien supérieurs. Moyennant quoi, une
confrontation provoquerait presque inévitablement une fermeture provisoire d'Ormuz et donc une rupture temporaire des approvisionnements stratégiques. Les Iraniens ont, en effet, les moyens
d'interdire quelques temps le passage grâce à un minage massif, mais aussi à l'emploi de missiles antinavires et, éventuellement, de torpilles hyper-véloces Hoot, dérivées des fameuses Shkval
russes (dont la vitesse est estimée à 200 noeuds). Sans compter les raids pouvant être menés par les nombreuses embarcations rapides des gardiens de la révolution. De plus, les Iraniens disposent
de missiles balistiques, à charge normalement conventionnelle. Sur le papier, ces engins ne constituent pas le dernier-cri technologique. Mais, en face, le bouclier anti-missile américain, en
plein développement, est encore récent et on ne peut donc pas exclure que la parade aux missiles balistiques, même de courte ou moyenne portée, soit totalement « hermétique ». En cas de conflit,
les occidentaux devraient donc frapper vite et très fort, afin d'annihiler dès les premières heures les moyens offensifs iraniens et donc réduire au maximum la menace. Ce serait la mission de
l'armada déployée dans le golfe et des moyens pré-positionnés dans les pays riverains.
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Sur un porte-avions américain (© : US NAVY)
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Sur un porte-avions américain (© : US NAVY)
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Sur un porte-avions américain (© : US NAVY)
Crainte d'une attaque israélienne au printemps
Le renforcement significatif des moyens aéronavals dans la région semble indiquer qu'au-delà de la traditionnelle « démonstration de force », habituellement destinée à peser diplomatiquement sur
les Iraniens, les Américains se préparent à un éventuel conflit. Se préparer ne signifie toutefois pas vouloir une action et encore moins l'engager. Comme évoqué plus haut, tout sera
vraisemblablement fait pour éviter le pire, sauf bien sûr si l'Iran s'en prend directement aux intérêts américains. Alors que Barack a signé hier un décret portant notamment sur le gel des avoirs
iraniens, Washington, Londres et Paris semblent croire que le renforcement des sanctions économiques et financières peut porter ses fruits et dissuader Téhéran de poursuivre son programme
nucléaire, dont les occidentaux sont persuadés qu'il aura des finalités militaires. Mais les Israéliens, à portée des missiles iraniens, ne sont pas de cet avis et, étant géographiquement
exposés, menacent depuis un certain temps de lancer des frappes préventives.
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F-16 israélien (© : ISRAEL DEFENSE FORCES)
D'après le Washington Post, le Pentagone redoute que Tsahal déclenche une offensive au printemps. « Panetta pense qu'il est hautement probable qu'Israël attaque l'Iran en avril, mai ou juin,
avant que les Iraniens entrent dans ce que les Israéliens décrivent comme une 'zone d'immunité' où ils auront déjà commencé à construire une bombe nucléaire. Très bientôt, les Iraniens auront
enfoui assez d'uranium enrichi dans des installations souterraines pour pouvoir réaliser une arme et alors, seuls les Etats-Unis, seront capables de les arrêter militairement. Le Premier ministre
israélien Benyamin Netanyahou ne veut pas laisser le sort d'Israël dépendre d'une action américaine », écrivait le 2 février l'éditorialiste David Ignatus dans les colonnes du journal américain,
repris par Courrier International. Alors que le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a déclaré le même jour que « tout ceux qui pensent 'plus tard' vont sans doute se rendre compte que
'plus tard', ce sera 'trop tard' », les Etats-Unis et leurs alliés, même s'ils s'opposent à un conflit, pourraient s'y retrouver entrainés contre leur volonté, avec le risque que la crise
s'exporte, via les réseaux iraniens, jusqu'aux rivages de la Méditerranée, notamment au Liban et dans la bande de Gaza.
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Avion de chasse israélien (© : ISRAEL DEFENSE FORCES)
Eviter l'engrenage et miser sur les sanctions économiques
Pour l'armée israélienne, lancer des raids en Iran serait néanmoins très compliqué sans l'aide des Etats-Unis. Certes, Jérusalem a montré en 1981, avec le bombardement du chantier du réacteur
nucléaire irakien d'Osirak, qu'elle s'autorisait à lancer des actions « préventives ». Mais avec l'Iran, une telle action serait d'une toute autre dimension. Car il s'agirait de neutraliser
plusieurs sites à grande distance, attaque nécessitant l'emploi d'une flotte d'avions ravitailleurs, ce qui est justement le point faible de l'Etat Hébreux, qui ne dispose que de quelques
appareils de ce type. Pour atteindre ses objectifs, l'aviation israélienne serait, de plus, obligée de traverser les espaces aériens d'autres pays (Turquie, Syrie, Jordanie, Irak ou Arabie
Saoudite) à l'aller mais aussi au retour, une fois l'effet de surprise dissipé. Et, sur place, les appareils seraient confrontés à une résistance probablement solide de la défense aérienne
iranienne. Jérusalem peut, dans le même temps, s'appuyer sur sa marine. Les trois sous-marins israéliens du type Doplhin seraient en effet dotés de missiles de croisière, mais en nombre limité.
Quant au reste de la flotte, il n'est constitué que d'une douzaine de corvettes et patrouilleurs lance-missiles, ce qui semble insuffisant pour une opération d'une telle envergure. Dans ce
contexte, un raid israélien sur l'Iran serait donc particulièrement complexe et risqué. Mais pas non plus totalement exclu, l'Etat israélien ayant démontré par le passé qu'il était prêt, coute
que coute, à défendre sa sécurité.
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Corvette israélienne du type Saar V (© : ISRAEL DEFENSE FORCES)
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Sous-marin du type Dolphin (© : DROITS RESERVES)
Parfaitement conscients de cet état de fait, les armées occidentales se préparent donc, logiquement, à toute éventualité. Le renforcement significatif des moyens dans le Golfe et au nord de
l'océan Indien tient compte de cette réalité, d'autant que si les Israéliens décident d'intervenir, ils ne préviendront probablement Washington que très peu de temps avant l'attaque. Mais le
regroupement de forces considérables présente aussi l'avantage d'accentuer la pression sur l'Iran et d'inciter ses dirigeants, qui n'ont eux-aussi aucun intérêt à voir la situation s'envenimer, à
rejoindre la table des négociations, de manière à trouver une issue diplomatique pour éviter l'engrenage.
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Porte-avions américain en océan Indien (© : US NAVY)

