Source : Directeur de l’observatoire franco-russe
Six mois après l’élection de François Hollande à la présidence de la République et le retour de Vladimir Poutine au Kremlin, les relations franco-russes retrouvent leur rythme de croisière. Le Conseil conjoint pour les questions de sécurité (CCQS), où siègent les ministres des affaires étrangères et de la défense des deux pays, doit se réunir le 31 octobre. Il y sera naturellement question des grands sujets internationaux du moment (Syrie, Iran, Mali), mais aussi de coopération bilatérale dans le domaine des industries de défense. Quelques semaines plus tard se tiendra le Conseil économique, financier, industriel et commercial (CEFIC) puis le Séminaire intergouvernemental (SIG) que co-présideront Jean-Marc Ayrault et Dmitri Medvedev. Enfin, François Hollande effectuera une visite en Russie au premier trimestre 2013, honorant ainsi une invitation qui lui avait été transmise par Vladimir Poutine lors de leur première entrevue à Paris le 1er juin dernier.
Un nouveau chapitre des relations franco-russes est en train de s’ouvrir, à l’issue d’un mandat Sarkozy étonnement fécond à cet égard. Au plan politique, le rôle de la France lors de la guerre de 2008 en Géorgie ou son opposition à l’élargissement de l’OTAN à l’Est ont convaincu Moscou que la « rupture » annoncée ne remettrait pas en cause les fondements du partenariat stratégique bilatéral, et ce malgré le retour de Paris au sein du commandement unifié de l’Alliance atlantique.
Le contrat sur la vente de bâtiments de projection et de commandement Mistral à la marine de guerre russe a illustré l’exceptionnelle confiance de part et d’autre. Surtout, les années 2008-2012 ont été marquées par une densification du commerce bilatéral. Que ce soit dans le domaine de l’énergie (EDF, Total), de l’industrie (Renault, Alstom, Air Liquide), de l’aéronautique et du spatial (Sagem, Arianespace), de la finance (Société générale), de l’agroalimentaire (Danone, Bonduelle) ou de la grande distribution (Auchan), les entreprises françaises ont franchi un cap sur le marché russe. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle intervient dans un contexte général peu favorable. La France est désormais le 5ème investisseur étranger en Russie (le 3ème si l’on ne compte pas le Luxembourg et Chypre, pays d’où repartent de nombreux capitaux d’origine russe). Le commerce bilatéral s’établissait, en 2011, à un peu plus de 21 milliards d’euros.
Cette dynamique positive se poursuivra-t-elle au cours des prochains mois ? Des facteurs d’incertitude ne peuvent être ignorés. Côté français, on sait que les socialistes ont un rapport complexe à la Russie (au moins depuis le congrès de Tours en 1920) et qu’ils n’ont guère manifesté d’intérêt pour ce pays au cours des dernières années, à quelques rares exceptions. Les deux courants politiques les plus favorables au développement d’un rapprochement avec Moscou – les gaullistes et les communistes – ont pratiquement disparu du paysage.
A cela s’ajoute un « fond de l’air » médiatique défavorable. Côté russe, on s’interroge sur la capacité de l’Europe à maintenir son rang : le récent sommet de l’APEC à Vladivostok a mis en évidence la tentation du Kremlin de réorienter, au sens premier du terme, sa diplomatie. Le rôle de la France en Libye et sur le dossier syrien suscite également des incompréhensions.
Doit-on pour autant être pessimiste pour l’avenir des relations bilatérales ? Certainement pas. Le socle du partenariat franco-russe est désormais solide et la priorité donnée par l’Elysée à la « diplomatie économique » devrait permettre de renforcer encore les positions des entreprises françaises en Russie. Le différend syrien ne doit quant à lui pas être surestimé : il n’empêche en tout cas pas Moscou et Paris de discuter sereinement du Mali, dossier qui va devenir central pour les intérêts sécuritaires français au sud. Enfin – et c’est probablement l’essentiel – François Hollande et Vladimir Poutine sont des pragmatiques, conscients de l’intérêt de leurs pays à cultiver et développer la relation bilatérale. Le partenariat franco-russe a donc de beaux jours devant lui.

