21.05.2012 par P. CHAPLEAU Lignes de Défense
Patrick Marchesseau, capitaine du Ponant victime d'une prise d'otages en avril 2008 au large de la Somalie, attend sans "rancune" le procès des pirates présumés s'ouvrant le 22 mai aux assises de Paris, dans lequel il est partie civile, a-t-il expliqué à ma consoeur Pascale Juilliard de l'AFP.
Q: En quoi cette prise d'otages vous a-t-elle marqué?
R: "L'expérience n'a pas été complètement négative dans la mesure où nous n'avons pas eu de blessé grave ni de mort du côté des otages. On apprend beaucoup sur soi-même et sur les autres, étant
donné qu'on est immergé contraint et forcé dans une situation de crise. Ca se passe sur une relation psychologique entre le preneur d'otages et l'otage, en avançant étape par étape, en essayant
d'exploiter les limites de l'adversaire, sans mettre en danger la vie de son équipage."
Q: Avez-vous craint pour votre vie ou celle de votre équipage?
R: "Oui. Quand les pirates ont donné l'assaut parce que c'était la première fois que j'étais confronté à des hommes armés, je ne savais pas trop jusqu'ou ils étaient prêts à aller. Une fois qu'on
a appris un peu à se connaître, j'ai compris qu'ils avaient besoin de nous pour obtenir ce qu'ils voulaient, c'est-à-dire de l'argent. Ca nous préservait un peu. A la fin, il y a eu un moment
assez tendu au moment de la remise de rançon et du processus pour libérer les otages. Les pirates étaient un peu dans un autre monde, ils sentaient l'odeur de l'argent, qu'ils étaient prêt
d'aboutir. A tout moment, un grain de sable pouvait tout faire basculer. Ils étaient extrêmement tendus, ils consomment du khat ce qui n'aide pas non plus."
Q: Comment se sont-ils comportés pendant les sept jours à bord?
R: "Ce qui est paradoxal pour des hors la loi est qu'ils avaient instauré un règlement interne, qui prévoyait des pénalités financières: il y avait une échelle avec des sommes allant de 500 à
2.000 dollars si un otage était maltraité, si un des pirates allait à terre sans autorisation..."
Q: Quel effet vous faisaient-ils?
R: "Il y a un côté amateurisme. Ceux qui commanditent l'opération sont à terre. L'assaut était dirigé par deux ou trois, sur une douzaine. Les autres étaient des gamins entre 20 et 25 ans, qui
étaient a priori de simples gardiens de chèvres. On leur a dit: +Viens avec nous, tu vas gagner beaucoup plus d'argent+. En manipulant sa kalachnikov, l'un d'eux a tiré accidentellement. Une
balle a effleuré le médecin de bord à la cuisse. Il a eu un hématome mais on aurait pu avoir un accident mortel si quelqu'un s'était trouvé sur la trajectoire."
Q: Combien étaient-ils?
R: "Douze au début, puis une vingtaine. Il y avait des allers et venues, une rotation. Ils se sont sentis un peu menacés à un moment, ils craignaient un assaut des militaires français, on a dû
monter à une trentaine."
Q: Exercez-vous toujours le même métier?
R: "Je travaille toujours pour la compagnie du Ponant, comme commandant sur leurs différents bateaux. Je suis repassé au large de la Somalie depuis, dont deux fois avec le Ponant, mais avec une
escorte armée à bord."
Q: Qu'attendez-vous du procès?
R: "Je n'exprime aucune rancune ni rancoeur envers les pirates. Ils sont, sans être péjoratif, des pauvres types qui, à cause de la misère en Somalie, ont cédé à l'appât du gain. C'est des petits
brigands des mers."

