nov 18, 2012 Nicolas Gros-Verheyde (BRUXELLES2)
Il ne faut pas se fier uniquement aux apparences. La baisse des prises pirates s’accompagne aujourd’hui si on regarde les statistiques officielles d’une baisse drastique des attaques. Il peut se passer plusieurs jours, une semaine, sans qu’une attaque soit recensée. Etonnant en pleine période intermousson ! Où normalement les conditions sont favorables aux pirates.
L’effet de la combinaison des mesures
Bien entendu, l’ensemble des mesures prises par la communauté maritime – meilleur respect des bonnes pratiques (BMP) et présence de gardes armes (privés ou militaires) sur à peu près un navire sur trois – explique cette baisse, de même que la présence plus active et mieux coordonnée des navires militaires. La situation à terre, où les bases logistiques pirates sont un peu bousculées par la remise en question des fiefs des shebab, tout comme la reprise en main dans certains localités par les elders (chefs de clans ou ainés) qui voient aujourd’hui d’un plus mauvais oeil qu’auparavant ces pirates, impies et arrogants, et ne perçoivent plus autant les bénéfices économiques pour leurs localités, sont des facteurs supplémentaires. Mais il y a un fait que j’ai pu confirmé auprès d’experts de la piraterie maritime : tout cela n’explique pas la baisse drastique des attaques qui semblent bien continuer cependant.
Les attaques continuent
La réalité semble différente : les attaques baissent mais pas aussi drastiquement. « Il continue d’avoir des attaques à un certain volume » m’a confirmé mon interlocuteur. Simplement, elles sont « largement moins déclarées que par le passé ». A cela plusieurs explications, la volonté de ne pas se faire mal voir des assurances qui pourraient alors augmenter leurs tarifs. La présence aussi d’équipes de gardes privés sur près d’un navire marchand sur trois ne s’est pas fait dans une transparence parfaite…
Pas vu, pas pris
Certains ne sont peut-être pas « tout à fait en adéquation » (pour être gentil :-) avec la réglementation en usage par rapport à la loi du pavillon qui régit le navire. En clair on peut trouver certaines de ces équipes sur des bateaux qui ont le pavillon d’Etats qui les ont interdit ou pas encore autorisés (profitant ainsi de cette zone grise). Certaines de ces équipes peuvent aussi être fournies par des sociétés pas automatiquement très spécialisées dans la sécurité maritimes. En gros on peut trouver davantage de mercenaires que de gardiens de sécurité. Enfin, les règles d’engagement de ces équipes ne sont pas toujours « aussi codifiées » que celles des équipes des « grandes sociétés », reconnues sur le marché (britannique, sud-africaine ou américaine), et sûrement plus « robustes » et « moins regardantes » que celles des équipes militaires « VPD ». En gros, « on tire et on passe »… Voilà une bonne partie des explications à ce taux de sous déclaration.
Commentaire : Il parait donc plus qu’urgent aujourd’hui que l’Union européenne (au moins) se dote d’une recommandation et d’une législation en la matière. On sait que les experts ISO travaillent à une norme d’emploi des équipes embarquées de sécurité privée. Mais au mieux cette norme, sans doute ferme et équilibrée, sera appliquée par les grandes compagnies ou celles qui tiennent à leur réputation. Les autres, plus nombreuses (trop petites ou carrément « pourries »), n’auront pas l’obligation de les appliquer. Le caractère auto-proclamé de la norme a un gros inconvénient. Un Etat ou une force en mer de cet Etat qui prend une société qui n’appliquera pas la norme ISO ne pourra rien faire contre lui. On retrouve, là, les premiers errements de la sécurité maritime avant les naufrages de l’Erika, du Prestige et autres qui ont obligé à passer d’un concept de règles auto-appliquées à un corpus de règles et de sanctions plus contraignantes. Il serait peut-être temps de prendre conscience …

