1er juin 2012, par Arnaud Huc – LE TAURILLON
L’Union européenne traverse aujourd’hui une crise économique très grave, en effet il est de plus en plus évoqué une éventuelle sortie grecque de l’Euro. Cette crise, d’ailleurs, à rangé au second plan tout une série de thématiques qui ont pourtant constitué le cœur de la construction européenne depuis 60 ans. Au premier de ces thèmes la défense européenne qui n’a jamais réellement abouti à quelque chose de concret.
On se souvient du fiasco de la communauté européenne de défense en 1954. Certes il existe aujourd’hui un « eurocorps » fort de 60,000 personnels piochés dans les armées européennes (en fait notamment partie la brigade franco-allemande, la 10e division blindée allemande et la 1ere brigade medium belge), mais il s’agit bien d’un bout de chiffon, d’un ballon d’essai n’ayant débouché sur rien.
L’Union européenne, pourtant, c’est 16,000 milliards de dollars de PIB, c’est 27 budgets militaires qui s’ils étaient mis en commun feraient de l’Union une puissance militaire équivalente aux États-Unis pour seulement 2% de son PIB la où les USA mettent 4,7% de PIB dans leur armée. Il est donc clair que les 27 états de l’Union ont les moyens économiques de leur puissance militaire, mieux, ils pourraient réduire leurs couts militaires individualisés en unifiant leurs armées (ce qui permettrait de supprimer tous les services doublons propre à chaque armée). Ainsi dans une logique de réduction des couts de l’armée, la fédéralisation de la défense semble être une réponse adéquate permettant à la fois d’accroitre la capacité militaire européenne tout en réduisant son cout.
Les États européens, en plus de disposer de la plus grande économie, disposent également d’une industrie de l’armement particulièrement développée. En effet, cette industrie est à la fois « fédéralisée » et concurrentielle, la plupart des groupes industriels s’étant alliés, ce qui a mené notamment à la formation d’EADS. D’autre part il existe en Europe une réelle capacité d’innovation technologique puisque des sociétés comme Nexter, FN Herstal et BAE ont une part substantielle de leurs budgets consacrée à la recherche.
Ainsi si l’Union européenne a les moyens économiques et industriels de sa défense, elle ne s’est pourtant jamais donné les moyens politiques de la mettre en œuvre. Il semblerait que toute une série d’États européens, les derniers à avoir intégrer l’Union, préfèrent se placer sous une vassalisation Otanienne. Chaque État préférant un tyran loin d’ici plutôt qu’une perte de souveraineté au sein d’une entité européenne. Le seul frein à la création d’une armée européenne s’appelle donc l’OTAN. C’est l’OTAN qui apporte à chaque État de petite taille le sentiment d’être protégé sans avoir à investir dans son armée et sans avoir à unir sa défense avec celle de ses voisins. L’OTAN a d’ailleurs été pensé comme tel, comme un remède à l’absence de défense européenne mais aussi comme un inhibiteur à toute volonté de fédéralisation des défenses européennes.
En 1991, l’OTAN aurait du disparaître et laisser place à une défense européenne qui n’aurait certes pas été totalement fédérale mais qui aurait été une coopération accrue entre les armées et les états majors européens. Au lieu de cela, l’OTAN continue aujourd’hui à vivre sans réel objectif, se cherchant et s’inventer des adversaires, cette organisation est d’ailleurs la seule épine dans le pied de la construction européenne s’agissant de la défense. Il apparaît donc clair que si les Européens veulent un jour unir leurs défenses, ce qui est incontournable si ils veulent atteindre la fédération, alors les États européens devront dénoncer le traité OTAN.
Si l’OTAN peut apparaître un frein pour la construction de l’Union européenne, il s’agit également d’une excuse de la part des dirigeants européens pour ne pas aller plus loin dans la voie de l’armée européenne, en effet ceux ci, se cachant derrière l’OTAN, clament qu’une armée européenne n’est pas nécessaire. Cette excuse vient d’ailleurs s’ajouter à toute une série de justifications qui peuvent être facilement éludées.
Ainsi, on entend souvent dire que, chaque État disposant de son propre matériel (tant en blindés, pièces de rechange pour l’aviation ou simples fusils d’assauts…) le cout de l’uniformisation des armées européennes serait énorme. Sans rejeter une telle critique il faut en réduire sa portée. Certes les matériels des différentes armées européennes sont différents, (on compte plus d’une cinquantaine de type de chars parmi les 27) néanmoins les standards OTAN (STANAG) ont permis depuis le début des années 2000 d’uniformiser progressivement tous les armements des pays à l’Ouest de l’Oder et donc de réduire les couts d’une interopérabilité de ces systèmes d’armes, les pays étant à l’est disposant quant à eux de matériels ex-soviétiques en fin de vie, qui pourront tout simplement être mis à la casse.
La dernière justification des gouvernants européens pour ne pas aller plus loin dans l’armée européenne concerne l’absence de diplomatie européenne solide. À vrai dire, on ne peut pas donner tort à ceux qui considèrent que tant que l’Union européenne n’aura pas un vrai ministre des affaires étrangères alors la création d’une défense européenne sera impossible. Il est vrai qu’il ne faut jamais mettre la charrue avant les bœufs, de même il ne faut pas mettre l’armée avant la diplomatie.
