10 janvier 2013 par Rédaction – Aerobuzz.fr
« Il y a un coup à jouer » . Ces mots lâchés par Eric Trappier, le nouveau président de Dassault Aviation aux « Echos » seront t-ils le point de départ d’une belle « success Story » au Canada pour l’avion de combat Rafale ? Si l’optimisme est de mise du côté de Dassault, les obstacles à franchir pour voir un jour le Rafale arborer la feuille d’érable restent nombreux. Etat des lieux.
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- F35 JSF
- © Lockheed Martin
« Trop c’est trop ! » Le gouvernement canadien, sous la pression des parlementaires se voit contraint d’envisager des alternatives à l’acquisition de 65 avions de combat furtifs F-35. Cet avion de cinquième génération destiné à voir sans être vu, à attaquer des cibles protégées en toute impunité, se veut l’avion de combat par excellence. Il bénéficie du meilleur de la technologie américaine en matière d’avionique de matériaux et de motorisation.
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- CF-18A Hornet
- © RCAF
Mieux ! Moyennant quelques milliards d’investissements, Washington propose aux clients de les associer au développement du plus formidable appareil de combat jamais réalisé aux USA. Ce qui se traduit pour les utilisateurs par une totale interopérabilité avec les forces américaines, tant sur le plan des opérations de combat que de la maintenance. Dans ces conditions, pour Ottawa, le choix de cette merveille militaire s’imposait naturellement dès 2010 pour remplacer le parc de 78 biréacteurs CF-18 canadiens devenus obsolètes. Mais alors pourquoi un tel revirement ?
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- CF-18A
- © RCAF
La cause est à rechercher du côté des parlementaires canadiens pour lesquels, la première cible impactée par le F-35, est le budget du pays. Les coûts d’acquisition et de possession de ces avions dépassent de loin les estimations initiales les plus pessimistes : on parle de 46 Md$ sur quarante deux ans ! A cela s’ajoute une inquiétude certaine des autorités canadiennes devant la dérive financière d’un programme qui semble hors de contrôle ; on parle d’un surcoût de 21 Md$ et de 8 ans de retard !
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- Saab Gripen
- © Saab
Du coup, le ministre de la défense canadien a adressé une demande d’information à EADS qui propose l’Eurofighter, à Saab qui produit le Gripen, à Boeing qui offre la dernière version du F/A 18 E/F et Dassault, le père du Rafale.
A ce stade, rien n’indique qu’un appel d’offres sera lancé. Mais déjà les concurrents potentiels se positionnent. Si le monoréacteur suédois Gripen semble la solution la plus économique, il est en revanche sous dimensionné par rapport aux besoins des forces canadiennes qui ont un pays immense à protéger. L’Eurofighter d’EADS a le mérite d’afficher de très bonnes performances en combat aérien, il dispose en outre du soutien sans faille d’EADS et de la Couronne Britannique, mais il souffre encore d’un manque de polyvalence et attend toujours son radar à antenne active. Restent alors le biréacteur de Dassault et le F/A 18 Super Hornet de Boeing, deux appareils polyvalents et parfaitement matures aux capacités comparables au F-35 qui est avant tout, rappelons le, un appareil d’attaque doté de capacités de combat aérien.
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- Dassault Rafale
- © Dassault Aviation
Techniquement, le Rafale a tout pour plaire. Sans être à proprement parler furtif comme le F-35 de Lockheed Martin, il affiche une signature radar des plus réduites par rapport à ses autres concurrents. Sa cellule robuste et son système d’arme évolué en font un appareil redoutable capable de couvrir un vaste spectre de missions . Il est aujourd’hui doté, en plus de ses capteurs optroniques d’un radar à antenne active capable d’effectuer plusieurs tâches simultanément telles que la détection de cibles aériennes à longue distance et la surveillance d’objectifs au sol. Le tout en évitant les menaces grâce à son système d’autoprotection Spectra. Du point de vue financier, le biréacteur français est là encore plus abordable que le F-35 Lightning II, tant à l’achat qu’à l’entretien. Il peut aussi faire l’objet d’importants transferts de technologie comme c’est le cas en Inde….
Ce tableau idyllique est nuancé par un facteur de taille : l’influence du puissant voisin américain pour qui l’arrivée du biréacteur français ou de tout autre produit non estampillé « made in USA » dans son pré carré est tout simplement impensable ! Là encore que nous dit l’histoire ?
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- Avro CF-105 Arrow
- © RCAF
Historiquement, le Canada a affirmé dès la fin de la seconde guerre mondiale sa volonté de concevoir ses propres avions de combat. Pendant des années l’Avro CF100 a fait les beaux jours des forces armées canadiennes, sous le regard amusé de Washington. Le ton changea lorsque dans les années 50, le Canada entama le développement d’un appareil ambitieux aux performances supérieures à tout ce que l’Oncle Sam pouvait aligner : l’Avro CF-105 Arrow. Cet intercepteur de classe Mach 2+ était doté de moteurs Iroquois de conception nationale, de commandes de vol électriques, et d’un système d’arme en avance sur son temps.
Malgré les performances exceptionnelles de l’appareil, les politiciens canadiens se tirèrent une balle dans le pied en exigeant l’arrêt pur et simple du programme et la destruction des prototypes ! Les motifs invoqués pour justifier une telle mesure étaient d’ordre financier bien sûr, mais il est difficile de ne pas y voir là le résultat de pressions américaines… Dès lors, Lockheed Martin avait les mains libres pour proposer son F-104 Starfighter tandis que Northrop faisait de même avec son F5. Deux avions américains produits sous licence au Canada et furent par la suite remplacés par le F/A18 Hornet de Boeing.
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- Eurofighter Typhoon
- © Eurofighter
Lockheed est t-il pour autant invincible dans les pays anglo-saxons ? Pas forcément ! Dans les années 60, l’Australie, qui subissait une pression amicale de Washington pour acheter l’intercepteur F-104 Starfighter de Lockheed choisissait contre toute attente le Mirage III-O de Dassault ! Une victoire acquise grâce à la persévérance de Dassault qui croyait envers et contre tous au succès de son mono-réacteur supersonique.
Alors oui, c’est vrai, il ne faut pas exclure la possibilité de la part d’Ottawa de vouloir utiliser le Rafale comme un lièvre, c’est à dire un moyen de chantage destiné à convaincre Washington et Lockheed Martin de lui fournir le F-35 à des conditions plus avantageuses. Oui le risque existe, et Dassault en est sans doute plus conscient que quiconque, puisqu’il a perdu en Corée du Sud, en Pologne (avec le mirage 2000) mais aussi à Singapour et au Maroc, face au rouleau compresseur américain. Et la liste n’est pas exhaustive.
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- F/A-18E/F
- © Boeing
Mais malgré les revers, le rôle d’out sider paie parfois. La preuve nous vient d’un autre concurrent du F-35, qui non seulement propose un appareil polyvalent et meilleur marché, mais qui a en plus le bon goût de ne pas être français. Il s’agit là encore de Boeing, qui a su miser sur les déboires du F-35 pour proposer à l’Australie d’acquérir des F/A 18 E/F supplémentaires en attendant la mise au point définitive du monomoteur de Lockheed Martin. Une stratégie qui est sur le point de payer…
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- Dassault Rafale
- © Dassault Aviation
Dans cette affaire canadienne, et à la différence de nombreux observateurs, Dassault croit avant tout en son produit. Oui l’avion de combat Rafale est cher, oui il a coûté des milliards au contribuable français, oui toute vente export est bonne à prendre pour réduire la pression sur le budget national. Mais il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas pour soulager les dépenses publiques françaises que des clients tels que l’Inde, le Brésil, les Emirats Arabes Unis et le Canada s’intéressent au Rafale, c’est tout simplement parce que cet appareil polyvalent est à ce jour le meilleur avion de combat jamais produit dans l’Hexagone.

